Tour du monde des ligatures
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oCahiers GUTenberg n 22 —septembre 1995 85 Tour du monde des ligatures Yannis Haralambous 187, rue Nationale 59800 Lille haralambous@univ-lille1.fr 1. Introduction Le terme « ligature » desi´ gne une quantit´e de choses diVerent´ es et est souvent source de 1confusions. Dans le monde T X la situation s’aggrave davantage, puisque D.E. KnuthE adonnec´ enoma`une partie des informations met´ riques des polices T X.E Pour ec´ laircir ce sujet fort passionnant, nous allons tenter de classifier les diVerent´ s types de ligatures qu’on trouve dans les langues naturelles et ensuite situer T X par rapport a`E elles. 2On peut classifier les ligatures typographiques en trois classes : 1. les ligatures linguistiques ; ce sont celles qui sont indispensables pour l’ec´ riture d’une langue donnee,´ et obei´ ssentad` esre`gles grammaticales (la grammaire et´ ant liee´ al` a langue et non pasal` ’e´criture). Souvent elles ont un statut de lettre et parfois memˆ e 3une place a` part dans le dictionnaire, ce qui les rapproche des digraphes ; 2. les ligatures esth´etiques ; ce sont des graphies optionnelles qui existent pour des rai- sons esthetiqu´ es, de lisibilite,´ et/ou de tradition ; 3. les ligatures contextuelles ; ce sont des graphies qui se produisent sous certaines conditions, par exemple en debut´ de mot. Elles sont obligatoires dans le contexte d’u n e ec´ riture donnee,´ indepen´ dament des langues utilisant cette ec´ riture. 1Voir l’index de l’editorial´ de ce Cahier. 2 Iui, comme les trois mousquetaires, en fait sont quatre, comme on le verra en page 92. Nous ne traitons pas ici des « ligatures » au sens de liaison entre lettres manuscrites. 3Un digraphe est une paire de lettres (trigraphe pour un triplet, etc.) qui den´ ote un seul son. Souvent les digraphes sont traites´ a` part lors d’un tri alphabetique´ ; ainsi, en espagnol, « chacal » vient apre`s « cucaracha », car « ch » est un digraphe, classea´ pr es` « c ». 86 Yannis Haralambous Dans le tableau suivant, nous classifions ces trois types de ligature suivant le crit`ere obli- gatoire/optionnel, dans le contexte d’une langue donnee,´ ou celui d’une ec´ riture donnee´ (c’est-a`-dire de toutes les langues utilisant cette memˆ e ec´ riture) : Type de ligature Contexte Linguistique Esthetiqu´ e Contextuelle Langue obligatoire optionnelle obligatoire ´Ecriture optionnellenelle obligatoire Nous allons maintenant passer en revue les diVerent´ s types de ligatures typographiques. 2. Ligatures linguistiques Le cas le plus proche de nous est sans doute la ligature « œ ». On dit que le mot « œil » ´a quatre lettres, pourtant on ecrit´ trois signes. Ecrire « oeil » est plus que de la mauvaise typographie, c’est une faute de franca¸ is ; il en est de memˆ e pour « mœlleux » (faux) au lieu de « moelleux » (correct) : cet exemple montre que la ligature « œ » n’est pas automatique- ment introduite a` chaque fois qu’un « o » est suivi d’un « e ». Le signe « œ » est indispensable pour l’ec´ riture correcte de la langue franc¸aise. Pourtant, lors d’un tri alphabet´ ique, « œ » est assimile`´ a « oe ». La situation est plus claire pour le « æ » scandinave. Non seulement cette ligature fait in- discutablement oYce de lettre mais elle a une place a` part dans le dictionnaire suedo´ is : elle est placee´ apre`s«z»(etnonpasapres` « ad » comme on pourrait s’y