Fiche de lecture sur Yvain ou le Chevalier au lion

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Ce travail sur Yvain ou Le Chevalier au lion de CHRETIEN DE TROYES a été réalisé par Mme VALLAT-SAGE, professeur certifié de Lettres Modernes, pour èmeses élèves de 5 du Collège Jas de Bouffan à Aix en Provence Proposition de cinq séances (langue/lexique/histoire des arts) pouvant s'articuler à l'étude de l'œuvre intégrale. La proposition n°1 peut servir de séance introductive à la séquence. Proposition n°1: initiation à la paléographie. Objectifs:  susciter l'envie d'entrer dans l'univers médiéval  prendre conscience de la particularité des textes médiévaux → histoire des arts. Si on envisage le mss médiéval comme une œuvre d'art, la première partie de l'étude – descriptive et notionnelle - s'intègre dans cet enseignement (période: moyen-âge; domaine: arts du langage + arts du visuel dans leur dimension patrimoniale; thématique: arts, créations, cultures »; critères d'analyse: forme technique, signification, usage; acquis attendus: repères historiques, artistiques, littéraires). Elle peut donner lieu à une synthèse particulière dans le « cahier personnel d'histoire des arts ». Support: le folio 61 du mss BnF Fr 1433, copié dans le nord de la France vers 1325. L'image de ce folio est disponible sur le site de la BnF (exposition virtuelle Arthur / activités pédagogiques: livres à feuilleter / Yvain), on peut l'y acheter. Activités: 1.

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Publié le 27 septembre 2013
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Langue Français

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Ce travail sur Yvain ou Le Chevalier au lion de CHRETIEN DE TROYES a été
réalisé par Mme VALLAT-SAGE, professeur certifié de Lettres Modernes, pour
èmeses élèves de 5 du Collège Jas de Bouffan à Aix en Provence

Proposition de cinq séances (langue/lexique/histoire des arts) pouvant s'articuler à l'étude de
l'œuvre intégrale. La proposition n°1 peut servir de séance introductive à la séquence.

Proposition n°1: initiation à la paléographie.

Objectifs:

 susciter l'envie d'entrer dans l'univers médiéval
 prendre conscience de la particularité des textes médiévaux → histoire des arts. Si on
envisage le mss médiéval comme une œuvre d'art, la première partie de l'étude – descriptive
et notionnelle - s'intègre dans cet enseignement (période: moyen-âge; domaine: arts du
langage + arts du visuel dans leur dimension patrimoniale; thématique: arts, créations,
cultures »; critères d'analyse: forme technique, signification, usage; acquis attendus: repères
historiques, artistiques, littéraires). Elle peut donner lieu à une synthèse particulière dans le
« cahier personnel d'histoire des arts ».

Support: le folio 61 du mss BnF Fr 1433, copié dans le nord de la France vers 1325.
L'image de ce folio est disponible sur le site de la BnF (exposition virtuelle Arthur / activités
pédagogiques: livres à feuilleter / Yvain), on peut l'y acheter.

Activités:

1. Projection du folio ou distribution d'une photocopie aux élèves, recueil de leurs réactions et
de leurs hypothèses quant à la nature du document: aboutir à la mise en place des notions de
manuscrit (manu scriptus), copiste (roman du XIIème et mss du XIVème), parchemin,
enluminures.
2. Observation précise et description du folio:
 un texte encadré par des décorations florales, sur le bas trois créatures « merveilleuses »
dont deux chassent la troisième, en haut l'image d'un chevalier sur sa monture qui est en
fait une lettre historiée (« L »).
 le texte est écrit en lettres gothiques, il est organisé en deux colonnes et chaque ligne
commence par une initiale mise en valeur (détachement + taille + rehaussées de rouge),
une lettrine dans la seconde colonne (« M »).
 il est possible que des élèves repèrent les vers, le prendre en compte comme une
hypothèse de travail dans la découverte du manuscrit, sinon ne pas encore en parler.
3. « Édition » des 18 premières lignes du texte.
Il s'agit simplement ici de transcrire exactement (signes et mise en page compris) au tableau
ce qui est écrit sur le folio. Une fois que les élèves ont repéré le fonctionnement des lettres
gothiques, ils aiment beaucoup cet exercice et on peut éditer plus que ces lignes, mais l'analyse ne
porte que sur elles.
4. Analyse du texte édité à partir des observations des élèves et des questions du professeur:
 langue du manuscrit : ancien français, étape médiévale entre le latin et le français actuel.
 Repérage et développement des abréviations + explication de leur présence (manuscrit,
prix parchemin): ligne 8, le signe « Z majuscule barré » qui ici ressemble à un 4 signifie
« et »; ligne 11, le « O avec une jambe » est l'abréviation de « com » ou « con »; ligne
13, la barre sur le « o » est la marque de la nasale « on »; ligne 16, « ch'r » est
l'abréviation de « chevalier ». Ce sont des abréviations usuelles.
 Forme des lettres, en particulier le « s », écrit « ſ » devant voyelle (enſeigne, ſoions, ſi,
1

