ENSAT INPT UMR DYNAMIQUES RURALES

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Niveau: Supérieur, Doctorat, Bac+8

  • mémoire


1 ENSAT-INPT - UMR DYNAMIQUES RURALES THESE Présentée pour obtenir Le titre de docteur de l'Institut National Polytechnique de Toulouse Ecole doctorale : Temps, Espaces, Sociétés, Cultures Spécialité : Etudes Rurales, mention Economie par Eve Anne BÜHLER Les mobilités des exploitations rizicoles du Rio Grande do Sul (Brésil) vers l'Uruguay : territorialités et stratégies transfrontalières d'accès aux ressources Soutenue le 19 décembre 2006 devant le jury composé de : M. Bernard Pecqueur, Professeur de Géographie, Université Joseph Fourier de Grenoble, Président du Jury M. Dominique Coquart, Professeur d'Economie, INPT-ENSAT, Directeur de Thèse M. José Eli Da Veiga, Professeur d'Economie, Université de São Paolo, Rapporteur M. Bernard Bret, Professeur de Géographie, Université de Lyon III, Rapporteur Mme Martine Guibert, Maître de Conférences en Géographie, Université de Toulouse-Le Mirail, Tutrice M. Patricio Mendez del Villar, Chercheur CIRAD, Membre

  • aspect particulier des stratégies menées

  • questionnement scientifique

  • formation scientifique du doctorant

  • travail doctoral

  • institutions de recherche et de collecte de données statistiques

  • professeur de géographie

  • riziculteurs gaúchos


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Publié le 01 décembre 2006
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Langue Français
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ENSAT-INPT - UMR DYNAMIQUES RURALES




THESE

Présentée
pour obtenir

Le titre de docteur de l’Institut National Polytechnique de Toulouse

Ecole doctorale : Temps, Espaces, Sociétés, Cultures

Spécialité : Etudes Rurales, mention Economie


par Eve Anne BÜHLER



Les mobilités des exploitations rizicoles du Rio Grande
do Sul (Brésil) vers l’Uruguay : territorialités
et stratégies transfrontalières d’accès aux ressources



Soutenue le 19 décembre 2006 devant le jury composé de :


M. Bernard Pecqueur, Professeur de Géographie, Université Joseph Fourier de
Grenoble, Président du Jury
M. Dominique Coquart, Professeur d’Economie, INPT-ENSAT, Directeur de
Thèse
M. José Eli Da Veiga, Professeur d’Economie, Université de São Paolo,
Rapporteur
M. Bernard Bret, Professeur de Géographie, Université de Lyon III, Rapporteur
Mme Martine Guibert, Maître de Conférences en Géographie, Université de
Toulouse-Le Mirail, Tutrice
M. Patricio Mendez del Villar, Chercheur CIRAD, Membre
1



Quelqu'un un jour sur un marché de Montevideo
nous a dit : "Ah ! Tu es venue connaître l'Uruguay !
Tu verras, ce pays c'est de l'eau, des champs, et des
frontières". Cette maxime semble toute faite pour
notre sujet d'étude : de l'eau pour l'irrigation de
rizières, des champs que les Brésiliens convoitent et
une frontière qu'ils savent utiliser …









A mes parents, qui toujours m'ont appris
à regarder plus loin et à ouvrir des
portes.



A Valter Lucio, qui m'a ouvert celles du
Brésil.

