Fiche de visite: l'essor du paysage

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Musée d’Orsay Service culturel texte : F. Sorbier L’essor du paysage graphisme et impression : Musée d’Orsay, Paris 1994 et 1999 Présentation, objectifs, préparation et prolongement de la visite, la visite : liste des œuvres, bibliographie e2. Sur le plan de l’esthétique, distinguer les 2. L’essor du genre au XIX siècleListe des œuvres Bibliographie Présentation Objectifs notions de beau naturel et de sublime : alors que ele romantisme dans la première moitié du XIX Dans la continuité du retour au sentiment de laN.B. : quand il s’agit d’une visite-conférence, cette • Sylvie Patin, A la campagne, Hazan/RMN, 1986 Etudier les étapes du développement spectaculaire 1. Cette visite a pour but de faire observer qu’à siècle est en quête de la plus grande élévation ee nature initié à la fin du XVIII siècle et de l’intérêtliste d’œuvres est indicative. Le conférencier, qui • L’impressionnisme et le paysage français, de la peinture de paysage tout au long du XIX travers le privilège accordé au paysage prennent spirituelle et de tous les moyens d’y parvenir, au croissant pour l’observation directe deconduit le groupe d’élèves, est libre de choisir les catalogue de l’exposition du Grand-Palais, RMN, siècle suppose que soient succinctement définies forme de nouvelles conceptions de la pratique premier rang desquels figure l’imagination, le l’environnement proche, la peinture de paysageœuvres qui soutiennent sa démonstration.

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Publié le 04 septembre 2013
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Langue Français
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Musée d’Orsay
Service culturel
texte : F. Sorbier L’essor du paysage
graphisme et impression :
Musée d’Orsay, Paris 1994 et 1999
Présentation, objectifs, préparation et prolongement de la visite,
la visite : liste des œuvres, bibliographie
e2. Sur le plan de l’esthétique, distinguer les 2. L’essor du genre au XIX siècleListe des œuvres Bibliographie Présentation Objectifs
notions de beau naturel et de sublime : alors que
ele romantisme dans la première moitié du XIX Dans la continuité du retour au sentiment de laN.B. : quand il s’agit d’une visite-conférence, cette • Sylvie Patin, A la campagne, Hazan/RMN, 1986 Etudier les étapes du développement spectaculaire 1. Cette visite a pour but de faire observer qu’à
siècle est en quête de la plus grande élévation ee nature initié à la fin du XVIII siècle et de l’intérêtliste d’œuvres est indicative. Le conférencier, qui • L’impressionnisme et le paysage français, de la peinture de paysage tout au long du XIX travers le privilège accordé au paysage prennent
spirituelle et de tous les moyens d’y parvenir, au croissant pour l’observation directe deconduit le groupe d’élèves, est libre de choisir les catalogue de l’exposition du Grand-Palais, RMN, siècle suppose que soient succinctement définies forme de nouvelles conceptions de la pratique
premier rang desquels figure l’imagination, le l’environnement proche, la peinture de paysageœuvres qui soutiennent sa démonstration. 1985 au préalable les modalités de la constitution du picturale qui prennent leur source dans une
réalisme et à sa suite l’impressionnisme préfèrent connaît un exceptionnel développement durant• L’impressionnisme et la peinture de plein air paysage en tant que genre spécifique. expérience différente du monde sensible. L’essor
rendre compte de ce que l’environnement etout le XIX siècle, occupant une place• Gustave Courbet : L’Atelier, 1850-51 1860-1914, Larousse, 1992 du genre résulte au départ d’une volonté d’amener
quotidien et prosaïque donne à percevoir. prépondérante au sein des multiples courants• Paul Huet : Le Gouffre, 1861 • Sophie Monneret, L’impressionnisme et son le public à mieux voir le réel en reconnaissant
Souligner le fait que le beau et le sublime ne sont 1. Qu’est-ce qu’un paysage ? artistiques qui traversent cette période. LesLa Vague, 1869 époque, Denoël, 1978, réédition Laffont dans les tableaux des lieux singuliers, tels qu’on
pas deux degrés sur la même “échelle” du plaisir artistes désireux de se libérer du poids de la• Camille Corot : Une matinée ; la danse des “Bouquins”, 1987 en rencontre autour de soi. Pour autant, une
esthétique, car ils ne sont pas comparables : en Quelle que soit sa situation historique et tradition abandonnent les sujets composés aunymphes, 1850 • Pierre Miquel, Le paysage français peinture ne se limite jamais à une simple fonction
effet, selon Kant, le beau naturel est une catégorie culturelle, la peinture s’est très fréquemmente profit de la seule figuration de morceaux deLa Clairière ; souvenir de Ville- au XIX siècle ; l’école de la nature, La Martinelle, de description ; elle met en œuvre un ensemble de
de l’entendement tandis que le sublime ne relève trouvée confrontée au problème de la mise en nature localisés et identifiés par les titres, sansd’Avray, 1872 1975 significations ancrées dans le dispositif plastique
que de l’imagination. On ne peut même pas dire espace d’objets ou de figures et par conséquent à événement particulier, sans anecdote. Evoquant,• Théodore Rousseau : Une avenue ; forêt de L’Isle- • Kenneth Clark, L’art du paysage, particulier de l’œuvre. A ce titre, on peut dire que
qu’ils s’opposent puisque le sublime est dépourvu la notion d’étendue ; elle a pu souhaiter suggérer dans son commentaire du Salon de 1866,Adam, 1849 Gérard Monfort, 1988 le réalisme est lui aussi une forme de convention,
de mesure comme de forme. Il est l’infini, le l’illusion de la profondeur, selon des méthodes l’extension de la peinture de plein air• Eugène Boudin : Baigneurs sur la plage de • Roland Recht, La lettre de Humboldt, une interprétation obéissant à des codes, et non
colossal, l’illimité, et en cela il se heurte à notre extrêmement diverses, rationnelles ou intuitives, partiellement ou totalement réalisée sur le motif,Trouville, 1869 Christian Bourgois, 1989 pas l’exacte réplique de la réalité.
