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Qu'est-ce que la philosophie ?

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Qu'est-ce que la philosophie ?

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Langue Français
Petits Dialogues philosophiques
Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort
Œuvres complètes de Chamfort, Tome 3
QU’EST-CE QUE LA PHILOSOPHIE ?
Hatimthai se dit un jour : « Je veux être heureux ; l’esprit et la vertu procurent seuls des plaisirs purs et durables. »
Il ouvrit son salon aux hommes de lettres ; il nourrit tous les pauvres à sa porte ; on voyait chaque jour la nombreuse population, qui n’a pas le nécessaire parce que d’autres ont le superflu, se presser, aux heures des repas, sur le seuil de son palais ; et chaque jour il avait à sa table les hommes d’esprit les plus distingués de l’empire. Outre les festins qu’ils y trouvaient avec plaisir, ils recevaient de lui des présens à chaque ouvrage qu’ils lui dédiaient, et presque à chaque lecture qu’ils faisaient devant ses sociétés habituelles.
Cependant, en un moment de réflexion, il remarqua que Sapliar ne s’était jamais présenté chez lui : Saphar, qui a écrit laChronique de l’empire,qui a publié le plus savant ouvrage de méthaphysique, et qui a dédié aux dames son poëme duJardin des roses.Cet homme universel vit solitaire ; la promenade au fond des forêts est son seul délassement ; et il a soin de se cacher dans l’épaisseur des taillis, quand la chasse vient de son côté.
Hatimthai ne l’a jamais vu. On cherche toujours la nouveauté, avec une curiosité qui procure une émotion vive et agréable. Il veut absolument interroger ce philosophe ; et il ordonne une chasse au cerf, dont le seul objet est d’entourer et de prendre l’homme de lettres le plus sauvage du monde.
Le projet s’accomplit ; Hatimthai est en face de Saphar :
« Pourquoi ne t’ai-je jamais vu » ?
— « Parce que ni toi ni moi n’avons besoin de nous voir. »
— « Me dédaignes-tu ? »
— « Je te loue de faire le bonheur des autres. »
— « Qui t’empèche d’y prendre ta part ? » — « Parce que ce qui fait leur bonheur, ne ferait pas le mien. » — « Aimes-tu mieux ta vie misérable ? » — « Sans doute. Mon père est pauvre, je ne veux recevoir de lui que peu de chose, mais ce peu me suffit. Je n’ai donc pas besoin que tu me donnes davantage. » — « Quelle vertu, se dit Hatimthai en se retirant ! » Avant de rentrer dans son palais, il aperçoit Gemmade, qui portait avec peine un lourd fagot sur ses épaules. — « Pourquoi te fatigues tu, lui dit-il, au lieu DE CHAMFORT. 4^3 d'aller recevoir ta nourriture à la porte d'IIatiin- thai. ? Gemmade lui répondit : « Parce que celui qui sait se suffire à soi-même ne veut rien devoir à Hatimthai. » Celui-ci réfléchit.