HORS SERIE N°2

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  • mémoire - matière potentielle : des hommes
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Les cahiers du Musée des Confluences - Études scientifiques n°2, 2011 : 5-21 Expertise sur l'état de fossilisation et de conservation du mammouth de Choulans (Mammuthus intermedius) Par Joseph CAMARET1, Isabelle GEORGE1, Cédric AUDIBERT2 & Didier BERTHET3 1 Auteurs ayant réalisés l'expertise – Musée des Confluences, Centre de conservation et d'étude des collections, 13A, rue Bancel, 69007 Lyon. 2 Même adresse.
  • abord au palais saint-pierre
  • infestation du bois par les vrillettes
  • tra- vaux de riolan, de cuvier et de geoffroy-saint-hilaire
  • mammouth
  • squelette
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  • muséums d'histoire naturelle
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Les cahiers du Musée des Confluences - Études scientifiques n°2, 2011 : 5-21
Expertise sur l’état de fossilisation
et de conservation du mammouth de
Choulans (Mammuthus intermedius)
1 1 2 3Par Joseph CAMARET , Isabelle GEORGE , Cédric AUDIBERT & Didier BERTHET
Résumé : Après avoir rappelé le contexte de la décou- Abstract: After recalling the context of the discovery
verte du mammouth de Choulans et les différents évé- of the mammoth of Choulans and the different events
nements qui ont jalonné son histoire, une étude which have marked its history, a comparative study is
comparative est donnée pour tenter de dresser un bilan given in an attempt to account for the alleged damage
de l’altération supposée depuis sa découverte en 1859. that occured since its discovery in 1859. This qualita-
Cette évaluation qualitative de l’état de fossilisation a tive assessment of the degree of preservation has been
fait l’objet d’une méthodologie adaptée. Des recom- the subject of an adapted methodology. Some recom-
mandations en vue de son remontage sont données. mendations for its re-assemblage are given.
Mots-clés : Mammouth de Choulans, Mammuthus Keywords: Mammoth of Choulans, Mammuthus inter-
intermedius, historique, état de conservation, restaura- medius, historic, state of conservation, restoration,
tion, expertise, Lyon. valuation, Lyon.
Ce mammouth a été présenté à la suite de son découvreurIntroduction
Claude Jourdan comme l’un des plus complets d’Europe. Il a fait
l’objet d’une expertise visant à déterminer le plus précisément
En 1859, un squelette du mammouth a été découvert dans la possible les parties du squelette restées authentiques et leur
montée de Choulans à Lyon, appartenant à une espèce nouvelle, état de conservation, en vue de le restaurer et de le remonter
intermédiaire entre M. primigenius et M. meridionalis (anti- dans son nouveau lieu d’exposition au Musée des Confluences
quus), d’où son nom Mammuthus intermedius ; c’est une grande à Lyon. Cette étude a été suggérée par un groupe de travail
espèce de mammouth ayant vécu au Quaternaire. Monté en composé de conservateurs et de restaurateurs, qui a analysé
1873, il a été exposé jusqu’en 2002 au Muséum d’Histoire natu- l’état de conservation et orienté les restaurations à effectuer
relle de Lyon, d’abord au palais Saint-Pierre, puis dans le bâti- pour les gros squelettes montés devant être exposés au Musée
ment Guimet. Au fil du temps, il est devenu un emblème pour des Confluences.
cette institution et pour beaucoup de Lyonnais.
1 Auteurs ayant réalisés l’expertise – Musée des Confluences, Centre de conservation et d’étude des collections, 13A, rue Bancel, 69007 Lyon. isabelle.george@rhone.fr
2 Même adresse. cedric.audibert@rhone.fr
3 Coordinateur de l’étude – même adresse. didier.berthet@rhone.fr
LES CAHIERS DU MUSÉE DES CONFLUENCES 5ÉTUDES SCIENTIFIQUES N°2simplement un éléphant […]. C’est là au fond l’histoire de tousI- Historique
les ossements de géants. Telle échine attribuée à Polyphème ou
à Antée, s’est trouvée être une épine dorsale de baleine ; tel
Les mammouths en région lyonnaise autre géant s’est changé en un mastodonte, en un rhinocéros,
en un hippopotame ; […] Le prestige s’en est allé devant l’œil
sévère de l’anatomie comparée. » (CHARTON, 1839).L’histoire géologique récente est marquée par des cycles de gla-
Mais l’abondance des témoignages passés dans la région lyon-ciations alternés par des périodes plus chaudes à la faveur des-
naise et en Dauphiné et plus encore les nombreuses décou-quelles des espèces méridionales du continent africain
vertes de restes de mammouths dans le lehm lyonnaiscommencèrent leur épopée à la conquête du Nord avant de se
témoignent surtout de la richesse de cette région pour les restesreplier lors d’un nouvel épisode glaciaire ; d’autres au contraire,
de mammouths : à Saint-Rambert-l’Île Barbe, Vernay, Caluire, laadaptées aux conditions de froid, suivirent les glaciers et
Duchère, Vaise, la Demi-Lune, Tassin, Sainte-Foy-lès-Lyon, laremontèrent en latitude ou en altitude pour échapper aux
Croix-Rousse, Saint-Just, Fourvière, la Quarantaine, Lyon mêmephases de réchauffement.
(d’après LORTET & CHANTRE, 1872 : 79), à Anse, La FerlatièreL’histoire des mammouths est jalonnée par ces phases de gla-
(Saint-Didier-au-Mont-d’Or), Fort de Vancia, Montée Saint-ciation et d’interglaciation. En région lyonnaise, le premier
Boniface (Caluire), Saint-Germain-au-Mont-d’Or (CHANTRE,mammouth à s’installer au Villafranchien fut Mammuthus meri-
1901), à Chasselay, Rochecardon, Villefranche-sur-Saône4dionalis qui fut vaincu par la glaciation de Mindel. Durant l’in-
(d’après LABE & GUÉRIN, 2005 ; PAUPE et al., 2010). C’est cette
terglaciaire Mindel-Riss, Mammuthus trogontherii le remplaça
abondance qui fit prononcer à Jourdan ces mots : « c’est un véri-
avant de disparaître avec la glaciation du Riss. Puis vint table cimetière d’éléphants » (LORTET & CHANTRE, 1872). Ces der-
Mammuthus intermedius à l’interglaciaire Riss-Würm qui dispa- nières années, des ossements de mammouth ont encore été
rut à la glaciation du Würm. Enfin, le plus récent, Mammuthus trouvés à Lyon en 1972 et à Curis-au-Mont-d’Or en 1985.
primigenius, adapté aux conditions froides, vivait durant le
Würm et disparut, il y a 10 000 ans, probablement plus en raison Le mammouth de Choulans
du réchauffement du climat au début de l’Holocène qu’en raison
des activités de chasse des hommes.