raison (ou plutôt notre raison se heurte à lui, comme préférer ne pas en tenir compte. Lese le critique Jules Castagnary parle de “la grande• Charles-François Daubigny : La Neige, 1873 • Henri Focillon, La peinture au XIX siècle,
notamment dans le domaine des mathématiques). représentations de lieux y sont néanmoins fort armée des paysagistes”.• Claude Monet : La Pie, 1868-69 Flammarion, 1991 2. Il importe de distinguer, au travers des
Ce qui les sépare, c’est par exemple la question de nombreuses, vues partielles sur des éléments de la Cependant, le recours au paysage répond à desGrosse mer à Etretat, 1868-69 • Philippe Hamon, La description littéraire, différents courants qui se sont épanouis au cours
l’objet, car s’il existe de beaux objets, il ne saurait nature : champs, prairies, vallées, forêts, intentions fort diverses ; à la primauté accordée• Gustave Courbet : La Falaise d’Etretat après Macula, 1991 du siècle, l’extrême diversité des approches du
par contre y avoir d’objets sublimes : c’est montagnes..., le plus souvent simples arrière- aux sensations visuelles immédiates, auxl’orage, 1870 paysage par des artistes aux styles souvent fort
pourquoi le terrain d’élection du sublime est bien fonds plus ou moins schématiques ou variations et aux reflets de la lumière, succède• Claude Monet : Train dans la campagne, 1870 éloignés, afin d’éviter de faire de
le paysage. vraisemblables. dans les deux dernières décennies du siècle une• Camille Pissarro : La Moisson à Montfoucault, l’impressionnisme l’apogée de la peinture de
L’emploi du terme “paysage” ne se justifie conception nouvelle du motif. Celui-ci n’est plus1876 paysage, et de sa technique le critère d’excellence
pleinement que lorsque le site figuré, non considéré comme un sujet à imiter ou unLondres, le Parlement : trouée de d’une vision objective de la nature, point
seulement occupe une place prépondérante dans spectacle à “exprimer”, mais comme un point desoleil dans le brouillard, 1904 culminant auquel viendraient se rattacher divers
l’espace du tableau en présentant une vue départ pour un usage plus autonome des moyens• Paul Cézanne : Le Pont de Maincy, près de Melun, courants secondaires, simples précurseurs ou
d’ensemble, mais surtout constitue le sujet picturaux. La couleur et la touche notamment sont1880 héritiers.
principal de l’œuvre au lieu de n’en être que le chargées de construire l’espace, le relief et les• Vincent van Gogh : Chaumes de Cordeville à
cadre, le contexte, voire seulement le décor. volumes, en appelant l’active participation du eAuvers-sur-Oise, 1890 3. Un parcours du paysage au XIX siècle permet
En dépit de la création en 1816 d’un Prix de Rome spectateur quant à l’interprétation figurative de• Paul Gauguin : Paysage de Bretagne ; le moulin de remarquer que les œuvres impressionnistes,
du paysage historique sous l’impulsion de Pierre- l’œuvre.David, 1894 qui privilégient les apparences sensibles, ne sont
Henri de Valenciennes (dont la réforme du Simultanément, l’émancipation des peintres vis-à-• Paul Sérusier : Le Talisman, 1888 nullement pour autant plus fidèles à la vision
système des Beaux-Arts entraînera la suppression vis de la pure sensation rétinienne se fait au• André Derain : Le Pont de Charing Cross, 1906 humaine ou plus proches d’une perception
een 1863), le XIX siècle débutant a hérité de la bénéfice de la dimension spirituelle du paysage,• Maurice de Vlaminck : Coteaux de Rueil spontanée de la réalité extérieure ; avant tout,
hiérarchie établie deux siècles auparavant par manifestée à travers un symbolisme visionnaire• Pierre Bonnard : En barque, 1907 elles accomplissent la remise en cause - déjà
Félibien puis érigée en norme par l’Académie qui s’accompagne parfois d’un retour à l’Antique,• Ker-Xavier Roussel : L’Enlèvement des filles de entamée durant la première moitié du siècle - des
royale, qui situe le paysage en-deçà des genres par le biais d’une mythologie “revisitée”.Leucippe, 1911 codes traditionnels de la représentation au
nobles (peinture d’histoire, scènes de la vie• Gustav Klimt : Rosiers sous les arbres, 1905 bénéfice d’une mise en évidence accentuée des
quotidienne, portrait), juste avant la nature morte. matériaux avec lesquels le peintre travaille : pâte
A peine reconnu comme genre spécifique, le colorée, brosses, surface de la toile, ainsi que de
paysage s’est trouvé dévalué car il ne faisait pas l’acte de peindre lui-même : gestes, marques et
appel, jugeait-on, aux qualités artistiques et aux traces.
