UNIVERSITÉ DE PARIS SORBONNE PARIS IV

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Niveau: Supérieur, Doctorat, Bac+8

  • cours - matière potentielle : des iv e

  • exposé - matière potentielle : aphraate et dans les écrits


UNIVERSITÉ DE PARIS – SORBONNE (PARIS IV) Département d'Histoire des religions et anthropologie religieuse INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses Cycle des Études du Doctorat Jiphy Francis MEKKATTUKULAM L'INITIATION CHRÉTIENNE SELON LES ACTES DE THOMAS L'UNITÉ LITURGIQUE ET THÉOLOGIQUE DU DON DE L' « ONCTION – BAPTÊME – EUCHARISTIE » Étude historique, liturgique et théologique des cinq Récits d'initiation chrétienne selon les versions syriaque et grecque des Actes de Thomas Thèse présentée pour l'obtention du Doctorat conjoint en histoire des religions et anthropologie religieuse (Paris IV) et en théologie (I.C.P.) Directeur de thèse Paris IV-Sorbonne : Madame le Professeur Monique ALEXANDRE Directeur de thèse I.C.P. : Monsieur le Professeur Pierre YOUSIF Octobre 2007

  • spécificités liturgiques

  • eglise ancienne

  • tradition

  • perspectives théologiques

  • initiation chrétienne du roi goudnaphar

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  • acth

  • initiation chrétienne


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Publié le 01 octobre 2007
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UNIVERSITÉ DE PARIS – SORBONNE (PARIS IV)
Département d’Histoire des religions et anthropologie religieuse
INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS
Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses
Cycle des Études du Doctorat
Jiphy Francis MEKKATTUKULAM
L’INITIATION CHRÉTIENNE SELON LES
ACTES DE THOMAS
L’UNITÉ LITURGIQUE ET THÉOLOGIQUE DU DON DE
L’ « ONCTION – BAPTÊME – EUCHARISTIE »
Étude historique, liturgique et théologique des cinq Récits d’initiation chrétienne
selon les versions syriaque et grecque des Actes de Thomas
Thèse présentée pour l’obtention du Doctorat conjoint
en histoire des religions et anthropologie religieuse (Paris IV)
et en théologie (I.C.P.)
Directeur de thèse Paris IV-Sorbonne : Madame le Professeur Monique ALEXANDRE
Directeur de thèse I.C.P. : Monsieur le Professeur Pierre YOUSIF
Octobre 2007POSITION DE THESE
Les Actes de Thomas (AcTh), un corpus transmis principalement en syriaque et en grec,
appartiennent à la littérature apocryphe se rapportant à l’action de l’apôtre « Judas Thomas
Didyme » en « Inde ». Dans le faisceau des cinq Actes apocryphes des apôtres (Actes d’André,
de Jean, de Paul, de Pierre et de Thomas), les AcTh sont les seuls dont nous possédons le texte
complet. Ce corpus comprend cinq Récits d’initiation chrétienne, dans lequel le narrateur raconte
comment l’apôtre, en cinq circonstances diverses qui représentent l’aboutissement de sa
prédication sur Jésus le Christ, s’exprime par des gestes et des prières liturgiques octroyant aux
candidats qui le demandent « le devenir chrétien ». Cette thèse est une recherche, aux plans
historique, liturgique et théologique, sur les données textuelles de ces Récits que nous possédons
1aujourd’hui dans la version syriaque éditée par W. WRIGHT et dans la version grecque éditée
2par M. BONNET . Afin de repérer ces Récits éparpillés dans le corpus des AcTh, nous proposons
dans cette thèse la numérotation suivante :
Récit I : Initiation chrétienne du roi Goudnaphar, de son frère Gad et de sa cour royale
(chapitres 24-27 des AcTh)
Récit II : Initiation chrétienne d’une femme guérie d’une possession du démon (chapitres
48-50 des AcTh)
Récit III : Initiation chrétienne de Magdonia et Narquia (chapitres 120-121 des AcTh)
Récit IV : Initiation chrétienne du général Siphûr, de sa femme et de sa fille (chapitres 131-
133 des AcTh)
Récit V : Initiation chrétienne de Vizan, le prince, et de quelques femmes : Tertia, la reine
et mère de Vizan, et Manashar, la femme de Vizan (chapitres 150, 157-158 des
AcTh).
L’enjeu de la recherche est de découvrir, au service de l’intelligence de l’histoire de la
pratique initiatique de l’Eglise ancienne et également au service de la Liturgiewissenschaft, la
richesse liturgique et théologique décelée dans le corpus des AcTh, même si ce dernier est
« méprisé » à titre d’apocryphe selon le canon des Ecritures de l’Eglise. L’enquête sur l’état de la
recherche concernant l’« Initiation chrétienne selon les AcTh », par laquelle débute
l’Introduction générale de la thèse, permet d’apprendre qu’il n’y a pas aujourd’hui une
recherche précise sur ce sujet, en tenant compte du contexte historique ainsi que théologique des
cinq Récits trouvés au sein des AcTh. Les principaux questionnements sous-jacents à cette
recherche sont : Quelle est la pratique d’initiation chrétienne dans son ensemble décrite dans les
AcTh ? Quelle est la valeur théologique de l’unité et de la succession du don d’« Onction –
Baptême – Eucharistie » dans ce corpus ? Quelle unité avait le rite d’initiation chrétienne
primitive ? Est-elle une initiation unique en trois éléments ? Peut-on parler ici de « sacrements »
d’initiation ou de « sacrement » d’initiation ? En effet, à l’issue de l’analyse et de l’étude
comparative des cinq Récits dans les deux versions, une autre question surgit : comment les
données textuelles des Récits se disposent à comprendre un phénomène textuel d’une « mise à
jour théologique » dans ce corpus, à la lumière des controverses trinitaires qui ont surtout
e emarqué l’histoire de l’Eglise des IV /V siècles ?