2 REMERCIEMENTS
Je tiens, en premier lieu, à remercier Dominique Coquart, Martine Guibert et Patricio
Mendez del Villar qui ont encadré cette thèse. Leurs conseils, leurs critiques, nos
échanges ont contribué à enrichir ma réflexion et ma démarche. Ils m’ont permis de
construire librement cette recherche et ont su se montrer présents tout au long de ce
travail.
Mes remerciements vont aussi au Laboratoire Dynamiques Rurales, au sein duquel j’ai
pu trouver le soutien d’une équipe de recherche. Grâce au PGDR de Porto Alegre et au
professeur Lovois De Andrade, j’ai également pu bénéficier d’excellentes conditions de
travail au Brésil.
Je souhaite remercier Sandrine, Julien, Mélanie, Johan, Damou, et Géraldine qui m’ont
aidé et motivée pour mener à bien cette thèse. J’ai aussi profité des encouragements de
Laurent Gégou, Joseph Buozi, Laurence Barthes, Fabienne Cavaillé, Geneviève NGuyen,
Marie-Pierre Sol. Je leur en suis particulièrement reconnaissante.
J’exprime aussi ma gratitude à ceux qui ont contribué au bon déroulement de ce travail
par leur présence et leur dynamisme : Ivaldo Gelhen, Jacques Abadie, Laetitia, Kate,
Valérie Olivier, Valérie Baraud, Arlette Pech, François, Aquiles et Aude.
Un grand merci également à Juliette, Jill, Béné, Cyril, Mike, Nico, Philippe et Everine
pour leur gentillesse, leur disponibilité et leurs conseils.
Les institutions de recherche et de collecte de données statistiques m'ont aussi été d'un
grand secours et à de nombreuses reprises j'ai pu accéder à des données non publiées, qui
m'ont été fournies gracieusement. Je tiens particulièrement à exprimer ma reconnaissance
à l'INIA (Uruguay), au MGAP (Uruguay), à la FEE (Rio Grande do Sul), mais encore à
l'EMATER et à l'IRGA (Rio Grande do Sul). Auprès de chacun de ces organismes j'ai pu
trouver des interlocuteurs attentionnés et disponibles, qui m'ont aidée et soutenue à de
nombreuses reprises lors de mes séjours de terrain. Grâce à eux, j'ai pu réaliser le travail
d'enquêtes dans de bonnes conditions matérielles. Je ne peux tous les citer ici mais
chacun d'eux est dans ma mémoire, et j'espère qu'ils se reconnaîtront dans ces lignes.
Agradeço calorosamente João, André, Juarez, e todos os agricultores que me permitiram
entender de arroz e que sempre me acolheram com muita simpatia. Alguns deles me
ofereceram uma amizade sincera que me acompanhará ao longo do tempo.
Enfin, je remercie mes parents et Valter qui, chaque fois qu'ils l'ont pu, m’ont
accompagnée et entourée.
3 SOMMAIRE
Introduction générale

PARTIE I LES RIZICULTURES DU RIO GRANDE DO SUL ET DE L'URUGUAY :
CONVERGENCE OU MAINTIEN DES SPECIFICITES ?

• Chapitre 1. Une géographie commerciale remodelée suite à la création du
Mercosur
• Chapitre 2. Un bassin de production transfrontalier nord-pampéen en formation ?
• Chapitre 3. Quelles différences dans les conditions de production de part et
d'autre de la frontière ?
• Chapitre 4. L'insertion des riziculteurs nord-pampéens dans les filières : des
particularités nationales

PARTIE II. LES FONDEMENTS TERRITORIAUX DE LA PROPENSION DES RIZICULTEURS
RIOGRANDENSES A LA MOBILITE VERS L'URUGUAY

• Chapitre 1. De l'espace au territoire : vers une compréhension des comportements
spatiaux des agents économiques
• Chapitre 2. La formation d'une agriculture mobile au Brésil
• Chapitre 3. La propension à la mobilité des agriculteurs gaúchos
• Chapitre 4. Les riziculteurs gaúchos : des facteurs de mobilité spécifiques ?

PARTIE III. TYPES D'EXPLOITATIONS RIZICOLES, DECISION ET FORMES DE LA
MOBILITE PRODUCTIVE

• Chapitre 1. Quelles exploitations rizicoles riograndenses en Uruguay ?
• Chapitre 2. Un modèle d'analyse de la prise de décision dans les exploitations
rizicoles riograndenses
• Chapitre 3. Les formes de la mobilité productive des exploitations rizicoles
riograndenses

