Généalogie et circulation du concept de décroissance
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Généalogie et circulation du concept de décroissance

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Description

Dans ce travail, nous nous sommes attachés à interroger la notion de décroissance, dans une perspective d'étude historique. L'enjeu de ce mémoire est de catégoriser ce terme et d'en identifier les composantes, en étudiant sa genèse, son évolution et sa reprise dans le temps. L'accent est principalement mis sur les auteurs qui ont permis l'apparition d'une telle notion en développant la critique de la croissance dans les années 1970. Une partie est consacrée à la situation actuelle de cette nébuleuse, à son organisation et à ses limites.
Diplômé HEC, Promotion 2007. Majeure CEMS-MIM (Community of European Management Schools - Master of International Management)

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Langue Français

Exrait






Observatoire du Management Alternatif
Alternative Management Observatory
__

Cahier de recherche



Généalogie et circulation du concept de
décroissance


Michaël Bruckert

25 Juillet 2007









Majeure CEMS – HEC Paris
2006-2007
Bruckert M. « Généalogie et circulation du terme de décroissance » – Juillet 2007 1


Genèse du présent document


Ce cahier de recherche a été réalisé sous la forme initiale d’un mémoire de recherche
dans le cadre de la Majeure « Community of European Management School » (CEMS),
spécialité de troisième année du programme Grande Ecole d’HEC Paris.

Il a été dirigé par Eve Chiapello, Professeur à HEC Paris et co-Responsable de la
Majeure Alternative Management, et soutenu le 28 juin 2007 en présence d’Eve Chiapello.


Origins of this research


This research was originally presented as a research essay within the framework of the
Majeure “Community of European Management Schools” (CEMS), specialization of the
third-year HEC Paris business school program.

The essay has been supervised by Eve Chiapello, Professor in HEC Paris and
th
codirector of “Majeure Alternative Management”, and delivered on June, 28 2007 in the
presence of Eve Chiapello.










Charte Ethique de l'Observatoire du Management Alternatif
Les documents de l'Observatoire du Management Alternatif sont publiés sous licence Creative Commons
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Bruckert M. « Généalogie et circulation du terme de décroissance » – Juillet 2007 2
Généalogie et circulation du concept de décroissance


Résumé : Dans ce travail, nous nous sommes attachés à interroger la notion de décroissance,
dans une perspective d'étude historique. L'enjeu de ce mémoire est de catégoriser ce terme et
d'en identifier les composantes, en étudiant sa génèse, son évolution et sa reprise dans le
temps. L'accent est principalement mis sur les auteurs qui ont permis l'apparition d'une telle
notion en développant la critique de la croissance dans les années 1970. Une partie est
consacrée à la situation actuelle de cette nébuleuse, à son organisation et à ses limites.

Mots clés : décroissance, croissance, écologie, consommation, technique, progrès,
développement




The concept of « downsizing»: its genealogy and distribution


Abstract: In this paper, we intend to analyze the French concept of « décroissance » or for
« economic downsizing» or « voluntary simplicity ». It is a historical approach, which
discusses it’s birth, evolution and spread in the intellectual and activist sphere. We focus on
the first critics of economic growth that grew up in the seventies. We consider the
development and potential limits of this nebulous minority reaction in practice.

Keywords: downsizing, economic growth, development, ecology, technology, mass
consumption
Bruckert M. « Généalogie et circulation du terme de décroissance » – Juillet 2007 3
Remerciements


Un grand merci à Eve Chiapello pour avoir encadré ce mémoire et m'avoir fait profiter de
son expérience et de sa réflexion sans ménager son temps.
Toute ma gratitude également à M. Alain Gras et Serge Latouche pour avoir accepté de
me rencontrer et m'avoir donné des précisions indispensables quant à leur pensée.

Remerciements complémentaires


Maxime Liegey, Timothée Murillo, Julien Guyot et Ombeline Tamboise avec qui j'ai eu
des discussions passionnantes et constructives sur la décroissance,
Thierry Bernas, Karim de Baecque, Nicolas Labat, Thomas Lassourd, Olivier Lehmann,
Frédéric Zalma ainsi que mes parents qui ont accepté de discuter de ce thème sans a priori
et ont contribué à enrichir ma réflexion,
Louis Geoffroy pour son soutien,
Jonathan Bruckert pour ses explications sur la thermodynamique et son hospitalité,
David Bruckert pour son analyse du capitalisme et son hospitalité.






