Les bohèmes de la mer
196 pages
Français

Les bohèmes de la mer

-

Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

Extrait : je n'ai jamais connu ni mon père ni ma mère

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 58
EAN13 9782824712123
Langue Français

GUST A V E AIMARD
LES BOH ÈMES DE LA
MER
BI BEBO O KGUST A V E AIMARD
LES BOH ÈMES DE LA
MER
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1212-3
BI BEBO OK
w w w .bib eb o ok.comA pr op os de Bib eb o ok :
V ous av ez la certitude , en télé char g e ant un liv r e sur Bib eb o ok.com de
lir e un liv r e de qualité :
Nous app ortons un soin p articulier à la qualité des te xtes, à la mise
en p ag e , à la ty p ographie , à la navig ation à l’intérieur du liv r e , et à la
cohér ence à trav er s toute la colle ction.
Les eb o oks distribués p ar Bib eb o ok sont ré alisés p ar des béné v oles
de l’ Asso ciation de Pr omotion de l’Ecritur e et de la Le ctur e , qui a comme
obje ctif : la promotion de l’écriture et de la lecture, la diffusion, la protection,
la conservation et la restauration de l’écrit.
Aidez nous :
V os p ouv ez nous r ejoindr e et nous aider , sur le site de Bib eb o ok.
hp ://w w w .bib eb o ok.com/joinus
V otr e aide est la bienv enue .
Er r eur s :
Si v ous tr ouv ez des er r eur s dans cee é dition, mer ci de les signaler à :
er r or@bib eb o ok.com
T élé char g er cet eb o ok :
hp ://w w w .bib eb o ok.com/se ar ch/978-2-8247-1212-3Cr e dits
Sour ces :
– Bibliothè que Éle ctr onique du éb e c
Ont contribué à cee é dition :
– Gabriel Cab os
Fontes :
– P hilipp H. Poll
– Christian Spr emb er g
– Manfr e d KleinLicence
Le te xte suivant est une œuv r e du domaine public é dité
sous la licence Cr e ativ es Commons BY -SA
Except where otherwise noted, this work is licensed under
h tt p : / / c r e a ti v e c o m m on s . or g / l i c e n s e s / b y - s a / 3 . 0 /
Lir e la licence
Cee œuv r e est publié e sous la licence CC-BY -SA, ce qui
signifie que v ous p ouv ez lég alement la copier , la r e
distribuer , l’ env o y er à v os amis. V ous êtes d’ailleur s
encourag é à le fair e .
V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok. . . . C’  d’ab ord des av enturier s français qui
avaient tout au plus la qualité de cor sair es. C’étaient des oise auxL de pr oie qui fondaient de tous les côtés. . . Jamais les Romains ne
fir ent des actions si étonnantes. S’ils avaient eu une p olitique ég ale à leur
indomptable courag e , ils auraient fondé un grand empir e en Amérique .
(V OLT AI RE.)
n
1CHAP I T RE I
Le Saumon cour onné
 17    1658, entré sept et huit heur es du soir , deux
hommes étaient aablés dans la grande salle du Saumon cou-L r onné , la princip ale aub er g e de la ville de Port-de-Paix, r
endezv ous ordinair e des av enturier s de toutes nations que la soif de l’ or et la
haine des Esp agnols airaient dans les Antilles.
Ce jour-là , une chaleur tor ride n’avait cessé de p eser sur la ville , de
gr os nuag es jaunâtr es char g és d’éle ctricité s’étaient étendus d’un b out à
l’autr e de l’horizon, sans qu’un souffle d’air vînt, même au coucher du
soleil, rafraîchir la ter r e pâmé e de chaleur .
On entendait de sourds mur mur es qui, s’é chapp ant du sein des
mor nes, r oulaient rép er cutés p ar les é chos av e c les é clats stridents d’un
tonner r e lointain.
La mer , noir e comme de l’ encr e , agité e p ar quelque commotion
souter raine , se soule vait en vagues houleuses et v enait lourdement se briser
contr e les r o cher s de la plag e av e c des plaintes sinistr es.
2Les b ohèmes de la mer Chapitr e I