Conclusion générale

Bibliographie

Liste des sigles et acronymes
4 Introduction générale
Cette thèse porte sur le déplacement d'une activité productive, interrogeant les
comportements des agriculteurs et leurs manifestations. Prise en ces termes, cette
thématique cible un aspect particulier des stratégies menées par des exploitants agricoles.
Pour comprendre pourquoi ce questionnement a été privilégié puis comment il a été
construit, il nous faut remonter à ses fondements, qui trouvent en partie leur origine dans
notre parcours de formation.
Origines et contexte de la recherche
C'est dans la confrontation d'un parcours scientifique et d'une rencontre avec un
terrain que cette recherche doctorale trouve ses origines. En effet, bien souvent les
questionnements scientifiques sont indissociables des trajectoires des chercheurs qui les
portent, et si en aucun cas les motivations personnelles ne sauraient exonérer de la
rigueur et l'objectivité exigées par la recherche, il serait cependant utopique de vouloir
dissocier le chercheur du travail qu'il développe. Ainsi, l'explicitation des chemins et des
voies qui précèdent l'aboutissement d'un travail scientifique contribuent nous semble-t-il
à améliorer la lisibilité de la démarche, à permettre au lecteur d'avoir toutes les clefs pour
comprendre et porter un regard averti sur une recherche. Ceci nous semble d'autant plus
vrai pour un travail doctoral, qui participe de la formation scientifique du doctorant et est
encore étroitement lié au parcours effectué durant les années antérieures.
Notre bagage scientifique s'est forgé au fil des enseignements reçus en sciences
humaines et sociales et des travaux que nous avons réalisés, tous liés au monde rural et
aux productions agricoles, et tous caractérisés par des perspectives interdisciplinaires. Ils
nous ont conduit à accorder une attention particulière aux interactions existant en France
entre les activités agricoles et les espaces au sein desquels elles sont menées. La
rencontre de ce parcours avec la découverte de phénomènes lointains, semblant relever
de dynamiques fort différentes de celles étudiées jusqu'alors, a interpellé notre vision du
monde rural et les outils théoriques que nous avions forgés pour l'analyser.
Avant de commencer cette recherche, nous avions travaillé à plusieurs reprises sur
des questions liées à la qualité des aliments et des produits issus de l'agriculture. Nous
avons achevé une formation en AES (Administration Economique et Sociale) par un
stage de recherche au CIRAD. Ce dernier, consacré aux déterminants de l'offre et de la
demande de qualité des aliments, nous a amenée à observer les caractéristiques des
produits agroalimentaires sous le point de vue de leurs différents attributs (Bühler, 2000).
5 Nous y avons appris que, parmi les attributs de qualité, certains sont le fruit de savoir-
faire et de traditions spécifiques à des régions et donnent à l'aliment des caractéristiques
organoleptiques et symboliques particulières. La reconnaissance par le consommateur de
ces attributs, sa disposition à accorder de la valeur à la dimension patrimoniale des
aliments et à leurs modes de production participe au resserrement des liens existant entre
les produits et les territoires. Par ailleurs la capacité des agents des filières à s'organiser, à
mener des actions collectives pour mettre en place des normes communes de production,
pour créer des signes officiels de qualité établissant un lien express entre les produits et
leur origine géographique (exemples des AOC, IGP, etc.) amène à observer leurs
coordinations sur du temps long. Ces approches contribuent à observer les agriculteurs
sous l'angle des coordinations qu'ils mettent en place à moyen et long terme avec le reste
de la filière et avec le territoire dans lequel ils sont inscrits, à les considérer du point de
vue de la continuité et non de la rupture. Un travail d'enquêtes de terrain réalisé en DEA
auprès des producteurs de raisin chasselas AOC à Moissac s'est situé dans cette même
1
lignée. Ajoutons que les enseignements pluridisciplinaires reçus en DEA comportaient
un important "volet qualité". De même, les thématiques de recherche développées au sein
de notre laboratoire d'accueil "Dynamiques Rurales" accordent une large place à la
réflexion sur les modalités d'insertion des exploitations agricoles et des filières
2
agroalimentaires dans les territoires ruraux .
Parallèlement, des voyages en Amérique latine avaient aiguisé notre curiosité pour
le monde rural du Cône Sud. L'existence d'un pôle toulousain de chercheurs "latino-
américanistes" fédérés au sein de l'IPEALT (Institut Pluridisciplinaire pour les Etudes sur
l'Amérique Latine à Toulouse) travaillant en collaboration avec notre UMR d'accueil,
nous a conduit à orienter notre approche ruraliste vers les terrains du Cône sud-
américain. Par ailleurs, des liens tissés avec des chercheurs du CIRAD alors en poste au
Brésil nous ont amené à nous intéresser plus particulièrement à la riziculture brésilienne.
Dans le même temps, des lectures et des conversations avec des chercheurs
"américanistes" ont attiré notre attention vers un phénomène observé à la frontière du Rio
Grande do Sul (Brésil) et de l'Uruguay (plus marginalement de l'Argentine) : différentes
sources faisaient état d'exploitations rizicoles tenues par des Brésiliens s'étant localisées
dans les pays limitrophes. Existant déjà de façon marginale depuis les années 1970, ces
mouvements semblaient s'être intensifiés après les années 1990, à tel point que d'aucuns

