RELAIS PROVINCE MAGHREB

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RELAIS PERES BLANCS - MAGHREB (N°13) – Mai 2011 Que personne ne méprise ton jeune âge. Montre-toi un modèle pour les croyants. (1 Tm 4,12) Quand je dis qu'à Alger, j'habite la rue des fusillés... La plupart de mes interlocuteurs dessinent un petit sourire sur leur visage. Certains feront même une blague: « Alors... c'est dangereux de te visiter ! ».
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RELAIS PERES BLANCS - MAGHREB
(N°13) – Mai 2011


Que personne ne méprise ton jeune âge.
Montre-toi un modèle pour les croyants.
(1 Tm 4,12)


Quand je dis qu’à Alger, j’habite la rue des fusillés... La plupart de mes
interlocuteurs dessinent un petit sourire sur leur visage. Certains feront même une
blague: « Alors... c’est dangereux de te visiter ! ».

Mais le nom complet est « Rue des
fusillés du 17 mai 1957 » et depuis
quelques années un monument a été érigé
à quelques mètres de l’entrée de notre
maison. Je m’y suis attardé récemment
pour lire les noms et les âges de ces
hommes qui ont donné leurs vies pour la
patrie. La plupart étaient beaucoup plus
jeunes que moi : 16 ans, 27 ans, 37 ans.
Le plus âgé avait 53 ans. Des jeunes dont
le sacrifice a construit une nation.

Je suis ensuite parti vérifier l’âge de
des confrères pères blancs qui sont au
Maghreb et j’en ai trouvé des nobles
anciens mais aussi beaucoup qui sont plus
jeunes que moi. Eux ils ne sont pas
fusillés, Dieu merci !, Mais chaque jour et
avec plein d’ardeur ils se dépensent sans
compter. Ils veulent faire quelque chose de
beau pour aider la planète à être plus
habitable, plus pacifiée, plus juste.
Certains, vous les retrouverez dans les
pages qui suivent. D’autres, comme sur la
stèle, resteront anonymes. Connus de Dieu
seul et des personnes qu’ils ont
rencontrées sur les routes, parfois
chaotiques, du Maghreb.

Je ne veux pas passer sous silence le dévouement de ces jeunes confrères à
qui je fais confiance et qui sont pleinement heureux de travailler en milieu
musulman. Dans un contexte mondial de recherche de repères pour les générations
montantes et pour les cultures, ils sont un modèle pour tous les croyants : que
personne ne méprise leur jeune âge !
José Maria Cantal Rivas pb
Provincial Oecuménisme au Maghreb

L'Eglise chrétienne en Tunisie.

