Parousie de l

Parousie de l'imaginaire

Documents
60 pages
Lire
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

master, Supérieur, Master
  • mémoire
Haute école d'art et de design – Genève. Section Art Visuels. Parousie de l'imaginaire Mémoire présenté pour l'obtention du Master: Work.master Par Mickaël Lianza sous le tutorat de Claire de Ribaupierre. Mai 2011
  • architecture physique
  • pratiquant du parkour
  • office de démarcation entre l'œuvre
  • image-concrète
  • image-mentale
  • principe de simulation
  • architectures
  • architecture
  • arts
  • art
  • sculpture
  • sculptures

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 30
Langue Français
Signaler un problème

Haute école d’art et de design – Genève.
Section Art Visuels.
Parousie de l’imaginaire
Mémoire présenté pour l’obtention du Master: Work.master
Par Mickaël Lianza sous le tutorat de
Claire de Ribaupierre.
Mai 2011Je tiens à remercier pour leur aide, directe ou indirecte, à la réalisation
de ce mémoire : mes parents ainsi que tous ceux qui m’ont généreusement
offert leurs pensées. A.
Architecture physique 4
1. Architecture du mouvement 4
2. Architecture sans corps 10
B.
Architecture sociale 18
1. Architecture technologique 18
2. Architecture éphémère 22
3. Architecture événementielle en art 25
C.
Architecture numérique 30
1. Architecture simulée 30
2. Architecture de jeu vidéo 36
D.
Le passage des architectures 46
Bibliographie 58A.
Architecture physique
1. Architecture du mouvement
On ne peut pas vraiment dire que je visite les villes, il serait plus juste de
penser que ce sont l’ensemble de leurs formes qui me guident à travers
elles. Lorsque j’arrive dans une ville inconnue, si le temps me le permet, je
commence par acheter un plan que je laisse dans mon sac. Il me servira le
soir pour retrouver mon logement. Ensuite je me mets à marcher, je suis les
rues sans en connaître la destination. D’ailleurs la destination m’importe
peu, je me laisse guider par le flux des formes architecturales. Quand j’en
ai marre de marcher, j’attrape le premier bus qui passe, m’assois sur un
siège côté vitre et je me laisse charmer par le défilement de ces images.
Traverser une ville de cette façon, c’est comme traverser une image, un
immense collage réalisé par de nombreux architectes. C’est la parcourir
avec le même regard que lorsque l’on sillonne un paysage naturel, c’est
l’explorer comme un ensemble de formes sans fonction. Vous pourriez y
voir une mairie, j’y verrai sûrement un assemblage de formes abstraites,
comme un énorme rocher artificiel que je devrais contourner ou gravir pour
apercevoir le reste du paysage alentour. L’urbanisme m’apparaît comme un
paysage artificiel et plus précisément comme une composition d’images-
mentales et d’images-concrètes.
Il est peut-être bon de préciser que j’ai une tendance à classer les images en
deux groupes, les « images-mentales » et les « images-concrètes ». J’utilise
ces désignations non pas pour exprimer un certain type d’image, mais
plutôt le rapport qui opère entre l’image et le regardeur/visiteur.
Je définis l’ « image-mentale » comme le rapport entre l’image et le
regardeur qui œuvre par le biais de l’esprit, par une projection mentale
effectuée par le visiteur. En activant cette projection mentale, le visiteur
devient un corps fantôme et donc regardeur (mais regard incarné) , car il
en oublie sa propre présence physique, celle du lieu et du temps, depuis
lequel il regarde l’œuvre.
À la différence, l’ « image-concrète » opère par une confrontation physique
entre l’image et le corps du visiteur. En utilisant le terme d’ « image-
concrète », je fais en partie référence à la conception de l’image dans l’Art
Concret. Ces artistes prônaient une production d’images qui ne serait pas
41une interprétation du monde mais le réel lui-même. Malheureusement,
je ne peux pas seulement m’appuyer sur cette conception pour définir
entièrement ce que j’appelle « image-concrète ». Pour cela, je me réfère à
2l’étymologie latine de « concret », concretus qui signifie « épais, dru » , mais
qui surtout à partir du dix-huitième siècle s’accouple d’une appartenance
au réel. Jusque là, la différence avec le manifeste de l’Art Concret reste
assez mince, mais il ne faut pas oublier que j’utilise cette terminologie
comme le rapport à un type d’image et non à l’image en elle-même.
Pour faire simple, ce qui différencie la conception de l’Art Concret de l’
« image-concrète », c’est le cadre de l’image et la relation faite avec le
spectateur. Van Doesburg déclara : « Peinture concrète et non abstraite
parce que rien n’est plus concret, plus réel qu’une ligne, qu’une couleur,
3 qu’une surface ». Hans Arp ajoutera, qu’il trouve un tableau ou une
sculpture n’ayant pas eu d’objet pour modèle, tout aussi concrets qu’une
4feuille ou une pierre . L’Œuvre Concrète appartient donc au réel par son
refus d’une représentation quelconque, mais ne prend pas en compte
l’espace où elle opère. À l’inverse, l’ « image-concrète » peut tout à fait
être une interprétation du monde, du moment qu’elle se matérialise,
s’épaississe dans le réel et s’y ancre par rapport à son contexte, son lieu.
Pour en revenir à l’architecture, je la définis comme en une combinaison
d’ « images-mentales » et d’ « images-concrètes », car lorsqu’on se déplace
dans une ville nous sommes à la fois proches de certains bâtiments et
éloignés des autres. Je m’explique : vu de loin un bâtiment fonctionne
comme une « image-mentale » car il est trop distant pour qu’on en saisisse
la présence matérielle, le contour, le volume, la présence. Le rapport que
nous instituons avec lui est donc de l’ordre de la projection mentale. À
l’inverse, avec les bâtisses proches nous avons un rapport directement
physique que j’assimile aux « images-concrètes ».
Cela deviendra plus clair par la suite, mais j’essaie ici d’établir un constat,
________________________________________________________________ _ _ _