T out enfin présag e ait un ourag an pr o chain. Les habitants de
Port-dePaix, r udes marins p our la plup art cep endant, et habitués de longue main
à luer contr e les plus ter ribles dang er s, subissant malgré eux l’influence
de ce malaise g énéral de la natur e , s’étaient r enfer més dans leur s
maisons ; les r ues étaient désertes et silencieuses, la ville semblait
abandonné e , et l’aub er g e du Saumon cour onné , qui d’ ordinair e , à cee heur e p eu
avancé e de la nuit, r eg or g e ait de buv eur s, n’abritait sous les lambris
enfumés de sa vaste salle que les deux hommes dont nous av ons p arlé et qui,
le coude sur la table , la tête dans la main et la pip e à la b ouche , suivaient
d’un r eg ard distrait les fantastiques spirales de la fumé e qui s’é chapp ait
incessamment de leur b ouche et se condensait en un nuag e bleuâtr e
autour d’ eux.
D es g ob elets en étain, des b outeilles, des cartes, des cor nets et des dés
ép ar s çà et là sur la table pr ouvaient que depuis longtemps déjà ces deux
hommes se tr ouvaient dans l’aub er g e , et qu’après av oir essayé de toutes
les distractions, ils les avaient abandonné es, soit p ar lassitude , soit p ar ce
que des p ensé es plus grav es o ccup aient leur esprit et les empê chaient de
jouir , comme ils l’auraient p eut-êtr e désiré , des plaisir s combinés du jeu
et de la b outeille .
Le pr emier était un vieillard, plein de vigueur encor e , balançant
fièr ement sur ses ép aules une b elle tête pr esque se x ag énair e , à laquelle de
longs che v eux blancs, des sour cils encor e noir s, d’ép aisses et grises
moustaches et une ample r o yale donnaient un fort noble caractèr e . Son
costume simple , mais de b on g oût, était entièr ement noir ; son ép é e , à p
oigné e d’acier br uni, était jeté e néglig emment sur la table auprès de son
feutr e et de son mante au.
Le se cond, b e aucoup plus jeune que son comp agnon, n’avait que
quarante-cinq à quarante-huit au plus ; c’était un homme aux for mes
athlétiques, trapu et car ré ; ses traits, assez ordinair es, auraient été
insignifiants sans une e xpr ession de rar e éner gie et d’indomptable v olonté qui
imprimait à sa phy sionomie un cachet tout p articulier .
Il p ortait le costume luxueux jusqu’à l’ e xtravag ance de riches b
oucanier s, étincelant d’ or et de diamants ; un lourde et massiv e fanfar onne
entourait la for me de son feutr e g ar ni de plumes d’autr uche , r etenues p ar
une agrafe de diamants, qui valait une fortune ; une longue rapièr e
sus3Les b ohèmes de la mer Chapitr e I
p endue à son côté p ar un lar g e baudrier était, p our plus de commo dité
sans doute , ramené e en ce moment entr e ses jamb es, deux pistolets et un
p oignard g ar nissaient sa ceintur e , un ample mante au r oug e était placé
sur le dossier de son sièg e .
D epuis longtemps déjà un silence mor ne régnait entr e les deux
hommes ; ils continuaient à fumer et à s’ env o y er ré cipr o quement des
b ouffé es de fumé e au visag e sans p araîtr e song er l’un à l’autr e .
L’aub er giste , grand g aillard maigr e , se c et long comme un é chalas, aux
vêtements sales et sordides et à la face p atibulair e , à plusieur s r eprises,
sous préte xte de raviv er la mè che de la lamp e qui n’ en avait p as b esoin,
était v enu tour ner autour de ces singulièr es pratiques sans p ar v enir à
é v eiller leur aention, et s’était r etiré tout p enaud en haussant les ép aules
d’un air de mépris mal déguisé p our de si minces consommateur s.
Enfin, le plus jeune des deux r ele va subitement la tête , brisa sa pip e
