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La société translucide – Pour en finir avec le mythe de l’État bienveillant d'Augustin Landier et David Thesmar

20 pages
En s’appuyant principalement sur le modèle français, mais en faisant également appel à de nombreuses comparaisons internationales, les auteurs décortiquent les mécanismes de régulation de la société. L'État, dans son interaction avec les entreprises, façonne le réel et fait société. C'est donc en comprenant mieux la manière dont les hommes et les conflits d'intérêt sont au cœur de cette fabrique que l'ont peut mieux l'organiser. Au delà du diagnostic, l'idée est que la société est devenue depuis peu une société d'abondance des données et que, pour la qualité de l’action publique, c’est une chance. Elle peut, et doit, à présent s’appuyer sur une myriade d’acteurs de la société civile pour jouer le rôle de donneurs d’alerte et de sentinelles, dans un débat politique plus ouvert, donc plus rationnel.
L'auteur est diplômé d'HEC, Majeure Alternative Management, en 2011.
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Fiche de lecture
La société translucide Augustin Landier & David Thesmar 2010
Badis Bousouar – Décembre 2010 Majeure Alternative Management – HEC Paris – 2010-2011
: «La société translucide - Novembre 2010
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La société translucide – Pour en finir avec le mythe de l’État bienveillant
Cette fiche de lecture a été réalisée dans le cadre du cours « Histoire de la critique  donné par Eve Chiapello et Ludovic François au sein de la Majeure Alternative Management, spécialité de troisième année du programme Grande Ecole d’HEC Paris.
Fayard, Paris, 2010 Date de première publication : Mai 2010 Résumé:  En s’appuyant principalement sur le modèle français, mais en faisant également appel à de nombreuses comparaisons internationales, les auteurs décortiquent les mécanismes de régulation de la société. L'État, dans son interaction avec les entreprises, façonne le réel et fait société. C'est donc en comprenant mieux la manière dont les hommes et les conflits d'intérêt sont au cœur de cette fabrique que l'ont peut mieux l'organiser. Au delà du diagnostic, l'idée est que la société est devenue depuis peu une société d'abondance des données et que, pour la qualité de l’action publique, c’est une chance. Elle peut, et doit, à présent s’appuyer sur une myriade d’acteurs de la société civile pour jouer le rôle de donneurs d’alerte et de sentinelles, dans un débat politique plus ouvert, donc plus rationnel. Mots-clés   :    État, Economie, Finance, Régulation, Réforme, Société.
Translucent society – taking to an end the myth of a benevolent state This review was presented in the “Histoire de la critique” course of Eve Chiapello and Ludovic François. This course is part of the “Alternative Management” specialization of the third-year HEC Paris business school program. Fayard, Paris, 2010 Date of first publication : May 2010 Abstract : Translucent society focuses mostly on the French model of government and tries to understand how the state, through its interactions with companies and people, makes the society. It is thus in understanding better the role of human beings in this mechanism that one can make it work in a less counter-productive manner. Beyond this detailed diagnosis, the authors want to show that the new abundance of information and statistics on society is a chance for policy makers to grab now. They should more than ever be able to base their decisions and budgeting on a series of actors from the civil society who can play the role of whistle-blowers and alarm givers, in a more open, and thus more rational, political debate. Key words : State, Economics, Finance, Regulation, Reform, Society
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Précisions sur la découverte de l'ouvrage.
J’ai pour la première fois entendu parler de ce livre et de ses auteurs lors d’une conférence organisée en juin 2010 à Sciences-Po par le Master Economics and Public Policy , de façon tout à fait originale. Le « procès de la finance  (ainsi était intitulée la conférence) était orchestré de manière que le public, dans le rôle du jury, après deux heures de plaidoyer des différents invités, soit en mesure de se prononcer sur la culpabilité de la finance dans la crise économique d’une part et sur la capacité de l’État à réguler le système financier d’autre part. Augustin Landier était avocat de la défense, soutenant la thèse que la crise a pour origine véritable la faillite de l’État dans son rôle de régulateur. Ce prisme d’un État faillible, trop faillible, est à la racine des développements théoriques de « la société translucide  qui analyse la manière dont la capture des rentes s’organise dans la société et dont les hommes d’État sont soumis aux conflits d’intérêt et à des arbitrages court-termistes.