1
W. WRIGHT, Apocryphal Acts of the Apostles. (Edited from Syriac Manuscripts in the British Museum
and other Libraries), Vol. I (Texte syriaque) et Vol. II (Traduction anglaise), London-Edinburgh, 1871.
2
M. BONNET, Acta Thomae, dans M. BONNET (éd.), Acta Philippi et Acta Thomae Accedunt Acta
Barnabae, dans R.A. LIPSIUS et M. BONNET, (eds.) Acta Apostolorum Apocrypha, II, 2, Hildesheim, 1959, p. 99-
291.
1Trois parties s’imposent sur le développement de cette thèse intitulée « L’initiation
chrétienne selon les Actes de Thomas. L’unité liturgique et théologique du don de l’Onction –
Baptême – Eucharistie ». La première, la partie historique, est constituée de deux chapitres.
Le Chapitre premier situe la notion et le contenu d’« initiation chrétienne » dans son contexte
historique de l’Eglise ancienne. Dans ce chapitre, sans aborder toutes les péripéties des
econtroverses et des conséquences théologiques du IV siècle qui ont conduit au premier concile
œcuménique de Nicée en 325, nous présentons très brièvement, en articulant sur la période de ce
concile évoqué, les schémas divers relatifs aux rites d’initiation de l’Eglise ancienne jusqu’aux
e eIV – V siècles. Ce chapitre dessine donc le déroulement des rites d’initiation dans les grandes
régions de l’Antiquité chrétienne (grosso modo représentées par la Syrie–Mésopotamie,
l’Egypte–Alexandrie, l’Afrique du Nord et Rome) et permette ainsi de comprendre le contexte
géographique et liturgique des AcTh vis-à-vis des autres documents liturgiques de l’Eglise
ancienne. Le but du premier chapitre ne vise pas à fournir tous les éléments liturgiques et
théologiques relatifs aux rites d’initiation chrétienne dans l’Eglise ancienne connus par toutes
sortes de documents, mais de faire un panorama du déroulement des pratiques liturgiques
initiatiques transmis par les principaux documents. Tenant compte de ces témoignages
documentaires, dans l’histoire de l’Eglise des cinq premiers siècles, on apprend que le processus
pour « devenir chrétien » revêtait une diversité de structures rituelles et que cette diversité se
présentait parfois à l’intérieur d’une même région géographique, par exemple celle de la Syrie et
de Rome, comme nous avons pu le signaler par le tableau suivant :
Le schéma général de la pratique d’initiation chrétienne dans l’Eglise ancienne
Syrie
Tradition syrienne orientale
e
Avant le III siècle « Onction – Baptême – Eucharistie »
e e
Aux IV et V siècles « Onction – Baptême – Eucharistie »
Tradition syrienne occidentale
eAvant le III siècle « Onction – Baptême – Eucharistie »
e eAux IV et V siècles
 A Jérusalem « Onction – Baptême – Onction – Eucharistie »
 A Antioche « Onction – Baptême – Onction – Eucharistie »
Egypte Tradition alexandrine
eet Avant le III siècle « Onction – Baptême – Eucharistie »
e eAlexandrie Aux IV et V siècles « Onction – Baptême – Onction – Eucharistie »
Afrique Tradition de l’Afrique du Nord
edu Nord Avant le III siècle « Baptême – Onction / Imposition des mains – Eucharistie »
e eAux IV et V siècles « Baptême – Onction / Imposition des mains – Eucharistie »
Rome Tradition romaine
e
Avant le III siècle
(Tradition apostolique) « Onction – Baptême – Onction/ Imposition des mains/ Onction –
Eucharistie »
e e
Aux IV et V siècles
 A Rome « Onction– Baptême – Onction/Imposition des mains – Eucharistie »
 A Milan « Onction – Baptême – Onction / Pedilavium / Spiritale signaculum
– Eucharistie »
 En Espagne Selon les documents conciliaires, apparition de la pratique de
/en Gaule « parfaire » ou « confirmer » par l’évêque
2L’enquête historique sur le déroulement de la pratique d’initiation chrétienne dans
l’Eglise ancienne nous a permis d’établir principalement trois constats qui servent l’analyse des
données textuelles des cinq Récits des AcTh :
e- Le schéma manifesté jusqu’au III siècle par la tradition syrienne (orientale et
occidentale) et par la tradition alexandrine signale des traits communs, illustrant leur
intelligence semblable du rite d’initiation, alors qu’après, la tradition syrienne
occidentale et la tradition alexandrine intègrent des modifications avec amplification
du déroulement ; quant à la tradition syrienne orientale, le même schéma se poursuit
e e eégalement aux IV et V siècles, et même au-delà (VII ).
e e- C’est aux cours des IV et V siècles qu’apparaît un développement ou une
amplification des rites liturgiques, surtout dans le domaine des rites postbaptismaux,
en ajoutant soit une nouvelle onction soit une imposition des mains, parfois les deux ;
et, ces rites postbaptismaux ajoutés sont associés au don du Saint-Esprit.
