L’immigration juive en France de la fin du XIX ème à la fin de la seconde guerre mondiale
5 pages
Français

L’immigration juive en France de la fin du XIX ème à la fin de la seconde guerre mondiale

-

Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres
5 pages
Français
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

conférence de Gérard Noiriel, témoignage de Sarah Lichsztejn-Montard et compte rendu
mercredi 25 juin 2008
Mercredi 25 juin 2008 à 14h30, Lycée Edgar Quinet Gérard Noiriel, Sarah Lichtsztejn-Montard PC n°6
L’immigration juive en France de la fin du XIX ème à la fin de la seconde guerre mondiale avec Gérard Noiriel
Conférence du cercle d’étude du mercredi 25 juin 2008 à Edgar Quinet.
Témoignage de Mme Sarah Lichtsztejn-Montard, déportée à Auschwitz
Gérard Noiriel, Directeur d’études à l’EHESS

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 27 juillet 2012
Nombre de lectures 184
Langue Français

Exrait

L’immigration juive en France de la fin du
XIX ème à la fin de la seconde guerre
mondiale
conférence de Gérard Noiriel, témoignage de Sarah Lichsztejn-Montard et compte rendu
mercredi 25 juin 2008
Mercredi 25 juin 2008 à 14h30, Lycée Edgar Quinet Gérard Noiriel, Sarah Lichtsztejn-Montard PC
n°6
L’immigration juive en France de la fin du XIX ème à la fin de la seconde guerre mondiale avec
Gérard Noiriel
Conférence du cercle d’étude du mercredi 25 juin 2008 à Edgar Quinet.
Témoignage de Mme
Sarah Lichtsztejn-Montard
, déportée à Auschwitz
Gérard Noiriel, Directeur d’études à l’EHESS
Compte rendu de la conférence :
Présentation des intervenants
Jean Claude Halpern présente les intervenants, Gérard Noiriel, historien, professeur à l’Ecole
normale supérieure, directeur d’études à EHESS , membre du conseil scientifique de la Cité
nationale de l’histoire de l’immigration jusqu’à sa démission en 2007 à l’annonce de la création du
ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale, président du CVUH et Madame
Sarah Lichtsztejn-Montard, originaire de Pologne, déportée à Auschwitz, témoin.
L’immigration juive en France
de la fin du XIXe siècle à la Seconde guerre mondiale
Tirer des enseignements du passé pour comprendre le présent
Gérard Noiriel en étudiant la question de l’immigration et du racisme en France a travaillé sur
l’immigration juive. Il se définit ainsi : « Je suis un historien qui est resté fidèle à l’enseignement de
Marc Bloch, c’est-à-dire que je crois que notre discipline doit toujours maintenir le cap sur
l’universel, mais aussi toujours essayer de comprendre et d’expliquer le passé. ».
Les juifs considérés comme des étrangers
Une communauté juive importante est établie dans l’est et dans le sud-ouest de la France, subissant
la discrimination dans un Etat monarchique et religieux. La Révolution française avec la
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, établit une distinction entre espace public et
espace privé. Depuis la IIIe République il est interdit de poser des questions, lors des recensements,
sur la religion des personnes. L’immigration juive n’est donc pas quantifiable au niveau des
statistiques. En 1880, sur 60 000 à 80 000 juifs environ, quelques milliers de juifs peuvent s’intégrer
dans diverses couches sociales françaises, notamment dans les classes moyennes. On observe une
tendance très forte à la laïcisation. Elle permet au XIXe le processus d’intégration des juifs.
Refus de la nationalité française
« Avant 1889, même les juristes ne savaient pas dans certains cas qui était Français et qui ne l’était
pas. Les enfants d’étrangers pouvaient toujours refuser la nationalité française quand ils arrivaient à
leur majorité. Et, contrairement à ce que l’on nous raconte aujourd’hui par rapport au passé qui est
toujours enjolivé, quand on nous dit que les immigrants du passé étaient tous des patriotes dans
l’âme, etc., qu’ils avaient tous l’amour de la France alors que ceux d’aujourd’hui ne l’auraient plus,
l’histoire montre que ce n’est pas comme ça que cela fonctionnait puisque 90% des enfants
d’étrangers, quand ils arrivaient à l’âge adulte, refusaient la nationalité française. » explique Gérard
Noiriel.
Ce refus pour ne pas faire le service militaire qui était de 3, 5 ou 7 ans, ce qui a déclenché des crises
