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L'ENNUI EN CLASSE -f-

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Courriers aux politiques sur une piste de refondation de l'école, notamment en classe de français niveau CM2, 6ème et 5ème.
Expérience de terrain qui a fait ses preuves et qui peut inspirer sans doute de nombreux pédagogues au-delà de ce niveau et de cette discipline.

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Publié le 26 juillet 2017
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Langue Français
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C O M M U N I C A T I O N
L’ENNUIEN CLASSE VI
BLANCHARD Jef
Les réformes fleurissent, s’épanouissent, s’émoussent et puis disparaissent tranquillement souvent sans avoir été évaluées d’une façon ou d’une autre et parfois même sans avoir été appliquées ne seraitce que d’une once. L’une chasse l’autre quand ce n’est pas la dernière qui annule la précédente. Fautil s’en prendre aux enseignants ? Les programmes, les instructions officielles, la tyrannie de la notation permanente, des travaux contraints, de la préparation inquiète aux examens, des comparaisons entre élèves, entre établissements… Cela suffit amplement à pétrifier les manières de faire si l’on n’est pas rebelle, si l’on n’a pas la pédagogie chevillée au corps. Il faut se rendre à l’évidence malgré les dénégations tonitruantes des uns et des autres, politiques ou enseignants, intellectuels ou syndicalistes, l’enseignement en France reste trop souvent corseté et caricatural : prioritairement, à toute force et dans les temps impartis déverser les connaissances dans l’esprit de l’élève, c’est le gavage. On s’étonne ensuite de l’ennui en classe, du décrochage, du niveau qui baisse, de l’indiscipline, des professeurs déprimés, de la disparition de l’autorité… En fait on pourrait caractériser cette vaste entreprise au mieux d’assistanat plutôt que d’éducation. Et ce sont les mêmes qui en politique déclarent la guerre à l’assistanat chez les adultes qui le préconisent le plus fort en éducation !
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 A ce sujet je veux relater un exemple personnel cruel mais démonstratif. A l’épreuve de repêchage du’bac’ me voici interrogé, en géographie, dernière discipline concernée en cet oral. Il me fallait gagner cinq petits points sur vingt en cette matière pour atteindre la moyenne générale et décrocher ce fameux ‘bac’. C’était gagné d’avance. J’avais quelques minutes pour préparer ma réponse à la question du petit papier tiré au hasard : « Les côtes de France ». Je suis breton, tous les ans j’étais en vacances à parcourir les plages, les ports, les falaises granitiques, au nord, au sud, à l’ouest de la Bretagne.J’ai vécu quatre années, de la classe de sixième à la classe de troisième en Normandie : le cap de la Hague, le nez de Jobourg, la rade de Cherbourg, le raz Blanchard, les marais de Sainte MèreEglise, le Mont Saint Michel et ses sables mouvants, je connaissais pour y être allé maintes fois. Les plages du débarquement, les falaises d’Etretat qui ne les a vues et revues en images, en photos, en affiches, en films?  Et la Corse dans son petit encart au bas droit de toutes les cartes de France… Et cette carte nationale, combien de fois l’aije dessinée, décalquée, coloriée, annotée, apprise avec ses golfes, ses fleuves, ses estuaires, ses deltas, ses mers et ses montagnes ? Et nos îles lointaines vers les Amériques ? Je n’oublierais jamais la Martinique pour avoir écouté souvent le refrain « À la Martinique, Martinique, c’est ça qu’est chic, pas de veste, de pantalon…» que me serinait mon copain de làbas en classe de troisième.
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 Quant aux pêcheurs de morue de Saint Pierre et Miquelon des mers glaciales, un breton ne peut pas ne pas connaître ! Et nos départements d’Algérie d’alors, nos protectorats du Maroc, de Tunisie, d’Indochine, nos territoires insulaires Réunion et Nouvelle Calédonie… Que de longueur et de diversité de côtes. Que de choses à nommer au moins si je ne pouvais les décrire toutes avec précision… Hé bien, non. Je suis resté sec pendant les cinq minutes de préparation, sans même avoir pris l’initiative de dessiner ma petite France archiconnue. Sec, je le restai aussi devant l’examinateur. Il garda le silence face à mon mutisme. M’eutil simplement demandé si je n’avais jamais été à la mer que tout se serait débloqué. Il n’en fit rien.Il m’infligea un 0,5 sur 20. Je dus redoubler.J’en incombe rétrospectivement la responsabilité aux méthodes directives, besogneuses et de bachotage subies notamment à cette époque dans cet établissement privé : beaucoup de par cœur. Les expériences chimiques ? Un texte pour les décrire parfaitement mot à mot sans rien oublier. Puis l’apprendre. D’expériences, point ! Réflexe pavlovien : une question de cours, sa réponse dans la fiche apprise correspondante. Survienne une question hors fiche et c’est la débandade. Ce fut le cas. Une demande transversale faisant appel à des acquis lointains et divers lesquels auraient dû prouver l’étendue de mes connaissances livresques ou pas…