- La période post-nicéenne, marquée surtout par les débats pneumatologiques, et qui a
erabouti lors du I Concile de Constantinople (en 381) à la définition de la divinité du
Saint-Esprit, semble refléter sa réalisation doctrinale dans la pratique liturgique, si
nous considérons le développement du schéma de la pratique d’initiation pré-
nicéenne et post-nicéenne des régions géographiques concernées par ces discussions
doctrinales, à savoir celles d’Antioche, de Jérusalem et d’Alexandrie.
Le Chapitre II porte sur l’histoire du texte et du contenu des AcTh. En présentant d’abord
les recensions, les manuscrits, les traductions, etc., nous exposons le résumé du contenu des
AcTh par un schéma que nous-mêmes proposons, pour la composition de ce corpus, suivant les
déplacements évoqués de l’apôtre Thomas. Ce chapitre fait découvrir également le Sitz im Leben
des AcTh pour se familiariser avec l’époque et le milieu dont proviennent ces Actes : un milieu
marqué de divers courants philosophiques et religieux, un milieu ascétique hautement imprégné
de la tradition judéo-chrétienne provenant de la région syrienne orientale.
La deuxième partie est l’analyse textuelle et l’étude comparative des données liturgiques
et théologiques des cinq Récits d’initiation chrétienne selon la version syriaque (éditée par W.
WRIGHT) et la version grecque (éditée par M. BONNET). Cette partie est divisée en cinq
chapitres (Chapitres III au VII), chacun étant consacré respectivement à un des cinq Récits
présentés dans l’ordre chronologique au sein du corpus des AcTh. La considération respective a
un double avantage : d’abord, celui de mieux étudier les textes de chaque Récit et de mettre en
relief les spécificités liturgiques et théologiques de chacun, avant d’entrevoir le schéma du rite
d’initiation dans chaque Récit ; deuxièmement, d’observer comment le rédacteur accentue
certains éléments liturgiques ou théologiques au sein d’un des Récits, et ainsi de reconnaître le
déroulement du rite d’initiation dans l’ensemble du corpus, qui dévoile cette succession :
« Onction – Baptême – Eucharistie ».
La troisième partie développe la théologie de la liturgie d’initiation chrétienne découlant
des observations et des résultats de l’analyse et de l’étude faites dans la deuxième partie. Afin
d’illustrer des perspectives théologiques sur l’initiation chrétienne décelées au sein du corpus des
AcTh, nous avons jugé bon de répartir cette troisième partie en deux sections. La première
section, en trois Chapitres (VIII, IX et X), déploie les points forts théologiques qui marquent « le
dynamisme » et « l’organisme » de la célébration de « devenir chrétien ». Le Chapitre VIII
signale que, d’après les témoins textuels des AcTh, la désignation ru šma en syriaque et sphragis
en grec est très spécifique pour représenter l’ensemble du rite d’initiation et donc, à l’écoute de
la parole de Dieu annoncée par le ministère apostolique de Judas Thomas, les candidats
demandent le ru šma / sphragis à l’apôtre pour devenir les membres du troupeau de Jésus Christ.
Le Chapitre IX, qui a pour but d’interpréter des expressions liturgiques et des contenus
théologiques de ce ru šma / sphragis, fait connaître que ce dernier s’exprime par le don de
l’« Onction–Baptême–Eucharistie » en une seule unité liturgique. Etant donné que ces trois actes
3liturgiques forment la seule célébration pour donner le ru šma / sphragis, nous les avons étudiés
sous le titre d’un seul chapitre ; mais, notre recherche porte respectivement sur l’Onction, le
Baptême et l’Eucharistie, afin de mieux comprendre leur déroulement liturgique et leur
signification théologique dans les AcTh, permettant ainsi, au service de la Liturgiewissenschaft,
de reconnaître la spécificité liturgique et théologique des AcTh par rapport aux autres documents
ou textes liturgiques de l’Eglise ancienne. Le Chapitre X illustre quelle valeur théologique
véhiculent cette unité et l’ordre « Onction–Baptême–Eucharistie » selon les AcTh. Afin de
l’illustrer, nous mettrons en relief d’abord l’acceptation d’une telle unité et d’un tel ordre dans la
tradition syrienne orientale, témoignée par quelques documents liturgiques principaux de
l’époque avoisinante des AcTh, à savoir dans la Didascalia apostolorum, l’Histoire syriaque de
Jean (nous étudions ce document en détail en l’absence d’une étude pertinente, pour bien mettre
en évidence ses données liturgiques et théologiques du rite d’initiation), les Démonstrations ou
les Exposés d’Aphraate et dans les écrits d’Ephrem de Nisibe. Nous exposons ensuite la
spécificité de la signification théologique de l’antériorité de l’onction dans les AcTh, portant une
glose sur l’Urform de l’onction baptismale dans la tradition syriaque, et les perspectives
théologiques de la valeur de l’unité des trois actes liturgiques dans le don du ru šma / sphragis.
