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n OVE 33 SEPTEMBRE 2016Infos Engagements étudiants et sentiment d’intégration Claire Thoury, doctorante en sciences de l’information et de la communication à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, en contrat CIFRE à Animafac expérience étudiante peut être défnie plusieurs associations étudiantes, quel que soit le comme ce qui englobe la vie de l’étudiant domaine. Les étudiants élus représentent 4,3 % des L’durant toute sa période d’études. Pour étudiants interrogés, tandis que 2,8 % des étudiants 1François Dubet (1994) , elle comprend différentes se déclarent membres d’un syndicat étudiant. À partir dimensions : la nature du projet poursuivi par de là, que savons-nous des étudiants engagés dans l’étudiant, son sentiment d’intégration à la vie uni- des associations ou dans des syndicats ? Dans quelle versitaire et l’ « engagement ». L’engagement, en tant mesure l’engagement peut-il infuencer le sentique temps consacré durant les études à porter des ment d’intégration ? Des différences existent-elles projets, à défendre des droits, en tant qu’implication selon les formes d’engagement ?

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Publié le 09 septembre 2016
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n OVE
33
SEPTEMBRE 2016Infos
Engagements étudiants et
sentiment d’intégration
Claire Thoury,
doctorante en sciences de l’information et de la communication
à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, en contrat CIFRE à Animafac
expérience étudiante peut être défnie plusieurs associations étudiantes, quel que soit le
comme ce qui englobe la vie de l’étudiant domaine. Les étudiants élus représentent 4,3 % des L’durant toute sa période d’études. Pour étudiants interrogés, tandis que 2,8 % des étudiants
1François Dubet (1994) , elle comprend différentes se déclarent membres d’un syndicat étudiant. À partir
dimensions : la nature du projet poursuivi par de là, que savons-nous des étudiants engagés dans
l’étudiant, son sentiment d’intégration à la vie uni- des associations ou dans des syndicats ? Dans quelle
versitaire et l’ « engagement ». L’engagement, en tant mesure l’engagement peut-il infuencer le
sentique temps consacré durant les études à porter des ment d’intégration ? Des différences existent-elles
projets, à défendre des droits, en tant qu’implication selon les formes d’engagement ? Afn de répondre à
des étudiants dans la vie universitaire, mais pas seu- ces questions, nous analyserons les profls des
étulement, est donc considéré comme une dimension a diants engagés, l’effet du niveau d’études sur les
priori importante de l’expérience étudiante que ce modalités d’engagement mais aussi l’impact de
l’ennuméro d’OVE Infos se propose d’analyser à partir de gagement sur la réussite scolaire et plus largement
l’enquête Conditions de vie des étudiants 2013. Cette sur le sentiment d’intégration des étudiants à partir
enquête permet en effet d’estimer à 26,7 % la part de l’enquête Conditions de vie des étudiants 2013 de
d’étudiants interrogés qui sont adhérents d’une ou l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE).OVEINFOS • SEPTEMBRE 2016
Des formes D’engagement
qui se cumulent ?
enquête Conditions de vie des Si l’on s’intéresse maintenant au profl des élus mené a plus d’importance que la structure
étudiants 2013 de l’OVE révèle un étudiants, les résultats ont de quoi surprendre. dans laquelle il s’inscrit. L’engagement est
certain nombre de croisements 55,8 % d’entre eux se disent membres d’une ici avant tout individuel bien que tourné vers
entre les différents engage- association étudiante mais seulement 16,4 % le collectif : il est individuel dans la mesure L’ ments. Par exemple, on note que se disent membres d’un syndicat étudiant. où l’identité du bénévole n’est pas effacée
6,2 % des étudiants engagés dans une asso- Cela indique, d’une part, que les organisations au proft de celle de l’association. Enfn, la
ciation sont aussi membres d’un syndicat militantes traditionnelles n’ont pas le mono- dernière fgure est celle de l’entreprenant. Il
étudiant et qu’à l’inverse, 58,7 % des étu- pole de la représentativité et, d’autre part, est celui qui crée une association, qui porte
diants syndiqués déclarent être membres que la séparation nette du dialogue civil, du les initiatives. Il conçoit le projet, qu’il
soud’une association. Ce dernier résultat peut dialogue politique et du dialogue social n’est haite maîtriser comme un tout, souvent avec
notamment s’expliquer, d’une part, par un pas toujours une évidence. quelques amis.