1
DEA ESSOR (Espaces, sociétés rurales et logiques économiques), dispensant des enseignements en
géographie, sociologie et science économique.
2
Parmi les quatre thèmes de recherche du projet quadriennal 2002-2005 de l'UMR Dynamiques Rurales,
deux faisaient expressément référence à cette relation entre activités agricoles et territoires. Le premier
s'intitule "Système d'exploitations et rapports de l'agriculture au territoire", et le second porte sur "Produits
et organisation des territoires ruraux", au sein duquel sont développés les sous-thèmes suivants :
"Ressources et qualification du territoire" et "Filières et sociétés locales".
6 les ont interprétés comme étant l'une des premières manifestations du processus
3
d'intégration lié à la création du Mercosur (Guibert, 1999 ; Pagliettini et Carballo, 2001).
Dans cette perspective, nous avons consacré notre mémoire de DEA à l'étude des
relations pouvant exister entre la recherche de compétitivité par les acteurs de la filière
rizicole du Rio Grande do Sul et les recompositions territoriales transnationales
auxquelles elles pouvaient donner lieu (Bühler, 2001).
Mais plus que les dynamiques à l'œuvre au niveau des filières et des territoires, ce
sont les comportements des riziculteurs qui ont finalement mobilisé notre réflexion lors
de l'élaboration de cette thèse. En effet, le fait de déplacer une exploitation agricole d'un
pays vers un autre, dans un objectif manifeste de tirer avantage de conditions de
production différentes de la zone de départ, invite à observer l'exploitation agricole non
plus du point de vue de la capacité des agriculteurs à valoriser une insertion pérenne dans
un territoire, mais au contraire de leur propension à remettre en cause une localisation
pour en tirer un bénéfice.
Objet et posture de recherche
Le Rio Grande do Sul (Etat de l'extrême sud de la République Fédérative du
2
Brésil) et l'Uruguay sont de superficie similaire : 282 000 km pour le premier, et
2
176 000 km pour le second. Le Rio Grande do Sul compte environ 9 millions d'habitants
en 2005, encore ruraux pour près de 18% d’entre eux, alors qu'ils étaient 70% en 1940,
avant que le grand exode rural ne fasse sentir son effet. Le peuplement de l'Uruguay est
pour sa part largement concentré dans les villes puisque seulement 8% de la population
est rurale. Modèle de l'agriculture modernisée, la riziculture irriguée de la région est
pratiquée selon des techniques très pointues, ayant fait l'objet de nombreuses recherches
agronomiques et nécessitant une importante mécanisation. Si elle est présente dans cette
zone depuis des décennies, la riziculture s'est particulièrement développée sur les
étendues les plus planes et offrant d'abondantes ressources en eau, caractéristiques des
plaines nord-pampéennes. Production hautement stratégique pour ces deux pays, le riz est
à la base de l'alimentation des Brésiliens et constitue une source de devises pour
l'Uruguay.
C'est dans cet environnement régional que des exploitants originaires du Rio
Grande do Sul ont décidé d'ouvrir des unités productives en Uruguay, phénomène qui
sera au centre de ce travail doctoral. Les exploitations rizicoles sont des entreprises qui
peuvent être composées de plusieurs établissements, c'est-à-dire d'unités de production