L’analyse des cinq Récits et la recherche individuelle consacrée à la célébration de
l’Onction, du Baptême et de l’Eucharistie ont fait apparaître que les AcTh mettent l’accent sur le
rôle liturgique et théologique de la prière de l’épiclèse ou de l’invocation du Nom divin pour la
réalisation sacramentelle du don du ru šma / sphragis. Dans la deuxième section de la troisième
partie (Chapitres XI et XII), notre recherche démontre comment fonctionnent les prières
d’invocation dans la célébration du rite d’initiation et quelle est la visée théologique de cet acte
d’invoquer ou d’appeler le Nom divin. Le Chapitre XI présente et analyse tous les types
littéraires d’invocation au sein des récits d’initiation, non seulement pour entrevoir les diverses
perspectives théologiques sous-jacentes, mais aussi pour comprendre que c’est par l’invocation
du nom de « Jésus » et par sa présence que se réalise sacramentellement l’« Onction – Baptême –
Eucharistie ». Nous sommes obligés de faire un chapitre supplémentaire, à savoir le Chapitre
XII, par suite d’une découverte à laquelle nous n’avions jamais pensé au début de cette recherche
concernant les deux textes d’épiclèse du ch. 27 et 50 des AcTh. Selon les érudits, c’est l’Esprit
Saint qui est invoqué dans ces deux épiclèses, où il est question d’une série d’invocations à
caractère littéraire « Viens + épithète ». Mais au cours de cette étude analytique et comparative
des textes du rite d’initiation chrétienne dans les deux versions des AcTh, nous avons compris
peu à peu qu’initialement ces deux épiclèses étaient adressées à « Jésus » et que le glissement
vers l’Esprit Saint n’a été qu’un ajout ultérieur. Afin de bien illustrer cette mutation de
perspective « christologique » vers celle « pneumatologique », il est apparu nécessaire d’analyser
thématiquement chaque invocation des deux textes d’épiclèse des deux versions, d’abord pour y
« reconnaître » ce processus de glissement et deuxièmement pour comprendre les fondements
théologiques ainsi qu’historiques d’une telle interpolation vers une dimension pneumatologique.
Dans le Chapitre XII, nous faisons une recherche approfondie (d’où la longueur obligée de ce
chapitre) pour bien étudier les deux textes d’épiclèse du ch. 27 et du ch. 50, étude qui nous
indique comment le corpus des AcTh a pu ainsi évoluer au fil du développement des perspectives
théologiques survenues dans l’histoire de l’Eglise ancienne.
La conclusion générale met en lumière la synthèse de nos découvertes, ainsi que les
principaux éléments à retenir sur le plan liturgique et théologique concernant l’histoire de la
pratique d’initiation chrétienne décrite dans le corpus des AcTh. Les découvertes pertinentes de
cette thèse peuvent être ainsi énumérées :
1. La spécificité des chapitres 17 à 27 des AcTh est leur caractère « non-encratite »,
qui les distingue de toutes les autres parties du corpus. Ces chapitres relatent l’histoire de
l’apostolat de Thomas chez Goudnaphar, à qui l’apôtre construit un palais dans le ciel, au lieu
d’ici sur terre ; la construction d’un tel palais est rapportée, selon l’histoire, par le frère du roi à
qui l’apôtre redonne la vie. La recherche sur les cinq Récits, exigeant plusieurs lectures sous
4diverses perspectives thématiques (liturgiques et théologiques) de l’ensemble du corpus, amène à
considérer cette spécificité de la péricope relative à l’histoire de la construction du palais, comme
une clé de discernement pour décrypter l’allure composite de la rédaction des AcTh. En outre,
cette péricope, la plus rapportée et la plus transmise par divers manuscrits selon l’histoire des
textes des AcTh, montre un rapprochement thématique et littéraire avec la péricope du chapitre
14 de l’Evangile de Jean. Ce rapprochement nous a fait penser d’abord l’Evangile de Jean
comme la source de cette histoire de la construction du palais dans le ciel. Cependant, même si
nous n’avons pas pu en faire une recherche approfondie dans cette thèse, nous avons émis une
hypothèse orientant à ne pas négliger la présence d’une « tradition orale » (Urgeschichte) à
propos d’un tel « miracle » pendant l’apostolat de Thomas. Cette « tradition orale » pourrait-elle
être la source de la péricope du chapitre 14 de l’Evangile de Jean et également la composition du
creuset de tout le corpus des AcTh, à savoir l’histoire de l’apostolat de Thomas chez
Goudnaphar ? Le propos de ce questionnement éclaire la pertinence de l’étude des littératures
apocryphes chrétiennes au service de la formation et de la connaissance des textes bibliques.
2. L’analyse textuelle et thématique des cinq Récits a fait découvrir que les AcTh
portent des traces textuelles du développement de la théologie trinitaire à l’issue des controverses
e ethéologiques des IV /V siècles. Il nous a apparu que ce développement de la théologie trinitaire
est un critère de discernement de la datation du corpus « composite » AcTh. D’après
el’acceptation générale des érudits, les AcTh seraient un document écrit soit à la fin du II siècle,
esoit au cours du III siècle. A la lumière de notre recherche concentrée principalement sur les
textes d’initiation chrétienne, nous considérons que la période de la composition de l’ensemble
e edu corpus « composite » des AcTh irait de la fin du II au V siècle.
