Lecture analytique du Misanthrope : Acte I, scène 1

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Le Misanthrope Lecture analytique n°1 : Acte I, Scène I : La scène d’exposition Introduction  Le Misanthrope (= celui qui hait les hommes, différent du philanthrope) est l’expression d’une époque marquée par une vision du monde particulière : les relations hypocrites entre les hommes notamment à la Cour de Louis XIV. → La scène d’exposition pose le problème immédiatement au travers des répliques des personnages → Elle met en scène aussi une comédie dans le contexte littéraire et culturel du Classicisme Perspectives à retenir : L’exposition, le thème de l’intrigue par la délibération, les caractères d’Alceste et de Philinte, la comédie et le Classicisme I - L’exposition : au théâtre, la scène d’exposition doit : → Informer le spectateur sur l’intrigue en cours : les propos des personnages renseignent le spectateur sur l’intrigue en cours : « Et, quoique amis, enfin, je suis tout des premiers…/ Moi votre ami ? Rayez cela de vos papiers. ». Ton brutal d’Alceste soutenu par l’impératif sur l’amitié. → Renseignent sur les faits antérieurs : champs lexicaux opposés du déshonneur et de l’affection ; accumulation au vers 25. Le présent à valeur d’habitude : « je vous vois accabler un homme de caresses » montrant que les marques d’amitié de Philinte sont courantes. → Donner le nom et la qualité des personnages essentiels sur et hors scène : « « je suis donc bien coupable, Alceste, à votre compte ? ». Le nom du personnage se place dans une interrogative.

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Publié le 25 septembre 2013
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Le Misanthrope
Lecture analytique n°1 : Acte I, Scène I : La scène d’exposition
Introduction
 Le Misanthrope (= celui qui hait les hommes, différent du philanthrope) est l’expression d’une époque marquée par
une vision du monde particulière : les relations hypocrites entre les hommes notamment à la Cour de Louis XIV.
→ La scène d’exposition pose le problème immédiatement au travers des répliques des personnages
→ Elle met en scène aussi une comédie dans le contexte littéraire et culturel du Classicisme
Perspectives à retenir : L’exposition, le thème de l’intrigue par la délibération, les caractères d’Alceste et de
Philinte, la comédie et le Classicisme

I - L’exposition : au théâtre, la scène d’exposition doit :
→ Informer le spectateur sur l’intrigue en cours : les propos des personnages renseignent le spectateur sur
l’intrigue en cours : « Et, quoique amis, enfin, je suis tout des premiers…/ Moi votre ami ? Rayez cela de vos
papiers. ». Ton brutal d’Alceste soutenu par l’impératif sur l’amitié.
→ Renseignent sur les faits antérieurs : champs lexicaux opposés du déshonneur et de l’affection ; accumulation
au vers 25. Le présent à valeur d’habitude : « je vous vois accabler un homme de caresses » montrant que les
marques d’amitié de Philinte sont courantes.
→ Donner le nom et la qualité des personnages essentiels sur et hors scène : « « je suis donc bien coupable,
Alceste, à votre compte ? ». Le nom du personnage se place dans une interrogative. L’information donne à la
fois le nom mais suggère aussi l’incompréhension de Philinte.

- Sur sa qualité : Alceste et Philinte emploient un langage soutenu : « je ne puis souffrir/ il n’est point d’âme un
peu bien située/la vaste complaisance » est le vocabulaire d’une catégorie sociale élevée.
→ Informer sur le lieu, l’époque de l’action : la didascalie initiale fait mention que « la scène à Paris, lieu de
concentration de la société, lieu culturel, « capital(e) », c’est-à-dire aussi essentielle pour l’action. Une action
centrée sur Paris et comme lieu unique, le salon de Célimène. L’époque se traduit par les paroles des
personnages en scène « faquin, Morbleu, monnoie » ressortent du vocabulaire d’une époque éloignée de la
nôtre.