How I heard about Transludent Society.
I have first heard about this book and its authors as I went to a conference in June 2010, organized in a very original manner. The “trial of finance”, so was entitled, was orchestrated so that the public in the role of the jury and after listening to the speakers for a couple of hours could make a judgment on two things : first on the guiltiness of finance in the economic crisis and second in the ability of government to regulate the financial system. Augustin Landier stood for the idea that the financial crisis has its original roots in the failure of the state in its role of regulator. This idea of a fallible state, too fallible state, is key in the theoretical development made in “translucent society”which analyzes more broadly how the capture of rents is organized in our society and the way and how politicians are prey to conflicts of interests.  
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Table des matières
1. Les auteurs et leur oeuvre  ...................................................................................................  .5 1.1. Brève biographie des deux auteurs....................................................................5 1.2. Les caractéristiques de La société translucide...................................................6
2. Résumé  .................................................................................................................................  .7 2.1. Plan de l'ouvrage...............................................................................................7 2.2. Principales étapes du raisonnement et principales conclusions........................8
3. Commentaires criti ues  ....................................................................................................  .17
4. Biblio ra hie des auteurs  .................................................................................................  .18
5. Références  ...........................................................................................................................  20
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1. Les auteurs et leur oeuvre
1.1. Brèves biographies des deux auteurs
Augustin Landier et David Thesmar sont deux jeunes économistes français. Tous deux ont une formation très quantitative : agrégation de mathématiques à l'Université Paris 6 pour le premier, Ecole Polytechnique puis ENSAE (Ecole Nationale de la Statistique et de l'Administration Economique) pour le second. Ils ont co-écrit en 2007 Le Grand Méchant Marché qui s’attachait à décortiquer et démonter les a priori négatifs d’une majorité de Français à l’égard des marchés financiers. Leur furent décernés pour cet ouvrage deux prix : le Prix Rossi 2007, délivré par l'Académie des Sciences Morales et Politiques et le Prix de l'Institut Manpower pour l'emploi 2008. Ils font partie de la « nouvelle vague  des économistes français très à l’aise avec l’économie statistique et ont depuis peu rejoint l’équipe qui entoure le gouvernement au sein du Conseil d’Analyse Economique.
Augustin Landier Ancien élève de l'École Normale Supérieure et agrégé de mathématiques, Augustin Landier est actuellement professeur associé à l’Université Toulouse 1 - Capitole et à la Toulouse School of Economics (TSE). Il est également Resident Scholar  au Fonds Monétaire International (FMI) depuis 2009 et, depuis septembre 2010, membre du Conseil d'Analyse Economique (CAE) du Premier Ministre. Il a obtenu son doctorat d'économie au Massachusetts Institute of Technology en 2002 et a débuté sa carrière dans l’enseignement à l'université de Chicago en tant que professeur assistant en finance avant de rejoindre en 2004 la Stern School of Business  de l'Université de New York. Il a également exercé une activité de gérant de portefeuille chez Old Lane ( Citi Alternative Investments ) et co-fondé Ada Investments, une société d’investissement qui sélectionne des titres en faisant appel aux résultats les plus récents de la recherche économique et en prenant également en compte dans son choix des paramètres extra-financiers.
David Thesmar David Thesmar est professeur de finance et d’économie à HEC Paris. Auparavant, il a été conjoncturiste au ministère des finances et chercheur à l'INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques). Il a enseigné la finance d'entreprise et la macroéconomie à l'ENSAE, l'École Normale, l'École Polytechnique et à la London School of Economics . Actuellement, ses axes de recherche sont le gouvernement d'entreprise, l'organisation interne de l'entreprise, l'évaluation des réformes financières, et la finance des agents non rationnels. : «La société translucide - Novembre 2010
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1.2. Les caractéristiques de La société translucide.