John G. MacWilliam pb

Même si nous, les pères blancs au expérience de vie dans la diversité (mes
Maghreb, sommes souvent orientés vers la parents et grands-parents étaient de
rencontre interreligieuse dans le sens de mariages mixtes, connaissance des
notre proximité avec l’Islam et les ruptures en Irlande du Nord, ....) m'aide à
musulmans, la rencontre avec des ouvrir les esprits pour ne pas tomber dans
chrétiens d'autres traditions n'est pas le "extra ecclesia nulla sallus" !
exclue de notre mission. Certes, nous
trouvons des points de vue différents, Cette année 2011, trois de nos six
surtout en ce qui concerne la manière conférences de Carême ont été données
d'être 'témoin' de Jésus Christ et la par des responsables d’ autres églises. La
question du 'prosélytisme' ou de journée mondiale de la prière pour la paix
l'évangélisation. Certains sont plus (organisée par les femmes partout dans le
'prudents' que d’ autres. Certains veulent monde) rassemble des chrétiennes et des
'sauver les âmes' à tout prix. Certains chrétiens de toutes les traditions.
vivent une présence presque passive,
laissant à l'Esprit de travailler dans le Une occasion toute particulière de
coeur des autres. Y-a-t il un moyen prière ensemble est celle de Remembrance
commun? Sunday, la commémoration des milliers de
soldats tombés en Tunisie en 1942-1943
Mais malgré nos différences, nous durant la Deuxième Guerre Mondiale. La
sommes tous disciples du Seigneur, et c'est tradition 'Commonwealth' (britannique)
Lui qui a prié son Père, et notre Père, pour fait qu’à cette occasion, au cimetière
que nous soyons UN. Nous prions tous, d'Enfidaville où se trouvent 1.551 tombes
comme Lui, "que ta volonté soit faite". (sur les 10.000 des alliés et autant de
Alors, ce que le Père veut c'est que nous troupes de l'axe qui se trouvent en Tunisie)
oeuvrions pour réduire, même éliminer, a lieu, le deuxième dimanche du mois de
nous différences, pour être 'une Eglise'. novembre, un service de prière pour la
paix, le réconciliation et le pardon. Des
En Tunisie les relations entre notre ambassadeurs des pays concernés, avec
Eglise catholique et les autres églises sont une centaine d'autres participants, se
bonnes. Aux moments forts (des crises ou réunissent en prière 'chrétienne' et posent
des deuils) nous sentons l'amitié des uns et des gerbes (des coquelicots rouges) au
des autres. pied de la croix (photo). Une garde
d'honneur de l'armée tunisienne est aussi
L'archidiocèse de Tunis participe présente.
chaque année au mois de janvier avec les
protestants, anglicans et orthodoxes, à la Les occasions de prier ensemble ne
semaine de prière pour l'unité des manquent pas, même si normalement nous
chrétiens. Pendant plusieurs années, c'est restons fidèles à nos propres traditions. Il
notre confrère le P. David Bond qui s'était m'arrive parfois d'aller simplement prier
chargé de l'œcuménisme pour le diocèse dans l'église ou le temple des autres. Je me
de Tunis. A partir de 2010, c'est moi le P. suis toujours senti bien accueilli. Mais au
John MacWilliam qui l'ai remplacé. Une fond, ce n'est pas ce que nous faisons qui RELAIS P.B. MAGHREB (N°13) – Mai 2011

compte dans l'œcuménisme. C'est bien nos frères et soeurs humains. Peut-être,
plutôt la même ouverture à l'Esprit qui parfois, les portes de nos coeurs et de nos
nous permet de voir le Christ dans tous églises ne sont pas assez ouvertes ?


Le P. John MacWilliam (droite) durant la cérémonie œcuménique au cimetière militaire de
Enfida où sont enterrés des nombreux soldats africains du Commonwealth.
Courrier des lecteurs


Juste deux mots pour te dire que Algérie ? Ou y-a-t-il la possibilité de
j'ai bien reçu le 12ème numéro de Relais. proposer cette activité sur nos sites PB et
Merci de me garder dans la boîte des SB en France pour des jeunes qui
destinataires. Comme la Province pourraient être intéressés?
m'intéresse, je l'avais déjà lu sur Intranet, Bonne continuation dans votre
mais cela me touche de le recevoir travail. Cécile (Paris).
personnellement. Bon travail et
témoignage très intéressant. Cela bouge Un grand merci pour le Relais PB
Maghreb: je l'ai lu entièrement et les du côté des jeunes dans la province.
Bravo! Georges (Belgique) témoignages sont beaux. Emmanuel
(Rome).
Merci pour le Relais PB Maghreb.
Pourrais-je utiliser, en partie, l'article de Bonjour à tous, dans le Relais PB
notre soeur Zawadi, car j'aimerais en Maghreb n° 12, j'ai lu avec intérêt l'article
publier des extraits sur notre site : "Chrétiens au jour de l'Aïd El Kebir".
www.soeurs-blanches.cef.fr Si vous le permettez, je voudrais y
Autre question : vous annoncez ajouter un témoignage personnel où ce
une retraite à Timmimoun pour des sont "les autres" qui m'ont rapproché du
étudiants chrétiens. Est-ce seulement "Mystère de l'Agneau".
pour des étudiants chrétiens vivant en
3 RELAIS P.B. MAGHREB (N°13) – Mai 2011