« Supprimons la misère, cultivons la pauvreté. »

Lanza del Vasto





Bruckert M. « Généalogie et circulation du terme de décroissance » – Juillet 2007 4

-------Table des matières




Introduction .............................................................................................................................. 6

Partie 1. Une remise en cause de la société de croissance..................................................... 9

1.1 La cible de toutes les critiques : la société de croissance .......................................... 9
a. La croissance économique comme processus nécessaire........................................... 9
b. Les fondements culturels de la société de croissance............................................... 11
1.2 Les critiques à l'encontre de la société de croissance.......................................... 14
a. Les précurseurs......................................................................................................... 15
b. La critique économique............................................................................................ 16
c. La critique écologiste ............................................................................................... 25
d. La critique morale .................................................................................................... 28
e. La critique culturelle ................................................................................................ 47

Partie 2. Un slogan pour un modèle de société radicalement différent............................. 53

2.1 Les pistes données par les inspirateurs .................................................................... 53
2.2 Les étapes proposées vers la société de décroissance .............................................. 55
a. La décroissance n'est pas une croissance négative................................................... 55
b. La décolonisation de l'imaginaire............................................................................. 56
c. Une réorganisation totale de la société..................................................................... 58

Partie 3. La décroissance : genèse, utilisation, récupération.............................................. 65

3.1 Une perspective historique ........................................................................................ 65
a. Un terme longtemps tombé en désuétude ................................................................ 65
b. Débats sur un nom.................................................................................................... 67
3.2 Un état des lieux.......................................................................................................... 68
a. Perspective mondiale.................................................................................................... 68
b. En France : un courant dominant, des marginaux et des opposants............................. 69

Conclusion............................................................................................................................... 74

Bibliographie........................................................................................................................... 75
Bruckert M. « Généalogie et circulation du terme de décroissance » – Juillet 2007 5
Introduction
Le 10 juin 2007, dans la deuxième circonscription de la Nièvre, le candidat Julien
Gonzalez obtenait 0,54% lors du premier tour des élections législatives. Son parti : le PPLD,
Parti Pour La Décroissance. Au vu des résultats, les électeurs n'ont pas été conquis par cet
étrange programme. Pourtant, gageons que cette dénomination a du retenir un temps leur
attention.
A première vue, le terme de décroissance ne peut que choquer. Le lecteur qui le
rencontre pour la première fois est heurté par cette notion à connotation négative : dé-
croissance. Alors que les médias et les politiques ne cessent de déplorer une « faible
croissance » dans notre pays ou d'envier une « croissance vigoureuse » chez un voisin,
certains en appellent à une croissance négative ! L'augmentation du Produit Intérieur Brut
n'est-elle pas la solution ultime aux problèmes économiques, sociaux, politiques et
écologiques que peuvent rencontrer nos sociétés ? Comment, dans ce contexte, peut-on
proposer une diminution de la richesse comme réponse aux défis qui se posent à nous ?
La réalité qui se cache derrière le terme de décroissance n'est pourtant pas si simple.
Elle est à la fois complexe et diffuse. Complexe au sens où ce mouvement se situe au
carrefour de nombreuses écoles de pensée. Diffuse au sens où il ne semble pas vraiment
organisé en institution, en citadelle académique. Comme l'explique Serge Latouche, considéré
comme son porte-parole en France, « la décroissance est simplement une bannière derrière
laquelle se regroupent ceux qui ont procédé à une critique radicale du développement et qui
veulent dessiner les contours d'un projet alternatif pour une politique de l'après-
1développement ».
Dans ce mémoire, nous nous proposons de faire la lumière sur cette critique, sur la
remise en cause d'un phénomène – la croissance – presque unanimement considéré comme
nécessaire. Afin de mieux comprendre si la décroissance peut à terme se présenter comme la
seule alternative viable au capitalisme, il nous a semblé important de mieux discerner les
acquis théoriques qu'elle intègre et les solutions qu'elle propose, ainsi que les emboîtements
qui sont les siens à l'heure actuelle. Nous avons donc étudié l'histoire intellectuelle et factuelle
de ce mouvement, de l'intérieur comme de l'extérieur. Il s'agit d'un travail de généalogie,

1
Serge Latouche, Le pari de la décroissance, Fayard, 2006, p17
Bruckert M. « Généalogie et circulation du terme de décroissance » – Juillet 2007 6
d'histoire d'une idée, de tentative de compréhension d'une pensée par l'analyse de son
évolution.
Nous tenterons donc de répondre à deux questions : la décroissance est-elle un
concept? Le mouvement qui la porte est-il unifié ?