1 « L’art concret n’est pas une interprétation, une illustration, un symbole. Il est le réel. »,
second manifeste de l’Art Concret.
Disponible sur Internet : <http://fr.wikipedia.org/wiki/Art_concret>
2 Wiktionnaire. Dictionnaire libre, 2011, [en ligne].
Disponible sur Internet : <http://fr.wiktionary.org/wiki/concret>
3 Theo VAN DOESBURG, « Base de la peinture concrète », Art Concret, n°1, 1930.
4 Henri BÉHAR, Les enfants perdus ; essai sur l’avant-garde, Lausanne : Éditions
l’Age d’Homme, 2002, p. 78.
5Theo Van Doesburg, Counter-Composition VI, 1925.
Déplacements urbains par un pratiquant du Parkour.
6celui d’un nouveau type de rapport aux images. Une relation aux images
qui n’est plus uniquement mentale et frontale, une plus complexe,
ouvrant sur d’autres confrontations comme l’immersion physique ou une
simulation dans l’image. Je m’intéresse à la dualité « mental/concret » que
ces changements peuvent engendrer. De la manière dont nous concrétisons
l’ « image-mentale » et à l’inverse, comment nous utilisons le concret pour
le rendre mental.
Il est vrai que mon rapport à l’architecture d’une ville est assez particulier.
De manière générale, quand on se déplace dans un milieu urbain, on
5raisonne comme si les éléments architecturaux étaient des images planes :

« Tiens il faut que je contourne par la droite là ! »
« Ah merde c’est un cul de sac, faut que je revienne en arrière ! »
Ce qui en un sens est tout à fait normal, il faudrait être totalement stupide
pour essayer de passer à travers le mur d’un immeuble. Et pourtant, il
suffirait de cesser de voir ces éléments comme étant des formes plates
que l’on doit longer jusqu’à ce que nous découvrions une ouverture pour
pouvoir continuer notre chemin. Il faudrait les voir comme des formes
matérielles sans aucune propriété d’usage. Qui nous oblige à voir une
fenêtre seulement comme une ouverture sur l’extérieur ? Pourquoi la ne pourrait-elle pas être un type particulier de porte ? On pourrait
alors penser les éléments architecturaux autrement, les gravir, les utiliser
pour nous déplacer. Je ne vous cache pas qu’il faudrait une très bonne
condition physique pour appliquer cette théorie !
Évidemment, je ne me suis pas réveillé un matin avec cette conception
totalement farfelue de l’espace. Je me suis intéressé pendant longtemps
à un ancien art martial japonais, le Ninjutsu. Dont la pratique contient un
6ensemble de techniques regroupées sous le nom de Shoten no Jutsu . Elles
consistent en une prise de conscience des éléments environnant et de la
manière de les utiliser pour se déplacer.
Cette conception de l’espace a continué à prendre forme, quand, plus tard,
7j’ai fait la découverte du Parkour , un sport populaire qui s’est développé

