Le faure carre diabolique

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Georges Le Faure LE CARRÉ DIABOLIQUE Première publication en 1922. Texte établi d’après l’édition Jules Tallandier – Collections du Livre national – Bibliothèque des grandes aventures – 1926 Édition du groupe « Ebooks libres et gratuits » Table des matières CHAPITRE PREMIER Où l’on fait connaissance avec l’ancien as des « Alouettes ».....................................................6 CHAPITRE II Nuit tragique .................................................. 21 CHAPITRE III Une lueur dans la nuit................................... 31 CHAPITRE IV L’amour est le plus fort .................................39 CHAPITRE V Le tableau noir ................................................56 CHAPITRE VI Le bouillant Achille ....................................... 75 CHAPITRE VII Une singulière camériste .............................84 CHAPITRE VIII 90-40-20-80...............................................94 CHAPITRE IX Rosa ou Mariette ? ...................................... 110 CHAPITRE X Clément Moulinet se fiance .......................... 124 CHAPITRE XI Le pensionnaire de Wickey-Bay.................. 143 CHAPITRE XII Où il est question de Jonathan Buggs ....... 155 CHAPITRE XIII Où Clément Moulinet s’engage sur une invraisemblable piste............................................................160 CHAPITRE XIV Est-ce que M. Farenheit mentirait ?.........168 CHAPITRE XV Complications nouvelles ............................ 179 CHAPITRE XVI Le baptême de la « Chauve-Souris » ........190 CHAPITRE XVII Où les voleurs internationaux font à nouveau parler d’eux ........................................................... 206 CHAPITRE XVIII Un coup inattendu ................................. 215 – 3 – CHAPITRE XIX Imprudent message ..................................235 CHAPITRE XX Coup de théâtre ..........................................247 CHAPITRE XXI Du singulier message qui parvient à M. d’Entraygues .........................................................................254 CHAPITRE XXII Réalité ou cauchemar ? ...........................265 CHAPITRE XXIII La cabine 25 ...........................................275 CHAPITRE XXIV Au large de la « Liberté » ...................... 289 CHAPITRE XXV L’inconnu ................................................ 298 CHAPITRE XXVI L’évasion................................................. 312 CHAPITRE XXVII La « chose » ..........................................326 CHAPITRE XXVIII Le passager de la « chose » ................. 341 CHAPITRE XXIX La « Chauve-Souris » prend l’air ........... 351 CHAPITRE XXX De l’audace ! et toujours de l’audace !.....362 CHAPITRE XXXI Où Clément Moulinet cauchemarde......374 CHAPITRE XXXII Perdu et retrouvé !................................381 CHAPITRE XXXIII Une petite lueur dans la nuit ............. 398 CHAPITRE XXXIV Clément Moulinet argumente ............ 409 CHAPITRE XXXV Où s’agitent de graves problèmes .........426 CHAPITRE XXXVI Clément se décide à agir......................433 CHAPITRE XXXVII Où il est question de Jarry Heckings .446 CHAPITRE XXXVIII Surprise désagréable ........................464 CHAPITRE XXXIX Arthur Fixs a un bœuf sur la langue ...470 CHAPITRE XL Visite nocturne .......................................... 482 – 4 – CHAPITRE XLI Stupéfiante rencontre ...............................494 CHAPITRE XLII Qu’est-ce ?............................................... 504 CHAPITRE XLIII D’angoisses en angoisses .......................524 CHAPITRE XLIV 90-40-20-80 ? ........................................537 CHAPITRE XLV La fin justifie les moyens .........................555 À propos de cette édition électronique.................................572 – 5 – CHAPITRE PREMIER Où l’on fait connaissance avec l’ancien as des « Alouettes » Ayant lu, Robert d’Entraygues demeura un moment comme assommé, les coudes sur son bureau, les yeux rivés sur la lettre fatale dont les feuillets couverts d’une écriture serrée s’étalaient là, devant lui, au milieu des dossiers, des plans dont s’encombrait sa table de travail… Puis, comme s’il eût douté avoir bien compris les termes, si eprécis cependant, dont usait M Dufour, il reprit la lettre et la relut lentement, épelant pour ainsi dire chaque mot, de façon à en bien pénétrer le sens… Hélas ! les explications fournies par le notaire étaient lu- mineuses et ne laissaient place à aucun doute. La Société financière dans laquelle se trouvaient engagés les fonds du jeune homme venait d’être balayée par la vague de fond qui avait, ces temps derniers, si fortement ébranlé les si- tuations les plus fortement assises de la Bourse. Pour M. d’Entraygues, c’était la ruine, la ruine totale, sans espoir même de pouvoir sauver du naufrage quelque épave à laquelle se raccrocher… Bref, un désastre !… – 6 – Et, tout de suite, sa pensée alla à Jacqueline, sa petite Jac- queline, si frêle, si délicate à laquelle ce lui avait été une joie d’apporter comme cadre à sa beauté si pleine de charme les trois cent mille francs de rente qui constituaient l’héritage pa- ternel !… Oui, l’amour profond qu’il ressentait pour cette petite étrangère qui durant plusieurs mois avait penché vers son lit de grand blessé son joli visage auquel allait si bien le voile blanc d’infirmière, cet amour s’était doublé du plaisir de jouer à ses yeux le rôle de l’enchanteur qui, d’un coup de baguette magique, transforme en perles et en brillants tout ce qu’elle effleure. Du jour au lendemain, par la seule force de l’amour de celui que ses soins dévoués avaient arraché à la mort, miss Gram- mont, petite dactylo de Philadelphie, engagée pour la durée de la guerre dans le corps des nurses, s’était muée en vicomtesse d’Entraygues… Et quelle jolie vicomtesse !