J'étais chargé d'une école primaire Je viens de recevoir et de lire le
à Taguemount Azouz, en Haute Kabylie bulletin Relais PB Maghreb, Févr. 11
(Algérie). Je visitais souvent un voisin, Peux-tu m'envoyer par la poste le
handicapé, suite à un accident de travail. diaporama sur les pères blancs du
Il m'avait invité chez lui à l'occasion de Maghreb à mon adresse ? Je pense que
l'immolation du mouton, le jour de l'Aïd El si tu l'envoies par Internet, je n'arriverai
Kebir, qui me paraissait plus un rite pas à le sortir car trop lourd pour notre
qu'autre chose. En effet, la cour intérieure petite capacité... Merci surtout pour votre
était remplie par la grande famille. Au témoignage, moi qui continue à donner
moment où le sang giclait, la plus vieille des formations sur le dialogue au niveau
grand-mère trempait un couteau dans le du Burkina ! Félicitations et continuez !
sang et allait marquer le front de tous les J'ai beaucoup aimé et je me retrouve
membres présents. J'avoue que, depuis pleinement dans cette vision missionnaire
ce jour, l'expression de ma liturgie même si je suis dans d'autres conditions
chrétienne "Agneau de Dieu" me renvoie que les vôtres ! Bien fraternellement
Joseph (Burkina Faso). souvent à ce rite familial. Saint Paul nous
fait comprendre comment le Christ,
en répandant son sang, a fait l'union du Je ne vous connais pas mais je
peuple de Dieu. C'est le sens que moi, voudrais vous dire mes félicitations pour
chrétien, ai donné à ce rite familial. Quelle ce Relais, très intéressant et bien
est l'origine de ce rite ? Quel en est le présenté. Et mes meilleurs voeux pour les
sens pour eux ? Moi en tout cas, j'y ai vu peuples du Maghreb. Piluca (Rome).
le message chrétien. Fraternellement,
Eric (Tunis). Merci d'avoir envoyé le "relais PB
Maghreb", qui nous met au courant des
Merci pour cet envoi du Relais PB bonnes activités et relations avec nos
Maghreb que je fais suivre à d'autres. amis d'Afrique du Nord, que je n'oublie
Amitiés. Hubert (Algérie). pas après 40 ans passées en Algérie.
Félicitations à toute l'équipe.
Je viens de recevoir votre Relais J'attends à présent la suite pour
PB Maghreb : je l’ai dévoré... MERCI. lire ce qui touche nos coeurs qui garde
Pinhais (Brésil) l'Espérance de la jeunesse en marche
vers l'avenir. Rosemarie (France).
Avec joie, nous accusons bonne
réception du RELAIS Maghreb. Je viens Un grand merci pour l'envoi du
de l'imprimer et de le mettre à la "Relais des Pères Blancs du Maghreb".
disposition des confrères de notre Nous, quatre Soeurs Blanches en
communauté ainsi que tous les confrères Allemagne, qui avons été longtemps en
de passage chez nous à la maison Algérie et en Tunisie et qui sommes très
provinciale de Bukavu! Grand Merci pour heureuses de lire vos articles. Par là nous
toutes les informations et toutes les sommes unies à vous et au courant de ce
nouvelles de chez vous! Fraternellement qui se passe. La revue est très précieuse
de Bukavu, André (RD Congo). pour nous dans les contacts avec les
personnes autour de nous et surtout en ce
Tardivement, je viens vous dire moment. Sr. Brigitta (Allemagne).
merci pour le N° 12 du relais PB
Maghreb bien présenté, documenté, Merci beaucoup pour cet envoi,
agréable à la lecture. Je le fais suivre à reçu pendant la Conférence Episcopale
des connaissances. Puis-je « re-publier » de la Région Nord-Afrique (CERNA) où
certains articles ? Claude (Suisse). nous parlons bien sûr des Pères Blancs !
Je le lirai avec intérêt. P. Daniel (Maroc).