II – Le thème de l’intrigue dans la paroles des personnages : au théâtre, la parole fait l’action !
→ Le spectateur assiste à un débat « en direct » avec une entrée dans l’action « in medias res »
- C’est un jeu de questions réponses : « Qu’est-ce donc ? Qu’avez-vous ? »/Laissez-moi, je vous prie »/Mais,
sérieusement, que voulez-vous qu’on fasse ?
- Le thème du débat porte sur l’hypocrisie : champ lexical de la flatterie dans les répliques d’Alceste
- Les thèses s’opposent entre les 2 amis :
- Alceste : « je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur/On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur ».
Passage d’une forme affirmative à une forme négative. Alliance des mots « honneur/cœur », « sincère/aucun
mot » soulignant que c’est par la parole aussi que se jour l’hypocrisie.
- Philinte : « Lorsqu’un homme vous vient embrasser avec joie/Il faut bien le payer de la même monnoie
→ La présence d’une réfutation des arguments entre les personnages :
- Alceste : « je ne puis souffrir cette lâche méthode/Qu’affectent la plupart de vos gens à la mode » ; quel
avantage a-t-on qu’un homme vous caresse », « les civilités avec tous font combat/Et traitent du même air
l’honnête homme et le fat ».
- Philinte : « je ne vois pas, pour moi, que le cas soit pendable ». / « Et rendre offre pour offre et serments pour
serments. ».
→ On remarque la disproportion de la prise de parole dans la scène : Alceste recourt à la tirade pour développer
ses arguments. Philinte, dans l’incompréhension, réplique assez peu à l’argumentation d’Alceste. Ce décalage
a pour fonction de mettre en place le sujet l’intrigue par des champs lexicaux dans cette tirade autour des
relations entre les individus : celui de l’éloge opposés à celui de la bassesse. On note les modalisateurs :
« prostituée », « régals peu chers », « vices du temps » suggérant l’implication d’Alceste dans ses propos.
L’expression : « Je refuse d’un cœur la vaste complaisance » à la fois métonymie et personnification
renvoyant aux « diseurs de bonnes paroles », c’est-à-dire es paroles flatteuses et superficielles. III – Les répliques et la mise en scène renseignent le spectateur sur les caractères des personnages : c’est le jeu
de la double énonciation :

→ Alceste : le portrait du Misanthrope se dessine par son argumentation mais surtout par la pointe finale : « Je
veux qu’on me distingue, et, pour le trancher net/ L’ami du genre humain n’est pas du tout mon fait ». Alceste
est un égocentrique, replié sur lui-même. Toute la pièce va s’articuler autour de cette affirmation et annonce le
dénouement.
- Il est emporté : les hyperboles employées « vous devriez mourir/chargez la fureur de vos empressements/ Et si
par malheur j’en avais fait autant//Dès qu’on voit qu’on nous mêle avec tout l’univers ». L’utilisation des
intensifs suggère un caractère excessif. Les interjections « Morbleu ! » 2 fois répétées ; la reprise de la
négation « Non » dans l’extrait souligne le caractère intransigeant du personnage.
- Alceste est possessif : « Et quand je vous demande après quel est cet homme » montre que son ami doit lui
rendre des comptes sur ses amitiés !
→ Philinte : Les répliques de Philinte sont à l’opposé de celles d’Alceste : « je ne vois pas que le cas soit
pendable » montre qu’il est plus conciliant qu’Alceste. Les champs lexicaux de l’affection sont présents dans
son discours. Le vers « rendre offre pour offre et serments pour serments » suggère sa politesse, son caractère
sociable, son souci de s’inscrire dans la société de son temps.


III. Comédie et Classicisme
Le personnage de comédie :
→ Alceste dit des sottises qui le rendent comique  comédie. C’est l’exagération de ses propos qui le rend
ridicule : « Et je ne hais rien que les contorsions/De tous ces grands faiseurs de protestations » laisse imaginer
au spectateur la scène d’une rencontre entre des amis. On note le vocabulaire moqueur d’Alceste renvoyant
aux règles de société de son temps mais l’exagération paraît ridicule car elle est excessive. Il faut bien s’ouvrir
à la société ne serait-ce que pour s’ouvrir à l’autre et accepter les différences.
→ Il n’aime pas la plaisanterie : « « que la plaisanterie est de mauvaise grâce ».
→ Mais il a aussi parfois raison et on se moque de lui  tragédie. Son caractère fait réfléchir le public car il
s’oppose à une société hypocrite et défend la sincérité : « cœurs corrompus/ je veux qu’on soit sincère ».
→ une scène écrite en alexandrins : le Classicisme s’exprime par la présence d’une écriture dramatique en
alexandrins qui vont jouer sur le sens des paroles des personnages notamment à la rime :
« caresses/tendresses » s’accumulent dans la première tirade ; frivoles/paroles dans la seconde. Ces rimes
accentuent les paroles sur le sujet de l’intrigue
- les rimes sont plates mais s’alternent deux à deux et permettent de faire progresser le discours d’Alceste :
« une estime se fonde /qu’estimer tout le monde /ces vices du temps/ vous n’êtes pas pour être de mes gens ».
On note le passage du singulier au pluriel : Alceste veut « être distingué », ne pas être partagé avec les amis de
Philinte. Il rompt avec Philinte en associant les mots « vices » et « gens ». Philinte devient un adversaire.

Conclusion
- Une scène respectant les contraintes de Boileau
Cette exposition nous présente donc les caractères très différents d’Alceste et de Philinte, mais nous fait aussi
comprendre le sujet de la pièce, c’est-à-dire une dénonciation de l’hypocrisie au XVIIème siècle par Molière.
- la comédie peut ainsi faire réfléchir les spectateurs : didactique dès l’exposition
- C’est le castigat ridendo mores
Ouverture : comédie au XVIIIème/XIXème ( voir doc.complémentaires)