ſales, ſatropelerent) ou devant « t » (feſte, couſte).
 Absence d'accentuation (les seuls signes qui l'évoquent sont en fait des abréviations)
 Questionnement sur la ponctuation: on rencontre des points dans les 11 premières lignes,
puis plus.
5. Lecture orale du texte édité par le professeur (prononcer toutes les lettres, insister sur les
rimes):
 repérage de l'écriture versifiée: octosyllabes à rimes plates (faire trouver aux élèves que
c'est pour faciliter la mémorisation du texte, cf L'Odyssée, aède → ici troubadour)
 absence de ponctuation: les points des onze premières lignes marquent la limite des vers,
dont l'écriture a été bouleversée par la lettre initiale historiée.
6. Synthèse écrite:
 Les premiers romans français sont des récits de chevalerie composés au XIIème siècle.
 Les plus célèbres ont été copiés sur des manuscrits en ancien français, alors que la langue
écrite utilisée était encore normalement le latin.
 Le texte est rédigé en octosyllabes à rimes plates car les livres étaient récités bien plus que
lus.
 Nous lisons une traduction en prose du roman médiéval.

Proposition n°2: lexique.

Objectifs:

 histoire des mots (roman)
 domaine lexical des genres littéraires

Supports: dictionnaires de langue à disposition, article « roman »

Activités:

1. Utilisation du dictionnaire (Robert collège ou Petit Robert): repérage de l'homonymie
« roman n.m. » et « roman, ane adj »: choix de l'article qui convient; lecture de l'article et
repérage de la polysémie + des domaines d'emploi « I. LING langue » et « II. 1. HIST LITT
récit en roman puis en af, 2. COUR définition moderne du genre »
2. Relevé des sens, fermeture des dictionnaires; vérification de la compréhension par un
exercice de reconnaissance (« Yvain est un roman en vers », « Les vers d'Yvain sont en
roman », « Les romans de chevalerie sont les premiers romans français » avec piège
éventuel « Yvain entre dans un cloître roman »); enfin écriture d'un exemple pour chaque
sens/ emploi du mot.
3. Explications du professeur sur l'évolution du mot: langue commune et populaire opposée
au latin, langue savante et écrite des clercs; premiers textes en « langue romane » ; succès et
changement de sens du mot qui ne désigne plus la langue du texte mais le texte. Évolution
jusqu'au sens actuel.
Remarque: le même phénomène est à l'œuvre pour Le roman d'Alexandre (→ alexandrin) et Le
roman de Renart (→ renard/goupil), on peut donc aussi en parler aux élèves ou le réserver pour des
séances ultérieures.
4. Synthèse écrite: rédaction par les élèves de l'explication fournie sur le passage de la
langue au texte (peut éventuellement servir d'évaluation).


Autres activités/prolongements:

1. rechercher les mots de la même « famille » et les classer par « champs » : (littérature)
2

romanesque, romancier, romancer, romanesquement, romancé / (linguistique) romaniste,
romanisant, romanistique, romanche / (sentiments) romance, romantique, romantisme,
romanesque, romanesquement + en employer à l'écrit
2. rechercher les mots du champ lexical du roman (sens courant et moderne) pour retrouver les
notions apprises autour du récit: (narration, narrateur, personnage, récit, action, histoire,
prose, intrigue...), voire arriver à une esquisse de la notion de genre avec roman d'aventures,
roman policier, roman historique, roman fantastique... selon ce que les élèves connaissent.

Proposition n°3: remarques sur la langue.

CETTE SEANCE NECESSITE DES ORDINATEURS, UN ACCES INTERNET ET LA POSSIBILITE
D'ENTENDRE DU SON.

Objectifs:

 grammaire: quelques remarques autour de l'évolution du français
 histoire des arts
 lecture de l'image
 validation du B2i (par exemple C.1.1, C.1.2, C.4.2, C.4.3)
NB: je ne développe ici que la partie grammaire.