multi-engagement de la part de certains
2étudiants et, d’autre part, par un désac- Guillaume Houzel propose une typologie Dans son ouvrage, Houzel montre qu’il
cord dans la défnition qui est donnée d’un des profls des étudiants engagés : le repré- existe tout de même, sans que ce soit une
3syndicat étudiant. En réalité, les syndicats sentant ; l’intervenant ; l’entreprenant . Le généralité, une porosité entre ces formes
étudiants n’existent pas en tant que tels représentant est l’élu étudiant, il est la forme d’engagement. Le même constat peut être
puisque les organisations étudiantes qui la plus traditionnelle de l’engagement étu- fait au vu des données obtenues dans
se défnissent comme des syndicats ont le diant. Mais il n’est pas que cela : il est aussi l’enquête Conditions de vie des étudiants
statut d’association loi 1901. Cette spécif- le président d’une association ou d’un syn- 2013. Cette porosité entre les formes
d’encité étudiante est d’ailleurs de plus en plus dicat. Il « peut être défni comme celui qui, gagement, et au sein des mêmes types
revendiquée car ceux que l’on qualife de sensible aux questions statutaires, assume d’engagements, met en relief l’importance
syndicats tentent aujourd’hui de se repo- un rôle de gestion ou une parole collec- des espaces d’expérimentation, nécessaires
sitionner dans le champ associatif, ce qui tive ». L’intervenant est celui qui défend les pour permettre aux étudiants, de construire
contribue d’autant plus au brouillage des actions concrètes. Son engagement se veut des identités parfois multiples et surtout
2 4frontières entre associations et syndicats. non contraint mais aussi réversible, le projet choisies .
Des engagements étudiants
qui évoluent
étude nous permet également certains auteurs, au fait que les nouveaux Graphique 1 : Évolution des engagements étudiants
de constater que l’engagbénévoles seraient moins enclins, comme 6 associatifs et syndicaux depuis 2000 (EN %)
syndical n’évolue pas ou peu l’évoque Jacques Ion (1997) à déléguer leur
30tandis que le fait associatif étu- parole, à effacer leur individualité au proft 26,7
5L’ diant connaît une montée en d’un collectif dominant . Toutefois, même 25
puissance. En effet, entre 2000 et 2013, la s’il est minoritaire, l’engagement classique
20
part d’étudiants se déclarant membres n’a pas complètement disparu. En revanche,
15 12d’un syndicat étudiant est passée de 2,6 % l’engagement associatif étudiant a pris une
10à 2,8 %, tandis que la part d’étudiants se réelle ampleur. C’est sans doute le caractère
déclarant membres d’une association étu- pragmatique et réversible de cette forme 5 2,6 2,8
diante est passée de 12,0 % à 26,7 % (graphique d’engagement qui explique l’intérêt qu’il
0
1). Nous constatons ainsi que l’engage- suscite auprès des étudiants (encadré 1). Cet Membres d’un Membres d’une
ment syndical n’a que peu évolué depuis engagement est qualifé de pragmatique syndicat étudiant association étudiante
2000, sans doute en lien avec la crise de la car il induit un résultat rapide : les étudiants
représentation traditionnelle en France, ob- s’attendent à ce que l’impact de leurs ac- 2000 2013
servée depuis plusieurs années et liée, pour tions soit direct.