3. Sur le fond de notre analyse et de notre étude liturgique et théologique concernant
les données textuelles relatives au processus de « devenir chrétien » dans le corpus des AcTh,
nous pouvons constater que les AcTh sont une source liturgique pour la théologie de l’initiation
chrétienne. Examinant les recensions syriaque et grecque que nous possédons aujourd’hui, nous
e eprécisons que cette source, provenant d’une époque allant de la fin du II siècle au V siècle, se
caractérise par une première couche de rédaction véhiculant un fond christologique et par une
autre couche portée par un fond pneumatologique qui s’est développé surtout à l’issue d’une
« mise à jour théologique » déclenchée par les discussions théologiques sur la « personne » de la
e eTrinité aux IV /V siècles. Différentes perspectives se dessinent dans ce phénomène de « mise à
jour théologique ». Les AcTh ont été considérés comme un document assez important pour qu’il
ait aussi subi et intégré une « réinterprétation théologique », à la lumière des nouvelles
considérations ou herméneutiques théologiques sur l’intelligence chrétienne d’un seul Dieu
trinitaire. Si le débat théologique était d’actualité, ce qui est à remarquer quant au corpus des
AcTh, c’est que cette « mise à jour théologique » s’incarne principalement dans les textes
liturgiques appartenant aux cinq Récits d’initiation. Cela signifie que si les textes liturgiques des
AcTh sont devenus un contexte littéraire pour l’herméneutique théologique, inversement il
s’avérait que la liturgie du rite d’initiation était également porteuse d’une catéchèse théologique
sur la foi en un Dieu trinitaire. En d’autres termes, ce phénomène de la créativité et de la liberté
d’une adaptation progressive sur le fond théologique des AcTh est un indice de la pertinence et
de l’importance de ce texte dans le milieu ecclésial auquel il appartenait : le milieu syriaque
oriental.
4. Il y a une précision terminologique propre aux AcTh : celle du vocable « ru šma /
sphragis » qui représente l’ensemble du rite d’initiation chrétienne. Le processus rituel de
« devenir chrétien » ou le rite d’initiation chrétienne figuré dans les AcTh accentue la valeur
théologique de l’unité liturgique de l’ensemble de ces trois actes liturgiques dans un seul
cérémonial : « Onction – Baptême – Eucharistie ». La participation au « Mystère pascal » s’est
réalisée rituellement par la communion sacramentelle à ces trois actes liturgiques formant le
contenu du don du ru šma / sphragis, lequel peut être compris, selon l’acception d’aujourd’hui,
comme le « sacrement » d’initiation chrétienne.
55. L’interprétation liturgique du « devenir chrétien » que représentent les AcTh par
les dons de l’« Onction – Baptême – Eucharistie » véhicule l’alliance de la dimension parole et
geste de la liturgie pour la réalisation sacramentelle du don du « ru šma / sphragis ». Le schéma
du don de l’Onction, du Baptême et de l’Eucharistie signale que ces trois actes liturgiques
impliquent un noyau central de la célébration qui s’incarne en gestes et paroles. Ainsi pour
l’onction : le geste de verser l’huile sur la tête avec la parole de louange sur l’huile et avec la
parole d’invocation du Nom divin et de sa puissance à caractère épiclétique et doxologique ;
pour le baptême : le geste d’immersion au Nom des trois personnes de la Trinité, précédé par les
paroles de louange et doxologiques sur le baptême ; pour l’eucharistie : le geste de rompre et de
partager le pain eucharistique, articulé sur les paroles de bénédiction et la formule de la
communion. En effet, d’un point vue théologique, il apparaît que la rencontre entre la foi en
Christ suscitée par la proclamation de l’apôtre et la foi en Christ reçue par les candidats,
exprimée et concrétisée par le don du ru šma / sphragis, s’extériorise par cette double dimension
liturgique – geste et parole, par lesquels se réalise sacramentellement le don de « devenir
chrétien ».
6. La contribution des AcTh à l’histoire de l’Eglise ancienne sur l’intelligence de la
pratique liturgique du don de l’onction peut être ainsi résumée : les AcTh témoignent que
l’onction est antérieure à l’immersion baptismale et qu’il n’y a aucune autre pratique d’onction
après l’immersion. Comparée à la pratique d’initiation chrétienne que l’on trouve dans l’Eglise
ejusqu’aux environs du V siècle, la pratique d’onction des AcTh rejoint celle de la tradition
e esyrienne orientale jusqu’aux IV et V siècles, ainsi que celle de la tradition syrienne occidentale
eet celle de la tradition alexandrine d’avant le III siècle de notre ère. Ces deux dernières traditions
eliturgiques incorporaient depuis le III siècle une onction postbaptismale en plus de l’onction
pratiquée avant le baptême, illustrant ainsi le schéma d’initiation : « Onction – Baptême –
Onction – Eucharistie » (voir le tableau ci-dessus). L’examen de documents pertinents évoquant
ela pratique d’initiation dans la tradition syrienne orientale jusqu’au V siècle a permis d’affirmer
que la pratique attestée par les AcTh se situe bien dans cette tradition syriaque centrée sur Edesse
et non sur Antioche.