4 RELAIS P.B. MAGHREB (N°13) – Mai 2011

Trouvé dans la presse

Tunisie La victoire des islamistes
est-elle inévitable ?
Abdellatif Ghorbal (Réalités, nº 1317, extraits)
www.realites.com.tn
Imprévisible, spontanée et irrésistible, voilà une description possible de la révolution
tunisienne en cours. Malgré les craintes des puissances occidentales, ou du moins celles de
ses médias, elle n’a pas été déclenchée ni organisée par l’islamisme politique tunisien. Il ne
pouvait d’ailleurs pas en être autrement : le régime de Ben Ali ayant systématiquement
détruit toute forme de vie politique et d’expression libre, seul un soulèvement unanime du
peuple était à même de faire tomber le tyran.
Les Tunisiens ne se sont pas soulevés pour du pain, même si cela a pu jouer un rôle, mais
pour récupérer leur honneur et leur dignité, peut-être la seule cause capable de souder tout un
peuple et de lui donner le courage nécessaire de briser ses chaînes.
Toutefois, ces aspirations constituent plus des mots d’ordre que des programmes politiques
précis, et peu en Tunisie savent réellement comment s’y prendre pour les faire aboutir. C’est
d’ailleurs pour cette raison que le mouvement islamiste tunisien, tout en ayant été absent des
bouleversements révolutionnaires, est en mesure de devenir après les élections la force
politique dominante en Tunisie. Marginalisés au sein de la société tunisienne, ses dirigeants
n’ont commis aucune malversation, et ils se sont engagés à respecter le code du statut
personnel, la liberté d’expression et les résultats d’élections libres. Dès lors, la victoire de
cette tendance, à défaut d’être une bonne nouvelle, ne serait donc pas nécessairement une
catastrophe pour la Tunisie. De la même façon qu’une démocratie ne s’impose pas à coup de
bombes, la laïcité ne s’obtient pas en réprimant par la violence les opposants islamistes.
Mais que cette perspective soit envisageable ne signifie pas qu’elle soit souhaitable pour
autant. À titre personnel, et comme beaucoup d’autres en Tunisie, j’ai du mal à concevoir
qu’un texte écrit il y a plus de quatorze siècles puisse sérieusement servir de programme
politique. Un État n’est pas un individu, et les problèmes qu’il doit affronter relèvent plus du
champ de la Raison que de celui de la Foi. Le Livre Saint et les écrits des compagnons du
Prophète permettront-ils de développer efficacement l’économie, de résorber les inégalités
sociales et régionales, d’établir le plein-emploi, de garantir l’État de droit, de défendre les
Tunisiens contre les ingérences étrangères ? Que l’on me permette d’en douter. La
perspective de voir le débat politique monopolisé par des questions de jurisprudence
islamique (doit-on couper la main de tous les voleurs ou seulement celles des récidivistes ?),
ou par des questions relatives à l’organisation du culte ou au style vestimentaire des femmes
ne m’enchante guère, alors que tout un pays est à reconstruire.
La stratégie des islamistes est assez simple : faire profil bas et attendre. Il y a plusieurs
raisons à cela. Après des années de répression féroce, leur mouvement est relativement
désorganisé, et pour eux comme pour l’ensemble des partis politiques tunisiens, tout est à
refaire : doctrine, encadrement, structures, et financements. Ne pas intervenir leur permet
donc de se reconstituer. De plus, bien que l’aile démocratique soit majoritaire parmi leurs
dirigeants, une aile plus radicale existe toujours. Se taire permet de ne fâcher aucun de leurs
partisans. Ils sont également bien conscients de la répulsion qu’ils peuvent inspirer tant à
5 RELAIS P.B. MAGHREB (N°13) – Mai 2011