C’est à l’occasion du percement d’un tunnel ferroviaire qu’unPour en savoir plus sur les mammouths, leur apparition, leur
squelette de mammouth fut mis au jour le 28 octobre 1859, ruemode de vie et leur extinction, voir par exemple : LISTER & BAHN
des Trois Artichauts, dans la montée de Choulans à Lyon. Claude(1995), GUÉRIN & PATOU-MATHIS (1996), FOUCAULT & PATOU-MATHIS
Jourdan, directeur du Muséum d’Histoire naturelle de Lyon,(2004) et FOUCAULT (2005).
recueillit tous les os et fragments de ce squelette qui devait être
le troisième de ce type exhumé après celui trouvé « sur les bordsLes ossements de mammouth (ou attribuables aux mammouths)
de la mer Glaciale, à l’embouchure du Léna » et celui extrait dessont relativement fréquents en région lyonnaise et, dès la
« tourbes de Lierre, dans la province d’Anvers » ; le premier,Renaissance (mais sans doute avant), ils marquèrent la mémoire
trouvé en 1799, fut monté vers 1825 (musée de Saint-des hommes qui les trouvèrent. CHANTRE (1878) récapitulait ainsi
Pétersbourg), le second, trouvé en 1860, fut monté en 1871l’historique qui pouvait être fait de ces découvertes curieuses :
(musée de Bruxelles) (CHANTRE, 1878). Celui trouvé par Jourdan« Falgose rapporte qu’en 1456 le Rhône mit à découvert près de
en 1859 attendit 1872 pour être monté ; il semblait que le mon-Saint-Péray, non loin de Valence, de très-grands ossements dont
tage de pièces aussi imposantes nécessitât des moyens nonune partie fut portée à Bourges et suspendue dans la Sainte-
accessibles immédiatement, retardant une présentation auChapelle de cette ville. Cassanion mentionne une découverte
public pourtant très attendue.analogue faite en 1564 dans une localité voisine. C’est égale-
En 1870, Louis Lortet prit la direction du Muséum et l’un desment en Dauphiné et près de Valence que furent exhumés en
objectifs fut de monter et de présenter le mammouth de1613 les fameux ossements attribués au roi géant Teutobochus
Choulans au public grâce au financement de la Société lyon-[…]. En 1789, les chanoines de Saint-Vincent faisaient prome-
naise des amis des sciences naturelles. Charles Revil, prépara-ner processionnellement dans les rues et dans les campagnes,
teur du Muséum et fils du taxidermiste employé sous Jourdan,pour obtenir la pluie, un prétendu bras de saint qui n’était autre
se chargea de cette tâche très délicate. Le squelette serachose qu’un fémur d’éléphant. » La découverte des grands os de
exposé 40 ans au Muséum alors installé dans une aile du palaismammouths a sans doute beaucoup exalté l’imaginaire collectif
Saint-Pierre (« Palais des arts »), devint un emblème pour leet la croyance aux Géants est restée très fortement ancrée dans
musée et le resta longtemps encore après son installation danseles mentalités jusqu’au milieu du XVIII siècle. Depuis les tra-
l’ancienne patinoire du boulevard des Belges, en 1914 (fig. 1) auvaux de Riolan, de Cuvier et de Geoffroy-Saint-Hilaire, des expli-
point qu’il servit de logo de communication dans les annéescations plus satisfaisantes ont été proposées pour ces
1980. Au Musée des Confluences, il est espéré par nombre deossements. « On connaît le bruit que fit au dix-septième siècle la
Lyonnais qui le gardent dans leur mémoire comme une gloire dedécouverte du tombeau de Teutobochus, roi des Cimbres défaits
cette ville.par Marius, qui disait-on, d’après la mesure de ces ossements,
devait avoir eu trente pieds de haut, ainsi que la célèbre discus-
sion de laquelle il résulta que le prétendu Teutobochus était tout
4 Il est souvent admis un Mammuthus gromovi, distinct de M. meridionalis et plus ancien.
LES CAHIERS DU MUSÉE DES CONFLUENCES6 ÉTUDES SCIENTIFIQUES N°2manque de crédit alloué au Muséum au temps de Jourdan neLes tribulations du mammouth
permit pas à celui-ci de restaurer ou de mouler d’autres pièces.
Trois guerres, deux orages de grêle, deux déménagements, qua-
Lortet succéda à Jourdan en janvier 1870 et eut pour chargetre démontages, trois restaurations : c’est le bilan des événe-
principale de remettre en l’état l’ensemble des collections duments vécus par le squelette du mammouth de Choulans, sans
Muséum. Il put constater l’état de grande altération du sque-compter les 13 premières années passées en caisses dans l’hu-
lette du mammouth et fit de son montage une priorité : « Cesmidité des caves du palais Saint-Pierre. En portoirs au Centre de
6ossements, depuis onze ans entassés dans des caisses, tom-conservation et d’étude des collections (CCEC) depuis 2002, il
baient en poussière ; d’ici à peu de temps, il n’en serait rienest en attente d’une quatrième restauration et d’un quatrième
resté, et ce spécimen sans prix, aurait été perdu pour laremontage qui ne pourront être effectués qu’avec d’infinies pré-
7science .» La tête du mammouth fut exhumée des caves et mon-cautions.
tée en 1871-72 « sur un grand socle et soutenue par d’énormes
8bras de fer » par Revil. La tête était présentée au milieu du ves-En 1867, Jourdan constatait l’altération de certaines pièces fos-
tibule (Ibid.). La restauration du reste du squelette fut engagéesiles dont la mandibule du mammouth de Choulans et entreprit
dès 1872 : « Dans ce moment même, M. Revil fils travaille acti-de faire réaliser un moulage qu’il effectua en urgence au titre
vement à les restaurer et à faire construire les ferrures qui doi-des « dépenses imprévues », le budget du Muséum ayant été
5 vent permettre de monter ce gigantesque squelette » (Ibid.).complètement épuisé .