3
Marché Commun du Sud.
7 autonomes et de localisation distincte mais relevant d'un même agriculteur. Toutefois,
pour éviter la confusion entre le sens français d'établissement et son sens portugais,
synonyme d'exploitation agricole, nous préférons utiliser le terme d'unité productive
pour désigner les établissements, et réservons au terme d'établissement le sens
4
d'exploitation. Pour l'année agricole 2000/ 2001 , l'enquête annuelle des services
5 6
statistiques du ministère uruguayen de l'agriculture montre qu'un tiers des 500
riziculteurs que comptait le pays étaient de nationalité brésilienne. S'ils sont significatifs
lorsque observés depuis l'Uruguay, ces comportements sont en revanche plus marginaux
au vu de la population rizicole de la zone de départ. En effet le dernier recensement
agricole brésilien en date de 1996 comptabilisait alors 9 600 exploitations rizicoles au
Rio Grande do Sul (IBGE, Censo Agropecuario 1995/96). Ce phénomène est cependant
trop répétitif et la présence brésilienne est trop importante au regard de la population
rizicole de l'Uruguay pour qu'il ne s'agisse que de simples cas particuliers, répondant à
des logiques isolées. Ces ordres de grandeur justifient notre intérêt à prendre de tels
mouvements en considération.
La posture de recherche adoptée se veut résolument empirique, orientée vers la
compréhension des comportements des riziculteurs à partir de leur observation et de
l'étude de leurs éventuelles causes et implications. C'est la collecte et l'analyse de
données de terrain qui constitue le socle de la démonstration, les contributions théoriques
permettant de les articuler et de les interpréter. Dans cette perspective, nous optons pour
une approche pluridisciplinaire et choisissons de mobiliser chaque apport théorique et
méthodologique au long du raisonnement, lorsqu'il éclaire une dimension des
comportements observés. Les sciences économiques nous permettent de prendre en
considération les facteurs explicatifs des choix de localisation des entreprises ainsi que
les objectifs qu'elles recherchent en termes de stratégies productives. Elles sont le point
de départ de la réflexion, permettant d'identifier les types de facteurs d'attraction présents
en Uruguay, qui sont à la base de la motivation conduisant à la mobilité productive.
Pour entrer plus finement dans le processus décisionnel et y intégrer aussi des
éléments d'ordre plus cognitif, ayant trait à la relation collectivement construite entre
agriculture et territoire, nous mobilisons la discipline géographique. Cette dernière
viendra enrichir les approches interactionnistes des sciences économiques qui offrent
déjà une lecture de la dimension spatialisée des stratégies économiques, en particulier le
courant de la proximité. Cela permettra de prendre en compte la manière dont la
formation d'un territoire collectif contribue à fonder la territorialité des agriculteurs, puis

4 L'année agricole court de mars de l'année en cours à février de l'année suivante.
5 DIEA.
6
MGAP.
8 à influencer leurs comportements. En effet, si le territoire peut succinctement se définir
7
comme une portion d'espace approprié (Raffestin, 1981) , la territorialité fait pour sa part
référence au rapport que les individus entretiennent avec leur territoire et aux pratiques
qui en émanent. La discipline géographique offre ainsi l'opportunité de prendre en
compte différentes dimensions des comportements individuels autres qu'économiques,
relevant d'habitudes et de normes collectivement construites. Enfin, nous mobilisons des
travaux de gestionnaires pour décortiquer le processus décisionnel amenant à effectuer un
choix de localisation, ainsi que certains écrits de sociologues et anthropologues pour
observer les interactions entre la dimension économique et la dimension sociale de la
décision.
Problématique et hypothèses
L'observation des riziculteurs du Rio Grande do Sul et de leurs pratiques de la
mobilité interroge notre manière d'appréhender les dynamiques agricoles puisqu'il semble
que l'accès aux ressources ne se fasse pas par leur construction locale mais par un
déplacement de l'activité productive qui permet d'aller les chercher là où elles se
trouvent. Cela signifie que le lien existant entre les agriculteurs et leur territoire repose
sur des bases différentes de ce que nous avions pu observer dans les productions
françaises sous signe officiel de qualité. C'est alors la capacité des riziculteurs à remettre
en cause la localisation de leurs unités productives dans un objectif de captation des
ressources qui devient objet de la recherche. Les exploitants peuvent, en effet, rechercher
dans leur environnement des caractéristiques particulières, afin de les mobiliser au sein
d'un processus productif et de répondre aux objectifs qu'ils se fixent. Ces caractéristiques
peuvent être des facteurs de production (outils, travail, foncier, etc.), mais aussi des
financements ou encore un environnement économique ou politique stable, permettant
d'exercer le métier dans de bonnes conditions. Les ressources désignent alors tout
élément, tangible ou intangible, susceptible d'être valorisé au sein de l'exploitation.
Partant, plusieurs questionnements conduisent à la formulation d'une problématique et
d'hypothèses de recherche.
En se positionnant dans un pays voisin, les riziculteurs démontrent qu'ils ont
effectué un arbitrage quant à la localisation de leur exploitation puisqu'ils n'ont pas opté
pour le comportement, apparemment le plus simple, qui consisterait à rester dans leur
pays d'origine. Ils ont donc mesuré ce que leur apporterait une localisation en Uruguay
par rapport à une localisation au Rio Grande do Sul et en ont conclut que le pays voisin
leur offre des conditions de production plus avantageuses que celles qu'ils rencontrent

