Présentation de Marivaux : biographie et contexte socio-culturel
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Séance 1:Présentation de Marivaux I.Présentation biographique et contexte socio-culturelUn Moderne1688-1736Journaliste, romancier et auteur d’une quarantaine de pièces. Il récuse les classiques après sa fréquentation des Modernes (Fontenelle, Mme Lambert) et sa découverte de la préciosité mondaine. Il s’essaie alors à divers genres littéraires, mais, ruiné par la banqueroute de Law, il doit vivre de sa plume. Après un essai manqué dans le genre tragique (Annibal, 1720), il connaît le succès grâce à des comédies en trois actes et en prose jouées d’abord à la Comédie-Italienne, puis à la Comédie-Française. Après son entrée à l’Académie Française (1742), il n’écrit plus que pour les Comédiens Français. Malgré des thèmes (la découverte de l’amour)des formes en et apparence répétitifs, ses pièces expérimentent ou rénovent des genres divers: comédie d’intrigue (La Fausse Suivante,Le Triomphe de l’amour), utopie sociale (L’Île des esclaves,L’Île de la raison), comédie de mœurs, comédie fondée surune épreuve (Le Jeu de l’amour et du hasard,La Dispute). La plupart ne sont plus jouées à partir de la Révolution et sombrent dans l’oubli pendant deux siècles. Aujourd’hui auteur du XVIIIè le plus populaire avec Beaumarchais.L’inventeur d’une «parole», d’un style et d’une morale : le marivaudage- Oeuvre dramatique à la croisée dedeux courants artistiques qui ne s’étaient jamais rencontrés sur une scène de théâtre (farce italienne de style bouffon etconversation galante). Ses comédies
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allient unjeu physique(enchaînement libre de mimiques codées et de gestes expressifs) à unelangue précieuse, ni parodique ni ridicule. Le rapprochement de ces courants opposés permet à Marivaux d’analyser lescontrastes entre le langage et le comportement extérieur d’un être,entre les mots et la réalité des sentiments et des pensées.Son théâtre est l’œuvre d’unModernequi invente un modèle inédit de comédie française. Il remporte rapidement un succès populaire avec ses premières pièces, ce qui lui permet de s’affranchir des modèles antérieurs. -Marivaudage est un terme contemporain de Marivaux.Il désigne un genre et une manière, une forme de virtuosité linguistique affectée et creuse héritée de la langue précieuse (mélange des tons, badinage et sérieux, métaphores, jeux de mots). Le terme est d’abordconnoté négativement etMarivaux cherche à démontrer que ce style est le seul apte à dire la vérité de la nature. Au 19è, il évolue versun senspositifrenvoie à une finesse et d’esprit toute en subtilités.Aujourd’hui, il décrit un dialogue spirituel et galantetun moyen d’exprimer par le dialogue des sentiments qu’on ignore soi-même.Marivauder, c’est jouer avec les mots de manière sérieuse, afin de parvenir à une forme d’aveu qui clarifie la perception qu’a de lui-même le sujet parlant. D’un point de vue technique, le marivaudage se caractérise par un enchaînement de répliques très vives quirebondissent sur un mot, et non sur une chose. Scène du tableau II, 10: le terme «mot » circule et constitue lepivot de l’échange.Marivauder, c’estverbaliser la naissance de l’amour, et on retrouve là quelque chose de la maïeutique socratique. Le personnage accouche, quelquefois dans la douleur, d’une vérité. Cette sincérité  2