attendre). Cependant, ´le mˆ eme signe est utilised´ emaniere` plus arbitraire en anglais : la mer Egee´ s’ecrit´ « Ægæan sea » (comme transcription du mot grec AÊgaØon ), sans que « Æ » soit consider´ e´ comme une lettre de l’alphabet anglais... Plusieurs ligatures linguistiques proviennent historiquement de ligatures esthet´ iques. On connait l’evo´ lution historique du « et » en « & » (l’« esperluette »), il en est de mˆ eme pour le « ß » allemand, qui provient de la ligature « G »long+«s»court. Certaines ligatures ont du mal a` se faire respecter. C’est le cas du « ij » flamand et neer-´ landais. Peu de locuteurs du neerland´ ais (et encore moins de non-locuteurs) savent que « ij » constitue dans 99,9% des cas une ligature dans cette langue (les exceptions sont des mots importes,´ comme « bijou », « bijektie » etc.). La preuve de l’existence de cette liga- ture est pourtant tres` simple : il suYt de lire dans une carte de Hollande le nom de la ville 4« IJmegen » ou` on retrouve evidem´ ment la version majuscule de « ij » . 4Il existe un rapport obscur entre cette ligature « ij » et la lettre diacritee´ « y¨ ». Cette derniere` n’est — al` a connaissance de l’auteur — utilisee´ qu’en gallois moderne et en francai¸ s du moyen agˆ e. Le rapport entre « ij » `et « y»¨ doitetˆre cherche´ ailleurs que dans les grammaires. A ce propos, une anecdote : un des grands jeunes H ( ž Ÿ kv  k A Ï ¿ a Y a A (   k AŸ Tour du monde des ligatures 87 av Figure 1: Exemple de ligature cingalaise Une ligature peut etreˆ consider´ ee´ indispensable,m emˆ e si elle n’est pas consider´ e´e comme une lettre unique. C’est le cas, par exemple, du « » arabe : il est impensable d’ec´ rire « », que ce soit en typographie, en dactylographie, ou memˆ e en ec´ riture manuscrite. Pourtant il s’agit toujours de la lettre « » en forme initiale « » suivie de la lettre « »enforme finale « ». Comme nous le verrons dans la section 4, toute autre ligature arabe est soit esthet´ ique, soit contextuelle. Ce pheno´ mene` est assez courant dans les langues orientales. Dans les langues indiennes, les ligatures jouent un rolˆ e tres` important : elles indiquent l’absence de voyelles entre deux 5consonnes. Ainsi, en cingalais , on voit sur la fig. 1 les caract`eres « ka » et « va », suivis de la ligature « kva » (dans le signe a` droite la voyelle implicite « a » entre les deux consonnes n’est pas prononcee).´ Dans certaines ecr´ itures, les voyelles sont indiquees´ par des traits supplem´ entaires qui 6s’ajoutent aux consonnes et n’existent pas isoles´ : en cambodgien , est le caract`ere « ka » et , prononc´e«ka¯ », est la ligature de ce dernier avec « a¯ », un caract`ere qui n’existe pas isole.´ Pour noter une syllabe consistant uniquement en une voyelle, on utilise le signe (sans prononciation) qui sert comme « porteur » de voyelle : «a»¯ s’ec´ rira . On est donc al` alimitedelad efi´ nition de ligature, puisque on lie un caract`ere existant 7a` un caract`ere non existant (sous forme isolee).