Source : enquête Conditions de vie des étudiants 2013
Champ : ensemble des répondants (n= 40911) OVEINFOS • SEPTEMBRE 2016
Des différences nettes
de formes d’engagement selon
le sexe, l’origine sociale
et le niveau d’études
es étudiants engagés sont ma- qu’ils jouent, les femmes vont s’intéres- Outre les différences selon le sexe, une
joritairement des hommes (53 % ser avant tout au projet associatif. Ces forte disparité selon les catégories sociales
des membres d’associations, freins culturels sexués ne concernent pas est observable en ce qui concerne
l’enga57 % des élus, 57,6 % des adhé- uniquement les associations étudiantes, gement étudiant. En effet les catégories L rents syndicaux). Ce résultat est bien au contraire. Ils sont la conséquence sociales « supérieures » sont
surreprésenconvergent avec le résultat d’autres en- de stéréotypes véhiculés dès la petite en- tées aussi bien dans l’engagement syndical
7 8quêtes montrant que si les associatifs fance . Les femmes seraient ainsi invitées que dans l’engagement associatif ou
élecétudiants ont un discours en faveur de à se conformer et à respecter les règles tif. L’effet de l’origine sociale semble donc
l’égalité entre les hommes et les femmes, et non à innover, prendre des risques et avoir pris de l’importance depuis l’enquête
les postes à responsabilités restent tou- des responsabilités ou à s’écarter d’un de 2006 puisqu’à partir de cette dernière,
tefois très majoritairement occupés par parcours tout tracé. Or, nous savons que Houzel soulignait la faible infuence de
des hommes. Cela peut renvoyer à un in- l’engagement étudiant est aussi un es- l’origine sociale sur l’engagement
associatérêt à l’engagement qui diffère : tandis pace d’expérimentation qui favorise la tif étudiant.
9que les hommes vont s’intéresser au rôle prise de risques .
Tableau 1 : Origine sociale et formes d’engagement étudiant
3
Catégories Catégories Catégories moyennes Total
populaires supérieures
Engagement syndical étudiant 26,7 % 31,7 % 41,7 % 100 %
Élus étudiants 22,6 % 36,3 % 41,1 % 100 %
Engagement associatif étudiant 25,5 % 32,5 % 42,1 % 100 %
Ensemble des étudiants 30,4 % 32,5 % 37 % 100 %
Source : enquête Conditions de vie des étudiants 2013
Champ : ensemble des répondants (n = 40911)
1 Dubet, François, « Dimensions et fgures de l’expérience étudiante dans l’université à l’engagement associatif étudiant ont été posées de façon différentes en mettent à
de masse » in Revue française de sociologie, 1994, 35-4, Monde étudiant et monde part l’adhésion à des associations sportives. Les questions ne sont pas aussi précises
scolaire, p 511-532. en 2000 et 2013, pour cette raison, il semble plus pertinent de nous contenter de
2 Houzel, Guillaume, Les engagements bénévoles des étudiants. Perspectives pour de comparer ces deux enquêtes.
nouvelles formes de participation civique, La documentation française, Paris, 2003, p 7 Enquête menée par Animafac en 2013 sur un échantillon de 1162 associations
étu11 et 32. diantes, intitulée Les femmes et le pouvoir dans les associations étudiantes.
3 Ibid., p 33 Une enquête complémentaire par entretien a ensuite été menée auprès de 25
4 Beck, Ulrich, La Société du risque : sur la voie d’une autre modernité, Aubier, 2001 et étudiants pour comprendre les motivations des étudiants et étudiantes engagé-es
Giddens, Anthony, Les conséquences de la modernité, L’Harmattan, 2000. associativement.
5 Jacques Ion identife la fn d’une « conception holiste de l’association » dans son 8 Duru-Bellat, Marie, L’école des flles, Paris, L’Harmattan, 1990.
ouvrage : Ion, Jacques, La fn des militants ?, Éditions de l’Atelier, 1997, p 73. 9 Becquet, Valérie, Linares (de), Chantal, Quand les jeunes s’engagent. Entre
expérimen6 Nous ne faisons pas référence ici aux enquêtes 2006 et 2010 car les questions relatives tations et construction identitaire, L’Harmattan, 2005.OVEINFOS • SEPTEMBRE 2016
Enfin, l’influence du niveau d’études sont 14,7 % à être inscrits en quatrième
n’est pas la même selon les catégo- année tandis que les étudiants de
quaries d’engagement (Graphique 2). En ce qui trième année représentent 16,4 % à être
10concerne l’engagement syndical , nous engagés en association. Ces résultats
notons que plus les étudiants avancent prouvent donc qu’il y a un maintien voire
dans leurs études, moins ils s’engagent une augmentation de l’engagement
assosyndicalement. En effet, ils sont propor- ciatif avec les années d’études.