Se heurtant comme Jourdan à des problèmes budgétaires,Le séjour prolongé des ossements dans les caisses du Muséum
Lortet créa en juillet 1872 la Société lyonnaise des amis desdurant une si longue période les avait fortement endommagés
sciences naturelles qui devait permettre l’achat de pièces spec-et fragilisés et Jourdan craignait qu’en les manipulant les os ne
taculaires, comme le Mégacéros d’Irlande, et absorber le sur-se brisassent « au moindre choc » (Ibid.). Il est probable que le
coût du montage du mammouth de Choulans. Les frais
9approximatifs fixés pour le montage s’élevaient à 2500 F ; ils
devaient couvrir, outre la structure métallique en fer et en cuivre
destinée à supporter et à stabiliser le squelette (738 F) ainsi que
diverses pièces d’armature en bois (225 F), le modelage en terre
cuite (vertèbres) et la sculpture dans du bois (côtes, bassin) des
pièces manquantes ou détériorées (1440 F). Revil fut chargé du
montage du mammouth et Catheland, sculpteur à Lyon, fut
choisi, en 1873, pour exécuter les pièces manquantes dont cer-
taines comme l’os iliaque sont relativement complexes. Le
mammouth fut placé au milieu de la galerie (LOCARD, 1875) et il
fallut « démolir quatre vitrines latérales, les transporter plus loin
10et refaire une grande étendue de boiseries ».
Le 21 juin 1874, un orage désastreux éclata : « ce jour néfaste
pour nous, toutes les vitres ont été brisées par la grêle, les ciels
ouverts se sont effondrés sur nos armoires, dans l’intérieur des-
quelles des séries entières d’animaux rares ont été pulvérisées ;
des centaines de bocaux ont été broyés ; l’alcool perdu ; des tor-
rents d’eau répandus partout et notre belle galerie de zoologie
11transformée en véritable lac » et c’est sans compter les pro-
blèmes d’infiltration qui suivirent et qui occasionnèrent de
lourds travaux de réfection des parquets et des plafonds. Lortet
obtint des subventions et des aides diverses pour réparer les
pertes causées par l’orage. Sur les 5213 F demandés par Lortet
au bénéfice des collections endommagées, 500 F furent affectés
à la réparation du mammouth : « Restauration de plusieurs par-
ties les plus importantes du squelette fossilisées seulement par
le lehm et dégradées par la pluie et les débris de verre –Fig. 1 - Mammouth de Choulans au palais Saint-Pierre
12Revernir le socle ».
5 Jourdan C., 1867 : « Lettre de M. Jourdan adressée à M. le Sénateur, chargé de l’administration du Rhône », 5 mai 1867, 2 p. Arch. Mun. Lyon, 78 WP 17.
6 En réalité treize ; plus haut dans le même texte, le squelette est dit avoir été trouvé en 1861 au lieu de 1859.
7 Lortet L., 1874 : « Muséum d’Histoire naturelle de Lyon. Rapport à M. le Préfet sur les travaux exécutés pendant l’année 1873 ». Association lyonnaise des amis des
sciences naturelles. Séance du 11 janvier 1874. Lyon, H. Georg, Libraire-éditeur.
8 Lortet M., 1872 : « Muséum d’Histoire naturelle de Lyon. Rapport à M. le Préfet sur les travaux exécutés en 1871 et 1872 ». Association lyonnaise des amis des sciences
naturelles. Lyon, H. Georg, Libraire-éditeur.
9 Lortet L., [1872] : « Frais approximatifs pour l’établissement et le montage du grand Elephas intermedius C. Jourdan trouvé le 28 octobre 1859 rue des trois artichauts
montée de Choulans à Lyon. Réparation et établissement des os altérés ou manquant », 3 p. Arch. CCEC.
10 Lortet L., 1874, loc. cit.
11 Lortet L., 1875 : « Muséum d’Histoire naturelle de Lyon. Rapport à M. le Préfet sur les travaux exécutés pendant l’année 1874 ». Association lyonnaise des amis des
sciences naturelles. Lyon, H. Georg, Libraire-éditeur.
12 Lortet, 1874 : « lettre de M. Lortet à M. le Préfet », n°5116, le 6 août 1874. Arch. mun. Lyon, 78 WP 17, 4 p.
LES CAHIERS DU MUSÉE DES CONFLUENCES 7ÉTUDES SCIENTIFIQUES N°2En mars 1914, les collections du palais Saint-Pierre déménagè- donné malheureusement aucune figure des molaires de
rent dans le bâtiment Guimet, sis boulevard des Belges, dans le l’E. intermedius, devenu ainsi une espèce purement nominale,
e6 arrondissement, édifié en 1879. Celui-ci, après avoir servi un qui ne saurait être retenue. » Opinion non suivie par OSBORN
temps très court de musée des religions asiatiques, abrita un (1942 : 1063) qui, dans son immense travail sur les Proboscidea,
temps à peine plus long, une patinoire (« Palais des Glaces »), revalida l’espèce de Jourdan : “Inasmuch as Jourdan’s type des-
avant de devenir la « Grande salle » du Muséum d’Histoire natu- cription (1861, p. 1013) characterizes the species as being clo-
relle de Lyon, en juillet 1913 (DAVID, 1998). Le squelette du mam- sely related to Elephas indicus, and inasmuch as Lortet and
mouth fut démonté et remonté dans son nouvel écrin qu’il ne Chantre (1872, p. 79) cited the name, amplified the specific cha-
quittera plus jusqu’à la fermeture du Muséum. Sans doute, le racters, and referred to this species the important skeleton of
nouveau Muséum était-il beaucoup plus spacieux que l’ancien Lyons (Fig. 944), it appears best to retain the specific name
Palais des arts mais on retrouvait certains inconvénients comme Elephas intermedius, at least for the more progressive speci-
la présence d’une verrière qui, si elle offrait un cadre agréable mens which occur in this region of France.” OSBORN (1942) en fit
aux visiteurs, générait l’été une chaleur excessive qui endom- un Parelephas, tout comme l’espèce trogontherii.