Les données textuelles des AcTh véhiculent une précision, au plan liturgique et
théologique, sur la pratique d’une seule onction, précédant l’acte d’immersion. Du point de vue
liturgique, la tournure littéraire des AcTh pour désigner le rite de l’onction représente deux
gestes : d’abord celui de « verser l’huile sur la tête » des candidats, et celui d’« oindre » les
candidats. Le premier geste figure dans tous les Récits qui parlent d’une liturgie de l’huile et il
est toujours accompli par le ministre (l’apôtre) de la célébration ; le deuxième n’apparaît que
dans certains Récits, dépendant de la version et du contexte relatif aux candidats : à savoir, nous
appuyant uniquement sur la version syriaque, nous découvrons que l’acte d’« oindre » (toujours
exprimé par le verbe «    » et mentionné toujours après l’acte de « verser l’huile sur la tête »)
apparaît seulement dans les Récits III et V où le contexte indique parmi les candidats la présence
de femmes. Ainsi, dans le Récit III, c’est l’apôtre qui « verse l’huile sur la tête » de Magdonia
alors qu’ensuite c’est une femme, sa nourrice, qui « oint la candidate » ; pareillement, dans le
Récit V, c’est l’apôtre qui « verse l’huile sur la tête » des candidats, homme et femmes, alors que
c’est Magdonia (une femme) qui « oint les femmes » et l’apôtre « oint » le candidat homme.
Rendant compte des conjonctures communes relatives à la mention du geste d’« oindre » dans la
version syriaque, ce rite est donc relié à la présence des femmes. Analysant la version grecque,
seul le Récit V indique que l’acte d’« oindre » (exprimé par le verbe « a)lei/fw ») est accompli
par Magdonia après le geste de « verser l’huile sur la tête » par l’apôtre ; le Récit III de la version
grecque ne parle pas d’« oindre » la candidate Magdonia. En revanche, la version grecque du
Récit I (un Récit d’une interpolation rédactionnelle plus tardive comparée aux autres Récits des
deux versions), où il s’agit uniquement de candidats hommes, emploie un doublet de verbes
relatifs à l’acte d’oindre signalés par « a)leifw kai cri/w » (« oindre et enduire ») juste après
la phrase « L’apôtre prit de l’huile et en versa sur leur tête ». Suivant ses données textuelles
6
\/actuelles, la version grecque ne soutient pas catégoriquement le fait de dire que c’est lors de la
présence des femmes que l’acte d’« oindre » est mentionné dans les Récits d’initiation selon des
AcTh. En effet, ce qui nous permet de le constater est d’abord que d’après les données textuelles
des AcTh, ce corpus distingue bien ces deux gestes (l’acte de « verser l’huile sur la tête »
[exprimé par l’expression : syr. «                » et gr. « katacew / e)pice/w elaion e)pi
th=v kefalh=v »] et l’acte d’« oindre ») dont le premier est l’acte liturgique originel relatif à
l’huile, précédant l’immersion baptismale. Deuxièmement, les AcTh ne donnent pas d’indication
claire pour dire qu’il y a aussi « une onction du corps entier » : non seulement parce que
l’expression « oindre le corps » ne figure pas dans les Récits d’initiation mais aussi parce que
l’acte d’« oindre » exprimé par les verbes indiqués plus haut («    » en syriaque ; « a)leifw »
et « criw » en grec) est relié à l’acte de « verser l’huile sur la tête » des candidats, indiquant que
ce peut être simplement l’onction de la tête, sauf si nous interprétons l’expression « oindre le/la
candidat(e) » catégoriquement comme l’onction du corps entier des candidats. L’hypothèse
augurée pour « une onction du corps entier » du candidat, proposée par certains érudits, relève
plutôt d’une comparaison des AcTh avec un autre document liturgique de la tradition syriaque, à
savoir celui de Didascalia apostolorum XVI, 12 ; cependant d’après notre étude, il est manifeste
que les AcTh ne contiennent pas de précisions « textuelles » pour l’affirmer. Donc, pour l’auteur
de cette recherche, « l’onction des AcTh » dans le contexte d’initiation chrétienne consiste
foncièrement en l’acte de « verser l’huile sur la tête du (de la) candidat(e) », une cérémonie
renvoyant, par l’usage même de cette expression, à la pratique de l’onction royale décrite dans
les écrits vétérotestamentaires. Le fond théologique de la pratique liturgique de l’onction des
AcTh (rappelons que ce corpus appartient à un contexte judéo-chrétien relatif à la tradition
liturgique centrée sur Edesse) se découvre dans la conception du « Messie » (      ; Cristo/v,
à savoir l’Oint), attendu par le peuple choisi de l’Ancien Testament et reconnu réalisé dans le
titre l’« Oint », par antonomase, en Jésus crucifié et ressuscité, selon la foi chrétienne. En bref, le
noyau central de la liturgie relative à l’huile dans la célébration du rite d’initiation chrétienne
selon les AcTh est l’acte de « verser l’huile sur la tête » du candidat, pour qu’il devienne
l’« Oint », titre christologique des disciples du Christ et des membres comptés au « Nombre » du
troupeau du Christ ; ces dernières expressions renvoient à la finalité théologique du don du
ru šma / sphragis d’après les AcTh.