emprunte d’ailleurs divers détours (allusion, litote, antiphrase, suggestion) pour parvenir à son expression par la parole. Ainsi, le marivaudage renvoie à un styleetà l’intuition du rôle fondamental de la parole dans la vie amoureuse : elle seule permet la révélation de la vérité. Deloffre, dans M et le marivaudage :« Alors que chez d’autres écrivains les paroles ne sont qu’un des signes visibles de l’action dramatique, elles en sont ici la matière, la trame même ». Un habitué des Salons au sein desquels circule une parole libre et libérée Rappel :au 18è siècle la parole se libère et se développe dans divers lieux. Marivaux fréquente lessalonsde Mme Lambert et de Mme de Tencin où s’affirme le goût pour la conversation. Lescafés littéraires accueillentégalement les amoureux des débats (le Procope dans le sixième arrondissement parisien) et les esprits philosophiques. DesAcadémiesdiverses proposent, à Paris comme en province, des sujets de discours. C’est à l’un d’entre eux que l’on doit leDiscours sur l’origine de l’inégalitéRousseau. Enfin, les de théâtres, lieu de parole s’il en est, fleurissent, notamment dans la capitale. L’activité littéraire de Marivaux témoigne de ce goût pour la parole et ne se limite pas au genre dramatique. Publie dans des journaux des articlesde littérature, d’histoire et de politique; il lance ses propres périodiques (Le Spectateur français,L’Indigent philosophe,Le Cabinet du philosophe). Ecrit desromans:La Vie de Marianne etLe Paysan parvenu. Il est élu à l’Académie française en 1742 tandisque la troupe italienne entame son déclin. Les comédiens qui ont fait son
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succès ont vieilli, comme la célèbre Silvia qui joue Araminte dansles FC. • Marivaux appartient à une haute bourgeoisie d’argent, vivant noblement, quoique personnellement ruiné de longe date. Il est tenu à l’écart des Philosophes des Lumières qui ne lui reconnaîtront un talent de poète dramatique que tardivement. II.La rencontre d’un poète à l’écoute de son temps et d’une troupe L’histoire de Marivaux et celle de la Comédie-Italienne en France se confondent pendant les décennies 1720 à 1740. La reconnaissance des Italiens Marivaux, âgé de 20 ans, écrit une première pièce (Le Père prudent et équitable) pour un théâtre de société en province. En 1720, une deuxième comédie,L’Amouret la Vérité, jouée par les Comédiens-Italiens, ne connaît aucun succès. Propose une tragédie pour la Comédie française (La Mort d’Annibal) et une comédie en un acte et en prose,Arlequin poli par l’amourau Théâtre-Italien, qui connaît un succès encourageant. Fournit au Nouveau Théâtre-Italien ses premiers chefs-d’œuvre:La Surprise de l’amour (1722),La Double Inconstance(1723),Le Prince travesti (24),La Fausse suivante (24).Accède ainsi à la notoriété avec un répertoire et des personnages italiens. Il reproche au jeu des Comédiens-Française une déclamation artificielle. LesComédiens-Italiens, au jeu plus souple et plus physique, avec une prononciation rapide et un accent étranger, offrent la possibilité de libérer la paroled’un corsetage étouffant. Le corps et
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l’interprétation permettent de délier une parole souvent trop complexe pour n’être que formulée ou entendue.Un théâtre du sentiment : la parole peut-elle dire la vérité du cœur?Sur le plan dramaturgique, le dramaturge se livre moins à la peinture réaliste de milieux caractérisés qu’il ne suit leslinéaments du sentiment. Un théâtre «:ancré» sur son tempsLes FC, une comédie bourgeoise rendant compte de la condition des femmes et des valets -Le motif d’une jeune veuve qui se remariefonction de ses en sentiments et non de son intérêt économique constitue un choix audacieux au 18ès. L’état de veuvage est enviable, en particulier lorsque la femme est encore jeune et jolie: cette dernière ne dépend plus d’un père ni d’un mari, elle peut jouir du monde et des plaisirs offerts par la société. Araminte va se promener aux Tuileries, elle sort à l’Opéra et cette liberté d’aller et de venir serait peut-être revue si elle se liait à nouveau à un homme. La société dans laquelle la jeune femme évolue est celle d’un monde où ce n’est plus seulement la naissance qui fait la condition, mais aussi la fortune. On assiste à la naissance de la bourgeoisie. La valeur de l’argent remplace progressivement celle du sang.C’est pour cette raison que l’argent est une donnée très souvent évoquée dans la pièce. Arlequin veut être payé pour son service auprès de Dorante (I, 9), Marton rêve d’une récompense financière (I, 11), tandis que le mariage entre A et le Comte devrait assurer à ce dernier une sécurité financière à l’aristocrate. Araminte est donc une  5