L’ouvrage est un essai de deux cent cinquante pages publié dans le contexte du retour de des États sur le devant de la scène : suite à la crise financière et économique de 2007, ceux-ci ont en effet dû racheter tout ou partie d’un certain nombre d’institutions financières et d’entreprises, créant une distorsion forte dans ce qui était censé être les mécanismes libres du marché. Les auteurs adoptent un ton très objectif qui se voit notamment par la foison de notes, renvoyant à des études statistiques, de microéconomie expérimentale et de psychologie, décrites dans une vingtaine de pages qui clôturent le livre et ouvrent des pistes d’approfondissement de la réflexion. C’est un livre qui traite de la situation actuelle et qui puise de nombreux exemples dans l’actualité économique et politique des dernières années. Organisé en trois parties, il se veut le plus pédagogique et le plus analytique possible, puisqu’il revient d’abord sur les principales fonctions de l'État avant de décrire de quelle manière il peut au mieux les remplir.
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2. Résumé
2.1 Plan de l'ouvrage
1. L'horlogerie des règles 1.1. L'injustice du monopole 1.2. L'eau du robinet : pourquoi nous n'avons pas le choix 1.3. Boire ou conduire : pourquoi l'État surveille ? 1.4. Bienfaiteurs et passagers clandestins : encourager l’altruisme 1.5. Protéger l’individu contre lui-même : le paternalisme moderne 1.6. Service public : réguler pour l’égalité
2. Les imperfections de l'action publique 2.1. La capture du régulateur 2.2. Pourquoi est-il si difficile de réformer ? 2.3. La tyrannie du court terme en politique 2.4. Les médias informent-ils ? 2.5. Les limites de l’expertise
3. La régulation en architecture ouverte 3.1. Misère de la politique sans évaluation 3.2. L'écosystème de la pensée critique 3.3. Libérez l'information
4. Epilogue : la crise de l’opacité et ses remèdes
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2.2 Principales étapes du raisonnement et principales conclusions 
La première partie du livre étudie de manière très fine les impacts de l'action publique et des régulations sur les comportements des citoyens et des acteurs économiques. Elle s'intéresse tout particulièrement à l'optimalité, au niveau global, des règles que la puissance publique doit imposer aux lieux d'échange que sont les marchés. Ultra-libéraux et partisans forcenés de l'intervention de l'État sont renvoyés dos-à-dos : pour les auteurs, l’important n’est pas le marché OU l’État, c’est l’échange efficace, pour lesquels tous deux sont nécessaires.
Premier levier d’action : investir, produire et consommer Les auteurs observent ici la question du monopole, intimement liée au profit. Le monopole est, de prime abord, néfaste du point de vue de la société, car il créé de la rareté de manière artificielle (afin de pouvoir augmenter ses prix, et donc ses profits). Il faut donc démanteler les monopoles et condamner les ententes qui nuisent à l'innovation. Mais d'un autre côté, le profit ne doit pas être nul pour les producteurs puisque celui-ci est nécessaire pour que l’entreprise réalise des investissements. La ligne entre l'excès de profit dû à un abus de position dominante (nuisible pour le consommateur) et le profit bénéfique car il permet un investissement qui améliore le produit (bénéfique pour le consommateur) est ténue, encore plus dans les secteurs de la production de biens immatériels. De manière plus précise, l'ouvrage s'intéresse aux questions de monopole naturel, car c’est en protégeant les profits de l'entreprise que le régulateur l'incite à investir : cela vaut pour l'ensemble des industries dont les investissements sont difficilement redéployables – ce qui est particulièrement vrai dans les infrastructures, liées à un territoire. Afin que le consommateur reste le premier bénéficiaire des investissements, il s'agit ensuite pour le régulateur de choisir de manière optimale le périmètre géographique du monopole (local plutôt que national pour l'eau) et le périmètre d'activité (la production d'électricité doit se faire dans une situation de concurrence tandis que le réseau électrique est un monopole).