valeurs morales considérées comme suprêmes :
l’idée, l’invention, l’homme.
Ce sont ces critères qui ont servi à distinguer, au
sein même du genre, deux types de paysages
inégalement prestigieux : tout d’abord le paysage
héroïque (historique ou mythologique), puis le
paysage champêtre (pastoral). Charles Baudelaire
en 1859 parle, dans le chapitre du Salon qu’il lui
consacre, du paysage étudié pour lui-même
comme d’un “genre inférieur”, et du “culte niais
de la nature”.
fiche de visite• Après la visite • Après la visite l’époque qui n’y voyaient que barbouillage deNiveau collège Niveau lycéePréparation
couleurs crues, est devenu par la suite l’archétype
1. Devant un tableau de paysage (en classe, une 1. Etudier, sur le plan plastique, la question de la de la peinture la plus harmonieuse qui soit, la pluset prolongement • Avant la visite • Avant la visite
reproduction), identifier le lieu, l’heure (l’aube, le représentation de l’espace et de l’intégration des sereine, présentant du monde une vision idyllique
de la visite crépuscule...), la saison. Apprendre à distinguer ce personnages, les divers moyens de suggestion de d’absolue plénitude ?1. Expliciter la notion de “genre” en peinture : 1. Mesurer l’écart entre l’image et le texte, en
qui est de l’ordre du permanent - du moins à la profondeur, l’utilisation ou non de la Une réponse possible réside dans la grande facilitéhistoire, mythologie, portrait, paysage, nature soulignant le fait que dans la littérature, la nature
l’échelle de l’homme : géologie, relief, cours d’eau, perspective et le rôle spatial des couleurs. d’accès d’un style de peinture qui ne présupposemorte, par rapport à leur hiérarchie selon les est presque toujours liée à un jugement moral : laNiveau école
architecture, de ce qui relève de l’éphémère : aucune connaissance mythologique ou littérairecritères académiques (en établissant campagne, saine et vertueuse, hygiénique,
lumière, ombres et reflets, brume, orage, arc-en- 2. Dessiner un arbre : par où commencer et de pour être “comprise”. Ce sont des œuvres quiéventuellement un rapprochement avec les genres s’oppose souvent à la ville, licencieuse et• Avant la visite
ciel, floraison. quelle façon associer tronc, branches et feuilles ? s’adressent directement à la sensualité hédonistecinématographiques : comédie, drame, corruptrice, gagnée par le vice ; entre les deux, la
Comment des artistes tels que Corot, Pissarro, Van du public, favorisant une appréhension aisée etreconstitution historique, western, policier...). banlieue tend malgré tout à se laisser contaminer1. Définir ce que l’on appelle un “paysage” :
2. Faire observer l’importance plus ou moins Gogh, Cézanne ou Sérusier suggèrent-ils, chacun quasi-immédiate, une fois ce public rompu àpar la seconde :- Dérivé du mot “pays” : territoire, le terme
grande, relativement à leur situation dans l’espace à leur manière, un feuillage touffu sans peindre l’emploi des couleurs claires et vives et habitué à2. Définir les caractéristiques du genre “paysage” Guy de Maupassant : La femme de Paul (1880) ;désigne l’étendue de pays que la nature présente à
du tableau, de l’homme, des maisons, des arbres, les feuilles une à une ? Comment résolvent-ils la une technique d’exécution libre, qui dédaigne leet ses limites extrêmes : Au printemps (1881)l’observateur.
du ciel, des nuages. tension entre le “global” (la silhouette générale, fini méticuleux.lorsque la place occupée par l’homme et son Emile Zola : Thérèse Raquin (1867) ; L’assommoir- Par extension, il désigne également toute
- Quel est le sujet principal ? les masses) et le “local” (la forme particulière, lesaction rivalise avec le cadre (par exemple dans (1877)figuration picturale ou description littéraire
- Où se trouve-t-il placé dans le tableau ? (Est-il unités distinctes de l’arbre) ? 4. A l’opposé du lyrisme et de la poésie du paysage,Eugène Delacroix : Passage d’un gué - 1858) ou De cette antinomie rien ne transparaît dans larelevant de cette observation.
toujours au centre ?) on rencontre la satire et la dérision de Gustavebien lorsque le fragment de nature pris en compte peinture, surtout pas dans celle desNoter que la notion de “paysage” n’apparaît en
- Le peintre en est-il proche ou éloigné ? 3. Au carrefour de l’art et des sciences Flaubert :e est excessivement restreint (par exemple dans impressionnistes qui nous donne à voir avec laOccident qu’au XVII siècle.