de xénophobie.
Nationalisme et pogroms
En 1889, la première loi sur la nationalité française impose le double «
jus soli
» : celui qui est né en
France et de parents nés en France est Français.
« Nous sommes dans un contexte qui est dominé par un phénomène fondamental, qui est la
construction des Etats-nations partout dans le monde. Et ce que cela entraîne comme phénomène
tout à fait dramatique, cela va être évidemment la naissance du nationalisme et dans un certain
nombre de pays aux régimes, disons, autoritaires, -les empires- qui à cette époque-là ne sont pas les
régimes totalitaires qu’on aura après la Première Guerre. Dans les empires a des formes de
persécution à l’encontre des minorités. C’est aussi le problème des persécutions à l’égard des
Arméniens qui se développent au cours de la même période. Mais les premières victimes sont les
juifs, notamment en Russie et en Pologne. », déclare Gérard Noiriel.
Dès les premiers pogroms en Russie, un comité, présidé par Victor Hugo avant sa mort, en 1881, se
met en place pour accueillir des juifs de Russie au nom des droits de l’homme. Ce fait est dénoncé
par la droite et l’extrême-droite. « Ce que l’on appelle parfois, encore aujourd’hui,-
malheureusement cela resurgit-, les "droits-de-l’hommisme", en disant : "Vous préférez les
étrangers aux Français, ces gens-là ne sont pas victimes, ce sont des voleurs, des chômeurs"… »
ajoute Gérard Noiriel.
Développement de l’antisémitisme en France
Dans cette immigration, deux groupes sociaux se détachent avec une petite fraction d’intellectuels,
d’étudiants, de militants politiques, membres de professions libérales et un groupe plus important,
d’ouvriers, d’artisans de l’industrie textile, de la confection, du cuir. Ils transforment l’artisanat
français. Ces juifs russes s’installent dans le quartier du Marais et à Belleville . Paris devient le
premier exportateur de casquettes. Mais Paris devient fortement antisémite. L’antisémitisme se
développe à cause de la concurrence avec les artisans français. Les classes populaires et les élites se
retrouvent dans l’antisémitisme. Sur un million d’étrangers en France, on compte 30 0000 juifs,
c’est peu, mais ils sont visibles. Les Belges, les Italiens, eux, sont dans les régions frontalières, ils
font partie de l’immigration ouvrière.
Avec la IIIe République, l’Etat français renouvelle ses élites parmi les juifs, les protestants, les
francs-maçons. Aussi une nouvelle haine se développe chez les notables, les aristocrates évincés.
Désir de revanche et stigmatisation : les espions juifs allemands
L’équivalence juif/étranger est
fondamentale chez les antisémites. « Et le meilleur exemple pour comprendre cela, c’est Proust :
c’est tout à fait bien décrit dans
A la recherche du temps perdu
où Proust montre comment
s’immisce l’antisémitisme dans les cercles de Saint-Germain des Prés, etc., et les raisons pour
lesquelles cet antisémitisme se développe. Mais là, vous comprenez bien que cela se passe à
l’intérieur des élites françaises. Mais, les notables enracinés dans le terroir catholique qui vont
trouver dans Maurice Barrès, leur grand représentant, vont utiliser la question de l’immigration pour
stigmatiser les juifs français en construisant cette équivalence « juif = Allemand ». J’ai analysé dans
mon livre
Immigration, antisémitisme, racisme en France
où j’ai montré comment la réussite de
Drumont tenait à cette équivalence qu’il a construite entre juif et Allemand autour de la notion des
espions, les espions juifs et allemands qui menaceraient la France… », explique Gérard Noiriel.
Patriotisme et internationalisme
Les immigrés juifs font de la surenchère dans le patriotisme en s’engageant dans la Première guerre
mondiale. Le Bund (Union des travailleurs juifs ) est transféré en France. Les militants qui ont
acquis une culture politique en Russie, refusent de s’assimiler à la CGT. Ils restent internationalistes
et se tournent vers la IIIe Internationale.
L’entre-deux-guerres
Dans les années trente, la reprise de l’immigration est liée à la reprise des persécutions antisémites
qui se développent en Russie, en Pologne, puis en Allemagne avec la montée du nazisme.