l’étranger que sur le sol tunisien, et se faire discrets est le meilleur moyen de se faire
accepter. Enfin, pourquoi se presser alors que le temps travaille pour eux ?
Mais l’établissement d’un État
honnête ne suffit pas : il faut aussi
porter le combat sur le terrain
idéologique, et exiger des
islamistes des réponses claires à
quelques grandes questions, autres
que celles relatives à l’application
de la Charia, le seul domaine qu’ils
connaissent. En premier lieu,
quelle politique étrangère pour la
Tunisie ? S’il y a peu de chances
que les islamistes acceptent de
reconduire le statut d’État client
des États-Unis, il serait tout autant
dommageable de voir les liens
avec l’Arabie Saoudite ou d’autres
monarchies du Golfe se resserrer, à
l’heure où leurs peuples, inspirés
par l’exemple tunisien, réclament De la presse algérienne. Février 2011.
eux aussi leur liberté.
En second lieu, quelle politique économique suivre pour développer l’économie tunisienne ?
Non seulement l’implantation d’usines européennes attirées uniquement par les faibles
salaires, et pouvant partir du jour au lendemain ne favorise pas le développement
économique, mais les emplois ainsi créés sont loin de résorber le chômage des classes
populaires. Quant aux diplômés, ils n’ont tout simplement pas leur place dans cette économie
de sous-traitance prête à s’effondrer si les salaires du voisin sont encore plus bas. Enfin,
quelle politique sociale veulent-ils instaurer ? La charité, qu’elle soit islamique ou pas, n’a
jamais résolu le problème central de l’inégale répartition sociale ou spatiale des richesses. Un
véritable système de protection sociale est donc nécessaire, ainsi qu’un rééquilibrage de
l’activité économique entre les différentes régions du pays, qui étouffent sous le poids
écrasant de la capitale.
Que l’on me comprenne bien : si les islamistes répondent clairement à ces questions et
s’engagent dans la construction d’une Tunisie nouvelle, solidaire et démocratique, des
ententes avec eux sont même possibles. Mais si victoire islamiste il devait y avoir, il ne serait
pas bon qu’elle advienne par défaut, du fait de l’incapacité des élites tunisiennes à remettre
en cause les structures héritées de la dictature. Les élections tunisiennes à venir seront
d’autant plus légitimes qu’elles succèderont à un débat politique de qualité, où personne ne
doit s’avancer masqué. Le peuple tunisien mérite de choisir en toute connaissance de cause.

Une de plus visibles conséquences de la vague de liberté que traverse le
Maghreb est le changement opéré, sur le fond et sur la forme, par la presse.
Nous invitons nos lecteurs à aller découvrir par eux même la presse écrire
tunisienne (en français et en arabe) sur le site :
http://www.lapressetunisie.net
6 RELAIS P.B. MAGHREB (N°13) – Mai 2011


“L’identité sourde”

Durant trois jours, du 14 au 16 avril, s’est tenue une session forte intéressante sur la
personnalité d’une personne sourde. Il est évident que le fait de ne pas entendre, ou de mal
entendre, change la manière de penser et d’agir d’une personne qui en souffre surtout quand
c’est une surdité acquise depuis la naissance. C’est dans ces cas-là que l’utilisation de la
langue gestuelle et l’expression corporelle peuvent jouer un grand rôle.
Participants à la session de "sourds et muets" à la rue des fusillés. Avril 2011.
Sujet: "identité sourde, sa personnalité"