Considérer les titres ; par exemple : de la nature : - Sur le groupe de Barbizon : L’éducationEdouard Vuillard : La promenade dans le port ; Le même jubilation pour la lumière et le mouvement
eCamille Pissarro : La brouette (1881), La gelée alors que l’étude scientifique est mise à profit dans sentimentale (1869), 3 partie, chapitre 1.Pouliguen - 1908), sommes-nous encore en la fenaison en Bretagne, le champ de coquelicots2. Montrer que les deux définitions sont liées ; que
blanche (1873), Les toits rouges (1877). l’apprentissage du dessin de la figure humaine - En relation avec la démarche impressionniste :présence d’un paysage au sens strict ? et le boulevard des Capucines ou la ruenotre perception esthétique du paysage dans la
(anatomie et morphologie), elle est négligée dans Bouvard et Pécuchet (1881), Gallimard, coll. Folio,Montorgueil.réalité - “que c’est beau !” - est dans une large
3. Se demander pourquoi les formats sont presque e l’art du paysage. p. 88 et 382.3. Evoquer l’histoire du paysage avant le XIXmesure influencée par l’histoire du paysage
toujours horizontaux et non verticaux Chateaubriand : Lettre sur l’art du dessin dans les Dans le Dictionnaire des idées reçues qui fait suitesiècle et ses significations fréquemment liées à la 2. Depuis Jean-Jacques Rousseau, le paysage enartistique.
(contrairement aux portraits) ? paysages (1852) : au roman, Flaubert écrit, à la lettre P : “PaysagesBible : d’un côté la nature sauvage, chaos source littérature est “bavard” : il fait entendre sa voix, ou
“L’étude de la botanique me semble utile au de peintres : toujours des plats d’épinards !”d’angoisse et de terreur devant les forces hostiles ; plutôt notre voix, car lorsque la nature parle, elle3. Qu’est-ce qu’un paysagiste ?
4. La ligne d’horizon est-elle visible ? A quelle paysagiste, quand ce ne serait que pour apprendrede l’autre le paradis perdu (ou introuvable), jardin ne fait que répondre à notre propre voix. Déjà le- Un peintre de paysages.
hauteur se situe-t-elle ? le “feuillé” et ne pas donner aux feuilles de tous • Après la visiteclos, généreux et protecteur, garant du sentiment peintre Valenciennes enjoignait par métaphore le- Un dessinateur qui aménage les jardins et les
les arbres le même timbre et la même forme.”de la sécurité et de la maîtrise. paysagiste de “faire parler [la nature] à l’âme par“espaces verts”. e5. Distinguer le premier plan (en bas), le plan 1. Le paysage pictural au XIX siècle est le résultatEn déduire que la modernité des impressionnistes, une action sentimentale”, tandis qu’un autre(Claude Monet à Giverny incarne l’une et l’autre
intermédiaire (au centre), l’arrière-plan (en haut). 4. En tant qu’expérience sensible et esthétique, le d’un regard contemplatif qui fournit un point dey compris par rapport au groupe de Barbizon, peintre, Théodore Rousseau, déclare chercher àdes deux définitions).
Comparer le degré de proximité ou d’éloignement paysage participe aussi de la littérature. A quel vue extérieur (celui du citadin en général) sur laréside dans le recul du point de vue moral sur la entendre “la voix des arbres [...] le langage desPourquoi n’y a-t-il pas de sculpteurs paysagistes ?
des divers motifs qui composent le paysage : moment une description littéraire de la nature nature domestiquée et esthétisée.nature et dans une “neutralité” du regard jusqu’à forêts”.