13mageait les collections . Les deux espèces M. trogontherii et M. intermedius paraissent
Le mammouth fut de nouveau démonté pour cause de guerre en très proches : crâne en dôme, molaires de type hypsélodonte
1939 et remonté après les événements. composées de lames parallèles nombreuses et serrées : 22 sont
Le 27 août 1955, un orage violent fit éclater la verrière de la présentes sur la M³ supérieure du mammouth de Choulans, figu-
grande salle du Muséum qui s’effondra sur les collections rée dans OSBORN (1942 : 1063, fig. 943), plus serrées que chez
situées 12 mètres plus bas. Le terrible scénario qui s’était M. trogontherii : la fréquence laminaire est de 6 à 6,5 pour
déroulé en 1874 au palais Saint-Pierre se reproduisit au M. trogontherii, elle est de 6,5 à 7 chez M. intermedius (DÉPERET
Muséum ; « mêmes causes et mêmes effets […] mais consé- & MAYET, 1923 : 183). Reconnaître ou non l’espèce M. interme-
quences plus graves » (DAVID, 1998). Le parquet gonflé laissait dius a des conséquences importantes pour l’histoire évolutive
même apparaître l’ancienne structure de la patinoire. des mammouths : son acceptation permet de combler le hiatus
Une restauration importante fut nécessaire pour que le mam- semblant exister dans l’anagenèse qui mènera ces formes du
mouth accueillît de nouveau les visiteurs en 1962, année de sa Pléistocène moyen vers le M. primigenius de l’Holocène (LABE &
réouverture, soit après 7 ans de fermeture au public. Le mam- GUÉRIN, 2005 ; PAUPE et al., 2010). Elle confère aux formes lyon-
mouth fut donc de nouveau démonté, remonté et restauré (VIRET naises une existence et une sorte d’endémicité qui disparaî-
& BATTETTA, 1963). traient dans le cas où cette forme serait absorbée par
Ces démontages, remontages et restaurations successifs ont M. trogontherii plus largement distribuée.
probablement altéré de manière significative et irréversible les Récemment, LABE & GUÉRIN (2005) ont réhabilité de manière offi-
éléments fossiles du mammouth et se sont rajoutés au long cielle Mammuthus intermedius, malgré le fait que le nom de
séjour dans l’humidité des caves, à l’effet de serre dû aux ver- Jourdan semble être un nomen nudum ; on peut aussi se deman-
rières et aux orages de grêle. der pourquoi le mammouth de Choulans n’a pas été choisi
Nous pourrions même ajouter, de manière anecdotique, le « pré- comme lectotype si ce nom est valide ?
lèvement » d’os opéré par certains visiteurs soucieux de conser-
ver à leur domicile quelques fragments du mammouth ! Un squelette un peu trop complet ?
En 2002, la procédure du démontage du squelette a de nouveau Si JOURDAN (1861) omit complètement de parler du mammouth
ppll.. 33été engagée ( , à la fin de l’article) et les ossements ont été de Choulans dans son étude sur les terrains sidérolitiques où il
placés en réserve d’ostéologie (et de géologie pour les plus mentionnait pourtant l’E. intermedius à plusieurs reprises et les
egrosses pièces) du CCEC, rue Bancel, dans le 7 arrondissement. monts d’Or lyonnais, LORTET & CHANTRE (1872) furent moins
avares en commentaires pour dévoiler au public cette décou-
verte : « Ce squelette, un des plus grands et des plus completsEntre découverte et controverses
que l’on puisse voir en Europe […] » ; il faut bien s’entendre sur
ce que peut signifier l’expression « un des plus complets » ; en
Jourdan décrivit semble-t-il son mammouth dans un manuscrit paléontologie, les squelettes vraiment complets sont rares et à
aujourd’hui non retrouvé. L’article qu’il laissa dans les Comptes plus de 60 %, on peut encore les considérer comme très com-
rendus de l’Académie des Sciences le mentionne à peine et le plets. Néanmoins, il paraît assez vraisemblable que les parties
sous-entend déjà connu. L’espèce est considérée comme très manquantes ou altérées aient été « minimisées » pour ne pas
proche de l’Elephas indicus actuel. LORTET & CHANTRE (1872), sans écorner le sensationnel de cette exceptionnelle découverte. Une
faire de véritable description, donnèrent quelques éléments lithographie réalisée par L. Gauthier en frontispice du premier
morphologiques et surtout biogéographiques. Cette espèce se volume des Archives du Muséum d’Histoire naturelle de Lyon,
reconnaît à ses « caractères transitoires entre l’Elephas primi- montre les parties en os du mammouth. Cette planche (ppll.. 22)
genius et l’Elephas antiquus, […] la courbure très-prononcée de met en évidence un grand nombre de côtes et de vertèbres man-
ses défenses et […] les formes trapues et massives de ses quantes, ce qui est incorrectement rendu par CHANTRE (1878) : « Il
membres. » Au garrot, le squelette mesure 3,75 m. ne manque à ce squelette qu’un très-petit nombre de pièces :
DÉPERET & MAYET (1923 : 176) et d’autres auteurs remirent en quelques vertèbres et quelques côtes ; aussi a-t-il été facile-
cause le statut de l’espèce de Jourdan, n’en faisant qu’une ment restauré ». Il le décrit comme en « état parfait de conser-
variété de M. trogontherii : « Lortet et Chantre (1876) […] n’ont vation » (Ibid.) … alors que le squelette tombait en poussière
13 D’après une lettre de C. Gaillard adressée au maire le 4 août 1916 (in DAVID, 1997 : 35).
LES CAHIERS DU MUSÉE DES CONFLUENCES8 ÉTUDES SCIENTIFIQUES N°2selon Lortet et qu’il ne dut sa survie qu’au prix d’une coûteuse et montantes, déformation accentuée par l’absence des deux apo-
délicate restauration. Plus étonnant est cette précision de physes angulaires qui sont brisées.
Chantre pour qui il ne manquait que « quelques vertèbres et Colonne vertébrale. – En terre cuite sauf l’atlas (joli travail artistique
quelques côtes » : dans les frais approximatifs pour l’établisse- de modelage par groupes de plusieurs vertèbres).