´ En amharique , on va encore plus loin : l’adjonction d’une voyelle peut entraˆıner la reduct´ ion de la forme de la lettre. Ainsi, (cf. fig. 2) « ze » peut etreˆ consider´ e´ comme la forme de base. On obtient « zu » « ze»¯ ,«ze»¨ , mathematic´ iens francais¸ s’appelle « Ghys ». D’ou` vient ce nom? Les ancetˆ res de M. Ghys, s’appelaient « Ghijs » et vivaient en Flandre flamande. Iuand ils sont venus s’installer en France, leur nom eta´ it ec´ rit dans leur passeport —` al’epoque´ ceux-ci eta´ ient remplisal` amain—enbelleec´ riture manuscrite liee´ comme on l’apprenaital` ’ec´ ole. Mais si vous ec´ rivez a` la main « ij », les deux lettres bien liees,´ il est impossible de les distinguer d’un « y»¨ .C’est en eVet ce que l’employe´ du bureau des naturalisations a cru voir. Et, fonctionnaire consciencieux, il a dec´ ide´ d’oYce que « y¨ » n’e´tait pas du bon franc¸ais et a retire´ le ...tre´ma, et le nom est devenu « Ghys ». 5Le systeme` T X cingalais a et´ ec´ re´´e par l’auteur, suite a` une commande du Wellcome Institute for the History ofE Medecine de Londres. Il sera bientotˆ disponible sur serveur CTAN. Le lecteur en trouvera la description dans [7]. 6Le systeme` T X cambodgien a et´ ec´ re´´e par l’auteur sous la supervision d’Alain Daniel, de l’Institut NationalE des Langues et Civilisations Orientales. Il est dec´ rit dans [6]. 7Le systeme` T X amharique a et´ ec´ re´´e par Abass Amnulehe. Il est dec´ rit dans [2] et [1].E zu „   … y e za ƒ e ‚  ze z z z €  88 Yannis Haralambous zi Figure 2: Quelques syllabes amhariques « zi », en ajoutant des petits traits diacritiques ; par contre, pour obtenir « za », « zo », on r´eduit la forme de la lettre de base. On trouvera le plus bel exemple de ligature orientale dans l’ec´ riture coreenne´ Hangoul : une syllabe peut etreˆ composee´ d’une a` quatre lettres qui sont alors mises en echelle´ et placees´ dans un carre´ invisible. Sur la fig. 3, le lecteur trouvera un exemple utilisant trois lettres : le mot « chang » (chapitre) est compose´ des lettres « ch », « a » et « ng ». Les deux premieres` forment la ligature « cha » (en bas a` gauche). Cette ligature suivie de la troisi` eme lettre forme de nouveau une ligature : « chang » (en bas a` droite), le mot « chapitre ». En composant ainsi les 10 voyelles core´ennes(+11diphtongues)avecles14consonnes(+16 8consonnes doubles) de cette mani` ere, on obtient quelques milliers de caract`eres Hangoul . 3. Les ligatures esthe´tiques Elles sont tres` faciles a` caract´eriser : ce sont celles qui ne sont pas indispensables (celles qu’on peut remplacer par leurs composantes, non-liees´ , sans changer la validite´ grammati- cale, ou le sens du texte. Les exemples les plus courants (en typographie occidentale) sont 9ceux des ligatures « V»,«fi»,«fl»,«Y », « Z » .Maism eˆme pour celles-ci il y a parfois des regles` : on ne peut, certes, imposer leur utilisation, mais souvent on l’interdit cat´ ego- riquement. C’est le cas par exemple de la langue turque : l’alphabet turc dispose de caract`eres distincts «i»(prononce´«i»)et«ı»(prononc e´comme le arabe ou le russe. Il serait pour le moins dero´ utant d’e´crire«fi»enturc(est-ce«f»+«i»,ou«f»+«ı»?);lesTurcs sont d’autant plus sensibles a` ce point que l’ancˆ etre de la langue turque moderne, la langue ottomane,´ecrite en caract`eres arabes, battait tous les records de confusion possible entre 10lettres ecrit´ es de la memˆ e maniere` et desi´ gnant des sons tout af` aitdiVerent´ s .Onevit´ e donc les problem` es en interdisant ces ligatures. 8 `Ceci n’est qu’une des deux ec´ ritures utilisees´ en Core´e du sud. A celle-ci s’ajoute l’ec´ riture Hancha c’est a` dire chinoise :lesid eog´ rammes chinois. Le reg´ ime de Core´e du Nord a interdit l’utilisation des caracteres` Hancha. 9Auxquelles s’ajoute la ligature « H », utilise´e par exemple dans le mot norveg´ ien « Hord¨ », et ses deriv´ es.