- Quels sont les éléments qui permettent de devient-elle un paysage, en quelque sorte un Oscar Wilde : The decay of lying (La décadence dueux réservée à l’étude de paysage. Cette rhétorique de la communion, du dialogue de4. Faire remarquer aux enfants les différents types
repérer ces plans et d’évaluer leurs proportions “tableau” ? Distinguer les procédés propres à la mensonge) du recueil d’essais Intentions (1891) :l’homme avec la nature a connu un essorde sites susceptibles d’être nommés “paysages” :
respectives ? littérature de ceux mis en œuvre dans le domaine “Là où la nature avait eu coutume de nous offrir4. Analyser les règles classiques du paysage important dans la poésie et dans la littérature ;sauvages (mais en existe-t-il encore ?), aménagés,
- Quels sont ceux qui les séparent et ceux qui les des arts plastiques : des Corot et des Daubigny, elle présentaitcomposé : ségrégation des plans en profondeur, citons pour exemple le recueil de poèmes decultivés, construits, urbains. Différencier les
relient (chemins, barrières, rivières parallèles au - la description introduit dans le déroulement de la maintenant d’exquis Monet et de ravissantsprocédés d’atelier d’harmonisation de la lumière Victor Hugo : Les voix intérieures (1837).aspects naturels de ceux qui sont le fruit de
plan du tableau ou bien perpendiculaires) ? narration une pause, une ponctuation, mais Pissarro.”et de distribution des ombres en tons dégradés, Stendhal également, dans La Chartreuse de Parmel’action humaine ; ainsi, percevoir, dans la
- Distingue-t-on autant de détails dans les demeure un parcours linéaire et conserve la Paradoxe qui veut que la nature imite l’art, dans lamise en valeur des éléments pittoresques et (1839) : pour Fabrice del Dongo, le héros dupeinture impressionniste, la cœxistence de motifs
différentes parties du tableau ? Sinon, pourquoi ? succession progressive inhérente à l’écriture : mesure où le tableau (se référant à d’autressymboliques. roman, les forêts du lac de Côme sont “celles quitraditionnels - moulins, carrioles : rusticité - et de
Gustave Flaubert : Madame Bovary (1856) tableaux) précède la vision de la nature.parlent le plus à son âme”.motifs modernes - locomotives, usines : progrès -
6. Quel est le point de vue adopté : au sol, à Garnier-Flammarion, p. 268. On peut illustrer ce propos en mentionnant la5. Présenter les transformations de la géographie Mais plus tard, au seuil de la première guerreet constater que les premiers y sont beaucoup plus
hauteur d’homme, surélevé ? L’éducation sentimentale (1869) pétition signée au début des années 1850 par lesphysique induites par l’industrialisation et le mondiale, dans une période plus désenchantée,nombreux que les seconds.
En quoi ce facteur peut-il avoir une influence sur Garnier-Flammarion, p. 397 à 400. peintres de Barbizon pour obtenir que soitdéveloppement des moyens de transport rapides, c’est l’incommunicabilité qui domine. Pour Rainer
la situation de la ligne d’horizon et sur la quantité - la description correspond au point de vue d’un interrompu le défrichement de la forêt debateaux à vapeur et chemins de fer, qui favorisent Maria Rilke, dans ses Essais sur l’art (1912), “[le5. Enumérer les diverses activités possibles dans
relative de terre et de ciel prise en compte ? des personnages, ou du narrateur : Fontainebleau et protégés les sites de Barbizon ouainsi l’essor des villes balnéaires, des excursions à paysage] est une vie qui n’est pas notre vie, qui neun paysage, en séparant :
Chateaubriand : Mémoires d’Outre-Tombe (1841). de Chailly. Théodore Rousseau fit jouer sesla campagne et des villégiatures de week-end. participe en rien à la nôtre, et célèbre sans nous- Travail : élevage, labourage, semailles,
7. Faire peindre un fragment de ce que l’on - La description distingue, par l’usage du relations parmi des députés afin que soit pris unTout en évitant la pure et simple illustration par voir ses fêtes auxquelles nous assistons avec uneplantation, moisson, vendanges, cueillette,
aperçoit par les fenêtres de la salle de classe - de vocabulaire, vue d’ensemble globale (panorama : décret de loi protégeant le site ; ce qui fut fait enles œuvres - car le propos des peintres n’est pas certaine confusion, comme des hôtes arrivant parhorticulture...
manière schématique, voire simplement un “la prairie”, “l’océan”) et détail précis 1856. La forêt devint en quelque sorte und’ordre géographique - on peut faire remarquer hasard et qui parlent un autre langage.”- Loisir : promenade, baignade, canotage, partie de
nuancier de couleurs - à différents moments de la (focalisation : “le tronc noueux”, “l’écume de la monument historique : une œuvre d’art, dérivéeque les artistes impressionnistes privilégientcampagne, jardinage, chasse...
journée ou à diverses périodes de l’année. grande vague”) et maintient la flexibilité des mots des toiles de Rousseau, Daubigny ou Dupré.souvent les “paysages de liaison” où figurent 3. En peinture, le paysage est plutôt muet, du
par rapport aux choses qu’ils désignent : quelle est Citer également la transformation du domaine deroutes, fleuves, voies ferrées, rues et boulevards, moins chez les impressionnistes : leurs toiles6. Qu’est-ce qui distingue une peinture de paysage
8. Faire dessiner, de mémoire, “un nuage” ; la taille moyenne d’une colline ? Giverny dans l’Eure par Claude Monet, de vergeren choisissant des sites aisément accessibles, donnent à voir des morceaux de nature dans leurd’une carte, d’un plan ou d’une photographie ?