Second levier d’action : gérer les biens communs par la maîtrise des externalités Pour ce qui est des externalités négatives, les auteurs reviennent sur le principe de la taxe pigouvienne. Cette dernière consiste à taxer les comportements nuisibles à la mesure des risques de dommages globaux afin de dissuader un maximum d'acteurs d'avoir ce comportement. Les amendes et la taxe carbone sont élaborées dans ce sens. Pour déterminer le prix de cette taxe, le régulateur doit s'assurer que le coût induit par les arbitrages de chacun des agents ne dépasse par le total de : «La société translucide - Novembre 2010 8
l’externalité négative que la société peut se permettre. Les auteurs reviennent ensuite sur une externalité négative dont on a beaucoup entendu parler pendant la crise financière de 2007-2008 : le risque systémique, proche du risque de contagion. La faillite d’un acteur peut en effet parfois fragiliser tout le système, lorsqu'il y a de nombreuses interdépendances. Pour empêcher cela, une alternative est possible : taxer la fragilisation due à un risque inconsidéré des acteurs (une sorte d'assurance du système) ou micro-réguler les comportements de chacun des acteurs (c'est ce à quoi servent les règles prudentielles, telles que celles de Bâle). Le problème de la micro-régulation concerne le régulateur : il doit être plus expert que les acteurs, ce qui est difficile dans un secteur très innovant et changeant tel que la finance ; il doit en plus, comme dans le cadre d’un monopole, s’intéresser au bon marché (pour avoir une vue globale des risques encourus par le système). En France par exemple, les auteurs soulignent que les instances de régulation ont longtemps été balkanisées dans le secteur financier– Banque de France pour les banques, Autorité de contrôle des assurances et des mutuelles d'autre part pour le secteur de l'assurance.
Lorsqu'on parle de gestion des externalités, il faut également penser à la gestion des externalités positives et à l'encouragement des comportements bénéfiques à la société (la meilleure illustration de du concept d’externalité positive est bien sûr la pollinisation des fleurs par les abeilles). En particulier, le domaine de la production des idées est un important vecteur du progrès et de l'enrichissement des sociétés. Les brevets sont un instrument de droit qui sert à internaliser les retombées positives d'une invention. Ils sont utiles en ce sens mais peuvent réduire considérablement le bénéfice sociétal d'une idée en empêchant sa diffusion rapide (par exemple, la machine à vapeur de Watt qui a été diffusée très lentement en Europe). Parmi les pistes devant permettre une meilleure dissémination des bonnes idées et pouvant encourager les comportements innovants dans la société, les auteurs suggèrent de parfois nationaliser les inventions, en les rachetant à l’inventeur, et les mettre dans le domaine public pour assurer leur diffusion, comme cela avait eu lieu pour Daguerre et la daguerréotype, premier appareil photo. Cela pourrait se faire de manière régulière lors de concours.
Troisième levier d’action : protéger l’individu contre lui-même Tandis que l'État protège, de manière légitime même selon les ultra-libéraux, les personnes irresponsables (mineurs et malades mentaux) de la liberté de faire des erreurs, les adultes sont peu ou prou libres de faire ce qu'ils veulent. En réalité, la frontière est plus ténue qu’on ne le pense entre personnes saines et malades. La faillibilité du citoyen est maintenant au centre des questions de régulation, avec l’essor notamment de l’économie expérimentale qui les analyse comportements irrationnels de l’individu lambda . Parmi ces failles de raisonnement, deux en particulier sont communément utilisées par le marketing :
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L'individu sous-estime l’effet des substances et perceptions sur le cerveau et sur le processus de prise de décision, pensant être toujours aussi rationnel. C'est de cela que se servent les manipulations sensorielles et discursives mises en place par le marketing pour "guider" le consommateur. Le cerveau a tendance à être victime de schizophrénie temporelle, puisqu'il se caractérise par une préférence pour le présent, qui amène à une actualisation hyperbolique (autour de l'idée : « un tiens vaut mieux que deux tu l'auras ) et une inertie excessive (recherche du plaisir immédiat). Dit plus simplement, l'individu à du mal à prendre une décision rationnelle sur le long terme.
La solution proposée se décrit comme un  paternalisme libertaire  qui utilise la législation pour mettre en place, pour les individus, les meilleurs choix rationnels (du point de vue de la société), par défaut (dans les contrats standards par exemple) mais avec une possibilité de se soustraire à la norme. L’individu conserve ainsi ses prérogatives, mais fait par défaut les meilleurs choix pour la société.
