Aimer quand même
163 pages
Français

Aimer quand même

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Description

Jean de La Brète, pseudonyme d'Alice Cherbonnel, est née à Saumur en 1858 et décédée à Breuil-Bellay (Maine-et-Loire) en 1945. Extrait : Cependant elle se demandait quelquefois s'il lui était attaché au point d'épouser une femme non seulement sans fortune, mais assez pauvre pour vivre du travail de ses mains. Était-il au-dessus du singulier préjugé français qui met en état d'infériorité sociale la femme du monde obligée de travailler ? Elle répondait affirmativement

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Nombre de lectures 67
EAN13 9782824712796
Langue Français

JEAN DE LA BRÈT E
AIMER QU AN D MÊME
BI BEBO O KJEAN DE LA BRÈT E
AIMER QU AN D MÊME
0101
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1279-6
BI BEBO OK
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Fontes :
– P hilipp H. Poll
– Christian Spr emb er g
– Manfr e d KleinLicence
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V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.CHAP I T RE I
 C,  d’un chir ur gien qui avait eu ses heur es
de célébrité , et lui-même mé de cin éminent, trav er sait un soirB de mai le jardin du Lux emb our g. Absorbé dans une rê v erie , il
r eg ardait distraitement les vieux arbr es, témoins de tant de vieilles choses,
les fleur s de printemps planté es à pr ofusion dans les massifs, toutes les
b e autés nouv elles qui rajeunissaient les grandes allé es.
C’était un de ces soir s doux et p aisibles, où les pr omesses de la ter r e
r efleurie e x citent les b ons esp oir s, calment les p ensé es doulour euses, où
le bien semble émaner de la natur e entièr e , où rien ne fait pré v oir le mal.
elques pr omeneur s r emar quaient la haute taille de M. Cébr onne ,
son visag e intellig ent aux traits accentués, et p eut-êtr e se
demandaientils quel était le sujet de sa mé ditation pr ofonde .
La rép onse leur eût été donné e si, le v o yant s’ar rêter de vant des
jacinthes magnifiques, ils l’avaient entendu mur mur er : « Elle les aime . . .
ces fleur s lui rapp ellent une ép o que heur euse de sa vie . Pauv r e enfant ! »
1Aimer quand même Chapitr e I
Il s’assit sur un banc et s’absorba dans ses p ensé es jusqu’au moment
où il se sentit frapp é sur l’ép aule .
— Ah ! c’ est toi enfin, Henri ! Il y a une demi-heur e que je t’aends,
dit-il au nouv e au v enu en lui ser rant la main.
L’ami, qui v enait de le r ejoindr e , contrastait av e c lui de la façon la
plus complète . D e taille mo y enne , élég ante , il n’avait p as cee app ar ence
de for ce qui frapp ait chez M. Cébr onne . A v e c son visag e fin, ter miné p ar
une barb e en p ointe , il r essemblait, moins l’ e xpr ession d’astuce et de
lib ertinag e , aux p ortraits d’hommes p eints à l’ép o que des V alois.
D e vieille famille p arlementair e , av o cat de talent, M. des Jonchèr es
était lié depuis son enfance av e c le do cteur Cébr onne .
— oi ! c’ est toi qui rê v es si pr ofondément, Ber nard ?
— Je rê v e , oui ! Cela t’étonne chez un homme de travail et d’action.
— Non, rien ne m’étonne d’une natur e comme la tienne . . . Je
soupçonne depuis longtemps que tu es amour eux, mais comme , é videmment,
tu désirais cacher tes sentiments, je n’ai p as questionné . . . L’heur e des
confidences est-elle v enue ?
— Elle est v enue . . . V oilà p our quoi je t’ai prié de me r ejoindr e ici.
— Eh bien ?
— Eh bien, dit M. Cébr onne , p assant son bras sous celui de son ami et
mar chant lentement av e c lui, eh bien, dans une heur e j’aurai demandé la
main de M ˡˡᵉ Gertr ude D eplémont.
— D eplémont ? rép éta M. des Jonchèr es, je ne v ois p as ce nom dans
tes r elations.