répéter ensuite l’opération en prenant en jardin d’agrément, depuis l’acquisition en 1883proches des réseaux de communication. beauté instantanée, apparemment sans autre butPeut-on faire un usage pratique d’un tableau, par
attentivement pour modèle un nuage dans le ciel. jusqu’à la mort du peintre en 1926. Ce jardin, avecque de plaire aux yeux, de se réjouir de laexemple pour se repérer ou se déplacer, étudier la
Le dessiner comme si on en faisait un portrait, ses cerisiers, son bassin de nénuphars et son pontplénitude d’une atmosphère ensoleillée,végétation ?
comme si on ne devait le confondre avec aucun japonais en bois, sera le motif unique desd’éprouver le bonheur du spectacle qu’offrent les
autre nuage. nombreuses séries des Nymphéas ; si l’on en croitbords de Seine ou la côte normande en se livrant
un témoin auditif, Monet aurait dit : “Mon plussans réserve aux sensations lumineuses et
beau chef-d’œuvre, c’est mon jardin”.colorées.
On peut se demander pourquoi l’impressionnisme
qui a tant agressé et scandalisé les spectateurs de• Après la visite • Après la visite l’époque qui n’y voyaient que barbouillage deNiveau collège Niveau lycéePréparation
couleurs crues, est devenu par la suite l’archétype
1. Devant un tableau de paysage (en classe, une 1. Etudier, sur le plan plastique, la question de la de la peinture la plus harmonieuse qui soit, la pluset prolongement • Avant la visite • Avant la visite
reproduction), identifier le lieu, l’heure (l’aube, le représentation de l’espace et de l’intégration des sereine, présentant du monde une vision idyllique
de la visite crépuscule...), la saison. Apprendre à distinguer ce personnages, les divers moyens de suggestion de d’absolue plénitude ?1. Expliciter la notion de “genre” en peinture : 1. Mesurer l’écart entre l’image et le texte, en
qui est de l’ordre du permanent - du moins à la profondeur, l’utilisation ou non de la Une réponse possible réside dans la grande facilitéhistoire, mythologie, portrait, paysage, nature soulignant le fait que dans la littérature, la nature
l’échelle de l’homme : géologie, relief, cours d’eau, perspective et le rôle spatial des couleurs. d’accès d’un style de peinture qui ne présupposemorte, par rapport à leur hiérarchie selon les est presque toujours liée à un jugement moral : laNiveau école
architecture, de ce qui relève de l’éphémère : aucune connaissance mythologique ou littérairecritères académiques (en établissant campagne, saine et vertueuse, hygiénique,
lumière, ombres et reflets, brume, orage, arc-en- 2. Dessiner un arbre : par où commencer et de pour être “comprise”. Ce sont des œuvres quiéventuellement un rapprochement avec les genres s’oppose souvent à la ville, licencieuse et• Avant la visite
ciel, floraison. quelle façon associer tronc, branches et feuilles ? s’adressent directement à la sensualité hédonistecinématographiques : comédie, drame, corruptrice, gagnée par le vice ; entre les deux, la
Comment des artistes tels que Corot, Pissarro, Van du public, favorisant une appréhension aisée etreconstitution historique, western, policier...). banlieue tend malgré tout à se laisser contaminer1. Définir ce que l’on appelle un “paysage” :
2. Faire observer l’importance plus ou moins Gogh, Cézanne ou Sérusier suggèrent-ils, chacun quasi-immédiate, une fois ce public rompu àpar la seconde :- Dérivé du mot “pays” : territoire, le terme
grande, relativement à leur situation dans l’espace à leur manière, un feuillage touffu sans peindre l’emploi des couleurs claires et vives et habitué à2. Définir les caractéristiques du genre “paysage” Guy de Maupassant : La femme de Paul (1880) ;désigne l’étendue de pays que la nature présente à
du tableau, de l’homme, des maisons, des arbres, les feuilles une à une ? Comment résolvent-ils la une technique d’exécution libre, qui dédaigne leet ses limites extrêmes : Au printemps (1881)l’observateur.
du ciel, des nuages. tension entre le “global” (la silhouette générale, fini méticuleux.lorsque la place occupée par l’homme et son Emile Zola : Thérèse Raquin (1867) ; L’assommoir- Par extension, il désigne également toute
- Quel est le sujet principal ? les masses) et le “local” (la forme particulière, lesaction rivalise avec le cadre (par exemple dans (1877)figuration picturale ou description littéraire
- Où se trouve-t-il placé dans le tableau ? (Est-il unités distinctes de l’arbre) ? 4. A l’opposé du lyrisme et de la poésie du paysage,Eugène Delacroix : Passage d’un gué - 1858) ou De cette antinomie rien ne transparaît dans larelevant de cette observation.
toujours au centre ?) on rencontre la satire et la dérision de Gustavebien lorsque le fragment de nature pris en compte peinture, surtout pas dans celle desNoter que la notion de “paysage” n’apparaît en
- Le peintre en est-il proche ou éloigné ? 3. Au carrefour de l’art et des sciences Flaubert :e est excessivement restreint (par exemple dans impressionnistes qui nous donne à voir avec laOccident qu’au XVII siècle.