´ 10Sans doute un artifice de l’aristocratie lettree´ pour dec´ ourager le peuple a` apprendre la lecture ; du moins ce fˆut l’interpre´tation de Kemal Ataturk,¨ qui introduisit l’alphabet latin dans les annees´ trente. zo n ‹ m n m Tour du monde des ligatures 89 ch a ng ch + a ch + a + ng Figure 3: L’ec´ riture coreenne´ Hangoul Mˆ eme interdiction pour certains mots composes´ allemands : par exemple, le mot „Auflage“ qui est compose´ des mots „auf“ et „Lage“ ; on ne pourrait former une ligature avec des lettres appartenant a` des mots diVerent´ s, memˆ e si ces mots sont concat´ enes.´ De memˆ e pour „Schiffahrt“ (Attention ! dans „Schiffahrt“, pas de ligature « V »), ouo` nvoitre- apparaˆıtre la ligature « V»lorsdelacesu´ re : „SchiV-fahrt“ (la premi`ere composante du mot se terminant par deux « f », et la seconde commenca¸ nt par cette memˆ e lettre, on n’ec´ rit que 11deux «f» . Certaines traditions typographiques evi´ tent les ligatures du genre « fi », sans raison parti- culiere.` C’est le cas de l’italien et du portugais. Un exemple tres` frappant de ligatures esthet´ iques est celui de l’ec´ riture arm´ enienne. Com- ment faire quand on a une lettre comme « m » suivie d’une lettre comme «n»?Il serait donc inacceptable d’ec´ rire , qui donne l’impression de deux mots separ´ es.´ La so- lution traditionnelle arm´ enienne est d’ec´ rire : les deux lettres entrelac´ ees ! Le lecteur trouvera les principales ligatures arm´ eniennes sur la fig. 4. 11Cette reg` le montre l’ec´ onomie de la grammaire allemande : la distinction entre « consonne double » et « consonne simple » est significative au niveau de la prononciation : en eVet, une voyelle sera longue devant une consonne simple, et courte devant une double. Cette re`gle ne mentionne pas les consonnes triples, qui sont trai- t´ees comme des doubles ; elles sont alors inutiles et on les remplace donc par des doubles. La langue francai¸ se ne peut pas, malheureusement, en dire autant : comparer « vile » et « ville », qui se prononcent de la memeˆ maniere.` §  ! + ’ ’ › ! ª`  + + + ’ + + ! §  90 Yannis Haralambous Figure 4: Les principales ligatures arm´ eniennes 4. Les ligatures contextuelles Une ligature contextuelle est une chaˆıne de caract`eres prenant des formes speciales´ suivant leur position dans le mot en obei´ ssantad` esr e` gles grammaticales strictes et liees´ unique- mental` ’ec´ riture. L’ec´ riture latine n’utilise aucune ligature contextuelle : on a classifi´e«œ» comme et´ ant une ligature linguistique, puisque la chaˆıne de caract`eres « oe » n’ets pas tou- jours remplac´ e par la ligature « œ » : les crit`eres sont d’ordre grammatical, et ne sont pas des invariants de l’ec´ riture latine, mais plutoˆt de la langue franca¸ ise : en allemand cette memˆ e chaˆıne de caract`eres ne produit jamais de ligatures (mais peut par contre etreˆ remplac´ e dans certains cas par le caract`ere diacrite«´ o¨»). Par contre les ligatures contextuelles ne d´ ependent que de l’ec´ riture et non pas de la langue qui se sert de cette ec´ riture. 12Le cas par excellence d’ec´ riture riche en ligatures contextuelles est l’ec´ riture arabe .Ainsi, en arabe, aura-t-on : ” h` et ainsi de suite... 