Quatrième levier d’action : redistribuer pour une équité sociale Enfin, Augustin Landier et David Thesmar s'attellent à décrire les trois dispositifs de redistribution qui peuvent permettre à l'État de réduire les inégalités : Cela se fait d’abord par la régulation, des prix notamment. Mais il faut que le régulateur veille, lorsqu'il met en place ce type de mesure, à ce que les stratégies de contournement mises en place par les agents économiques ne desservent pas in fine les populations visées. L’État peut également mettre en place un opérateur public. L'avantage de cette démarche est qu'elle constitue un engagement fort de la part de l’État, qui inscrit son action dans la durée. Le problème, lorsque cet opérateur est un monopole, est une probable moindre efficacité; par ailleurs, cela peut avoir l’effet inverse de la redistribution escomptée, si est constituée une subvention par les impôts de tous de ceux qui connaissent le mieux le système (souvent les plus aisés), comme dans le cas de l'enseignement supérieur ou des hôpitaux. Par le financement direct des usagers défavorisés afin qu'ils achètent dans le secteur privé des services dont ils ont besoin (se pose ici le dilemme de l’aide plus ou moins orientée).
Cette première partie, truffée d'exemples et d'anecdotes, est importante car elle constitue une grille de lecture puissante et complète pour le citoyen désireux d'évaluer le bien-fondé de l'action publique. Un seul manquement peut-être : un schéma qui décrit le détail des postes du budget de l'État Français, afin d’avoir une vision plus globale des aspects financiers de ces leviers d’action.
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Dans un deuxième temps, les auteurs s'intéressent à la manière dont l'Etat fonctionne en France à travers l’analyse et le démantèlement de cinq idées reçues, accompagnés de préconisations de procédures qui pourraient permettre de mieux faire fonctionner la machine étatique.
Idée reçue n°1 : la neutralité du régulateur Les modalités de la capture sont criantes en France. Les aller-retour des décisionnaires entre le secteur public (régulateur) et le secteur privé (régulé) sont constants, sans parler des deux spécificités de réseaux français qui entérinent ces pratiques : le corporatisme, encore présent, notamment dans le secteur de la santé ou le secteur bancaire et le système des hauts fonctionnaires et Corps d'État (en octobre 2009, trente-trois des directeurs d'entreprises du CAC 40 étaient issus de l'ENA, des grands Corps de l'État ou étaient passés par un cabinet ministériel). De manière générale, les auteurs reviennent sur une étude économétrique faite en Indonésie qui montre qu'il y a corrélation entre la proximité à l’État d'une entreprise et sa capitalisation : son cours de bourse est supérieur de 3 à 8% lorsqu'elle est proche du pouvoir. La conséquence de cette capture du régulateur par le secteur privé est le soutien financier public (indirect) à certains secteurs par de subtiles déductions fiscales au consommateur final notamment ("la prime à la casse" en est un bon exemple récent) ou une garantie financière qui entraine une baisse du coût du crédit (comme Freddy Mae aux US). L’État peut aussi parfois tuer la concurrence sous couvert de protection du consommateur (régulation des prix ou numerus clausus pour certaines professions ; mise en place de barrières à l’entrée pour protéger des acteurs d'un secteur - on l'a vu par exemple lorsque Nicolas Sarkozy a pris position contre l'acquisition d'une licence 3G par l'opérateur Free en 2009).
Idée reçue n°2 : il est simple de réformer De manière générale, une réforme sert à mettre fin à des rentes, qui sont des « polluants  de l'économie. Selon le théorème de Coase, elles devraient toujours pouvoir être supprimées par une compensation financière de l’État à leur bénéficiaire, après une phase de négociation. Mais il n'est en réalité pas facile de réformer car : L'avantage individuel d'une rente est grand pour la frange de la population qui en bénéficie mais le désavantage est saupoudré sur l'ensemble de la population (peu d’effet de prise de conscience de la population, sauf si les médias ou un groupe associatif s’en emparent, donc peu de soutien à la suppression de la rente). Il existe un manque de crédibilité à long terme des compensations qui seraient proposées par l’État (qui pourront être supprimées du jour au lendemain par un prochain gouvernement) De manière plus profonde se retrouve dans ces situations de rentes contre-productive une tendance au statut-quo (par peur de perdre quelque chose et par immobilisme, on préfère ne rien changer) qui vient principalement de deux phénomènes psychologiques : la dissonance : «La société translucide - Novembre 2010 11