Considérer les titres ; par exemple : de la nature : - Sur le groupe de Barbizon : L’éducationEdouard Vuillard : La promenade dans le port ; Le même jubilation pour la lumière et le mouvement
eCamille Pissarro : La brouette (1881), La gelée alors que l’étude scientifique est mise à profit dans sentimentale (1869), 3 partie, chapitre 1.Pouliguen - 1908), sommes-nous encore en la fenaison en Bretagne, le champ de coquelicots2. Montrer que les deux définitions sont liées ; que
blanche (1873), Les toits rouges (1877). l’apprentissage du dessin de la figure humaine - En relation avec la démarche impressionniste :présence d’un paysage au sens strict ? et le boulevard des Capucines ou la ruenotre perception esthétique du paysage dans la
(anatomie et morphologie), elle est négligée dans Bouvard et Pécuchet (1881), Gallimard, coll. Folio,Montorgueil.réalité - “que c’est beau !” - est dans une large
3. Se demander pourquoi les formats sont presque e l’art du paysage. p. 88 et 382.3. Evoquer l’histoire du paysage avant le XIXmesure influencée par l’histoire du paysage
toujours horizontaux et non verticaux Chateaubriand : Lettre sur l’art du dessin dans les Dans le Dictionnaire des idées reçues qui fait suitesiècle et ses significations fréquemment liées à la 2. Depuis Jean-Jacques Rousseau, le paysage enartistique.
(contrairement aux portraits) ? paysages (1852) : au roman, Flaubert écrit, à la lettre P : “PaysagesBible : d’un côté la nature sauvage, chaos source littérature est “bavard” : il fait entendre sa voix, ou
“L’étude de la botanique me semble utile au de peintres : toujours des plats d’épinards !”d’angoisse et de terreur devant les forces hostiles ; plutôt notre voix, car lorsque la nature parle, elle3. Qu’est-ce qu’un paysagiste ?
4. La ligne d’horizon est-elle visible ? A quelle paysagiste, quand ce ne serait que pour apprendrede l’autre le paradis perdu (ou introuvable), jardin ne fait que répondre à notre propre voix. Déjà le- Un peintre de paysages.
hauteur se situe-t-elle ? le “feuillé” et ne pas donner aux feuilles de tous • Après la visiteclos, généreux et protecteur, garant du sentiment peintre Valenciennes enjoignait par métaphore le- Un dessinateur qui aménage les jardins et les
les arbres le même timbre et la même forme.”de la sécurité et de la maîtrise. paysagiste de “faire parler [la nature] à l’âme par“espaces verts”. e5. Distinguer le premier plan (en bas), le plan 1. Le paysage pictural au XIX siècle est le résultatEn déduire que la modernité des impressionnistes, une action sentimentale”, tandis qu’un autre(Claude Monet à Giverny incarne l’une et l’autre
intermédiaire (au centre), l’arrière-plan (en haut). 4. En tant qu’expérience sensible et esthétique, le d’un regard contemplatif qui fournit un point dey compris par rapport au groupe de Barbizon, peintre, Théodore Rousseau, déclare chercher àdes deux définitions).
Comparer le degré de proximité ou d’éloignement paysage participe aussi de la littérature. A quel vue extérieur (celui du citadin en général) sur laréside dans le recul du point de vue moral sur la entendre “la voix des arbres [...] le langage desPourquoi n’y a-t-il pas de sculpteurs paysagistes ?
des divers motifs qui composent le paysage : moment une description littéraire de la nature nature domestiquée et esthétisée.nature et dans une “neutralité” du regard jusqu’à forêts”.