Omoplates. – En bois et carton sauf fragment de cavité glénoïde.ment et le montage du mammouth établi par Lortet en 1872 ou
14 Bassin. – En bois.1873 , on peut lire dans les deux premières lignes :
Membre antérieur droit. – Humérus, extrémités en plâtre, diaphyse« 30 vertèbres en terre cuite à 10 f » et « 35 côtes à 10 f » ; dans
naturelle, cubitus en bois, radius en bois et plâtre.la facture qui suit cette liste de frais, 20 côtes à 10 F furent com-
Membre antérieur gauche. – Humérus, extrémités en magma de plâ-
mandées au sculpteur Catheland. La mention « en terre cuite » a
tre et d’os, diaphyse naturelle ; cubitus, extrémité distale en bois et
été rajoutée, sans doute était-il plus facile de les modeler que plâtre ; extrémité proximale et diaphyse naturelle ; radius en bois.
de les sculpter. En outre, la figure de LORTET & CHANTRE (1872) ne Membre postérieur droit. – Fémur, diaphyse naturelle, extrémités en
montre que 12 vertèbres en os ; il en manquait donc au minimum plâtre. Tibia à peu près complet sauf l’extrémité proximale plâtrée.
40, chiffre bien loin des « quelques vertèbres » de Chantre. Péroné en bois.
Membre postérieur gauche. – Fémur, magma d’os et de plâtre. Tibia,La représentation de la tête paraît sinon fantaisiste du moins
fragments d’os dans le plâtre. Péroné, mélange de plâtre et d’os.stylisée pour ce qui est de la forme du crâne ou de l’insertion des
Carpes, tarses et métapodes. – En bois, plâtre et os informes.défenses dans le prémaxillaire (alvéole) ; ces représentations
Côtes. – En bois et plâtre. ».erronées sont à mettre partiellement au compte d’une mauvaise
reconstitution (cf. OSBORN, 1942 : 1064) liée à l’altération de ces
Cette analyse révèle immédiatement l’importance et la diversitéparties, mais aussi comme nous le verrons plus loin dans la dis-
des restaurations successives, la variété des matériaux utiliséscussion, à une certaine duperie. Une nouvelle gravure, calquée
et à l’opposé montre la faible importance de la part fossilisée.sur celle en frontispice mais sans les éléments osseux figurés,
illustre l’article de CHANTRE (1878). En 1901, ce dernier publia un
En définitive, il est très difficile de faire la part des choses entreautre article figurant à nouveau « le squelette complet » du
ce qui a été découvert par Jourdan, ce qui a pu être conservémammouth de Choulans (CHANTRE, 1901).
jusqu’au montage, ce qui a été réellement monté, ce qui s’estVIRET & BATTETTA (1963) effectuèrent une première expertise de
dégradé depuis le premier montage un siècle après et ce qui estl’état de fossilisation réel du mammouth de Choulans. C’est
conservé aujourd’hui, les os étant recouverts de plâtre, deBattetta, taxidermiste-préparateur qui effectua un « sondage du
patine ou de vernis.squelette […] sous la couche épaisse de colle et de peinture de
Un des objectifs de l’expertise menée par les deux premiersteinte uniforme qui le recouvrait ». Les auteurs de cet article
auteurs a été d’essayer de lever un peu le voile sur ces diffé-conclurent que l’essentiel du mammouth de Choulans est consti-
rentes questions.tué de carton, de bois, de plâtre et de terre et iront jusqu’à
conclure qu’« il faudrait raisonnablement rayer le squelette
II- Expertised’Elephas du Muséum de Lyon de la liste des pièces de réfé-
rence utiles au travail scientifique. » Ils semblent suspecter une
certaine mystification de la part de CHANTRE (1901) : pourquoi Cette nouvelle expertise a été menée par les deux premiers
celui-ci se contentait-il d’un vague dessin de la mandibule en auteurs pour vérifier l’état de fossilisation du mammouth de
perspective fuyante et ne représentait-il pas la mâchoire au Choulans un demi-siècle après Battetta et effectuer une compa-
moins aussi importante, alors que le squelette étant annoncé raison avec la reconstitution initiale par LORTET & CHANTRE (1872).
comme presque complet ? Il faut souligner que la détermination
des mammouths s’effectue principalement avec les mandibules
Numérotation des os et méthodologiequi sont donc considérées comme les éléments discriminants
les plus importants sur lesquels on fonde les types. Une autre
conclusion importante de leur étude est la découverte du mon- Nous n’avons pas retrouvé de plan détaillé du montage du mam-
tage des défenses à l’envers ! mouth et de ses os. Nous avons retrouvé seulement dans les
Voici l’analyse complète effectuée par Battetta : archives une vue d’ensemble du mammouth à partir de laquelle
nous avons établi une planche avec un schéma éclaté de l’en-
« Crâne. – Sommet en carton tendu sur un bâti en bois, arcades zygo- semble du squelette (pl. 1), avec une nouvelle numérotation
matiques en carton, partie basilaire informe, face fragmentée et pour chaque os (lettre + chiffre) définie comme suit :
redéformée, les 2 molaires gauches silhouettées en plâtre, 1 molaire
edroite ébréchée, 2 molaire droite informe, une pression antéro-pos-
A – Les défenses (défense gauche et défense droite, A1 et A2)térieure sur la face a déformé l’ensemble. Les deux défenses juxta-
B – Le crâne (B1) et les hémimandibules (gauche (B2) etposées à quelques centimètres du crâne par des colonnes
droite (B3))métalliques indépendantes, n’ont aucune partie de leur couche
externe nettement conservée, c’est un magma bardé de bandes C – Les vertèbres cervicales (C1 à C7)
métalliques circulairement et longitudinalement. Leur montage en D – Les vertèbres dorsales (D1 à D18)
divergence est visiblement copié sur l’orientation des défenses de E – Les vertèbres lombaires (E1 à E5) et le sacrum (E6 à E9)
l’E. primigenius. F – Les vertèbres caudales (F1 à F22)
Mandibule. – La seule pièce à peu près complète, les molaires M2 et G – Le membre antérieur gauche : scapula (G1), humérus
M3 gauches et M2 droite sont en bon état, M3 droite est brisée à
(G2), ulna (G3), radius (G4) et main (G5 à G29)
l’arrière. Déplacement dans le sens antéro-postérieur des branches
14 Lortet L., [1872] : « Frais approximatifs pour l’établissement et le montage du grand Elephas intermedius C. Jourdan trouvé le 28 octobre 1859 rue des trois artichauts
montée de Choulans à Lyon. Réparation et ét des os altérés ou manquant », 3 p. Arch. CCEC.
LES CAHIERS DU MUSÉE DES CONFLUENCES 9ÉTUDES SCIENTIFIQUES N°2H – Le membre antérieur droit : scapula (H1), humérus une estimation grossière, non un calcul mathématique des
(H2), ulna (H3), radius (H4) et main (H5bis, H5 à H29) volumes qui n’était pas forcément requis ici.