7. Suivant la diversité des situations, le baptême s’accomplit, soit dans l’eau
courante, soit dans l’eau retenue dans un récipient ; les AcTh témoignent d’un baptême par
immersion et non d’un baptême par infusion : l’acte baptismal, à savoir le geste de plonger le
candidat dans l’eau, est bien illustré par le verbe « immerger » (    ; bapti/zw) et non par
« verser » ; ce dernier, par contre, est le verbe caractéristique pour l’onction dans les AcTh.
L’immersion baptismale faite « au nom du Père et du Fils et de l’Esprit de sainteté »,
signale que cette formule trinitaire se rallie à celle de Mt 28, 19 et non à une formule
christologique « au nom de Jésus » ou « dans le nom de Jésus » que représentent les traditions
paulinienne et lucanienne (dans les Actes des apôtres). En observant l’usage et la portée
théologique de la formule trinitaire dans les deux versions syriaque et grecque des AcTh, la
version syriaque, par son emploi «    » (b- šm), renvoie à l’intelligence d’un baptême fondé sur
l’autorité du « nom » des trois personnes de la Trinité, devant lesquels s’efface la personne du
ministre, l’apôtre. La formule baptismale trinitaire employée dans les Récits des AcTh démontre
que l’immersion dans l’eau est toujours faite « au nom du Père et du Fils et de l’Esprit de
sainteté », sans utiliser l’énoncé « Je te baptise » ou « Un tel est baptisé » par le ministre. D’un
point de vue théologique, chercher dans ce corpus si le ministre du baptême énonce « Je te
baptise … » ou « Un(e) tel(le) est baptisé(e) … » serait une anomalie. Dans la version grecque,
l’usage de la tournure « ei)v (to) o)/noma … » reflète la perspective théologique selon laquelle le
(la) candidat(e) est tourné(e) « vers » (ei)v) le « nom » des trois personnes de la Trinité, c’est-à-
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\///\)/dire qu’il (elle) appartient à un Dieu qui est trinitaire. De toute façon, ni pour le baptême ni pour
l’onction, dans les deux versions des AcTh, le ministre ne se sert d’une formulation « active » ou
« passive » (déprécative, impersonnelle) de la formule christologique ou trinitaire. Cette
caractéristique liturgique de la formule baptismale des AcTh semble porter l’indice d’une époque
plus ancienne dans la rédaction de ce document liturgique, en s’éloignant de l’interprétation
théologique sur l’unité de substance de Dieu. Car, dans l’histoire de la formule baptismale, le
premier qui entamera une discussion théologique sur la finalité de l’emploi « actif » ou « passif »
de la formule trinitaire baptismale, est Jean Chrysostome dans sa Catéchèse baptismale, suivi de
Théodore de Mopsueste et de Narsaï. Cette discussion, en plus d’offrir une perspective sur la
théologie de ministre du baptême, conduit à affirmer la seule « substance » dans la Trinité et à
argumenter en faveur de l’égalité des trois personnes d’un Dieu unique. Cette affirmation sous la
forme d’enseignement commence à s’exprimer par des formes littéraires « catéchétiques » à
l’issue de la formule de foi du Concile de Nicée en 325.
La théologie baptismale des AcTh s’aligne à celle du quatrième Evangile (la péricope de
la rencontre de Jésus avec Nicodème en Jn 3, 1-21), étant donné que le thème prédominant est
« engendrement ou renaissance des hommes nouveaux par le baptême ». Ce thème se développe
par les aphorismes suivants, qui aboutissent également à une compréhension théologale sur
l’anthropologie du nouveau baptisé : « le baptême engendre des hommes nouveaux », « il
renouvelle les intellects », « il unit l’âme au corps et fait se lever trois fois l’homme nouveau
dans la Trinité », « les baptisés sont les créatures nouvelles », etc. L’intelligence de la notion
d’« engendrement » et d’« homme nouveau » reflète l’acception théologique que « le baptême
est la rémission des péchés », et cette dernière est évidemment accentuée par sa réitération dans
le passage baptismal du Récit IV. Le renouvellement de la vie et le fait de devenir une création
nouvelle se fondent sur la rémission des péchés, indiquant par là que le baptême chrétien est une
immersion dans l’eau pour recevoir le pardon des péchés.
8. La tradition liturgique eucharistique sous-entendue des AcTh renseigne sur les
étapes évolutives de la « célébration » de l’eucharistie dans l’Eglise ancienne, surtout dans la
tradition syrienne. Sans « répéter » la parole de l’institution eucharistique, les AcTh véhiculent
l’intelligence de « rendre présents les gestes » que le Seigneur a demandé à ses disciples de
« faire en mémoire de lui », lors de la dernière Cène. Cette compréhension de « faire » ou
« rendre présent » la demande du Seigneur, au lieu de « répéter » le texte du Récit de l’Institution
lors de la célébration eucharistique, s’accorde à la tradition manuscrite de l’anaphore d’Addai et
Mari qui n’atteste pas non plus une récitation du Récit de l’Institution. D’ailleurs, ces deux
documents appartiennent à la même tradition liturgique syrienne orientale.