Démarche


- Présentation


Par concept, nous entendons simplement la description et l'explication cohérente d'un
phénomène. Notre première question revient donc à se demander si les auteurs qui se disent
partisans de la décroissance portent un jugement scientifique commun sur la situation actuelle
et proposent un ensemble d'évolutions suivant une même démarche méthodique.
Afin d'apporter des réponses aux questions posées, nous nous proposons de découper
l'étude en trois parties, les deux premières portant sur les textes, la troisième sur les hommes.
Tout d'abord, afin de mieux comprendre la pensée de ceux qui se réclament aujourd'hui de la
décroissance, nous nous pencherons sur ceux qui les ont influencés, autrement dit sur
l'histoire de la critique de la croissance. Puis nous passerons de la phase de déconstruction à la
phase de reconstruction en nous intéressant aux alternatives proposées par les tenants actuels
de la décroissance. En fin de parcours, dans une troisième partie plus factuelle, il sera traité de
l'évolution du terme et de ceux qui portent aujourd'hui ce message.

- Précisions


Au cours de ce mémoire, les auteurs qui se réclament de la décroissance seront
nommés pêle-mêle les partisans, les tenants, les porteurs de la décroissance, les objecteurs de
croissance, les décroissants... Il n'y a aucune distinction à faire entre ces termes. Le terme de
décroissance, forcément polysémique, ne sera utilisé et étudié que dans l'usage qui nous
intéresse. Ce mémoire vise à présenter un courant de pensée marginal et non à le défendre.
En aucun cas, les théories et réflexions exposées ne peuvent être considérées comme étant
celles de l'auteur du présent mémoire.
Bruckert M. « Généalogie et circulation du terme de décroissance » – Juillet 2007 7
- Limites de l'étude


Dans ce travail, nous avons bien conscience de nous éloigner des « canons » du
mémoire de fin d'études : question de recherche, hypothèse, vérification empirique,
conclusion. Il a été préféré un sujet descriptif plutôt que normatif. Nos connaissances sur le
sujet, notre formation et le temps qui nous était imparti ne nous permettaient pas de juger de
la valeur des thèses présentées ni d'être d'un quelconque apport théorique sur le sujet.
Nous n'avons pu rencontrer que deux penseurs se revendiquant de la décroissance :
Alain Gras et Serge Latouche. Nous avons bien conscience que d'autres rencontres et des
recherches plus poussées sur le terrain auraient été enrichissantes et éclairantes.
Les trois parties de l'étude sont fortement déséquilibrées du fait du plan choisi. Nous
espérons que cela ne nuira pas à sa bonne lecture et à sa clarté.

Le présent mémoire peut parfois prendre l'apparence d'un inventaire. Cette gageure
nous a semblé difficilement contournable dans le cas d'une étude historique d'une idée. Nous
avons tâché de mettre en perspective les propos des auteurs quand cela était possible.
Certains sujets corollaires à la problématique présentée sont traités très rapidement.
Ainsi, le propos pourra parfois sembler prendre des raccourcis malhonnêtes ou simplistes. Les
thèses des auteurs présentées ne pouvant malheureusement pas être restituées dans toute leur
complexité, nous avons essayé d'en respecter l'esprit et invitons le lecteur en quête de
davantage de précisions à lire les ouvrages référencés. De même, les thèmes abordés étant
multiples et très vastes, les distinctions et définitions requises n'ont pas toujours été faites.
Nous prions le lecteur de nous excuser pour ces approximations









Bruckert M. « Généalogie et circulation du terme de décroissance » – Juillet 2007 8
Partie 1. Une remise en cause de la société de
croissance.