— Non. . . ce ne sont p as des r elations mondaines. Il y a cinq mois, M ᵐᵉ
D eplémont est tombé e grav ement malade , un de mes clients que je soigne
depuis dix ans, p ar ent de ces dames, m’a app elé auprès d’ elles.
— Et alor s ?
— Alor s, p endant des semaines, deux fois p ar jour , j’ai appr o ché M ˡˡᵉ
D eplémont. C’ est une femme idé ale , dit-il en s’ar rêtant tout à coup .
— La femme qu’ on aime est toujour s idé ale , répliqua en riant M. des
Jonchèr es.
— P lus ou moins, Henri. . . et celle-ci a fait ses pr euv es dans le malheur .
— D ans le malheur . . . quel malheur ?
2Aimer quand même Chapitr e I
— Ce sont des femmes du monde r uiné es. D’après un mot de leur ami,
M. D eplémont ne valait p as cher .
— Elles sont de Paris ?
— Non, de pr o vince . Il y a cinq ans qu’ elles se sont installé es ici et
travaillent p our viv r e ; elles n’ ont, en effet, qu’une r ente viagèr e de quinze
cents francs que leur a laissé e une p ar ente .
— Hum ! ce sont de bien minces r enseignements p our une démar che
aussi grav e . . .
— Il suffit de les v oir p our êtr e r enseigné , et je sais p ar leur cousin tout
le bien que l’ on doit p enser d’ elles. A ujourd’hui même , je vais p oser des
questions dir e ctes sur leur situation et leur p assé . Elles ont certainement
des souv enir s très doulour eux ; lor sque , en causant av e c M ˡˡᵉ D eplémont,
je lui ai p arlé de son pèr e , elle m’a rép ondu av e c une émotion telle que je
m’ en suis v oulu d’av oir touché à un deuil qui r emonte , je cr ois, à quelques
anné es.
L’av o cat fr onçait les sour cils d’un air mé content.
— Drôle de mariag e ! Bien au-dessous de ta p osition.
— Si tu v o yais mesdames D eplémont, tu chang erais d’avis.
— Elles p euv ent êtr e char mantes, mais. . .
— Mais, inter r ompit le do cteur Cébr onne , je me suis marié une pr
emièr e fois d’après toutes les conv enances mondaines, et j’ai été assez
malheur eux p our ne r e commencer qu’à b on escient.
— À b on escient ? Pré cisément ! je ne v ois p as que ce soit le cas.
— Pour quoi ? . . . M ᵐᵉ D eplémont me dira la vérité , quelle qu’ elle soit.
Mais serai-je accepté ? els sont les sentiments de Gertr ude ?
— T u cr ois que des femmes, dans une situation aussi pré cair e , r
efuser ont une p ar eille aubaine ? s’é cria M. des Jonchèr es.
— Une p ar eille ! rép éta Ber nard mé content. Ce n’ est p as à ce
bas p oint de v ue qu’ elles envisag er ont ma demande . Nous n’av ons p as
affair e à des femmes v ulg air es.
— Une fille sans r elations, dans une situation p eut-êtr e très fausse si
son pèr e a fait quelque gr osse soise . . .
— Et après ? . . . Je n’ai ni pèr e , ni mèr e , ni sœur , ni frèr e que mon
mariag e puisse fr oisser . Ma p osition est très établie , et tu sais qu’une certaine
sy mp athie . . .
3Aimer quand même Chapitr e I
— Si je le sais ! inter r ompit M. des Jonchèr es. Je sais aussi que la sy
mp athie qui t’accueille p artout n’a jamais été plus mérité e ; je sais que . . .
— Je ne te demande p as de compliments, dit Cébr onne , se couant en
riant le bras de son ami. Mais, p our conclur e , cee p osition solide , ma
fortune p er sonnelle et mon travail me p er meent de me marier comme
je l’ entends.
— C’ est certain. . . et je ne te dis p as de p enser à un mariag e vaniteux,
mais entr e cela et une union comme celle dont tu p arles, il y a loin.
— Oui, rép ondit g aiement Cébr onne , il y a loin. . . il y a toute la
distance qui sép ar e le b onheur e xultant des p etites joies d’une union ter ne
et conv entionnelle . D e plus, ce mariag e est une b onne action. N’ est-il p as
nav rant de v oir une femme , une jeune fille délicieuse s’étioler sur un
travail qui n’ est p as fait p our elle et lui donne à p eine le né cessair e ?
