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Mélanges en hommage à Bernard Vonglis

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Mélanges en hommage à Bernard Vonglis

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Mélanges en hommage à Bernard Vonglis
Faculté de droit et d’économie de Martinique
Université des Antilles et de la Guyane.
Ouvrage dirigé par Gérard Gabriel MARION
L’Harmattan, Paris 2000. 374 p.
LA POLITIQUE VISIBLE,
OU LE MONUMENT AU SERVICE DU POUVOIR
pp. 245-280
Gérard Gabriel MARION,
Maître de conférences. Histoire du droit
Faculté de droit et d'économie de la Martinique
Université des Antilles et de la Guyane
Le paysage européen du XII
e
siècle est encore très proche de celui qu'a pu contempler Jules
César au moment où il le conquiert, mais l'Europe va changer radicalement de visage à partir de cette
époque en se couvrant d'un bâti, maisons et villages fortifiés succédant au castrum ou à la villa, lieux
de culte, dont la jonction se fait par les voies romaines ou de nouveaux axes de communication.
L'importance stratégique de ces immeubles, provisoires d'abord, définitifs ensuite, obéit aux besoins
d'une population qui augmente. La hutte est devenue maison. Au-delà de l'abri du groupe, il est surtout
question ici du monument, celui qui, à cause de son caractère formel et varié, est appelé à se
signaler à la postérité.
Le monument est l'inscription durable dans une culture, une époque, un style, un mode et
des matériaux, de la victoire de la vie sur la mort. Il n'est plus évocateur comme moyen. Devenu
une fin, il est évocation. Ambitieux, il prétend à l'immortalité : il a une vocation essentielle à la
durée et doit, dans son essence, transcender la vie de l'homme et sa mémoire. De la simple
commémoration matérialisée par un bâti, il devient la solennisation d'un décor qui a un but précis :
marquer le pouvoir, c'est-à-dire la domination, désigner un rapport de forces. Du fait de son
existence d'abord, de sa durée ensuite, un de ses buts est atteint : le souvenir, mais le monument
commémoratif, par son inutilité matérielle accusée, reste tout théorique quant à sa signification.
Mémoire matérialisée, il ne peut évoquer une matérialité gratuite. Inutilité, matériellement parlant
: statue, arc de triomphe n'ont d'autre but que de meubler le centre d'une place vide sans cela, mais
le trépied du monument est incomplet si l'on n'ajoute pas le sens, à nuancer car, on le verra, il peut
y avoir distorsion entre celui qui est recherché et celui qui est obtenu.
L'art paraît inutile et gratuit, mais il est coûteux. Toutefois, toutes les cultures connaissent
le beau, et savent ajouter cette qualité au simple fonctionnel. La satisfaction esthétique est une
composante de la réponse fonctionnelle : l'esthétisation des besoins de la vie courante, dont
l'habitat, le siège du pouvoir politique, celui du religieux... indique une sublimation de ces besoins,
un dépassement de la simple fonctionnalité selon un mode et une imagination. Le couple art-
monument est indissociable. L'universalité de son emploi dans le temps et dans l'espace impose
l'étude de l'évolution des techniques et de l'outillage. Une proposition darwiniste expliquerait les
faits à l'aide d'un schéma d'évolution : formes primitives, puis classiques et décadence, mais cette
interprétation, évidemment a posteriori, est vigoureusement dénoncée par nombre de théoriciens
1
.
Il est utile de signaler que, stricto sensu, l'expression
monuments historiques
est un pléonasme : le
monument a évidemment pour vocation à s'inscrire dans l'histoire, et en révéler un pic à un
moment donné dans un but particulier :
le monument public attend d'entrer dans l'histoire
2
. Il
fallait bien trouver une expression privilégiant certains monuments méritant, pour des raisons à
définir, ne serait-ce que pour éviter leur disparition, une protection particulière. Ceci tend à
1
Corboz (André),
Haut Moyen Âge
, p. 4 sq. Cet auteur critique le
positivisme à la Choisy
. Chaque
époque utilise le répertoire technique selon ses besoins, et invente ce qui lui manque : p. 6.
2
Cf. Gardes (Gilbert),
Le monument public français
, pp. 41-42.