I – Le coxal gauche (I1) et le membre postérieur gauche :
fémur (I2), rotule (I3), tibia (I4), fibula (I5) et pied (I6 à I30) Le taux total de préservation du squelette a été obtenu en addi-
J – Le coxal droit (J1) et le membre postérieur : fémur tionnant les taux positifs et le résultat a été divisé par le nombre
(J2), rotule (J3), tibia (J4), fibula (J5) et pied (J6 à J28) d’os ayant un taux de pourcentage positif ou nul.
K – Les côtes gauches (K1 à K19)
L – Les côtes droites (L1 à L19) Expertise
Le marquage de la nouvelle numérotation des os a été fait par Le rapport (CAMARET & GEORGE, 2009) issu de cette expertise
l’un d’entre nous (I. G.) à l’encre de chine blanche sur une partie décrit, en une ou plusieurs vues, chaque os individuellement,
de l’os préalablement vernie (vernis acrylique) et qui ne se verra permettant ainsi de montrer les zones reconstituées, le type de
pas une fois le squelette remonté. matière utilisée et les grosses dégradations comme les frac-
tures ou les zones de fragilité. Un tableau synthétique de 19
Chaque os a été dessiné par le premier auteur (J. C.) sur papier pages (assorti de 100 planches) reprend l’ensemble des descrip-
de face, de profil et de dessus pour certains os ; la matière (os, tions de tous les ossements. A titre d’exemples, trois fiches des-
bois, plâtre, terre cuite et papier collé), ainsi que l’état de criptives de ce rapport sont présentées en fin d’article (ppll.. 44--66).
conservation ont été notés ; quelques mesures intéressantes ont
aussi été indiquées. Quatre planches des éléments du squelette ont été dessinées : le
squelette en éclaté, le crâne avec les défenses, la colonne verté-
L’ensemble des ossements a été pesé et photographié ; toutes brale avec le thorax, les membres antérieurs et postérieurs. Les
les photographies numériques ont été conservées dans le dos- parties préservées ont été surlignées sur ces planches permet-
sier scientifique du Muséum. tant ainsi de comparer l’état de préservation du mammouth par
rapport au schéma publié par LORTET & CHANTRE en 1872.
Détermination du pourcentage de préservation
Une synthèse illustrée par grandes parties anatomiques est pro-
posée ci-dessous.La reconnaissance du pourcentage de préservation n’a pu se
faire que visuellement par les surfaces exposées des os car la
radiographie de chacun d’eux aurait demandé un investissement * Crâne et défenses (fig. 2) :
trop important. Afin de préserver au maximum l’état des osse-
ments, il n’était pas souhaitable de faire des carottages ou du La moitié postérieure du crâne est en papier collé et patiné,
grattage ; il se peut donc que, sous une épaisseur de plâtre, il y ainsi que les deux arcades zygomatiques. La dentition du maxil-
ait une portion d’os fossile. laire gauche est pratiquement entièrement réalisée en plâtre
La détermination du pourcentage de préservation des os est modelé et patiné. Il reste de l’os fossile sur les autres parties du
donc une évaluation, avec une marge d’incertitude qui est d’au- crâne à 50 %. La jonction entre l’os fossile et le papier ne se fait
tant plus grande que l’os est d’une géométrie compliquée ; la plus et est en mauvais état.
radiographie aurait été utile dans certains cas pour affiner cette Pour des problèmes de fragilité, nous n’avons pu faire qu’une
estimation. estimation de la masse (110 kg).
Ce taux de préservation (exprimé en pourcentage) a été évalué Les défenses quant à elles sont très complètes (95 %), avec
soit par le calcul de la surface pour les os de grande dimension, quelques légères restaurations. Malgré la présence de lames et
complété au besoin par d’autres mesures supplémentaires obte- de cerclages métalliques pour assurer une cohésion, des fis-
nues par le dessin des os en traçant des lignes imaginaires, une sures importantes sont présentes. Même si la structure de
méthode acquise en chaudronnerie par le premier auteur ; soit maintien n’est pas esthétique, il semble impossible de la rem-
pour les éléments linéaires comme les côtes, en mesurant direc- placer sans prendre d’énormes risques de dégradations.
tement la longueur de la partie constituée d’os. L’objectif reste
Fig. 2 - Figures descriptives de l’état de préservation et de restauration : a - défense droite (A2) ; b - crâne (B1) ; c - hémimandibule gauche (B2).
LES CAHIERS DU MUSÉE DES CONFLUENCES10 ÉTUDES SCIENTIFIQUES N°2Planche 1
Éclaté schématique du squelette du mammouth de Choulans avec numérotation des ossements.
LES CAHIERS DU MUSÉE DES CONFLUENCES 11ÉTUDES SCIENTIFIQUES N°2* Les côtes (fig. 3a-b) : * La colonne vertébrale (fig. 3c-d) :
38 côtes sont présentes dont 25 sont des reconstitutions en bois Les vertèbres cervicales :
quelquefois vermoulu. De nombreuses restaurations sont à pré- Seul l’atlas est authentique. Quelques éclats, mis dans un
voir : reprises de patine et raccords au niveau des côtes faites de sachet, l’accompagnent et des traces de frottement sont pré-
plusieurs morceaux. Seules 2 côtes (L5 et K15) sont entièrement sentes sur la partie en articulation avec l’axis.
originales, les autres côtes étant authentiques de 25 à 90 %. Les Les autres vertèbres cervicales sont reconstituées en terre cuite
parties manquantes sont comblées, pour l’essentiel, par du bois en un seul tenant pour une masse de 28,3 kg. L’apophyse épi-
sculpté mais aussi, quoique plus rarement, par du plâtre et une neuse de la C7 est cassée et la dent de l’axis (C2) est man-
sorte de ciment. A noter que des débris de verre provenant de la quante.
verrière brisée lors de l’orage de grêle de 1955 sont encore plan-
tés dans certaines côtes !
Fig. 3 - Figures descriptives de l'état de préservation et de restauration : a - côte gauche (K5) ; b - côte droite (L3) ;
c - série de vertèbres dorsales (D6 à D11) ; d - série de vertèbres cervicales (C2 à C7).