12Qui comme nous le savons est utilise´ pour un grand nombre de langues tout af` aitdiVeren´ tes : l’arabe, le persan, l’ourdou, le sindhi, le pachto, le kirghiz, l’ouigour, le malais, et j’en passe. Par defi´ nition, ces ligatures sont strictement les memesˆ pour toutes ces langues. r¢ Giˆnnhs ž ! › Giˆnnhc  +  M ± Ï õà = ! Œ ¡ d Ï œ“ AŸ ð ž Tour du monde des ligatures 91 Chaque lettre peut etreˆ ec´ rite de quatre mani` eres diVerent´ es suivant sa position dans le mot : initiale, med´ iane, finale, isolee.´ Si l’on veut etreˆ minimaliste, pour ec´ rire en arabe il suYt de connaˆıtre les quatres formes de chaque lettre et de savoir qu’on a une ligature linguistique (voir section 2) : la paire « lam¯ -al¯ıf » ne produit pas qui est la concatenat´ ion du initial et du final, mais .L’ec´ riture arabe exige donc, comme ensemble minimal de reg` les, l’utilisation d’une ligature linguistique et de plusieurs ligatures contextuelles. Heureusement tout le monde n’est pas minimaliste, et l’ec´ riture arabe va beaucoup plus `loin que cela ! A part une ligature linguistique et les ligatures contextuelles (qui font partie de la grammaire de base de l’arabe), on a aussi des ligatures esthetiqu´ es : en bonne typogra- ´phie egy´ ptienne (l’Egypte est consider´ ee´ comme un des centres de la culture arabe), au lieu d’a v o i r + on aura , les lettres , , vont former la triple ligature au lieu de l’ec´ riture lineaire´  yœ , le nom « Mohammed » s’ec´ rira au lieu de ,etc. 13Nous avons fait une et´ ude det´ aillee´ des ligatures esthetiqu´ es (typographiques )del’ecri-´ ture arabe, [5]. Un cas similaireac` eluide est ,ligatureutilisee´ uniquement dans le mot (Dieu). D.E. Knuth gen´ erali´ se la notion de ligature contextuelle, en consid´ erant le debut´ et la fin de mot comme des caract`eres : notons-les et . Ainsi, la transformation du sigma grec en fin de mot en sigma final, est-elle une ligature contextuelle : . On rencontre le pheno´ mene` de ligature (au Gens et´ endu) de debut´ /fin de mot egalem´ ent en vieil allemand, et memˆ e en vieux franca¸ is : un contemporain de La Fontaine ec´ rirait 14Le bon chaEeur Gachant chaEer Gait chaEer Gans Gon chien o`u les « s » sont courts en fin de mot et Dnon longs. En allemand la Dtuation est plus com- 15plique´e:onauraun«s»courtmemˆ eal` ’inte´rieur d’un mot, D ce mot est compoGe´ et que la lettre « s » se trouve en fin de compoGante : Haus MeiFer HausmeiFer ou mieux : NihiliFendynamittheaterka¨FchenGprengungsattentat¨ sverGuchungen, exemple tired´ uT Xbook.E Le leJeur pourra trouver une et´ ude de la typographie vieille-allemande dans [4]. 13Et non pas calligraphiques, dont le nombre et l’envergure ne depend´ que de l’imagination et du savoir-faire du calligraphe... 14Nous avons aEemble´ les polices utiliGant automatiquement un « G »longendebut´ ou a` l’interieu´ r d’un mot et un « s » courtal` afind’unmot. 15De nouveau l’ergonomie allemande : le « s » a un roleˆ grammatical bien prec´ is, il den´ ote la limite d’une compoGante : „AnGchrift“ est clairement compoGe´ de „an“ et „Schrift“, tandis que „Ausgang“, de „aus“ et „Gang“. M dmH¢ F A 92 Yannis Haralambous Pour clore la partie « non-T X » de ce tour du monde des ligatures, mentionnons uneE quatri` eme cat´ egorie de ligatures, tout af` aitr ecent´ e : les ligatures pictographiques. Le lec- teur ayant acces` au reseau´ l’a sans doute devine,´ il s’agit bien evidemmen´ t des « smilies » (sourires), utilises´ courament pour exprimer certains sentiments ou et´ ats d’amˆ e ::-) pour d´ esigner la joie, le bonheur, la remarque ironique ou an` epasprendreaus erieux,´ :-( la tristesse,;-) le clin d’œil,:-o la