L’initiative de cette session a été prise par l’Association des sourds et muets « Yemma
Gourya » de Badjarah en partenariat avec l’Association Rencontre et Développement (CCSA)
d’Alger Centre et la Maison des Pères Blancs de la rue des fusillés d’Alger.
Une trentaine de sourds adultes entre 20 et 40 ans y ont participé sous la direction très
dynamique d’une animatrice de l’émission de France 3 et TV 5: «l’œil et la main ». Nous
avons été frappé par la densité et la qualité de la formation et des échanges. Etant donné que
la plupart de ces sourds ont été mes élèves sur une période de 30 ans, l’émotion me prenait
parfois, en me rappelant les moments heureux vécus ensemble lorsqu’ils grandissaient, mais
aussi les énormes souffrances subies par le fait de ne pas être compris par l’autre, y incluant
les plus proches dont même les parents. La période du terrorisme dans les quartiers populaires
des années 90, où un certain nombre de sourds vivait, a aussi eu un impact important dans la
construction de leurs personnalités. Parallèlement le sentiment de l’exclusion peut parfois
avoir des conséquences psychologiques graves sur la personne, d’où l’importance de cette
session permettant aux uns et aux autres d’avoir un regard sur soi – même.
Nous avons constaté un épanouissement heureux de tous les participants à cette
session. Leurs visages heureux et leurs sourires vont déjà nous manquer, d’où notre souhait
que cette initiative se renouvelle au plus vite dans les mois à venir.
Un grand merci à tous ceux et celles qui ont permis cette importante rencontre.

Jan Heuft pb
Enseignant pour handicapés auditifs à la retraite.

7 RELAIS P.B. MAGHREB (N°13) – Mai 2011

1Colonne JPIC :
Interview avec le P. Jonathan Bahago- PB à Sfax

Avec les réfugiés à la frontière lybienne

Raconte-nous comment tu es entré en contact avec les réfugiés fuyant la Libye.
Le P. Dominique (prêtre diocésain) m’a dit de
venir à la frontière avec lui. C’est un homme
très engagé socialement et il avait reçu un don
pour acheter des boîtes de thon pour l’ONG
« Samaritans » qui préparait et distribuait des
repas pour les réfugiés. Nous avons passé une
journée dans le camp. Je suis retourné passer 3
jours avec 3 étudiants de la JCAT qui entaient
en vacance en ce moment, et avec un pasteur
protestant de France. Je suis encore une fois
retourné avec Moïse (le stagiaire de Sfax) et 2
étudiants et le même pasteur avant son départ
en France.

Qu’as-tu vu sur place ?
D’abord beaucoup de militaires tunisiens qui
encadraient parfaitement tout le monde. Le
groupe le plus nombreux c’était alors les gens
du Bangladesh : plus de 8.000 ! Et ensuite les
Philippins et les Chinois, qui ont été vite
évacués, suivis des Sri Lankais et des
ressortissants africains des nombreux pays.
Mais les Burkinabés ont étés également vite
pris en charge par leur ambassade et évacués.
Alors, des centaines des réfugiés arrivent
chaque jour et des centaines partent parce que
le camp n’est un camp permanent.

Tu peux nous parler du camp ?
Une fois qu’elles quittent la Libye les
personnes passent une journée au camp
transitoire du côté tunisien et s’inscrivent
auprès du gouvernement tunisien. Ils continuent au camp principal et s’inscrivent auprès de
l’Organisation Internationale des Migrations (MOI en anglais) et on leur donne une tente en
plastique, pour 3 ou 4 personnes, qu’ils peuvent planter aux endroits déjà prévus et aménagés
par de bulldozers. Ils reçoivent aussi un petit ou grand matelas et une couverture.
Malheureusement il n’y avait que trois toilettes et aucune douche donc chacun se débrouillait
comme il pouvait... Par contre la nourriture était abondante. Mais maintenant, il y plusieurs
toilettes et douches même s’ils préfèrent aller faire leurs besoins dans la nature. Et ici je dois
dire combien les Tunisiens, tant des individus que des associations, on été généreux non

1 JPIC = Justice, Paix et Intégrité de la Création.
8 RELAIS P.B. MAGHREB (N°13) – Mai 2011

seulement en ce qui concerne
les denrées alimentaires mais
aussi en donnant de leur temps
et en étant présents au service
de tous les réfugiés...