On estime qu’il y a autour de 200 000 juifs en France en 1939. Le nombre de juifs étrangers dépasse
le nombre de juifs français. Les trois quarts viennent d’Europe orientale, surtout de Pologne, 5 %
d’Europe centrale, 15 % du Moyen Orient, du Levant et aussi d’Afrique du Nord . Cela crée des
tensions, en particulier sur le marché du travail.
Vichy stigmate ce qui est en germe sous la IIIe République, c’est à dire la dérive sécuritaire. Les
classes moyennes, le petit commerce, l’artisanat, les professions libérales basculent dans
l’antisémitisme. Les avocats, les médecins, qui n’ont pas fait de repentance après la guerre, sont les
piliers du régime de Vichy. Des gens protégés par leur statut découvrent la concurrence sur le
marché du travail dans les années 30. Avec le déclin de la natalité française, l’accession à la
nationalité est facilitée par la loi de 1927 pour repeupler la France. Les délais de naturalisation sont
de trois ans, ramenés à un an pour ceux qui ont fait des études supérieures. Parmi les réfugiés des
années trente, des exilés de l’Italie fasciste ou de l’Allemagne nazie, membres de professions
libérales, avocats, médecins, ont demandé la naturalisation. Cela a mis le feu aux poudres. Barrès et
Maurras s’en prennent aux juifs, d’autres aux naturalisés. Les lois de Vichy s’attaquent aux juifs et
aux Français d’origine étrangère pour des raisons de concurrence. Les juifs français regardent avec
méfiance les juifs immigrés. L’extrême-droite inculque l’idée que les juifs sont un problème. Les
juifs sont un « problème ».
« Aujourd’hui, nous avons toujours cette question-là, le problème de l’immigration : on dit toujours
que c’est un problème. L’extrême-droite, Maurras, l’Action française, ont réussi à devenir
hégémonique quand ils gravent dans la tête de la majorité des Français que les juifs sont un
problème. Une fois que vous avez réussi à faire admettre l’idée qu’une population, qu’une partie
d’une population est un problème, vous avez déjà fait l’essentiel du travail. » précise Gérard
Noiriel.
Certains vont se fondre dans la masse, d’autres revendiquer leur identité juive comme Bernard
Lazare au moment de l’affaire Dreyfus.
Le Parti communiste joue un rôle majeur dans l’intégration.
Les juifs français refusent la politique alors que les juifs qui viennent de l’immigration vont
s’engager dans le sionisme ou dans le mouvement ouvrier. Le Parti Communiste s’est implanté
grâce à cette deuxième immigration étrangère. Il joue un rôle majeur dans l’intégration de cette
immigration. « On s’aperçoit qu’évidemment, par exemple, les juifs français des années trente qui,
en majorité, appartenaient à la bourgeoisie ont tendance à avoir les positions les plus modérées au
sein du Consistoire, à plutôt intervenir dans l’ordre de l’aide sociale, de la solidarité sociale, en
refusant la politique. On a à l’inverse les gens qui viennent de l’immigration qui sont les plus
radicaux avec deux tendances, qui d’ailleurs s’affrontent l’une à l’autre : la tendance liée au
sionisme qui s’engage pour l’affirmation d’une identité juive et la revendication d’un Etat, et l’autre
tendance qui est, dans les années trente, majoritaire, qui le restera par la suite, qui est la tendance
qui va s’engager dans le mouvement ouvrier. Et ça va être le Parti communiste qui va tirer les
bénéfices de son action à l’intérieur de cette immigration. C’est vrai d’ailleurs pour toutes les
immigrations. » relate Gérard Noiriel.
Cette intégration s’est faite aussi dans la classe ouvrière. Elle a bénéficié des Trente glorieuses qui
ont permis une mobilité sociale positive, élément essentiel à l’intégration.
Au cours du débat, Gérard Noiriel précise que des naturalisations ont été refusées après la seconde
guerre mondiale, à des gens qui ont fait de la résistance ou qui ont été déportés, au motif
d’engagement politique, c’est à dire qu’ils ont été soupçonnés d’avoir milité au parti communiste.
Après la guerre, les gens se définissent comme Français, ouvriers, résistants. Aujourd’hui le
communautarisme, mouvement des années quatre-vingt est une forme d’intolérance. La politisation
des communautés met « en péril » l’Etat national. Or, les immigrés ne constituent pas une force
