Texte - Querelle du Cid (Reader
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  • mémoire - matière potentielle : des académiciens
  • cours - matière potentielle : l' action
  • exposé
1 LA QUERELLE DU CID – CHRONIQUE ET DOCUMENTS Paul Pellisson : Histoire de l'Académie française (1653) [C]e fut environ ce temps-là que Monsieur Corneille, qu'on avait considéré jusques alors comme un des premiers en ce genre d'écrire [la poésie dramatique], ayant fait re-présenter son Cid, fut mis, du moins par l'opinion commune, infiniment au-dessus de tous les autres.
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Langue Français

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LA QUERELLE DU CID – CHRONIQUE ET DOCUMENTS

Paul Pellisson : Histoire de l’Académie française (1653) J’ai peu de voix pour moi, mais je les ai sans brigue,
[C]e fut environ ce temps-là que Monsieur Corneille, qu’on avait considéré jusques Et mon ambition pour faire plus de bruit
alors comme un des premiers en ce genre d’écrire [la poésie dramatique], ayant fait re- Ne les va point quêter de réduit en réduit,
présenter son Cid, fut mis, du moins par l’opinion commune, infiniment au-dessus de Mon travail sans appui monte sur le théâtre,
tous les autres. Il est malaisé de s’imaginer avec quelle approbation cette pièce fut reçue Chacun en liberté l’y blâme ou l’idolâtre,
de la Cour et du public. On ne se pouvait lasser de la voir, on n’entendait autre chose Là sans que mes amis prêchent leurs sentiments
dans les compagnies, chacun en savait quelque partie par cœur, on la faisait apprendre J’arrache quelquefois trop d’applaudissements,
aux enfants, et en plusieurs endroits de la France, il était passé en proverbe de dire, Cela Là content du succès que le mérite donne
est beau comme le Cid. Il ne faut pas demander, si la gloire de cet auteur donna de la Par d’illustres avis je n’éblouis personne,
jalousie à ses concurrents ; plusieurs ont voulu croire que le Cardinal lui-même n’en Je satisfais ensemble et peuple et courtisans
avait pas été exempt, et qu’encore qu’il estimât fort Monsieur Corneille, et qu’il lui Et mes vers en tous lieux sont mes seuls partisans ;
donnât pension, il vit avec déplaisir le reste des travaux de cette nature, et surtout ceux Par leur seule beauté ma plume est estimée
où il avait quelque part, entièrement effacés par celui-là. [R, 186-187] Je ne dois qu’à moi seul toute ma renommée,
Et pense toutefois n’avoir point de rival
Paul Pellisson : Histoire de l’Académie française (1653) A qui je fasse tort en le traitant d’égal :
[L]a passion que le Cardinal avait pour la poésie dramatique l’avait mise en ce temps-là Mais insensiblement je baille ici le change,
parmi les Français au plus haut point où elle eût encore été. Tous ceux qui se sentaient Et mon esprit s’égare en sa propre louange,
quelque génie ne manquaient pas de travailler pour le théâtre, c’était le moyen Sa douceur me séduit, je m’en laisse abuser,
d’approcher des Grands, et d’être favorisé du premier Ministre, qui de tous les diver- Et me vante moi-même au lieu de m’excuser.
tissements de la Cour ne goûtait que celui-là. [...] Non seulement il assistait avec plaisir
à toutes les comédies nouvelles ; mais encore il était bien aise d’en conférer avec les Jean Mairet : Epître I, III
poètes, de voir leur dessein en sa naissance, et de leur fournir lui-même des sujets. [R, Je parle à toi Vanteur, dont l’audace achevée
174-175] S’est depuis quelques jours dans le ciel élevée
Au mépris de la terre, et de ses habitants,
Pierre Corneille : Excuse à Ariste (1637) À toi dont l’insolence en tes écrits semée
C’est lors qu’il court d’haleine, et qu’en pleine carrière Et bien digne du fat des plus fous Capitans,
Quittant souvent la terre, en quittant la barrière, Soutient que ton mérite a fait ta renommée.
Puis d’un vol élevé se cachant dans les cieux
Il rit du désespoir de tous ses envieux. Les noms de deux ou trois, dont tu veux faire accroire
Ce trait est un peu vain, Ariste, je l’avoue, Qu’en les traitant d’égaux tu les combles de gloire,
Mais faut-il s’étonner d’un poète qui se loue ? [...] Dans l’Espagne et plus outre avaient déjà couru,
Nous nous aimons un peu, c’est notre faible à tous, Mais de ton froid esprit qui se paît de fumée,
Le prix que nous valons qui le sait mieux que nous ? Rien certes dans Madrid n’avait jamais paru,
Et puis la mode en est, et la Cour l’autorise, Et le Cid seulement y fait ta renommée.
Nous parlons de nous-même avec toute franchise,
La fausse humilité ne met plus en crédit, Je crois que ce sujet éclatant sur la scène
Je sais ce que je vaux, et crois ce qu’on m’en dit : Puisqu’il ravit le Tage a pu ravir la Seine.