Les vertèbres dorsales et lombaires : * Les membres antérieurs (fig. 4a) ::
Toutes les vertèbres ont été modelées en terre cuite ; il n’y a
absolument pas d’os fossile dans cette partie. Comme pour les parties du squelette traitées ci-dessous, les
Les vertèbres dorsales et lombaires sont assemblées par groupe restaurations ont été faites à l’aide de bois et de plâtre.
(D1 à D5 ; D6 à D11 ; D12 à D17 ; D18 et avec E1 à E5) pour une Les humérus présentent des taux de fossilisation de 75 % pour
masse totale de 126 kg. le gauche et 60 % pour le droit avec des restaurations en plâtre.
De nombreuses restaurations sont à prévoir avec des retouches Les ulnas sont authentiques à 70 % pour le gauche et 10 % pour
de patine, des éclats et de nombreuses apophyses épineuses à le droit avec des restaurations en plâtre et en bois. L’ulna gauche
recoller (D2, D3, D5, D6, D7, D8, D9, D11, E1, E2, E3, E4, E5). est le seul os du squelette qui présente à la fois des parties ori-
ginales et des reconstitutions en bois, par ailleurs vermoulu. Là
Le coxal et les vertèbres sacrées et caudales aussi, des retouches de patine sont à prévoir, de même qu’un
e A l’exception de la 17 vertèbre caudale (F17), toutes les vertè- comblement sur l’extrémité proximale de l’ulna gauche.
bres sont en terre cuite. Cette vertèbre (F17), dont la masse est Le radius gauche est entièrement reconstitué en bois qui est
de 0,146 kg, est fragile avec une partie proximale usée. complètement vermoulu alors que le radius droit est préservé à
Elles ont toutes besoins de restauration suite à la présence de 40 %, les manques étant comblés avec du plâtre. Là aussi, des
rayures, d’éclats ou de lacunes de patine. Le sacrum (E6 à E9) restaurations devront être faites au niveau du raccordement
est en un seul morceau et solidaire du bassin. La reconstitution os/plâtre et au niveau des lacunes de patine.
des vertèbres caudales, contrairement aux autres vertèbres, a Les mains, complètes à près de 45 %, sont composées de 26
été faite de manière individuelle, sauf pour les vertèbres (F1 à ossements chacune et ont été montées sur une structure en
F6) qui ne forment qu’un seul bloc. La masse de l’ensemble des ciment-plâtre pour les mettre en position anatomique. Le pisi-
vertèbres sacrées est estimée à 45 kg, 6,350 kg pour la partie F1 forme gauche est complètement absent (G5bis) et n’a probable-
à F6. La masse des autres vertèbres caudales varie de 0,572 kg ment jamais été reconstitué. 25 carpes, métacarpes ou
pour la (F7) à 0,078 kg pour la (F22). phalanges sont en bois sculpté vermoulu. Les autres éléments,
LES CAHIERS DU MUSÉE DES CONFLUENCES12 ÉTUDES SCIENTIFIQUES N°2:en bon état général, sont authentiques entre 90 et 100 % pour * Les membres postérieurs (fig. 4b)
22 d’entres eux et entre 50 et 80 % pour 4 autres. Une retouche
patine est à prévoir pour l’ensemble des ossements des mains. Les fémurs sont relativement bien conservés avec des pourcen-
Pour effectuer un moulage de la main, il a fallu retirer un à un tages de préservation de 95 % pour le fémur gauche et de 75 %
tous les os du chausson en plâtre ; l’autre main est restée pour le droit, les lacunes ayant été complétées avec du plâtre.
intacte. De très petits comblements et retouches de patine sont à pré-
La masse totale du membre antérieur gauche est de 57,35 kg, voir, en particulier au niveau des articulations (tête fémorale et
celle du membre antérieur droit : 49,35 kg. épicondyle latéral).
La rotule gauche est en bois alors que la droite est conservée à
100 % mais nécessite quelques retouches de patine.
Les tibias sont aussi extrêmement bien conservés, celui de
droite étant préservé à 100 % avec quelques rebouchages et
celui de gauche à 80 %. Des retouches de patine sont à prévoir.
Sur le tibia gauche, une cassure est présente à l’interface os
fossile/reconstitution en plâtre, mais elle est bien maintenue.
Les fibulas n’ont pas été préservées, seuls 5 % de la fibula
gauche sont présents, les lacunes ayant été comblées avec du
plâtre et du bois. La fibula gauche est en deux morceaux et une
vis devra être enlevée. Des retouches de patine sont à prévoir
sur les deux fibulas.
Les pieds, authentiques à près de 33 %, sont composés respec-
tivement pour les pieds gauche et droit, de 25 (I6 à I30) et 23 (J6
à J28) ossements ; ils sont montés sur une structure en ciment-
plâtre pour les mettre en position anatomique. Il manque deux
phalanges sur le pied droit qui n’ont semble-t-il jamais été
reconstituées (J29 et J30) !
32 tarses, métatarses ou phalanges sont en bois sculpté ver-
moulu ou non et une phalange est en plâtre. Les autres élé-
ments, en bon état général, sont authentiques entre 90 et
100 %. Une retouche patine est à prévoir pour l’ensemble des
ossements des pieds.
La masse totale du membre postérieur gauche est de 43,808 kg
avec un pourcentage de préservation de 29,82 %. Pour le mem-
bre postérieur droit, la masse est de 54,092 kg avec un pourcen-
tage de préservation de 36,11 %.
:* Les ceintures scapulaire et pelvienne (fig. 5)
La ceinture pelvienne est en quatre parties entièrement sculp-
tées en bois et assemblées deux par deux formant ainsi le côté
Fig. 4 - Figures descriptives de l'état de préservation et de restauration : droit et le côté gauche. L’ensemble est relié au niveau de la par-
a - membre antérieur gauche ; b - membre postérieur gauche. tie inférieure par une plaque métallique et au niveau de la
Fig. 5 - Figures descriptives de l'état de préservation et de restauration : a - scapula gauche (G1) ; b - bassin complet avec vertèbres sacrées (E6 à E9).