tionnellement plus nombreux à s’engager
en L1 qu’en M2. À l’inverse, concernant La typologie proposée par J. Ion (encadré
l’engagement associatif, nous observons 1) peut être un élément explicatif de
que plus le niveau d’études est élevé, ces résultats. Nous pouvons en effet
plus la proportion d’étudiants associa- supposer que le caractère intense de
tifs est supérieure à la répartition globale l’engagement syndical, engagement qui
des enquêtés. Ainsi, 26,4 % des étudiants peut être qualifié de « timbre » selon sa
sont inscrits en première année tandis terminologie, est difficilement associé à
que, parmi les étudiants engagés asso- un niveau d’études plus important. Cela
ciativement, 19,5 % sont au début de leur étant, l’observation du graphique permet
formation. En revanche, les étudiants de constater qu’une part importante
des Bac + 6 et plus est membre d’un
syndicat étudiant. On suppose dans ce
cas qu’il s’agit d’un public fidélisé dont
les membres ont des parcours de vie 1. rythmés par un engagement politique
et/ou militant. À l’inverse, l’engagement
L’engagement « timbre » et l’engagement « post-it » associatif, que l’on qualifie de «
postit », toujours selon la terminologie de
Jacques Ion, peut être imaginé comme
plus distancié et moins chronophage Dans son ouvrage La fn des militants ?, Jacques Ion identife l’apparition de
(ou tout du moins réversible) tout en
4 nouvelles modalités d’engagement qui, sans complètement faire disparaître
laissant la possibilité d’être ajusté selon
les précédentes, correspondraient plus aux attentes des individus. Il qualife les étapes de la vie de l’étudiant. Les
résultats de l’enquête Conditions de vie l’engagement « traditionnel » d’engagement « timbre » et l’engagement «
mo11 des étudiants 2013 ne nous permettent derne » de « post-it ».
pas de présenter de façon plus fine
les types d’engagements associatifs.
L’engagement timbre est celui de l’adhésion. Il s’agit de celui du militant tra- Il va de soi que certains étudiants
n’adhèrent pas à des associations pour ditionnel, militant du latin miles, militis « soldat ». Le militant se bat pour une
porter ses valeurs, il s’agit parfois d’une
cause, pour des idées, des convictions. L’engagement militant traditionnel est
adhésion pour consommer les activités
essentiellement communautaire. À l’engagement timbre succède l’engagement proposées par l’association. Dans ce cas,
post-it, « le nouveau modèle circonscrit des rassemblements de durée limitée, l’adhésion ne signifie pas nécessairement
l’engagement. sur des objectifs restreints, contractuels en droit comme en fait, généralement
12à l’intérieur de groupements mono fonctionnels » . Il n’est plus question
Le cas de l’engagement électif est
difféde sacrifer sa vie privée au proft d’un combat. Ce modèle est marqué « par rent car des facteurs extérieurs doivent
être pris en considération : tout d’abord, l’émergence de l’acteur individuel concret » qui exige des résultats rapides et
il est difficile et rare d’être élu dès sa pre-effcaces. La construction identitaire de l’individu n’est pas remise en cause
mière année d’études dans la mesure où
mais il est admis que ces identités peuvent être multiples et que l’engage- un temps d’adaptation et de découverte
ment est souvent pluriel. Cela se traduit par une pluri-appartenance puisque du système universitaire est nécessaire ;
ensuite, les élections n’ont pas lieu tous l’identité n’est jamais fgée. Finalement, « à l’engagement symbolisé par le
les ans.
timbre renouvelable et collé sur la carte, succéderait l’engagement symbolisé
par le post-it, détachable et mobile : mise de soi à disposition, résiliable à tout
moment ».
10 Il est néc essaire de préciser qu’il s’agit d’un abus de langage car les syndicats
étudiants n’existent pas. On suppose que lorsque l’on parle de syndicats, il s’agit en
réalité d’organisations représentatives qui revendiquent un caractère syndical.