— Réfle xion digne de toi, rép ondit M. des Jonchèr es. Mais cet ap er çu
philanthr opique ne doit rien dé cider .
— C’ est l’amour qui dé cide , répliqua Ber nard en souriant. T outefois,
mon cœur bat de joie à l ’idé e de l’ entour er du bien-êtr e dont la r uine l’a
privé e , et de mer e à sa p orté e tous les mo y ens de suiv r e les p enchants
g énér eux de sa b elle natur e , que je connais bien !
— Comment la connais-tu si bien ? T r op souv ent, après un temps
b e aucoup plus long, on ne connaît p as les g ens que l’ on cr oit av oir p
énétrés.
— Oui, mais, dans certaines crises doulour euses, le caractèr e se montr e
à nu. Fré quemment, je suis v enu v oir la malade à une heur e où, plus libr e
de mon temps, je p ouvais r ester et causer un p eu av e c M ˡˡᵉ D eplémont.
Je lui ai prêté des liv r es que nous av ons discutés ensemble . Elle a une
intellig ence ouv erte , éle vé e ; je l’ai toujour s v ue délicate et sensé e dans ses
jug ements, calme dans le malheur . Elle a été façonné e p ar une é ducatrice
austèr e : la douleur ! qui a dé v elopp é et mûri plusieur s de ses qualités
princip ales.
— Ah ! tu es bien pris ! s’é cria M. des Jonchèr es av e c émotion.
Il aimait pr ofondément le do cteur Cébr onne , le r eg ardant comme
l’homme le plus dr oit, comme la natur e la plus sy mp athique qu’il eût jamais
r encontrés. Il avait b e aucoup souffert de le v oir malheur eux dans une pr
emièr e union, dénoué e p ar la mort après tr ois anné es très tour menté es, et
4Aimer quand même Chapitr e I
il r e doutait une se conde er r eur .
— Je de vais, dit-il, te soumer e différ entes réfle xions, mais, à ton
âg e , surtout dans une car rièr e comme la tienne , un homme p ossède une
grande e xp érience , aussi p eut-êtr e as-tu raison. Maintenant, je t’ en v eux
d’êtr e ar rivé à un moment dé cisif sans m’av oir p arlé .
— Je m’ en v eux à moi-même . . . et si tu n’avais p as été absent depuis
quelque temps, je n’aurais p as aendu si tard. Je p ouvais t’é crir e , il est
v rai, mais. . .
— Mais tu r e doutais mes obser vations et tu v oulais y rép ondr e de viv e
v oix. . . je le compr ends ! Où demeur e cee femme idé ale ?
— À deux p as d’ici. . . r ue V avin.
— Alor s je me sauv e . . . tu meur s d’ envie d’êtr e débar rassé de moi et
de mar cher de ton p as fer me v er s la ré alisation du rê v e !
— Ne plaisante p as. . . tout mon av enir heur eux dép end de l’heur e
présente .
— Mon cher Ber nard ! T u connais mon affe ction ? Dieu me g arde de
te fr oisser dans un moment aussi sérieux ! Et j’ espèr e de tout mon cœur
que tu as bien jug é .
— En la v o yant, tu compr endras qu’il ne faut ni un grand jug ement,
ni une grande e xp érience p our appré cier une femme comme elle .
Il ser ra de nouv e au la main de son ami, et s’éloigna rapidement.
« Il est foncièr ement b on, se disait M. des Jonchèr es ; p our v u que ces
femmes ne soient p as des intrig antes ! »
En tr ois minutes, M. Cébr onne ar riva de vant une maison d’app ar ence
ordinair e bien qu’ elle contînt d’assez grands app artements. Le pr emier
était habité p ar le p ar ent de madame D eplémont, mais la maison étant
double , celle-ci avait pris au der nier étag e , sur le der rièr e , un mo deste
log ement comp osé de quatr e p etites piè ces clair es et aéré es.
M. Cébr onne monta lentement les cinq étag es et fut intr o duit dans
une chambr e qui ser vait en même temps de salon et de salle à mang er .
Elle était pr opr e et fort bien tenue , mais d’asp e ct si mesquin que jamais
Ber nard n’y p énétrait sans un ser r ement de cœur .
M ᵐᵉ D eplémont et sa fille cousaient de vant une table couv erte des
objets né cessair es à leur travail.
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