La recherche sur la « formule de la communion » des récits eucharistiques des AcTh a
révélé le rôle et l’importance liturgique d’une telle formule dans ce corpus non seulement par le
nombre de ses occurrences mais également par la diversité de sa formulation. L’énonciation de la
finalité « pour la rémission des péchés » que Jésus exprime clairement à la Cène et que l’on
trouve dans le récit eucharistique de Matthieu est le point déclencheur d’une floraison des
« formules de la communion » dans le corpus des AcTh. Dans ce corpus, cette floraison se
produit en y intégrant aussi, avec la finalité « rémission des péchés », d’autres finalités
eucharistiques suivant les perspectives théologiques du quatrième évangile au ch. 6 et de l’épître
paulinienne de 1 Cor 11, 29-32. La comparaison de la « formule de la communion » des AcTh
avec le texte d’épiclèse de l’anaphore d’Addaï et Mari, avec les textes des Récits de l’Institution
et avec les textes d’épiclèses de l’anaphore de Théodore de Mopsueste et de l’anaphore de
Nestorius, a permis de tracer une évolution textuelle sur le fait d’énoncer des effets
eucharistiques, au plan liturgique et au plan théologique. Les AcTh manifestent une couche
archaïque dans le développement de la liturgie eucharistique qui montre son déploiement dans
les textes anaphoriques de la tradition syrienne orientale. Les données textuelles eucharistiques
des AcTh recèlent des éléments qui mènent à considérer ce corpus comme l’un des chaînons que
8relient les étapes d’évolution de la pratique liturgique ecclésiale entre la Cène du Seigneur et les
anaphores eucharistiques.
9. Une contribution assez frappante de cette étude sur les cinq Récits des AcTh est le
résultat inattendu de l’examen spécifique de l’épiclèse longue des chapitres 25 et 50. En général,
ces deux textes d’épiclèse ont été considérés comme les témoins d’un des plus anciens textes
parlant d’une épiclèse adressée à l’Esprit Saint lors de la célébration onction–baptismale ainsi
qu’au cours de la célébration eucharistique. D’ailleurs, on connaît aujourd’hui dans la tradition
syriaque l’insistance sur l’intervention de l’Esprit Saint comme l’acteur principal pour la
réalisation sacramentelle dans les actes liturgiques. Afin de l’illustrer, certains liturgistes et
théologiens de la tradition syriaque ont parfois recours également aux textes d’épiclèse des
chapitres 27 et 50 des AcTh, étant donné que ce corpus, un des plus anciens témoins pour la
liturgie syriaque, fournit une épiclèse adressée à l’Esprit Saint. En effet, notre recherche sur ces
deux textes d’épiclèse révèle que les invocations ont été initialement adressées à Jésus, le Nom
du Christ, et ce n’est qu’ultérieurement qu’est apparue la dimension pneumatologique due à la
« mise à jour théologique ». Devant ce phénomène, surgissaient les questions suivantes relevant
du domaine de la théologie sacramentaire : si l’invocation à l’Esprit Saint est une interpolation
dans les prières relatives à l’onction qui précède le baptême dans les AcTh, comment comprendre
l’idée du « don de l’Esprit » dans cette onction prébaptismale ? Pareillement, comment concevoir
la célébration eucharistique sans une épiclèse adressée à l’Esprit Saint ? A la lumière de notre
recherche entreprise sur les prières d’invocation dans l’ensemble des textes du rite d’initiation
e edes AcTh, il s’ensuit qu’à l’époque précédant les discussions théologiques des IV – V siècles, à
savoir celle de la communauté chrétienne représentée par les textes initiaux des AcTh, la
réalisation « sacramentelle » est effectuée par l’invocation du Nom de Jésus, le Messie, par
laquelle la puissance divine « demeure » ou « réside » sur les éléments ainsi que sur les
personnes. En effet, c’est une dimension christologique qui prédomine dans les AcTh, mais une
christologie qui dissimule et assimile la dimension pneumatologique et trinitaire.
En bref, la recherche entreprise dans cette thèse permet de considérer les AcTh comme
une source liturgique pour la théologie de l’initiation chrétienne et pour l’intelligence historique
de la pratique de l’Onction, du Baptême et de l’Eucharistie de l’Eglise ancienne représentée par
la tradition syrienne orientale. Cette thèse clôture en indiquant l’importance de poursuivre une
recherche, en comparant les apports et les contributions de cette étude, à la lumière d’un nouveau
3manuscrit syriaque de Trichur , découvert par F. Briquet-Chatonnet, A. Desreumaux et J.
Thekkeparambil qui signalent que celui-ci semble présenter un stade encore plus avancé des
efragments palimpsestes du Sinaï (du VI siècle, retrouvés par A. S. LEWIS) et du texte des
manuscrits du British Museum (édité par W. WRIGHT). Ce manuscrit de Trichur, disent-ils,
apporte plusieurs variantes d’importance théologique dans les textes baptismaux ; une édition de
ce manuscrit permettra d’éclairer davantage les contributions de notre étude sur le rite
d’initiation chrétienne selon les AcTh.
3 La découverte d’un manuscrit de 24 folios concernant les Actes de l’apôtre Thomas a été signalée par F.
BRIQUEL-CHATONNET, A. DESREUMAUX et J. THEKEPARAMPIL, « Découverte d’un manuscrit très
important contenant des textes apocryphes dans la bibliothèque de la métropole de l’Eglise de l’Est à Trichur,
Kerala, Inde » dans Symposium syriacum VII. Uppsala University, Department of Asian and African Languages. 11-
14 August 1996, (OCA, 256), Rome, 1998, p. 587-597.
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