Quel était votre engagement
concret ?
On logeait dans un petit hôtel
à 25 km du camp. Chaque
matin, à 5h, nous partions pour
travailler dans l’ONG des
«Bons Samaritains » pour
préparer et distribuer le petit-
déjeuner. Et tout de suite après
on commençait à nouveau à
préparer le repas de 15h. Tu
ne peux pas imaginer la quantité de carottes, oignons et riz qu’il faut préparer pour cette
foule ! Sans compter le fait qu’il faut soulever des marmites immenses et les laver ! Je dois
rendre hommage à Sr. Mercé et Sr. Marie Claire, des Petites Sœurs de Jésus, qui dès le début
se sont impliqué à fond dans les camps.

Quels autres acteurs étaient sur place ?
Le Programme Alimentaire Mondial (PAM), l’Organisation Internationale des Migrations, le
Croissant Rouge algérien et tunisien, Le Secours Islamique, une association de psychologues
tunisiens, mais aussi Caritas Liban, Caritas International et Caritas France ; cette dernière
avec des moyens de communications pour rassurer les familles des réfugiés. Tous ces
organismes étaient parfaitement encadrés par l’armée tunisienne, qui a été remarquable en
tout point : discipline, organisation, équité... ce n’est pas facile de faire régner le calme au
milieu de tensions entre migrants !

Face à l’énormité de la
tâche votre contribution
était très modeste...
A un moment donné
l’ONU a assumé la
responsabilité de tout et
tout a été centralisé. Les
volontaires ont été
remplacés par des salariés.
Alors nous avons pu nous
consacrer à écouter ces
personnes dans leur
désarroi. Nous allions dans
leurs tentes pour écouter
leurs récits pitoyables :
avant la guerre leurs
salaires étaient en retard,
ensuite certaines banques Le p. Jonathan (flèche) répond
ont refusé de leur verser aux questions.
9 RELAIS P.B. MAGHREB (N°13) – Mai 2011

leurs économies, Le p. Jonathan (genoux) dans
conduits à la frontière une tente.
l’armée libyenne les a
délestés de tout
(portables, montres,
argent...). Ils se posent
beaucoup de questions et
à nous aussi : « Quel
avenir pour moi father ?
J’ai émigré pour avoir
de l’argent et à présent
je suis encore plus
pauvre... quelle honte !
Si jamais je dois
retourner dans mon
pays, jamais je n’irai
dans ma ville... quelle honte ! ». Certains te disent directement : « Qu’est-ce que tu peux faire
pour moi ? Tu peux m’aider à passer en Europe ? ».

Mais écouter, ça sert à quelque chose ?
S’ils commencent à parler, d’autres personnes arrivent et ensemble en parlant et en s’écoutant
c’est comme une thérapie. J’ai trouvé des compatriotes qui m’ont demandé de les aider. J’ai
contacté l’ambassade du Nigeria par téléphone et j’ai même fait le déplacement à Tunis
(presque 800 km) pour les pousser à agir : une semaine après 1.300 Nigérians étaient évacués
par l’OIM dans trois vol... Mais les réfugiés arrivent en désordre et ne partent pas tous
ensemble...

Qu’est-ce qui t’a frappé le plus en voyant la vie au camp ?
D’abord la condition des femmes, surtout celles avec bébés ou celles enceintes !
Malheureusement, je dois reconnaître que la prostitution s’était organisée dans le camp...
Ensuite la solidarité des Tunisiens qui se sont donnés à fond pour aider cette foule dans le
besoin, certains sont même venus s’installer à proximité des camps. Ils n’ont pas uniquement
donné des choses : eux même se sont donnés ! Je revois encore dans ma tête les scouts
tunisiens en train de ramasser les ordures...
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