________________________________________________________________ _ _ _

5 Plane au sens où, quand l’on se retrouve face à une balustrade par exemple, on en fera le
tour alors que l’on pourrait passer par-dessus ou par-dessous. C’est comme si cet élément
était peint sur un mur et que le seul moyen est de le contourner.
6 Littéralement : L’art de monter vers les cieux.
7au milieu des années 90 dans les banlieues parisiennes. Ce sport est
relativement similaire au Shoten no Jutsu, à l’exception d’une l’idéologie
non plus basée sur des questions de survie mais plutôt sur une conception
différente de l’urbanisme. Le principe de base est de ne pas se laisser
dicter son parcours par l’architecture. De toujours avancer, peu importe les
obstacles que l’on rencontre. Si on se retrouve face à un mur, une barrière
ou n’importe quels autres éléments urbains, il faut utiliser cette forme
architecturale ou celles avoisinantes pour continuer à progresser dans la
ville.
Ce sport populaire est intéressant par le jeux mental effectué par les
8traceurs . Pour le citadin lambda, une descente d’escalier est une architecture
associée à un usage bien précis : descendre. Pour le traceur, le rebord d’une
fenêtre est un monolithe auquel s’accrocher, les marches sont un bloc à
sauter d’une traite, les rambardes des points d’appui pour atteindre des
éléments en hauteur.
Ils font abstraction de l’architecture en tant qu’usage, la rendant
afonctionnelle et la visualisant comme un ensemble de formes abstraites.
Leur conception de l’espace transforme l’urbanisme en
« images-concrètes », sur lesquelles ils tracent leurs propres chemins en
y projetant leur imaginaire. J’aime cette idée de s’approprier la réalité
par l’imaginaire. Nous traversons la même ville mais avec une approche
totalement différente de l’urbanisme.
Leur perception de l’espace me sera utile plus tard pour parler des rapports
aux images de type immersif, que j’aborderai avec les images de synthèse
et la culture du jeu vidéo.
________________________________________________________________ _ _ _

7 Un des groupes le plus connu de cette discipline sont les Yamakasi, malheureusement
connu par le biais d’un film de Luc Besson du même nom (enfin si on peut appeler ça un
film). Il aura au moins aidé à la propagation de ce sport à travers l’Europe, puis le reste du
monde.
8 Le traceur est le pratiquant du Parkour.
8Pratique du Parkour sur la sculpture « La Dame du Lac »,
France.
Discipline du Parkour, 2010.
92. Architecture sans corps
Le white cube en art est quelque chose de très étrange pour moi. Brian
O’Doherty le définit comme une église dédiée à l’art, où le corps n’y a pas
sa place. Le corps est réduit à l’état de fantôme, seul son Œil et son Regard
y sont admis. Un espace qu’O’Doherty assimile aux Limbes, un espace hors
9du temps destiné au morts . Effectivement, quand l’art fait appel aux
images-mentales, le corps n’a que peu d’importance. Seul le regard du
visiteur est nécessaire à l’accès du plan proposé par une œuvre mentale.
Mais personnellement, mon intérêt se porte justement sur les autres
types d’accès que l’art peut nous offrir. Peut-être est-ce un rapport aux
images plus proche de celui du Parkour, plus proche du réel, de l’ordre de
9l’immersion, voir de la simulation ; une relation aux images plus actuelle
qu’une expérience visuelle frontale.
Le cinéma lui, fonctionne déjà sur un principe de simulation. « Le succès
du est d’avoir inventé un dispositif dans lequel la démarcation
de l’image et du contexte cesse d’être opérante ; en ce sens, le réel fait
vraiment irruption dans l’image , au sens où je ne reconnais pas seulement
ce qui est montré en elle mais que je suis témoin d’une action en train de
11se dérouler ». Ce dispositif de démarcation dont parle Jacques Morizot
est tout à fait applicable à une sculpture ou à une installation, c’est à ce
moment que je les nomme « images-concrètes ». Dans le film, le réel entre
par le biais de l’action qui se déroule sous nos yeux. L’ « image-concrète »
est une image fixe et non en mouvement comme celles du film, donc
pour elle le seul moyen de faire agir le réel est de se lier physiquement et
contextuellement à l’espace où elle opère. Le lieu appartenant au réel, si
elle s’insère en lui alors elle deviendra partie prenante du réel, ou du moins
elle le simulera. Mais cela est impossible dans le cadre du white cube car
celui-ci est hors temps, il fera donc toujours office de démarcation entre
l’œuvre et le contexte.
________________________________________________________________ _ _ _

9 Brian O’DOHERTY, White Cube ; L’espace de la galerie et son idéologie, Zürich : JRP-Ringier,
2008.
10Quand je parle de quelque chose de plus actuel, je ne sous entends pas que les rapports aux
images effectués jusque là deviennent obsolètes. J’emploie le terme « actuel », car cela fait
déjà bien longtemps que le simple jingle des chaines de télévision n’est plus une image
« plate », mais réalisée en images de synthèses. Je trouve essentiel que l’on se questionne sur
les nouveaux rapports engendrés par ce type d’image.
11 Jacques MORIZOT, Illusion, trompe-l’œil, simulation, Université de Paris 8, 2006, p. 13.
[en ligne]. Disponible sur Internet : <http://www.r-f-e.net/articles/illusiontrompe.pdf>
10