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Alphonse Karr LES FEMMES (1860) Édition du groupe « Ebooks libres et gratuits » Table des matières I. OÙ L’AUTEUR ÉTABLIT LA MODESTIE DE SES INTENTIONS............................................................................5 II. S’IL Y A DES VIEILLES FEMMES. .................................. 17 III. DE LA BEAUTÉ. ............................................................. 30 IV. LA QUESTION DES CHIFFONS. .................................... 41 V. LA NOBLESSE. – L’AMOUR ET LE MARIAGE. – LA FEUILLE DE FIGUIER. – LES HERMAPHRODITES. – LA ROBE BLEUE. – LA PESTE. – LE DIVORCE........................52 VI. DEUX HISTOIRES. – UN SALMIS DE DENTELLE. – LES JEUNES FILLES. – PRODUIT DE LA DÉVOTION.......62 VII. UTILITÉ DE L’HISTOIRE. – À L’ÉGLISE. – LES VISITES. – L’ÉDUCATION ET LA VIE. – LA BEAUTÉ ET LA MANIÈRE DE S’EN SERVIR. – L’ÂGE DES FEMMES. – L’AMITIÉ. ...............................................................................72 VIII. LA MORALE DE PAPIER. ............................................82 IX. LES PRÉSENTATIONS....................................................89 X. AUX MÈRES. – SUR L’ÉDUCATION DES ENFANTS. – L’ARGOT DES COUTURIÈRES. ............................................94 XI. UN JEUNE HOMME. ....................................................106 XII. ONZE VERS..................................................................108 XIII. UN DÎNER DE JEUNES GENS. .................................109 XIV. LES ACTRICES. – LES VIOLETTES ROSES. – LA POLITESSE. – LE MAGISTRAT CORROMPU.....................114 XV. LE BEAU SEXE. – LA LUTTE. – LES BEAUX YEUX. – LES FRANÇAISES PEINTES PAR ELLES-MÊMES.............121 XVI. À PROPOS DES CHEVEUX. ....................................... 126 XVII. SUR LA MODE. – LES FEMMES ET LES SINGES. – LA DÉCENCE DOIT ÊTRE TOUJOURS À LA MODE......... 129 XVIII. AU THÉÂTRE........................................................... 133 XIX. LES GRANDES ET LES PETITES FEMMES.............. 134 XX. UNE FAUTE DE BON SENS. ....................................... 137 XXI. LE BONHEUR.............................................................146 XXII. À PROPOS DE PEINTURE. 153 XXIII. LES LOTERIES......................................................... 155 XXIV. LES FEMMES ET LE DEUIL. ..................................160 XXV. COMME QUOI IL FAUT CÉDER AUX FEMMES. – LA MODE. – LES CANTIQUES. – LES FEMMES ET LA GUERRE. ..............................................................................169 XXVI. LA FAUSSE MORALE. ............................................. 181 XXVII. UNE LOCUTION PROVERBIALE. – LES CONTES DE FÉES................................................................................183 XXVIII. À PROPOS D’UNE VIEILLE FEMME QUI FAISAIT DE LA CHARPIE. .................................................. 185 XXIX. UNE SCIENCE PERMISE. .......................................190 XXX. SUR LA TOILETTE. ................................................... 193 XXXI. MOTHER’S CLUB FASHIONABLE. ........................ 195 À propos de cette édition électronique.................................198 – 3 – À JANIN À mon ami FRANÇOIS PONSARD – 4 – I. OÙ L’AUTEUR ÉTABLIT LA MODESTIE DE SES INTENTIONS. Je n’ai pas l’intention de faire à propos des femmes ni un livre, ni un traité, ni de rien prouver. Tout homme de bonne foi qui se voudra rappeler les diverses opinions qu’il a eues sur les femmes depuis son enfance jusqu’à sa vieillesse y trouvera un étrange chaos et verra qu’il n’est pas beaucoup plus avancé que le premier jour, et que, s’il pouvait recoudre une autre existence au bout de celle qui lui a été donnée à dépenser, il aurait encore à apprendre pendant tout le temps de cette seconde vie, et ne saurait rien quand elle prendrait fin à son tour. D’ailleurs, que sait-on jamais ? Le vieillard ne sait, pas plus comment doit se conduire le vieillard, que le jeune homme ne connaît ce qu’il y a de mieux à faire pour le jeune homme : Il ne profite pas à l’homme qu’il vieillisse ; À chaque âge, il arrive ignorant et novice. Je dirai des femmes ce que je sais et ce que je me rappelle- rai, ce que j’ai vu et ce que j’ai lu – à peu près sans ordre, comme dans une conversation. Mais avant de commencer je dois me défendre contre une accusation que je vois déjà sus- pendue sur ma tête. Il m’est arrivé quelquefois de parler aux femmes avec une certaine amertume ; j’aurai en cette circons- tance occasion de leur faire par-ci par-la quelques observations, quelques reproches, et quelques-unes de mes lectrices diront : « Fi ! voilà un homme qui n’aime guère les femmes. » Je les prie de ne pas admettre légèrement une pareille accusation et de – 5 – prendre en considération quelques arguments que voici : Lors- que les femmes me choquent, c’est lorsque, cédant à une mode ridicule ou à une idée fausse, elles semblent s’efforcer d’être moins femmes ; – c’est lorsqu’elles