11 La question dans l’enquête Conditions de vie des étudiants 2013 était en effet
formulée ainsi : « Depuis le début de l’année universitaire, avez-vous participé à…
Une ou des soirée(s) étudiante(s) (festive(s), culturelle(s), réunion(s) d’association…) ? »
12 Ion, Jacques, La fn des militants ?, Éditions de l’Atelier, 1997, p 80.OVEINFOS • SEPTEMBRE 2016
GRAPHIQUE 2 : Les engagements étudiants selon le niveau d’études (en %)
%
100
3,9 3,9
7,2
11
90 14,4 14,9
15,3 9,5
80
10,6 14,716,4
70 16,5
12,7
60
15,9
18,9
17,4
50
21,3
40 21,2
21,4
21,8
30
20 29,6
23,5 5
23,519,5
10
5,32,3 1,6 3
Élus étudiants Syndicat étudiant Association étudiante Ensemble des étudiants
Bac +6 et plus Bac +2
Bac +5 Bac +1
Bac +4 Capacité, DAEU…
Source : enquête Conditions de vie des étudiants 2013
Champ : ensemble des répondants (n = 40911) Bac +3OVEINFOS • SEPTEMBRE 2016
Les effets de l’engagement
sur le sentiment
d’intégration et la réussite
universitaire des étudiants
l semble intéressant de croiser l’engage- peuvent, selon nous, expliquer cette situa- Autrement dit, l’engagement ne peut être
ment avec le sentiment d’intégration car tion. Tout d’abord, le fait d’être adhérent considéré comme un frein à la « réussite »
nous défendons l’hypothèse, à rebours d’une association étudiante ou d’un syndi- des étudiants, au sens classique du terme.
d’idées reçues selon lesquelles l’enga- cat étudiant ne signife pas que le quotidien Selon François Dubet d’ailleurs, l’intégra-Igement est une perte de temps sur les des bénévoles ou des militants ait lieu sur tion et le bien-être facilitent la réussite
études, que le fait de s’engager contribue un seul et même campus. Nous pouvons étudiante. Il évoque notamment les
étuau bien-être étudiant qui se trouve direc- également faire l’hypothèse que ces étu- diants de première année qui vident les
tement corrélé au sentiment d’intégration, diants, associatifs ou syndiqués, souffrent amphithéâtres bondés de ce qu’il appelle
lui-même facteur de réussite universitaire. d’un défaut de reconnaissance de la part de l’université de masse au fur et à mesure que
l’institution universitaire. Enfn, le rythme l’année passe. Ces étudiants sont qualifés
D’après l’enquête Conditions de vie des parfois très dense de certaines activités, « d’isolés », quittant l’université « sans que
15étudiants 2013, 45,9 % des étudiants syndi- notamment lorsque ces activités sont syn- personne ne le remarque vraiment » .
qués se disent satisfaits voire très satisfaits dicales, n’est pas toujours compatible avec
de leur intégration à la vie de leur établis- l’intégration à un groupe d’étudiants qui L’enquête de l’OVE démontre que la majorité
sement et 59,4 % d’entre eux se sentent n’auraient pas les mêmes activités mili- des étudiants ne participe aux événements
intégrés au groupe d’étudiants de leur for- tantes. Cela peut notamment expliquer que culturels proposés par l’établissement
mation. Le sentiment d’intégration de ces le sentiment d’intégration au groupe d’étu- - seuls 36,1 % des étudiants enquêtés
dé6
étudiants à leur campus est donc nettement diants de leur formation des syndiqués soit clarent avoir participé à un événement
plus important que la moyenne globale plus bas que la moyenne des enquêtés. culturel dans l’année - ou de ne pas
s’en(34,5 % contre 45,9 %) tandis que leur senti- gager. Il serait néanmoins intéressant de
ment d’intégration au groupe d’étudiants de Interrogeons-nous maintenant sur la réus- questionner l’engagement en dehors des
leur formation est plus bas (60,9 % contre site éducative des étudiants au prisme de structures étudiantes car il est tout à fait
59,4 %). Concernant les étudiants élus, ils l’engagement. Le système scolaire et univer- possible qu’un grand nombre d’étudiants
se disent satisfaits de leur intégration à la sitaire français apparaît comme un système soient bénévoles, militants ou élus dans des
vie de l’établissement à 56,7 % et satisfaits particulièrement « rigide », dans lequel l’in- structures non étudiantes.
de leur intégration au groupe d’étudiant de jonction à des parcours linéaires encourage
leur formation à 69,7 %. Dans un cas comme peu les étudiants à consacrer du temps à Depuis peu, nous observons en effet
13dans l’autre, leur sentiment d’intégration des activités hors cours . On attend des l’émergence dans le débat public d’une
reest nettement plus élevé que celui de la élèves et des étudiants qu’ils terminent leurs vendication forte de la part des étudiants
moyenne des enquêtés. Enfn, à propos des études au plus vite sans se déconcentrer. - et des jeunes plus généralement - à
bénéétudiants adhérents d’une ou plusieurs as- L’engagement, quel qu’il soit, est souvent fcier de plus de temps pour se construire,
sociations, 48,5 % d’entre eux déclarent se perçu comme concurrentiel aux études. se trouver et expérimenter – sur le modèle
sentir intégrés à leur campus et 70,6 % se par exemple des étudiants danois étudiés
16disent intégrés au groupe d’étudiants de Or, lorsque l’on croise les résultats aux exa- par Cécile van de Velde . L’engouement
apleur formation. mens de l’année précédente aux différentes parent autour du Service civique en est une
formes d’engagement, la réalité est toute preuve tangible, tout comme le récent
sonDans chacun des cas évoqués, le fait de autre. En effet, l’enquête de l’OVE révèle dage commandé par Animafac à l’Institut
s’engager renforce considérablement le que les étudiants engagés, qu’ils soient élus ViaVoice qui démontre qu’un jeune sur deux
sentiment d’intégration même si, malgré étudiants ou membres d’un syndicat et/ souhaite faire une année de césure.
cela, plus de la moitié des étudiants enga- ou d’une association étudiante réussissent
gés enquêtés ne se sentent pas intégrés à proportionnellement mieux leurs études
14la vie leur établissement. Plusieurs facteurs que les autres .
13 V an De Velde, Cécile, Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe, enregistrée pour l’année N (l’engagement étudiant) avec une mesure de la réussite
Presses Universitaires de France, 2008 et Charles, Nicolas, Enseignement supérieur et enregistrée pour l’année N-1 (l’information de l’engagement étudiant n’étant pas
disjustice sociale. Sociologie des expériences étudiantes en Europe, La Documentation ponible pour l’année N-1). Malgré ces limites, les différences observées sont en partie
Française, 2015. confrmées par une modélisation « toutes choses égales par ailleurs ».
14 Si l’ enquêt e Conditions de vie des étudiants 2013 ne permet pas d’aborder directement 15 Dubet, F rançois, « Dimensions et fgures de l’expérience étudiante dans l’université de
la question de la réussite, elle permet d’en avoir une première approximation par masse » in Revue français de sociologie, 1994, 35-4, p 529.
l’analyse du bilan des examens de l’année précédant l’enquête. Cependant, l’exercice 16 V an De Velde, Cécile, Devenir adulte. Sociologie comparée de la jeunesse en Europe,
comporte quelques limites, notamment du fait de la faiblesse de certains effectifs op.cit.
et de certains écarts enregistrés et du fait qu’il met en lien une caractéristique OVEINFOS • SEPTEMBRE 2016
GRAPHIQUE 3 : réussite universitaire selon les formes d’engagement des étudiants (en %)
%

100
90
80
70
60 77,579,682,3 82,3
50
40
30
20 6,5
6,6 767,6
10,110 8,1
7,57,6
5,6 5,92,5 4,1
Élus étudiants Syndicat étudiant Association étudiante Ensemble des étudiants
Validation complète de l’année

Validation partielle sans passage au niveau supérieur

Vtielle avec passage au niveau supérieur
Source : enquête Conditions de vie des étudiants 2013
Champ : ensemble des répondants (n = 40911) Aucune validation, abandon
CONCLUSION
Les données obtenues par l’enquête Conditions de vie des De plus, l’enquête nous permet de mettre en relief, à rebours
étudiants 2013 permettent de constater que les étudiants de nombreuses idées reçues, les bienfaits de l’engagement sur
continuent de s’engager et que cet engagement est parfois la réussite scolaire des étudiants. Néanmoins, il serait erroné
hybride. Il n’existe pas de frontières nettes entre une forme de mettre l’engagement dans une catégorie à part, vertueuse et
d’engagement et l’autre. Chacune de ces formes est un aux conséquences uniquement positives puisque l’enquête nous
espace d’expérimentation et de construction identitaire montre bien qu’il existe des différences très nettes entre hommes
important pour les étudiants et pour les jeunes en général. et femmes mais aussi selon l’origine sociale des étudiants. OVEINFOS • SEPTEMBRE 2016
Vient de paraître
OVE Infos n°32 L’enquête triennale Conditions de vie des d’orientation, le projet d’études ou les
caLe rapport à l’avenir étudiants permet d’étudier différents as- ractéristiques individuelles infuent sur
des étudiants français pects de la vie étudiante et des conditions l’appréciation des chances d’insertion
prod’études. Elle rend également possible fessionnelle des étudiants.
l’analyse des projets et perspectives des
étudiants inscrits dans des cursus différen- Ce sont l’ensemble de ces éléments que cet
ciés, des types d’études à la sélectivité plus OVE Infos propose d’étudier à partir des
ou moins forte, longues ou courtes et favo- données de l’enquête Conditions de vie des
8
Odile Ferry, risant plus ou moins l’accès sur le marché étudiants réalisée au printemps 2013.
juin 2016. du travail.
Au-delà des différences inhérentes aux for- Télécharger la publication :
mations, des variables comme le « choix » www.ove-national.education.fr
??? 90 g 320 pages : ?? mm
« Les vies étudiantes - Les analyses présentées ici s’appuient sur Réalisé sous la direction de Jean-François LES VIES ÉTUDIANTES
Tendances et inégalités
On recense aujourd’hui plus de 2,4 millions d’étudiants en France. Une e
population dont les efectifs ne cessent de croître et qui se révèle être Tendances et inégalités » la 7 enquête nationale Conditions de vie Giret, Cécile Van et Velde et Elise Verley,
de plus en plus diversifée. Se référer à « l’étudiant moyen » n’a donc pas
plus de sens aujourd’hui qu’il n’en avait lors de la mise en place de la LES VIES
première enquête « Conditions de vie des étudiants » en 1994. Il en est de
même de la vie étudiante qu’il est difcile de réduire à quelques clichés. des étudiants. Réalisées en 2013 auprès cet ouvrage a bénéfcié de concours de
Le seul fait d’être étudiant est loin d’homogénéiser les conditions de vie
d’un public aux caractéristiques, aux expériences et aux attentes de plus en
plus diversifées. Le sexe, l’âge, la formation suivie, le parcours antérieur, ÉTUDIANTES
la situation territoriale, les origines sociales et géographiques, sont autant
de variables qu’il convient de prendre en compte dans l’étude de cette de 41 000 étudiants, cette enquête, qui chercheurs de différentes disciplines
population en profonde mutation. Ce n’est pas une, mais bien des vies Tendances et inégalités
étudiantes qui sont analysées dans cet ouvrage, dressant les tendances
et inégalités qui s’en dégagent en termes de ressources, d’articulation des
temps de vie et d’études, de rapport à l’avenir, mais aussi de vulnérabilités
Sous la direction de aborde les aspects essentiels de la vie spécialisés dans les champs couverts par
vécues et perçues.
Jean-François Giret, Cécile Van de Velde et Élise Verley
e
Les résultats présentés ici s’appuient sur la 7 enquête nationale « Conditions
de vie des étudiants ». Réalisée en 2013 auprès de 41 000 étudiants, cette
enquête, qui aborde les aspects essentiels de la vie étudiante fait - depuis étudiante fait - depuis sa première édition l’enquête.
sa première édition en 1994 - référence sur la question en France et dans
le cadre de comparaisons internationales. Réalisé sous la direction de
JeanFrançois Giret, Cécile Van de Velde et Élise Verley, cet ouvrage a bénéfcié
du concours de chercheurs de diférentes disciplines spécialisés dans les
champs couverts par l’enquête. en 1994 – référence sur la question et dans
Sous la direction de le cadre de comparaisons internationales.
Diffusion
Direction de l’information
légale et administrative J.-F. Giret, C. Van de Commander l’ouvrage :
La documentation Française Études &
Tél. : 01 40 15 70 10
www.ladocumentationfrancaise.fr recherche
Imprimé en France
Prix : 24 €
ISBN : 978-2-11-010267-6 Velde et E. Verley. www.ladocumentationfrancaise.fr
DF : 5PS41750
Imprimé en France
9:HSMBLA=VUW[\[: dF La Documentation
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