… Impossible de rêver, pour poser une couronne, chevelure plus blonde encadrant visage plus fin et d’allure plus aristocra- tique… Impossible d’imaginer plus fière allure quand, drapée dans sa jupe à traîne, la jeune femme « recevait » dans les salons somptueux de sa villa de la côte basque… C’était à croire, comme l’avait déclaré la douairière de Vi- trolles, grand’tante de Robert d’Entraygues, quand il lui avait présenté sa petite-nièce, que l’âme de quelque grande dame du eXVII siècle revivait dans cette petite Yankee… Sur l’amour de sa Jacqueline, Robert avait échafaudé toute une existence de bonheur. – 7 – Elle était, par les contrastes mêmes que formaient leurs deux natures, la compagne rêvée. Aussi douce et timide qu’il était hardi et entreprenant, amoureuse de la solitude autant que lui-même aimait le tumulte des foules et les aléas de ces grandes luttes sportives dont il était l’âme, Robert trouvait auprès de sa femme l’atmosphère paisible dans laquelle se détendaient ses muscles et s’apaisait sa surexci- tation nerveuse. Tout un avenir de bonheur s’ouvrait devant lui, le bonheur fait uniquement de sa joie à combler Jacqueline ! Et voilà que quelques feuillets de papier s’abattaient sur sa vie, aussi pesants, aussi désastreux que le sommet d’une monta- gne s’écroulant sur les paisibles chalets construits dans la val- lée… Et c’était en même temps l’anéantissement des rêves à la réalisation desquels il avait consacré toute son énergie physi- que, toute son activité cérébrale. Former par la pratique intensive mais raisonnée des sports, des générations de jeunes hommes, entraînés à l’endurance des pires fatigues, envisageant sans faiblir la perspective des pires dangers, et résolus, quoi qu’il dût arriver dans l’avenir, à faire face, comme l’avaient fait à Verdun, leurs aînés, à l’adversaire de demain… Fondateur d’une Association fédérative de groupes sportifs du Sud-Ouest, membre de toutes les sociétés d’entraînement françaises, dépensant sans compter ses revenus à encourager sous toutes les formes les bonnes volontés de chacun, tout le temps par monts et par vaux, pour encourager par sa présence et au besoin par son concours tous les congrès, toutes les ré- – 8 – unions où se disputaient des records, il s’était en outre adonné à la réalisation d’une invention dont il avait eu l’idée durant la guerre, alors que, chef de la fameuse escadrille des « Alouet- tes », il se persuadait de plus en plus, après chaque vol effectué, que la guerre de l’avenir – si jamais les rêves des pacifistes ve- naient à être trompés par la duplicité allemande – serait une guerre d’aviation. Et depuis sa libération, il travaillait à sa grande invention, qui avec son culte pour Jacqueline, suffisait à emplir sa vie… Travail ardu et long, vu son inexpérience – non seulement scientifique, – mais encore technique en la matière : il n’avait pour le guider dans ses recherches que les observations faites quatre années durant, et pour ainsi dire quotidiennement, au bord de son « zinc » et aussi sa volonté tenace d’arriver au but… Sur les rayons de sa bibliothèque, les volumes de mathéma- tiques s’entassaient à côté des traités de mécanique et de chi- mie : sur les murs, c’étaient des graphiques, des lavis, voisinant à côté de barèmes, de tables de logarithmes, à un point que ce hall de mondain donnait l’exacte impression d’un laboratoire… Et tout cela, ces efforts, ces espérances, ces bonnes volon- tés, se trouvait ruiné par ces quatre feuillets de papier léger ! Quelle misère !… Au-dessus de sa tête, en ce moment, s’entendit le trottine- ment léger de hauts talons battant le plancher ! Le jeune homme tressaillit et instinctivement sa main saisit la fatale lettre et la fit disparaître dans la poche de son veston : il ne voulait pas mettre aussi brutalement Jacqueline au courant : son amour voulait lui donner quelques heures encore de bon- heur sans mélange… – 9 – Il serait bien temps de lui annoncer que c’en était fini de cette existence de luxe qu’il avait voulu lui faire, l’estimant aussi indispensable à sa beauté que l’air peut l’être à l’océan qui s’y meut ! Quand la porte s’ouvrit, livrant passage à la jeune femme, Robert sut prendre sur lui de l’accueillir avec le visage radieux qui lui était coutumier, ayant pu, d’un effort de volonté, balayer les soucis qui deux secondes plus tôt lui ravageaient la face. – Une invitation pour ce soir, dit-elle gaiement en lui pré- sentant un bristol que lui avait apporté le courrier. « Mrs. Harrigton vous prie de lui faire le plaisir d’être ce soir l’hôte des « Vingt » au « Magnific Palace ». C’était tout : mais le nom de l’amphitryonne et le groupe- ment au nom duquel était faite l’invitation étaient par eux- mêmes suffisamment éloquents pour que les invités sussent à quoi s’en tenir. Cette Mrs. Harrigton était une fastueuse milliardaire de Chicago qui, propriétaire sur la côte basque d’un château de grande allure, avait eu l’idée de grouper en un Cercle sévère- ment fermé les vingt plus riches hivernants de la région, quelle que fût la nationalité à laquelle ils appartinssent… De par sa situation de fortune, de beaucoup supérieure à ses collègues du nouveau club, elle en avait été nommée prési- dente et elle consacrait tous ses efforts à se montrer digne d’un tel choix. Ce n’étaient, sur son initiative, que fêtes de toutes sortes qui galvanisaient l’existence trépidante des grands dépensiers que les saisons rassemblent sur cette côte enchanteresse. – 10 –