veulent se dépouiller de quelques-uns de leurs charmes, et s’exposent à perdre de leur précieux empire et de leur chère tyrannie. Dirait-on qu’un homme n’aime pas le vin, parce qu’il prendrait tous les soins possibles pour ne rien lui laisser perdre de sa saveur et de son arôme ? et l’accuserait-on, en le voyant, boucher soigneusement les bouteilles, d’être un affreux despote qui condamne la liqueur de Bacchus à un esclavage insupportable, parce qu’il l’empêche de devenir un insipide breuvage et une fade piquette ? Mais quand j’aurais dit autre chose, quand j’aurais adressé aux femmes des reproches tout autrement graves et même in- justes, ne savent-elles pas que ceux-là seuls peuvent avoir à se plaindre d’elles qui les aiment le plus, et l’histoire, depuis celle qu’on lit jusqu’à celle que l’on voit et à celle que l’on fait tous les jours, ne nous montre-t-elle pas tous ces grands détracteurs des femmes n’être que des fanfarons qui expient par un esclavage particulier la liberté de leurs discours publics ? Salomon, qui, dans ses proverbes, ne leur ménage pas les duretés, qui les dé- clare « plus amères que la mort », leur sacrifie jusqu’au Dieu des Hébreux. Euripide, qui, dans ses tragédies, les traite généra- lement fort mal, leur était si dévoué dans le particulier, qu’au rapport d’Athénée il avait épousé deux femmes ainsi que la loi le permettait, et allait encore volontiers chercher au dehors un supplément aux chaînes dont il parlait avec tant de dédain. Pour Boileau, c’est une autre affaire, et je plaiderai en sa faveur deux circonstances tristement atténuantes. La première, c’est que sa colère est traduite du latin ; la se- conde, c’est que c’est la faute d’un dindon. On ne se représente guère Boileau enfant, l’imagination ne le sépare pas volontiers de la grande perruque et de cet air cha- – 6 – grin et sévère qu’il se plaisait à attribuer à l’ennui de se voir mal gravé. Cependant, tous ceux qui ont parlé de lui s’accordent à dire qu’il a été enfant, et il n’est guère permis d’en douter. Donc, Boileau enfant et encore en jaquette fut, dit-on, renversé dans une cour par un dindon très malfaisant, du bec duquel on ne l’arracha que fort maltraité pour le présent et pour l’avenir. C’est le seul des critiques des femmes qui n’ait pas expié notoi- rement aux pieds des belles les fanfaronnades qu’il se permet- tait la plume à la main, qui n’ait pas payé à chacune le mal qu’il disait de toutes ; le seul auquel on ne puisse prêter cette confes- sion : Je hais ce sexe en gros – je l’adore en détail. Il est curieux de voir le concert de mauvais propos tenus sur les femmes depuis l’origine du monde, et de le rapprocher de l’empire qu’elles ont exercé sans intervalles sur les hommes de tous les temps. Écoutez Salomon : « La grâce de la femme est trompeuse et sa bonté n’est que vice, » dit-il dans ses prover- bes ; et plus loin : « L’homme amoureux suit la femme comme un bœuf que l’on mène au sacrifice. » « Autant il y a de poissons dans la mer, disait Codrus, au- tant il y a d’étoiles au firmament, autant il y a de fourberies dans le cœur de la femme. » Le grave Hippocrate reproche aux femmes « leur malice naturelle. » Socrate disait : « Il vaut mieux demeurer avec un dragon qu’avec une femme, » et il ajoutait : « Il faut craindre l’amour d’une femme plus que la haine d’un homme. » Saint Paul rappelle aux femmes leur subjection à l’homme ; elles doivent à l’homme, suivant cet apôtre, tout le respect que l’homme doit à Dieu. Il leur défend sévèrement de parler dans – 7 – l’église et même de mêler leur voix à celle des prêtres pour chanter les louanges du Seigneur. L’histoire et la Fable de concert attribuent aux femmes tous les maux qui ont affligé l’espèce humaine. – Ève, Dalila, Pan- dore, Déjanire, Hélène, les filles de Danaüs, etc. Les chrétiens défendent aux femmes les fonctions sacerdo- tales ; la jurisprudence leur interdit le barreau. – Mahomet les exclut de son paradis, et cependant il y donne place au mouton, qui remplaça le fils de Jacob au moment où il allait être sacrifié ; à la baleine, qui avala Jonas ; à la fourmi, que Salomon, dans ses Proverbes, propose à l’homme pour modèle, et au perroquet de la reine de Saba. « En général, dit Tite-Live, les femmes sont plus douces en public qu’à la maison. » « Il ne faut pas choisir entre les femmes, dit Piaule : aucune ne vaut rien. » Saint Chrysostome dit encore pis. – Sénèque le Philosophe prétend que « la seule chose qui puisse faire supposer la vertu chez une femme, c’est la laideur. » Les rabbins, dans les commentaires sur la loi zélotypia, – la jalousie, – à cette question : «Combien de temps faut-il qu’une femme reste seule avec un homme autre que son mari pour que celui-ci ait le droit de la supposer adultère et de la traiter comme telle ? » les rabbins répondent : « Le temps de faire cuire un œuf à la coque et de l’ava
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