surprise,8-| le suspense,:-| etX-( des et´ ats proches de l’apoplexie,´ |-O le baillement, et ainsi de suite... Le lecteur int´ eresse´ trouvera une liste assez longue de smilies dans le livre recem´ ment paru de Seth Godin [3] (on y trouve aussi des « cre´ations » en matiere` de smilies, commec|:-=) (Charlot),*<:o) (Bozo le clown)=):-) (Oncle Sam), etc.). Iuediredecettecat ego´ rie bien particuli` ere de ligatures, impregn´ ees´ d’humour am´ ericain? Tout d’abord soulignons qu’il est faux de dire que ces pictogrammes sont portables « parce qu’ils sont composes´ en ASCII 7-bit ». En fait, ils dep´ endent de la police de caract`eres utilisee´ : ils sont le mieux represent´´ es par une police ecr´ an de console UNIX, ou par une police de type machine a´` ecrire. AYche´s ou composes´ dans une autre police, ils seraient diYcilement reconnais- sables. Mais le plus important est peut-etˆ re le fait que ces ligatures pictographiques ne sont que la represent´ ation ASCII 7-bit (la « transcription ») de pictogrammes reel´ s, qu’on a inter´ etˆ a` utiliser si l’environnementle permet. Certains smilies ont memˆ e et´´ e « institutionnalises´ » : il s’agit des deux smilies les plus classiques (datant de l’epo´ que des Beatles),:-) et:-( (le se- cond et´ ant aussi connu comme frownie), ou des pictogrammesSets, qui font bel et bien partie du code Unicode/ISO 10646-1 (positions0x2639 et0x263A), dans la mˆ eme table que les signes m´ et´ eorologiques, les symboles religieux ou ideo´ logiques, les hexagrammes du Yi-King, les signes du zodiaque, les pieces` du jeu d’echecs,´ du jeu de cartes, et les notes de musique. Le lecteur trouvera ces deux smilies dans la police smilie (au format - ONT ou PostScript) surftp.ens.fr,danspub/tex/yannis/sourires. L’auteur trouve que ces signes ont leur place mˆ eme dans un texte scientifique serieux´ et favorisent 16son assimilation .Apr es` tout, la philosophie de T X est basee´ sur la convivialit´ e, mˆ emeE dans des conditions diYciles. 5. Du cotˆ ed´ eTXE Apres` avoir fait le tour des principales cat´ egories de ligatures, voyons comment T X par-E vient a` les composer eYcacement. Pour lui la situation est beaucoup plus simple : les liga- tures sont des caract`eres d’une police et peuvent etreˆ acc´ edees´ 16Un eVet de dec´ ompression psychologique analogue a` celui de la plaisanterie devenue presque obligatoire au milieu d’un cours magistral diYcile. MET : C + B B 7! + C B A A + 7! 7! A; C 7! dmHA AC + A A B 7! C  A  + + ) H Ï 7! A  B dm A  7! + + m = 7! =  = d =  =  = AF C ONT B A C B B AC ( 7! + B Tour du monde des ligatures 93 — soit directement, par une commande (\oe{} ou\Mm{oe} pour « œ », \ae{} ou \Mm{ae} pour « æ » etc., la commande\Mm servantad` ejo´ uer les pieges` de la com- 17mande\uppercase) ; — soit par une suite de caract`eres (fi donnera « fi »,ffi donnera « Y » ; en arabe,lA donnera ,etc.) Dans le deuxiem` e cas, on parle de ligature T X ;eneVet, il s’agit d’une operat´ ion inherent´ eE a` la police. Cette operat´ ion consiste a` remplacer une paire de caract`eres par un troisi` eme caract`ere .Ainsipour «f», « f », on aura « V»; pour « V », « i », on aura « Y », etc. Depuis la version 3 de T X on disposeE aussi de ligatures sp´ eciales (connues gen´ eralem´ ent sous le nom de « ligatures intelligentes », traduction de smart ligatures). Celles-ci se present´ ent de la maniere` suivante : CB On a egalem´ ent la possibilit´edeconsid erer´ le de´but de mot ou la fin de mot comme ca- ract`ere (au sens de T X) et defi´ nir les ligatures du genreE Une application interessant´ e de ces outils est la contextualisation de l’ec´ riture arabe : en ecrivant´ AHmd,TX´ ecrirait en l’absence de ligatures : ; par contre, si on introduit lesE ligatures (intelligentes) on retrouve bien le nom (au fait, on va encore plus loin en introduisant la ligature esthetiqu´ e , pour avoir comme result´ at final ). 