Si l'on étudie de manière un peu plus précise les textes des partisans de la décroissance
et de leurs inspirateurs, on constate bien vite que ce terme ne sert pas uniquement à désigner
la baisse nécessaire du PIB. Bien d'autres croissances sont en effet visées. Ces critiques ne
sont en fait pas réellement des critiques de la croissance, mais bien de la société de croissance,
de la logique dans laquelle l'augmentation du PIB s'inscrit. Tentons d'abord une définition de
la société de croissance.

1.1 La cible de toutes les critiques : la société de croissance
a. La croissance économique comme processus nécessaire

Il est tout d'abord évident que le terme de décroissance, tel qu'il est porté par ses
actuels partisans, a été choisi pour mettre en cause la logique de croissance économique. Il
s'agit donc de définir ce terme plus exactement.
Une définition de la croissance

Selon François Perroux, la croissance est « l’augmentation soutenue pendant une ou
plusieurs périodes longues, d’un indicateur de dimension : pour une nation, le produit global
net en termes réels. La croissance a un caractère durable, elle s’oppose aux phases
2
d’expansion, récession ou dépression qui sont plus conjoncturelles et de durée plus limitée ».
La croissance est donc un phénomène très récent dans l'histoire de l'humanité, elle n'a été
possible qu'avec l'avènement de l'économie de marché au début du XIXe siècle. On peut
considérer qu'avant la révolution industrielle, il n'y avait jamais eu de véritable « croissance
économique », juste des phases plus ou moins longues d'une relative augmentation de la
production. En effet, les relations commerciales étaient alors assez restreintes, peu

2
F. Perroux : L'économie du XXème siècle, chap. 5, PUF, 1961
Bruckert M. « Généalogie et circulation du terme de décroissance » – Juillet 2007 9
d'innovations étaient introduites sur le marché et les produits échangés échappaient soit à
l'échange marchand (troc, auto-consommation...) soit aux statistiques nationales. Il n'y avait
donc aucune raison de parler de « croissance économique », la somme globale de la
production d'un pays n'était pas calculée. Il est d'ailleurs révélateur de noter qu'en France, la
mesure du PIB n'a été instituée qu'après la seconde guerre mondiale.
La nécessité de la croissance

Actuellement, la nécessité de la croissance est à peine discutée. Tout d'abord, celle-ci
est très fortement corrélée au taux de chômage. En effet, du fait de l'accroissement
démographique et de l'augmentation de la productivité, il est nécessaire de produire toujours
plus afin de stabiliser, voire d'augmenter la population active employée. Comme l'explique
Denis Clerc dans Déchiffrer l'économie (2004), « s'il est devenu possible de fabriquer une
paire de chaussures en une heure là où il en fallait deux jusqu'alors, trois hypothèses sont
possibles :
soit chacun des salariés concernés travaille moins
soit la durée de travail demeure inchangée, et les salariés en surnombre sont licenciés
soit la durée de travail demeure inchangée, mais l'entreprise lance de nouveaux produits ou
de nouvelles fabrications, ce qui lui permet d'utiliser tout ou une partie des salariés en
3
surnombre ».
Ainsi, afin de protéger les emplois, il est nécessaire soit de réduire le temps de travail,
soit de produire toujours plus de produits. La croissance économique est donc devenue en
quelque sorte l'alpha et l'oméga de toute politique.
Mais la croissance sert aussi à alimenter les caisses de l'Etat par le biais des impôts.
Une production en hausse signifie normalement plus d'impôts sur les sociétés, plus d'impôts
sur le revenu, plus de TVA, plus de cotisations patronales... Ces recettes fiscales permettent
de financer des politiques d'aide économique, de sécurité sociale (remboursement des soins,
indemnisations en cas de chômage, indemnités de retraite...), d'éducation, d'infrastructures, de
défense, de protection de l'environnement...
Du fait des structures économiques et sociales, la croissance s'est imposée comme une
nécessité mathématique : d'elle dépendent la stabilité sociale, le niveau d'emploi, voire la

3
Denis Clerc, Déchiffrer l'économie, La Découverte, 2004, p. 283
Bruckert M. « Généalogie et circulation du terme de décroissance » – Juillet 2007 10

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