politique. « Mon combat est toujours de dire qu’un individu se définit par une pluralité de critères
identitaires ».
L’historien doit être le garant des libertés. Il doit rappeler le passé. Il doit apporter un message de
tolérance. Le citoyen doit parler pour lui-même, s’engager.
Gérard Noiriel est président du CAIER (Comité d’aide exceptionnelle aux intellectuels réfugiés).
NOIRIEL Gérard,
Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècle). Discours
publics, humiliations privées
, Paris, Fayard, 2007, 717 p.
NOIRIEL Gérard,
A quoi sert l’identité nationale
, Marseille, éditions Agone, 2007, 158 p.
ZYTNICKI Colette,
Terre d’exil, terre d’asile, Migrations juives en France aux XIXe et XXe
siècles
, contributions au colloque organisé à Paris fin 2009, Editions de l’Éclat « Bibliothèque des
fondations », 2010, 224 p.
dont : Les Réfugiés juifs en provenance du Reich allemand en France dans les années 1930, de
Johanna Linsler.
Lien :
http://www.cairn.info/terre-d-exil-terre-d-asile--9782841622139.htm
Sarah Lichsztejn-Montard
Mme Sarah Lichsztejn-Montard, née en 1928 à Danzig de parents polonais, est arrivée en France à
l’âge de 2 ans et demi. Son père, né en Lituanie dans une famille de rabbins, est devenu libre
penseur, sioniste de gauche, puis anarchiste en lisant Bakounine et Kropotkine. C’est un intellectuel,
poète et journaliste yiddish, enseignant dans une école juive. Il fréquente le cercle des écrivains
juifs de Varsovie. Sa mère, née à Malorita, un shtetel près de Brest-Litovsk, vient d’une famille
traditionnaliste. Elle a étudié à l’école russe. Elle est couturière à façon. Après la révolution, le
village est devenu polonais. La situation économique est très dure, l’antisémitisme virulent. Ils
émigrent en France, le pays des droits de l’homme, de la liberté et de la douceur de vivre. Ils
habitent d’abord dans le XVème où ils côtoient des Russes blancs. Ils déménagent dans le XXème,
arrondissement à forte population juive, à Ménilmontant, puis à Belleville. Les logements sont
moins chers et ressemblent à des taudis, sans électricité, sans eau, avec des punaises.
Les parents, de gauche, sont surveillés par la police. La mère, ouvrière à domicile, est payée à la
pièce, et connaît la morte saison en hiver. Le père, l’intello, travaille épisodiquement dans les
journaux juifs ou dans des petits boulots non déclarés. Sans carte de travail, il est reconduit à la
frontière espagnole, italienne ou belge, tous les 6 mois et revient clandestinement. Les
connaissances de ses parents s’intéressaient tous à la politique et avaient amené le yiddish dans
leurs bagages. Ils étaient très pauvres, mais elle était heureuse. Le samedi, quoiqu’il arrive, ils
s’évadaient au cinéma. L’essentiel, c’était l’école. Quand, à quatre ans, elle va à l’école maternelle,
elle ne parle pas du tout français. Ses parents suivaient des cours de français à l’Alliance française.
C’était primordial pour s’intégrer. Ses parents sont pleins de respect pour l’école de la République.
Elle se souvient de quelques réflexions antisémites, des filles la traitent de sale juive, une
institutrice lui reproche de ne pas savoir les paroles de la Marseillaise à 8 ans, des marchands
tiennent des propos humiliants lorsqu’elle va acheter à crédit.
Les juifs de Belleville avaient une conscience politique, alors que ceux du Marais, avaient une
conscience religieuse, ils sont habillés comme dans leurs villes d’Europe de l’Est.
Les rares juifs français s’appellent les israélites, alors qu’eux, ils sont les juifs. Ses parents étaient à
la fédération anarchiste, mais comme il existait une discrimination chez les gens de gauche aussi, ils
ont fondé Le Club, où ils refaisaient le monde en yiddish.
Elle se souvient d’avoir entendu Nestor Machno chez elle. Son père est arrêté en 1941, (la rafle du
billet vert). Conduit à Pithiviers, il réussit à s’évader et à se cacher. Sarah est arrêtée avec sa mère
par des policiers français, le 16 juillet 1942. Elles s’évadent du Vél’ d’hiv’, mais le 24 mai 1944
elles sont à nouveau arrêtées par la police française, sur dénonciation. Elles reviennent de
déportation toutes les deux. Sa mère à son grand regret n’a pas été naturalisée.
  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents