Prépa Sciences Po – Philo – Dossier IEP – L’argent
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Auteur : Laurence Hansen-Löve Dossier sur le thème de l’argent IEP 2011 Dossier IEP : L’ARGENT Sommaire I. Introduction ............................................................................................... 2 I. Définitions, fonctions, signification 5 A. Argent ou monnaie ? ................................................................. 5 B. Une institution sociale................................ 6 C. L’essence de l’argent... 9 II. Ambivalence de l’argent (approche économique) ...........................................11 A. Neutralité de l’argent................................................................ 11 B. Positivité de l’argent.. 11 C. Nocivité de l’argent..................................12 III. Condamnation et réhabilitation (approche morale) ...................................... 16 A. Le point de vue religieux...........................................................16 B. La condamnation morale17 C. Du bon et du mauvais usage de l’argent ................................... 20 IV. La grande mutation ..................................................26 A. Le capitalisme.......................................... 26 B. L’argent et le monde moderne................. 29 C. Les prémisses de la crise............................................................ 30 D. Conclusion : premier bilan de la crise........31 V. Problématiques contemporaines ..................................................................33 A.

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Publié le 09 mars 2011
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Langue Français

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Auteur : Laurence Hansen-Löve
Dossier sur le thème de l’argent
IEP 2011


Dossier IEP : L’ARGENT
Sommaire
I. Introduction ............................................................................................... 2
I. Définitions, fonctions, signification 5
A. Argent ou monnaie ? ................................................................. 5
B. Une institution sociale................................ 6
C. L’essence de l’argent... 9
II. Ambivalence de l’argent (approche économique) ...........................................11
A. Neutralité de l’argent................................................................ 11
B. Positivité de l’argent.. 11
C. Nocivité de l’argent..................................12
III. Condamnation et réhabilitation (approche morale) ...................................... 16
A. Le point de vue religieux...........................................................16
B. La condamnation morale17
C. Du bon et du mauvais usage de l’argent ................................... 20
IV. La grande mutation ..................................................26
A. Le capitalisme.......................................... 26
B. L’argent et le monde moderne................. 29
C. Les prémisses de la crise............................................................ 30
D. Conclusion : premier bilan de la crise........31
V. Problématiques contemporaines ..................................................................33
A. L’argent sans maître ................................. 33
B. L’euro ...................................................... 34
C. Changer de paradigme............................................................. 35
Conclusion...................................................................37
Sujets de dissertation .....................................................38
Bibliographie39

1 Auteur : Laurence Hansen-Löve
Dossier sur le thème de l’argent
IEP 2011



I. Introduction
« L’argent est le plus significatif des phénomènes de notre temps dans la mesure où sa
dynamique a envahi le sens de toute théorie et de toute pratique » Georg Simmel



L’omniprésence du thème de l’argent dans l’actualité est telle que l’intérêt et l’urgence d’étudier
la signification et les enjeux de ce « fait social total » n’est pas à démontrer. La première tâche qui
s’impose est celle d’examiner les divers sens et fonctions de ce que la langue française désigne sous
ce vocable (partie I, textes 1 à 7). Je rappellerai ensuite quel statut la philosophie, la théologie et
l’économie ont accordé à l’argent depuis l’antiquité jusqu’à Georg Simmel - premier penseur à avoir
élaboré une analyse théorique globale de l’argent, qu’il présente comme le support par excellence,
en même temps que l’expression de notre modernité.
Le simple relevé des différents sens du terme « argent » est en lui-même instructif. Le mot
« argent » a d’abord désigné le métal blanc précieux que l’on trouve « en filons à l’état natif »
(Robert). Il n’est alors qu’une réalité ancrée dans la nature. Dans un second temps, l’argent, devenu
un terme générique, désigne la monnaie d’échange. Puis, dans un troisième moment, enfin, l’argent
désigne non seulement la monnaie, mais aussi tout ce qu’elle permet d’acquérir - si l’on dispose par
exemple d’une carte bleue et d’un compte en banque bien fourni - à savoir des richesses de toutes
sortes, mais aussi une forme de pouvoir symbolique non moins décrié qu’envié. Remarquons, au vu
de ces considérables glissements de sens, que l’argent a partie liée avec l’ensemble des fonctions
symboliques propres à l’être humain. On sait que les animaux possèdent des « codes de signaux »
mais pas de langage au sens strict ; parallèlement, ils n’ont pas besoin d’argent. De fait, les « bêtes
dénuées de raison » (Descartes) n’ont qu’un accès minime, voire inexistant, à l’abstraction. Ils restent
donc rivés pour l’essentiel aux processus naturels : l’animal, dit Heidegger, « est pauvre en monde ».
Le « monde » de l’homme, en revanche, est riche de formes conventionnelles et d’institutions
sociales, telles que les structures linguistiques, les mythes et les croyances religieuses etc… De même
que les billets de banque et les cartes de crédit, celles-ci n’ont aucune réalité en dehors du cadre
purement symbolique qui les sous-tend et qui fut élaboré et institué par les hommes. On comprend
ainsi pourquoi l’argent, comme la langue selon Esope, est « la meilleure et la pire des choses ». De
façon générale, ce que les hommes ont inventé pour leur propre usage tout au long des siècles
comporte la fâcheuse tendance à se retourner contre eux, suivant ce processus bien connu que
Hegel, Feuerbach et Karl Marx nomment « aliénation ». La plupart de nos institutions, notamment
modernes, peuvent être ainsi à la fois vecteurs d’humanisation, et donc d’émancipation (comme le
2 Auteur : Laurence Hansen-Löve
Dossier sur le thème de l’argent
IEP 2011


mariage ou l’Etat, par exemple) et processus incontrôlables qui se retournent contre les hommes
pour finalement les asservir. L’ambivalence extrême dont nous faisons preuve à l’égard de l’argent -
que nous convoitons tout en le vouant aux gémonies – est donc à mettre sur le compte de la nature
profondément ambiguë et contradictoire du « moyen absolu » (c’est ainsi que G. Simmel désigne
l’argent). On peut donc soutenir que l’argent est en lui-même « moralement neutre », tout en
dénonçant les effroyables dérives qu’il encourage et même qu’il suscite.
L’étude des textes classiques (parties II et III, textes 8 à 25) nous rappellera que la condamnation
des usages pervers de l’argent ne date pas d’aujourd’hui. Aristote, tout d’abord, insiste sur la
différence entre l’économique (de : oïkos, la maison, puis la communauté élargie, et : nomia, la
norme), et la « chrématistique » (l’art de s’enrichir, d’acquérir des richesses). La première est naturelle
et juste, car liée à la nécessité de pourvoir au bien-être de sa famille ou de sa (petite) communauté.
En revanche, la « chrématistique » proprement dite, c’est-à-dire « purement commerciale », est
blâmable. Elle est une activité contre-nature qui tend à déshumaniser ceux qui s’y consacrent. La
chrématistique en effet substitue de l’argent aux biens ; l’usure - en particulier- crée de l’argent à
partir de l’argent. De telles activités sont condamnables pour des raisons philosophiques, politiques
et morales. L’Eglise catholique reprendra à son compte ces analyses, notamment par l’intermédiaire
de Saint Thomas d’Aquin, qui, dans la Somme théologique (1266-1674), soutient que le gain dans
l’échange peut être toléré s’il « se rapporte à une fin honnête et nécessaire ». Ce n’est plus le cas s’il
devient une fin en soi, ne visant que le gain en tant que tel. On admet en général que cette doctrine,
relativement hostile à l’argent, a pu constituer un obstacle au développement économique de
l’Occident chrétien. La situation change du tout au tout lorsque le protestantisme légitime la
recherche du gain en tant que tel, non pour dépenser mais pour constituer des réserves, comme
l’explique Max Weber dans son texte fameux : L’ éthique protestante et l’esprit du capitalisme
(1920).
Toutefois, la mutation du monde moderne (partie III, textes 26 à 29) ne s’est pas accompagnée
d’une réhabilitation univoque de l’argent, loin s’en faut. Nombreux sont les philosophes et les
économistes qui, de Marx à Keynes, n’ont cessé de stigmatiser la « chrématistique » commerciale sous
sa forme moderne, c’est-à-dire le capitalisme. Le capitalisme est en effet par excellence le système qui
permet de « faire de l’argent à partir de l’argent », ne cessant d’encourager et de légitimer la fameuse
(et maudite !) « soif de l’or ». J.M. Keynes écrit par exemple : « L’amour de l’argent comme objet de
possession - distinct de l’argent comme moyen de goûter aux plaisirs et aux réalités de la vie - sera
reconnu pour ce qu’il est, une passion morbide répugnante, une de ces inclinations à moitié
criminelles, à moitié pathologique, dont on confie le soin en frissonnant aux spécialistes des maladies
mentales » (Essais de persuasion, 1930). Même si la plupart des analystes contemporains (G. Simmel,
Paul Ricoeur…) expriment des opinions beaucoup plus nuancées et contrastées, force est de
reconnaître que la crise et les délires continuels des acteurs du dernier « bûcher des vanités » (le
monde de la haute finance, notamment Wall Street) apportent beaucoup de crédibilité aux thèses
tantôt puritaines (cf Rousseau) tantôt marxistes. L’argent, autrefois instrument de mesure est
incontestablement devenu aujourd’hui le vecteur de toutes les démesures (partie IV, V et conclusion,
textes 30 à 42). Hier encore (le 7 octobre 2010) Jérôme Kerviel était condamné à verser 4,9
3 Auteur : Laurence Hansen-Löve
Dossier sur le thème de l’argent
IEP 2011


milliards d’Euros à la Société Générale. Tout le monde s’interroge sur la signification d’un tel verdict.
Peut-être les juges ont-ils voulu adresser, à travers l’accusé, un avertissement à tous les ministres de
l’argent-fou, traders et autres apprentis-sorciers du capitalisme managérial. Tout se passe comme si
les Bernard Madoff et autres escrocs de la haute-finance étaient des naïfs doublés d’irresponsables
qui, tels un certain souverain stupide, ont cru pouvoir convertir tout ce qu’ils approchaient en or.
Mais pour quel bénéfice ?
Voici pour mémoire ce qu’il advint selon la légende de cet autre personnage cupide mais peu
avisé que fut, selon la légende, le roi Midas : Le vieux Silène, tuteur de Dionysos, suivait le cortège
du dieu, monté sur un âne et était la plupart du temps complètement ivre. Un jour, il se perdit et fut
trouvé par des paysans. Silène fut conduit au roi Midas qui s'empressa de le ramener à Dionysos. Le
dieu voulut le remercier et promit au roi de lui accorder ce qu'il désirait. Midas demanda le pouvoir
de changer en or tout ce qu'il toucherait. Dionysos exauça son voeu. Malheureusement, Midas
s'aperçut vite de sa bêtise. En effet, ce " pauvre " roi ne pouvait plus ni manger, ni boire, car à
chaque fois qu'il portait un aliment à sa bouche, celui-ci se transformait en métal précieux. Midas
supplia Dionysos de reprendre ce don. Le dieu lui indiqua que pour cela, il fallait qu'il aille se
purifier dans le Pactole, un des affluents de l'Hermos. Depuis lors, le Pactole passe pour charrier sans
cesse dans ses eaux des pépites d'or. D'où, l'expression " Toucher le Pactole ".

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