Supports:

1. site de la Bibliothèque Nationale de France
2. incipits d' Yvain ou le Chevalier au Lion
 texte du mss BnF Fr 1433 édité par les élèves
 édition GF étonnants classiques (traduction adaptée M. Rousse)
 édition Ecole des Loisirs, Médium poche (traduction adaptée J.P. Tusseau)

Activités:

Première partie:

La première partie de la séance prend appui sur l'extraordinaire site de la BNF et utilise les
ressources pédagogiques mises à disposition. Il faut aller sur le site pédagogique de la BnF
(www.classes.bnf.fr), puis « les ressources par thèmes », puis « moyen-âge », puis « manuscrit
médiéval », puis « feuilleter les manuscrits de la légende arthurienne », et on se trouve sur la page
voulue, qui appartient à l'exposition virtuelle « Arthur » (il y a donc d'autres chemins pour
l'atteindre).
Le manuscrit BnF Fr 1433 d'Yvain est le premier. Il y a une introduction audiovisuelle très
intéressante pour les illustrations et la fortune littéraire du roman, mais il a le défaut de tout
raconter, ce qui peut être embêtant avant l'étude de l'œuvre intégrale.
On peut laisser les élèves circuler dans le manuscrit, utiliser les agrandissements, lire les
nombreuses explications voire les écouter (à condition que les postes soient équipés de casques).
Ils reconnaîtront bien sûr le folio sur lequel ils ont travaillé, et on leur demandera d'écouter
le commentaire sonore qui est une lecture du texte d'ancien français et de noter toutes les remarques
qui leur viennent.
On attend comme remarque que toutes les lettres sont prononcées donc en particulier :
 on entend les terminaisons verbales du pluriel (-ent)
 on es -s finaux
 on entend toutes les finales
 on entend les diphtongues
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Deuxième partie:

1. Lecture de l'édition GF étonnants classiques (traduction adaptée M. Rousse) :
« Arthur, le sage roi de Bretagne, dont la prouesse nous incite à être vaillants et courtois, tint
une cour, d'une magnificence toute royale, lors de la fête de la Pentecôte. Le roi était à Carduel au
pays de Galles; après le repas, les chevaliers se répandirent dans les salles pour former de petits
groupes là où des dames, des demoiselles ou des jeunes filles les appelaient. »

2. Comparaison avec le texte du manuscrit:
« Li boins roys Artus de Bretaigne
La qui proeche nous ensengne
Que nous soions preus et courtois
Tint court si riche comme rois
A chele feste qui tant couste
Condoit nommer la penthecouste
Li rois fu a carduel en gales
Apres mengier parmi les sales
Li chevalier satropelerent
La ou dames les apelerent
Ou damoiseles ou pucheles »
Texte du mss BnF Fr 1433 édité par les élèves

On pourra demander aux élèves de repérer les mots qui ne changent pas (qui/que, nous/on,
courtois/riche – mais évolution de sens-, tint/doit, si/tant/après/parmi) et en profiter pour faire
remarquer l'importance des accents (la ou → là où).

On attirera principalement l'attention des élèves sur le point suivant:
« Li boins roys Artus tint » / « Li chevalier s'atropelerent »
Les désinences verbales permettent de mettre en évidence la contradiction pour un locuteur
contemporain entre un « s » vu comme la marque du pluriel devant un verbe au singulier, et son
absence devant un verbe avec une terminaison au pluriel; on explique alors l'existence d'une
déclinaison bicasuelle en ancien français héritée de la flexion latine.

Exemple classique:
singulier pluriel
Nominatif/ MUR(U)S MUR(I)
Cas sujet li murs li mur
Accusatif/ MUR(UM) MUR(O)S
Cas régime le mur les murs

A partir de ce tableau, on explique (ou on fait expliquer si la classe comprend des latinistes
ou des germanistes) comment la forme déclinée du mot permet de ne pas avoir d'article (car elle
marque le nombre et le genre) et de comprendre la fonction du mot quelle que soit sa place dans la
phrase.
→ on pourrait donc écrire: « court tint li rois Artus » et rester compréhensible en ancien
français, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui « °cour tient le roi Arthur » → « Le roi Arthur tient
une/sa cour »
La simple observation du tableau permet de voir quel cas a survécu en français, avec le
corollaire de la présence d'un article et d'un ordre des mots fixe dans la phrase.

4

→ « tint court »; « la ou dames les apelerent/ou demoiseles ou pucheles »
On peut faire observer l'absence d'article ainsi que l'éclatement du groupe sujet (ordre des mots,
mais c'est peu démonstratif avec les mots féminins qui n'ont pas de réelle flexion)

Pour mémoire, les exemples du texte sont les suivants mais ils sont trop compliqués pour être utilisés dans le cours
(« roi » est difficilement utilisable, les noms masculins imparisyllabiques de la troisième déclinaison latine ayant été
« refaits » en gallo-roman):

singulier pluriel
Nominatif/ Cas REX → *REG(I)S REGES → *REGI
sujet Li rois Li roi
Accusatif/ Cas REG(EM) REG(E)S
régime Le roi Les rois

singulier pluriel
Nominatif/ Cas CABALLAR(IU)S CABALLARI(I)
sujet Li chevaliers Li chevalier
Accusatif/ Cas CABALLARI(UM) CABALLARIOS
régime Le chevalier Les chevaliers

En latin CABALLUS « cheval hongre, mauvais cheval » qui a supplanté la forme classique EQUUS « cheval », par
dérivation CABALLARIUS « le cavalier » (source: A Rey, Dictionnaire historique de la langue française).