5.1. La syntaxe des ligatures On peut defi´ nir des ligatures T X, soit en ,aumomentdelacr eat´ ion de laE police, soit dans le fichier PL (qui est le fichierTFM rendu lisible a` l’aide de TFtoPL). La syntaxe est tres` simple dans les deux cas. 17Cette commande est inutile quand on utilise al` aplacedeTX: est une extension de T Xd ev´ eloppee´E E par John Plaice et l’auteur, cf. [8]. MET filosofÐa fÐlos. ONT + MET 7! fÐloc. c. AF Jes/nÐkh JessalonÐkh s 94 Yannis Haralambous 5.1.1. D´ efinir des ligatures dans le fichierMF On peut utiliser les operat´ eurs suivants : ligtable, boundarychar, =:, |=:, =:|, |=:|,|=:>,=:|>,|=:|>>,et||. Le cas le plus simple (celui de la ligature « fi ») est : ligtable "f"\colon{} "i" =\colon{} hex"1C"; qui signifie : « la table de ligatures de la lettre « f » est la suivante : quand cette lettre est suivie par « i », remplacer les deux lettres par le caract`ere de position hexadecim´ ale1C de la police ». Les operat´ eurs |=:, =:|, |=:|, signifient « garder la premi`ere lettre et remplacer la deuxiem` e par... », « garder la deuxi` eme lettre et remplacer la premiere` par... », « gar- `der les deux lettres et inserer´ ce qui va suivre entre elles », respectivement. A quoi servent alors les|=:>,=:|> et|=:|>> ? En fait, quand va garder une ou deux lettres et remplacer ou inserer´ une autre, il re-examine ensuite la situation et applique, le cas ech´ eant´ , de nouveau des ligatures ou cren´ ages. Ainsi, supposons qu’on ait defi´ ni une part de crenag´ e entre « A » et « C » et une ligature ligtable "A"\colon{} "B" |=: "C"; alors T X remplace d’abord « AB » par « AC » et eVectue ensuite le crenage.´ Par contre, siE la ligature et´ ait defi´ nie par ligtable "A"\colon{} "B" |=:> "C"; il aurait remplac´ e « AB » par « AC » et serait passei´ mm ediat´ ement au reste du texte. Le signe> signifie donc « passeral` ’et´ape suivante ». Enfin, comment defi´ nir des ligatures de debut´ ou de fin de mot? On nomme un caract`ere (qui peut etreˆ invisible) « caract`ere de frontiere` » (boundarychar). Ce caract`ere fait oYce de « fin de mot » dans la table de ligatures. On peut bien surˆ l’utiliser normalement dans le texte, l’« utilisation abusive » d’un caract`ere normal restant interne a` la table de ligatures. `A noter que la « fin de mot » au sens T X, signifie « caract`ere suivi d’espace blanc ». SiE l’on veut obtenir les memˆ es transformations devant les signes de ponctuation, il faut les d´ efinir separ´ em´ ent. Ainsi, dans nos polices grecques, nous demandons un sigma final de- vant un point : « » «.» « », mais pas devant une barre oblique : on ecrit´ souvent comme abreviat´ ion de .Poure´ viter une ligature de ce type, on peut utiliser la commande\noboundary,auniveauTX:ainsif’ilos\noboundaryE donne-t-il « » (abreviat´ ion de ), au lieu de « ». Pour le d´ ebut de mot, on dispose de l’operat´ eur||. La syntaxe est la memˆ e que pour un caract`ere ordinaire :
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