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Il ne faut pas se faire d’illusion, ces choix de pédagogie ne sont pas sans effets durables. Bien des années plus tard dans un contexte un peu semblable, une inspection professionnelle, je me suis heurté au même phénomène. D’habitude, quand je parle pédagogie, je parle d’abondance, je discute, j’argumente, je veux convaincre, je suis passionné, je raisonne, j’ergote même jusqu’à parfois énerver mes interlocuteurs. Je suis intarissable. Hé bien, ce jour là, devant une question bateau, sans aucune surprise pour le professeur de français que j’étais qui enchaînait les explications de texte à raison d’au moins quatre hebdomadairement, qui trouvait en cette pratique la jouissance du métier, qui envoûtait quasiment mon auditoire par ma passion théâtrale de lire ces textes, souvent choisis pour leur caractère captivant, drôle ou dramatique, qui ainsi pouvaient passer avec les élèves à une explication bénéfique, nourrissante et non fastidieuse, je calai.  La question était simple : « Pourquoi des explications de textes ? » Le sujet était immensément vaste pour moi, peutêtre trop. Je suis resté bouche bée, n’arrivant pas à savoir par quel bout le prendre et plus le temps passait, moins je ne me sentais capable de répondre et je ne répondis pas ! Si l’effet pervers de pratiques inadaptées reste si ancré dans l’esprit et le comportement des individus, à leur insu, on voit combien il est important d’apporter un soin extrême dans le choix de pédagogies de liberté, d’autonomie, d’inventivité, de créativité, de responsabilité…
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 Je ne porte pas plus aux nues le lycée public de ma terminale. Lycée où je côtoyaient les fils et filles des magnats du champagne et de leurs riches vignerons. Jour de rentrée, ou lendemain, je suis convoqué chez le proviseur : «Jeune homme, vous me faites disparaître ça ou vous êtes exclu de notre établissement ! » ’’Ça’’, c’était le collier de barbe soigneusement taillé que je portais depuis quelque temps et qui n’avait pas fait scandale dans le privé. J’obtempérai, obligé mais humilié. Cours de philo dans ce même établissement, pas de manuel dédié, le prof essaie de parler mais comme les élèves ne cessent de lancer des vannes, il dicte, il dicte, il dicte invariablement, inexorablement son cours. La paix par la dictée! Le prof d’anglais, lui, nous fait traduire un roman; chacun y passe pour sa petite portion de texte. Quant à parler anglais, il a découvert, le veinard, la seule jeune et belle fille anglophone de la classe. Las, nous assisterons au long des jours à ce dialogue unique entre elle et lui. C’est la raison des courriers cidessous notamment aux politiques. Tout en sachant que là n’est sans doute pas le niveau d’intervention efficient. Ces derniers peuvent améliorer le cadre, donner des orientations, promouvoir une formation professionnelle des enseignants qui se baserait sur des expériences réussies diverses et incontestables. Cela devrait aller de soi.
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Il n’en reste pas moins que c’est au niveau de la classe, du quotidien, de l’établissement, du local, que peuvent au mieux s’adapter les pédagogies de la réussite et non d’impératifs venus d’en haut, tout ficelés.  Les plus concernés, les élèves, sontils un tant soit peu consultés?… Le seraientils que ce ne serait gérable, utile, efficient qu’au niveau de la classe, de l’école, du collège ou du lycée. Et pas seulement sur la couleur des murs ou des tableaux, mais consultés sur tout ce qui touche à ce qui peut être de leur compétence, de leur ressenti, de leur responsabilité, de leur inventivité, de leur dignité de personne en devenir… La démocratie à l’école ! Mais vous êtes déraisonnable. Allons, dangereux rêveur, retournez à vos élucubrations du troisième âge; nous, les gens sérieux, dans nos ministères, experts en enrégimentement nous veillons au grain. Bref, j’ai malgré tout eu la naïveté de m’adresser quand même à eux, n’en espérant sans doute pas grandchose. Il en fut ainsi ! SaintJeandeMuzols Juillet 2017
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Député de l’ ArdècheDéputé européen « Les Verts » Président du Front de Gauche Président de la fédération de parents d’élèvesde l’enseignement public (FCPE)Ministre de l’Education NationaleResponsable « Enseignement » LA CROIX Responsable « Education » France TELEVISION Président du conseil économique, social et environnemental (CESE) Ministre déléguée à la réussite éducative Réponse ministérielle Madame NAJAT VALLAUDBELKACEM Ministre de l’Education National
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Objet :
à Eva JOLY Députée Parlement Européen STRASBOURG
Réforme de l’enseignementAlternative au système de la notation
Madame la députée,
Je suis retraité de l’enseignement général des collègesà TOURNON en Ardèche. Je vous respecte infiniment etj’admire vos combats.J’ai pensé, en m’adressant à vousserais sûr, que je d’avoir une écoute attentive à ma modeste contribution dans le domaine d’une autre approche de l’évaluation des élèves.Je sais que vous portez dans ce domaine avec votre mouvement des propositions hors des chemins habituels et loin des tabous. Dix années de pratique réussie du ‘français’,de 1987 à 1997 dans les classes de sixième,sans notespour les élèves, seulement pour l’administration en fin de trimestre.Dix années de recul avec la retraite et une reprise de la formule, améliorée, pour mon petit-fils, intelligent, curieux, ouvert mais en échec scolaire car inadapté au système actuel malgré de très bons professeurs des écoles et qui passe cependant au collège en septembre…Voici le résultat que je propose à votre curiosité et votre sagacité pour éventuellement le faire connaître aux responsables de ce domaine dans votre mouvement et, pourquoi pas, qu’ils s’en inspirent. Mes très vifs encouragements pour les travaux mis en chantier par le ministre de l’Education Nationaleavec le 11 concours de vos amis.