LES CAHIERS DU MUSÉE DES CONFLUENCES 13ÉTUDES SCIENTIFIQUES N°2partie supérieure par les vertèbres sacrées à l’aide de tiges Les scapulas, également composées d’os fossile et de papier
masquées par un bouchage en plâtre. Contrairement aux autres collé, auraient besoin de la même restauration que celle à pré-
parties en bois, le bassin n’est pas vermoulu. Des restaurations voir pour le crâne.
sont nécessaires pour combler les lacunes de peinture et les Les défenses, fossiles à 95 % et bien cerclées par une armature
trous utilisés pour la structure de montage. L’ensemble a une en métal, présentent en partie proximale un effritement dou-
masse estimée de 45 kg. teux. Une bonne consolidation serait nécessaire.
Pour tous les autres ossements, vrais ou faux, une légère res-
Les scapulas sont authentiques à 35 % pour celle de gauche et tauration ferait le plus grand bien.
25 % pour celle de droite, avec des masses respectives de 10,4 kg La patine du squelette est à refaire correctement à cause des éra-
et 11,7 kg. Elles ont été complétées avec du papier collé et néces- flures et de nombreuses taches de peinture qui ont débordé au-delà
siteraient quelques restaurations (lacunes de patine, éclats,…) ; du support métallique qui maintenait le squelette en station debout.
le contact entre la partie originale et le fossile est à reprendre.
Synthèse de l’expertise III - Discussion
D’après nos observations, il s’avère que le squelette du mam- Cette expertise a permis de faire un point sur l’état de conser-
mouth de Choulans est préservé à 2277,,6600 %%. Les parties man- vation du mammouth de Choulans, 150 ans après sa découverte.
quantes sont comblées par des reconstitutions dans des Décrit comme « l’un des plus complets » par LORTET & CHANTRE
matériaux variés. Le bilan du pourcentage de préservation par (1872), il apparaît aujourd’hui comme peu complet par rapport à
grandes parties anatomiques est le suivant : certaines découvertes plus récentes. En comparant avec le des-
sin figuré par LORTET & CHANTRE, on peut estimer que 30-35 % du
Les défenses sont préservées à……………………. 95,00 % spécimen qui était noté comme étant du fossile ne l’est pas ou
pour une masse totale de 100 kg. plus. Il n’est, à l’heure actuelle, préservé qu’à 27 %. (pl. 2) Les
Le crâne et les mandibules sont préservées à ……… 83,33 % différents incidents cités dans notre première partie peuvent
pour une masse totale de 136,7 kg. expliquer au moins en partie la destruction ou la détérioration
Les vertèbres sont préservées à……………………. 3,45 % de certaines pièces, notamment les parties prises dans le lehm
pour une masse totale de 210,7 kg. que l’eau a probablement dissoutes lors des épisodes orageux.
Le membre antérieur gauche est préservé à………...47,24 % Il semble toutefois que, dès le départ, des pièces n’ont pas été
pour une masse de 67,650 kg. aussi complètes ou en aussi bon état que suggéré ; ceci pourrait
Le membre antérieur droit est préservé à ………….44,83 % expliquer les reconstitutions erronées ou problématiques.
pour une masse de 61,05 kg. Au niveau de la reconstitution, le crâne a été l’objet de contro-
Le membre postérieur gauche est préservé à ……… 29,82 % verses, en particulier au niveau de l’occiput. OSBORN (1942 :
pour une masse de 43,8 kg. 1051, fig. 935) reprit le dessin de LORTET & CHANTRE (1872) mais
Le membre postérieur droit est préservé à ………… 36,11 % préféra suggérer cette partie anatomique à l’aide de pointillés ;
pour une masse de 54,09 kg. sans doute considérait-il la reconstitution incertaine. Ce pro-
La cage thoracique est préservée à….….………….. 20,00 % blème pourrait être expliqué par un mauvais état de conserva-
pour une masse totale de 34,65 kg. tion lors de sa découverte ou par sa détérioration dans les caves
du palais Saint-Pierre. Il est certain que le crâne fut restauré
La masse totale du squelette est de 770088,,6655 kkgg. avant sa présentation au milieu du vestibule, mais les archives
ne nous apprennent rien sur le degré de cette restauration.
72,4 % du squelette est composé de bois sculpté, de terre cuite Quoiqu’il en soit, la boîte crânienne a subi au moins une autre
modelée, de papier collé, de plâtre ou de ciment. restauration car il apparaît évident que la partie en papier collé
La terre cuite est présente sur toute la colonne vertébrale à l’ex- actuelle a une forme complètement différente de celle figurée
ception de l’atlas et d’une vertèbre caudale. par LORTET & CHANTRE (1872). Nous n’avons trouvé aucun indice
Le bois est présent dans les côtes, les membres antérieurs et qui nous aurait permis de savoir à quelle occasion cette restau-
postérieurs et le bassin. ration aurait pu intervenir, ni de savoir si cette seconde restau-
Quant au plâtre, il est présent sur pratiquement tous les os, ration était concomitante de celle des scapulas, également
essentiellement en parties proximale et distale, plus particuliè- réalisée en papier collé.
rement sur les membres antérieurs et postérieurs ainsi que sur Le mammouth de Choulans a été présenté et décrit comme très
un bon nombre de côtes. complet mais, très vite, on s’aperçoit qu’il existe des incohé-
rences entre ce qui a été annoncé et la réalité. Comme nous
Certaines pièces en bois sont totalement vermoulues, chaque l’avons vu, les estimations des coûts pour la restauration et le
15manipulation de ces pièces rejette à l’extérieur une grande montage du mammouth par Lortet sont en cohérence avec le
quantité de sciure excrémentielle due à l’infestation du bois par dessin de la reconstitution publié (LORTET & CHANTRE, 1872). Voir
les vrillettes (Anobium sp.). par exemple la somme allouée, d’une part, pour les fémurs (18 F)
Une bonne restauration serait nécessaire pour le crâne car le et humérus (18 F) bien conservés, d’autre part, pour les radius et
papier collé présent à 50 % n’est plus solidaire de la partie fos- cubitus (104 F) et tibias, péronés et radius (80 F), moins bien
sile, particulièrement les arcades zygomatiques. conservés. De la même manière, les coûts prévisionnels
15 Lortet L., [1872] : « Frais approximatifs pour l’établissement et le montage du grand Elephas intermedius C. Jourdan trouvé le 28 octobre 1859 rue des trois artichauts
montée de Choulans à Lyon. Réparation et ét des os altérés ou manquant », 3 p. Arch. CCEC.
LES CAHIERS DU MUSÉE DES CONFLUENCES14 ÉTUDES SCIENTIFIQUES N°2