Pour me faire admirer je ne fais point de ligue, Mais il ne fallait pas en offenser l’Auteur,
1 Et par une impudence en orgueil confirmée, pour ce qui me faisait pitié, ni de faire voir à personne les taches que j’apercevais en cet
Assurer d’un langage aussi vain qu’imposteur, ouvrage. [...] Mais quand j’ai vu (dis-je) qu’il [l’auteur du Cid] se déifiait d’autorité pri-
Que tu dois à toi seul toute ta renommée. vée ; qu’il parlait de lui comme nous avons accoutumé de parler des autres ; qu’il faisait
même imprimer les sentiments avantageux qu’il a de soi ; et qu’il semble croire qu’il
Tu ne dois te vanter en ce fameux ouvrage fait trop d’honneur aux plus grands esprits de son siècle de leur présenter la main
Que d’un vers assez faible en ton propre langage, gauche : j’ai cru que je ne pouvais sans injustice et sans lâcheté abandonner la cause
Qui par ton ignorance ôte l’honneur au mien commune, et qu’il était à propos de lui faire lire cette inscription tant utile, qu’on voyait
(Tant sa force et sa grâce en est mal exprimée), autrefois gravée sur la porte de l’un des temples de la Grèce :
Cependant orgueilleux et riche de mon bien, CONNAIS TOI TOI-MÊME
Tu dis que ton mérite a fait ta renommée. Ce n’est pas que je veuille combattre ses mépris par des outrages, cette espèce d’armes
ne doit être employée que par ceux qui n’en ont point d’autres : et quelque nécessité
Bien, bien, j’irai paraître avec toute assurance, que nous ayons de nous défendre, je ne tiens pas qu’il soit glorieux d’en user. J’attaque
Parmi les courtisans et le peuple de France, le Cid et non pas son auteur ; j’en veux à son ouvrage et non pas à sa personne ; [...] je
Avec un privilège et passeport du Roi, ne fais ni une satire, ni un libelle diffamatoire, mais de simples Observations ; et hors les
Alors ma propre gloire, en ta langue imprimée, paroles qui seront de l’essence de mon sujet, il ne m’en échappera pas une, où l’on re-
Découvrira ta honte, et mon Cid fera foi marque de l’aigreur. Je le prie d’en user avec la même retenue s’il me répond, parce que
Que le tien lui devait toute sa renommée. je ne saurais ni dire ni souffrir d’injures : je prétends donc prouver contre cette pièce du
Cid,
Donc fier de mon plumage, en Corneille d’Horace, Que le sujet n’en vaut rien du tout,
Ne prétends plus voler plus haut que le Parnasse, Qu’il choque les principales règles du poème dramatique,
Ingrat rends-moi mon Cid jusques au dernier mot, Qu’il manque de jugement en sa conduite,
Après tu connaîtras, Corneille déplumée, Qu’il a beaucoup de méchants vers,
Que l’esprit le plus vain est souvent le plus sot, Que presque tout ce qu’il a de beautés sont dérobées,
Et qu’enfin tu me dois toute ta renommée. Et qu’ainsi l’estime qu’on en fait est injuste. [Q, 71-73]
DON BALTAZAR de la Verdad. [Q, 67-68]
Pierre Corneille : Lettre apologétique du sieur Corneille, contenant sa réponse aux Ob-
Georges de Scudéry : Observations sur le Cid (1637) servations faite par le sieur Scudéry sur le Cid (1637)
Il est de certaines pièces comme de certains animaux qui sont en la Nature, qui de loin MONSIEUR, - Il ne vous suffit pas que votre libelle me déchire en public ; vos lettres
semblent des étoiles, et qui de près ne sont que des vermisseaux. Tout ce qui brille n’est me viennent quereller jusque dans mon cabinet, et vous m’envoyez d’injustes accusa-
pas toujours précieux ; on voit des beautés d’illusion, comme des beautés effectives, et tions lorsque me devez pour le moins des excuses. [...] Les bons esprits trouvent que
souvent l’apparence du bien se fait prendre pour le bien même. Aussi ne m’étonné-je vous avez fait un haut chef-d’œuvre de doctrine et de raisonnement en vos Observa-
pas beaucoup que le peuple, qui porte le jugement dans les yeux, se laisse tromper par tions. La modestie et la générosité que vous y témoignez leur semblent des pièces
celui de tous les sens le plus facile à décevoir. Mais que cette vapeur grossière qui se rares ; et surtout votre procédé merveilleusement sincère et cordial, vers un ami ;
forme dans le parterre ait pu s’élever jusqu’aux galeries, et qu’un fantôme ait abusé le vous protestez de ne me dire point d’injures ; et lorsque incontinent après vous
savoir comme l’ignorance, et la Cour aussi bien que le bourgeois, j’avoue que ce pro- m’accusez d’ignorance en mon métier et de manque de jugement en la conduite de
dige m’étonne, et que ce n’est qu’en ce bizarre événement que je trouve Le Cid merveil- mon chef-d’œuvre, vous appelez cela des civilités d’auteur ? je n’aurais besoin que du
leux. [...] Pour moi,

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