7
Nous reviendrons de façon plus approfondie sur cette définition et ses implications dans la partie II.
9 dans leur pays d'origine. Les travaux des économistes portant sur les critères qui fondent
les choix de localisation des entreprises permettent de percevoir quels sont les attributs
qui sont en mesure d'influencer l'attractivité d'un lieu ou d'un pays pour un chef
d'entreprise. La plupart des chercheurs s'accordent à dire que les éléments qui fondent sur
un plan international les choix de localisation ou de délocalisation sont liés à la
comparaison des caractéristiques de chaque localisation potentielle. Cette comparaison
porte sur les coûts des facteurs de production, mais aussi sur l'accès à un marché, à des
8
compétences ou encore à des externalités positives (Porter, 1993 ; Lahille et al., 1995) .
S'ajoutent à cela des critères moins tangibles, tels la volonté de tirer parti d'une stabilité
économique ou politique, des stratégies de diversification des risques en multipliant les
implantations spatiales. Cela conduit à d'autres analyses d'économistes, fondant les choix
de localisation des entreprises sur des stratégies à la fois productives et
organisationnelles, les firmes intégrant différents "avantages localisés" dans leurs
processus productifs et les coordonnent entre eux (Krugman et Obstfeld, 1995 ; Berger,
2006 ; El Mouhoud, 2006). Ces approches ont pour point commun d'expliquer les choix
de localisation par l'observation des facteurs qui jouent un rôle attractif sur les
entreprises.
Or, si cette perspective permet de percevoir quels sont les éléments
environnementaux et organisationnels des firmes qui pèsent sur les choix de localisation,
elle pose problème lorsqu'on souhaite les appliquer à l'agriculture. En effet, elle n'accorde
aucun statut particulier au foncier, qui en agriculture est à la fois facteur de production et
patrimoine, prenant même une dimension identitaire selon l'exploitation et la société dont
il s'agit. De même, aucune place n'est faite aux interactions parfois fortes constatées dans
le monde agricole entre l'activité professionnelle et la vie familiale. Par ailleurs ces
approches s'articulent mal avec la question que nous posons : notre objet d'interrogation
porte certes sur ce qui amène un agriculteur à choisir un lieu plutôt qu'un autre pour
localiser sa production, mais aussi sur ce qui déclenche la volonté ou le besoin d'effectuer
un tel choix. Autrement dit, avant de justifier de l'intérêt à localiser des exploitations
rizicoles en Uruguay, nous souhaitons avant tout expliquer ce qui y mène et comment il
est possible de le mettre en oeuvre. A ce titre, nous empruntons à Chanteau (2001) le
terme de mobilité productive pour désigner la mobilité des processus de production
et de leurs structures, par distinction de la mobilité des seuls facteurs de production,
9
des biens et services ou des capitaux .

8
Des études plus appliquées vont dans le même sens, tel le rapport Grignon sur les délocalisations remis au
Sénat en 2004 (Grignon, 2004).
9 Par distinction aussi du terme de délocalisation qui désigne le cadre assez strict des entreprises fermant
une unité de production dans un pays avec l'objectif d'en ouvrir une autre dans un pays tiers, tout en
conservant le même marché (Grignon, 2004). Les délocalisations relèvent nous semble-t-il de logiques
10