3. Synthèse écrite:
 L'ancien français est une langue très différente de la nôtre par sa prononciation et par sa
grammaire.
 Plus proche du latin, elle en conserve une déclinaison simplifiée.
 Il faut attendre le français moderne pour que ce soit l'ordre des mots dans la phrase qui
indique leur fonction grammaticale.

Troisième partie:

1. Lecture de l'édition Ecole des Loisirs, Médium poche (traduction adaptée J.P. Tusseau) et
comparaison avec l'autre traduction:
« Le roi Arthur, qui demeure pour tous le modèle de la vaillance et de la courtoisie, régnait
alors sur la Bretagne. Il avait réuni, cette année-là, à l'occasion de la Pentecôte, une cour
particulièrement brillante. En son château de Carduel, en Galles, la fête était vraiment somptueuse.
Une fois les tables desservies, les chevaliers, par petits groupes, rejoignirent dans les salles
du palais, les dames, les demoiselles et leurs suivantes. »

2. Exercice écrit : Quelle traduction du début d'Yvain préférez-vous? Vous répondrez à cette
question dans une phrase du type « Je préfère …. parce que ... ». (arguments attendus:
facilité de lecture et de compréhension / respect du texte médiéval, voire conservation de
certaines rimes).



Autres activités/prolongements:

Point d'orthographe sur les accents circonflexes hérités à partir de l'observation qui a été
faite sur la forme des lettres, en particulier le « s » devant « t » dans les mots feſte et couſte qui
donnent respectivement en français « fête » et « coûte ».
Recherche d'autres mots connus par les élèves avec un accent circonflexe de ce type (bête,
tête, hôpital, forêt...) et vérification du caractère hérité de l'accent par un mot de la même famille
présentant encore le « s » (bestial/bestiaire, hospitalier/hospitalité, forestier, festival...) C'est difficile
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pour tête, le seul mot de la même famille avec « s » étant test (ZOOL enveloppe calcaire qui protège
le corps de nombreux invertébrés)

Proposition n°4: lexique.

Objectifs:

 histoire des mots (sire/dame → monsieur/madame)
 vocabulaire des valeurs

Supports: relevés effectués dans le roman des termes de désignation des personnages

Activités:

1. expliquer l'existence des trois formes sire/sieur/seigneur grâce à l'existence de la déclinaison
bicasuelle + étymologie et évolution des sens: comparatif latin SENIOR → seigneur, sire
(honorifique), sieur (péjoratif) ; DOMINA → dame.

singulier pluriel
cas sujet sire seigneur
cas régime seigneur → sieur par analogie CSsg ses

2. expliquer la diversité des formes mon/mes – sieur(s) (+ messire, monseigneur); ma/mes –
dames; ma/mes – demoiselle(s) par la déclinaison + le possessif qui se soude

singulier pluriel
cas sujet mes sire mi seigneur
cas régime mon seigneur → mon sieur mes seigneurs

3. vocabulaire de la vassalité dans le roman, fonctionnement de la société féodale: chevalier,
seigneur, vassal, vavasseur, suzerain, sénéchal, baron, comte, roi... → cf cours d'histoire
(pyramide de la société féodale).

Proposition n°5: lexique.

Objectifs:

 histoire des mots
 l'univers médiéval


Supports: relevés effectués dans le roman des termes de désignation des chevaux (palefroi, destrier,
roncin)

Activités:

1. perspective synchronique: les désignations du cheval selon sa fonction au moyen-âge →
richesse lexicale due à l'importance de l'animal
2. perspective diachronique: constat de l'existence de trois familles de mots autour du cheval
en français moderne (chevalier + cavalier.. ; équitation...; hippodrome...).
3. Expliquer la double évolution des mots latins: 1/évolution populaire, et 2/formations
savantes sur les mots latins et grecs (1/*CABALLUS et 2/EQUUS, HIPPOS)
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4. exercices sur les doublets, ex: CALOR → chaleur/calorie, POTIONEM → boisson/potion,
CAUSA → chose/cause, AUSCULTARE → écouter/ausculter... etc
5. écriture: utiliser le plus de mots du champ lexical du cheval dans un texte pour aboutir à un
texte de registre humoristique.


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