sur le plancher av e c un g este de colèr e , et frapp ant du p oing sur la table
de façon à fair e danser et s’ entr e cho quer g ob elets et b outeilles :
— Viv e Dieu ! s’é cria-t-il d’une v oix r ude , ce b e au muguet se mo que
de nous, à la fin ! Allons-nous demeur er ici éter nellement ? Sur mon âme !
il y a de quoi de v enir enrag é , de tant aendr e !
Le vieillard r ele va doucement la tête , et, fix ant un r eg ard tranquille
sur son comp agnon :
— Patience , Pier r e , dit-il d’une v oix calme , il n’ est p as tard encor e .
— ! cela v ous est facile à dir e , à v ous, monsieur d’Og er on,
gr ommela celui auquel on avait donné le nom de Pier r e : sais-je , moi, où
ce diable incar né est four ré en ce moment ?
— Le sais-je plus que toi, mon ami ? et p ourtant, tu le v ois, j’aends
sans me plaindr e .
— Hum ! r eprit Pier r e , tout cela est b el et b on. . . V ous êtes son oncle ,
v ous, au lieu que moi je suis son matelot, ce qui est bien différ ent.
— C’ est juste , rép ondit en souriant M. d’Og er on, et, en qualité de
matelots, v ous ne de v ez av oir rien de caché l’un p our l’autr e , n’ est-ce p as ?
— C’ est cela même , monsieur . D’ailleur s, v ous le sav ez aussi bien que
moi, v ous qui, dans v otr e jeunesse , av ez longtemps fait la cour se contr e
les Gachupines.
4Les b ohèmes de la mer Chapitr e I
— Et c’était le b on temps, Pier r e , fit M. d’Og er on en étouffant un
soupir . J’étais heur eux alor s ; je n’avais ni chagrins ni soucis d’aucune sorte .
— Bah ! nul ne p eut êtr e et av oir été , monsieur . V ous étiez heur eux
alor s, dites-v ous ? Eh bien ! ne l’êtes-v ous donc p as aujourd’hui ? T ous les
Frèr es de la Côte , flibustier s, b oucanier s ou habitants, v ous aiment et v ous
ré vèr ent comme un pèr e ; moi le pr emier , nous nous ferions hacher p our
v ous. Sa Majesté , que Dieu pr otèg e , v ous a nommé notr e g ouv er neur :
que p ouv ez-v ous désir er de plus ?
— Rien ; tu as raison, Pier r e , rép ondit-il en ho chant tristement la tête ;
en effet, je ne saurais rien désir er de plus !
Il y eut un silence de quelques minutes. Ce fut le b oucanier qui r enoua
l’ entr etien.
— Me p er meez-v ous de v ous adr esser une question, monsieur
d’Og er on ? dit-il av e c une certaine hésitation dans la v oix.
— Certes, mon ami, rép ondit le vieillard. V o y ons donc cee question.
— Oh ! dame , j’ai p eut-êtr e tort de v ous demander cela, r eprit-il ; ma
foi, c’ est plus fort que moi, je le confesse .
— Bon ! va toujour s. e crains-tu ?
— Rien que de v ous déplair e , monsieur d’Og er on ; v ous sav ez que je
n’ai p as la réputation d’êtr e timide .
— Je le cr ois bien, toi, Pier r e Legrand, un de nos plus hardis flibustier s,
dont le nom seul fait tr embler les Esp agnols.
Pier r e Legrand se r e dr essa av e c une satisfaction é vidente à ce
compliment mérité .
— Eh bien ! dit-il du ton d’un homme qui pr end un p arti dé cisif, v oici
ce dont il s’agit. Lor sque mon eng ag é Pitrians m’a r emis v otr e ler e ,
natur ellement mon pr emier mouv ement a été de v ous obéir et de me r endr e en
toute hâte au r endez-v ous que v ous m’assigniez ici, au Saumon cour onné .
— Je te r emer cie de l’ empr essement que tu m’as témoigné en cee
cir constance , mon ami.
— Pardieu ! il aurait fait b e au v oir que je ne fusse p as v enu ! c’ eût été
drôle , sur ma foi ! D onc je suis ar rivé , nous av ons joué , nous av ons bu, fort
bien, rien de mieux ; seulement je me demande quel motif sérieux v ous a
fait quier Saint-Christophe p our v enir incognito à Port-de-Paix.
— Et c’ est ce motif que tu désir es connaîtr e , hein, Pier r e ?
5