bourgeoise fortunée qui, en épousant le Comte, achèverait une ascension sociale. Sa fortune la rapproche de la noblesse, tandis que sa naissance l’apparente à la bourgeoisie. Elle prononce d’ailleurs la phrase sans doute la plus subversive de la pièce lorsqu’elle remarque en I, 7:«je suis toujours fâchée de voir d’honnêtes gens sans fortune, tandis qu’une infinité de gens de rien et sans mérite en ont une éclatante». Cette réplique annonce le scandale finald’une union transgressive : mais le mariage entre une maîtresse et son intendant n’est-il pas une forme de réparation d’une injustice sociale? On peut d’ailleurs noter que cette union n’a rien d’euphorique. Le terme de mariage n’est jamais prononcé, et Mme Argante est toujours aussi opposée à cette union contre-nature. L’ouverture sociale est loin d’être acquise et les préjugés n’ont été vaincus que par les amoureux. - Troisdomestiquessont présents dansLes FC, puisque Marton, confidente, se trouve elle aussi au service d’Araminte. Les domestiques constituent, pour les maîtres, un signe de distinction sociale. Dorante, par ex, n’a plus les moyens de se payer les services d’un valet et dans cette pièce il devient dans une certaine mesure le valet de son valet. Ils sont soumis au bon vouloir et au paternalisme de leurs supérieurs. Leurs gages représentent leur seule ressource, d’où les inquiétudes d’Arlequin exprimées en I, 8.La seule force du domestique est finalement sa parole: parole comique pour A, qui dénoue et apaise les tensions. Parole manipulatrice pour Dubois. Les deux ont ainsi développé un sens du réel très vif qui leur permet d’évoluer avec une certaine aisance dans cette société. On note pourtant que Marton, à la fois femme et, dans une certaine mesure, domestique, est complètement flouée dans cette pièce. Elle utilise ainsi un registre presque tragique lors de sa discussion avec Araminte en III 10(« je», «suis au désespoirdisgrâce ») et,  6
malgré elle, prononce la déclaration d’amoursublime que Dorante n’a pas eu le courage ou l’opportunité de déclamer: «J’ai persécuté, par ignorance, l’homme du monde le plus aimable, qui vous aime plus qu’on n’a jamais aimé10 et 11 Marton et Arlequin». Dans les scènes pleurent à tour de rôle, témoignant d’une sensibilité très vive que leur condition expose à des épreuves diverses. III.Le Langage et l’obstacleLes pièces de Marivaux passent selon les contemporains pour n’avoir point d’intrigue, peu d’action, peu d’intérêt. Il redéfinit l’intérêt et l’action comique en choisissant lesentiment comme sujet principalet enaccordant à la parole seule la fonction de le révéler et de conduire à son accomplissement.Contrairement à Corneille, Diderot ou Beaumarchais, Marivaux a laissé peu de textes théoriques. Se refuse à écrire un art poétique définitif. • Un jeu de l’allusionIl préfère à l’épuisement du sens par le langage recommandé par les classiques le jeu del’allusion suggestive quifait entrevoir les subtilités du sentiment etmaintient unepartd’indicible dans le discours. «Ce qui se conçoit bien s’énonce bien clairement» écrivait Boileau.Ce qui se ressent bien se laisse deviner progressivementdirait Marivaux. L’obstacle extérieur(volonté d’un père, caprice d’un maître) est déplacé à l’intérieur du personnage.lui-même, le personnage De s’oppose, avant d’y succomber, à un amour naissant, le plus souvent apparu par surprise. Cet obstacle ne repose plus sur un contexte social ou des principes familiaux mais sur l’amour-propre, le repos de l’âme ou un serment fait à soi-même par orgueil ou dépit.
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