- Quels sont les éléments qui permettent de devient-elle un paysage, en quelque sorte un Oscar Wilde : The decay of lying (La décadence dueux réservée à l’étude de paysage. Cette rhétorique de la communion, du dialogue de4. Faire remarquer aux enfants les différents types
repérer ces plans et d’évaluer leurs proportions “tableau” ? Distinguer les procédés propres à la mensonge) du recueil d’essais Intentions (1891) :l’homme avec la nature a connu un essorde sites susceptibles d’être nommés “paysages” :
respectives ? littérature de ceux mis en œuvre dans le domaine “Là où la nature avait eu coutume de nous offrir4. Analyser les règles classiques du paysage important dans la poésie et dans la littérature ;sauvages (mais en existe-t-il encore ?), aménagés,
- Quels sont ceux qui les séparent et ceux qui les des arts plastiques : des Corot et des Daubigny, elle présentaitcomposé : ségrégation des plans en profondeur, citons pour exemple le recueil de poèmes decultivés, construits, urbains. Différencier les
relient (chemins, barrières, rivières parallèles au - la description introduit dans le déroulement de la maintenant d’exquis Monet et de ravissantsprocédés d’atelier d’harmonisation de la lumière Victor Hugo : Les voix intérieures (1837).aspects naturels de ceux qui sont le fruit de
plan du tableau ou bien perpendiculaires) ? narration une pause, une ponctuation, mais Pissarro.”et de distribution des ombres en tons dégradés, Stendhal également, dans La Chartreuse de Parmel’action humaine ; ainsi, percevoir, dans la
- Distingue-t-on autant de détails dans les demeure un parcours linéaire et conserve la Paradoxe qui veut que la nature imite l’art, dans lamise en valeur des éléments pittoresques et (1839) : pour Fabrice del Dongo, le héros dupeinture impressionniste, la cœxistence de motifs
différentes parties du tableau ? Sinon, pourquoi ? succession progressive inhérente à l’écriture : mesure où le tableau (se référant à d’autressymboliques. roman, les forêts du lac de Côme sont “celles quitraditionnels - moulins, carrioles : rusticité - et de
Gustave Flaubert : Madame Bovary (1856) tableaux) précède la vision de la nature.parlent le plus à son âme”.motifs modernes - locomotives, usines : progrès -
6. Quel est le point de vue adopté : au sol, à Garnier-Flammarion, p. 268. On peut illustrer ce propos en mentionnant la5. Présenter les transformations de la géographie Mais plus tard, au seuil de la première guerreet constater que les premiers y sont beaucoup plus
hauteur d’homme, surélevé ? L’éducation sentimentale (1869) pétition signée au début des années 1850 par lesphysique induites par l’industrialisation et le mondiale, dans une période plus désenchantée,nombreux que les seconds.
En quoi ce facteur peut-il avoir une influence sur Garnier-Flammarion, p. 397 à 400. peintres de Barbizon pour obtenir que soitdéveloppement des moyens de transport rapides, c’est l’incommunicabilité qui domine. Pour Rainer
la situation de la ligne d’horizon et sur la quantité - la description correspond au point de vue d’un interrompu le défrichement de la forêt debateaux à vapeur et chemins de fer, qui favorisent Maria Rilke, dans ses Essais sur l’art (1912), “[le5. Enumérer les diverses activités possibles dans
relative de terre et de ciel prise en compte ? des personnages, ou du narrateur : Fontainebleau et protégés les sites de Barbizon ouainsi l’essor des villes balnéaires, des excursions à paysage] est une vie qui n’est pas notre vie, qui neun paysage, en séparant :
Chateaubriand : Mémoires d’Outre-Tombe (1841). de Chailly. Théodore Rousseau fit jouer sesla campagne et des villégiatures de week-end. participe en rien à la nôtre, et célèbre sans nous- Travail : élevage, labourage, semailles,
7. Faire peindre un fragment de ce que l’on - La description distingue, par l’usage du relations parmi des députés afin que soit pris unTout en évitant la pure et simple illustration par voir ses fêtes auxquelles nous assistons avec uneplantation, moisson, vendanges, cueillette,
aperçoit par les fenêtres de la salle de classe - de vocabulaire, vue d’ensemble globale (panorama : décret de loi protégeant le site ; ce qui fut fait enles œuvres - car le propos des peintres n’est pas certaine confusion, comme des hôtes arrivant parhorticulture...
manière schématique, voire simplement un “la prairie”, “l’océan”) et détail précis 1856. La forêt devint en quelque sorte und’ordre géographique - on peut faire remarquer hasard et qui parlent un autre langage.”- Loisir : promenade, baignade, canotage, partie de
nuancier de couleurs - à différents moments de la (focalisation : “le tronc noueux”, “l’écume de la monument historique : une œuvre d’art, dérivéeque les artistes impressionnistes privilégientcampagne, jardinage, chasse...
journée ou à diverses périodes de l’année. grande vague”) et maintient la flexibilité des mots des toiles de Rousseau, Daubigny ou Dupré.souvent les “paysages de liaison” où figurent 3. En peinture, le paysage est plutôt muet, du
par rapport aux choses qu’ils désignent : quelle est Citer également la transformation du domaine deroutes, fleuves, voies ferrées, rues et boulevards, moins chez les impressionnistes : leurs toiles6. Qu’est-ce qui distingue une peinture de paysage
8. Faire dessiner, de mémoire, “un nuage” ; la taille moyenne d’une colline ? Giverny dans l’Eure par Claude Monet, de vergeren choisissant des sites aisément accessibles, donnent à voir des morceaux de nature dans leurd’une carte, d’un plan ou d’une photographie ?
répéter ensuite l’opération en prenant en jardin d’agrément, depuis l’acquisition en 1883proches des réseaux de communication. beauté instantanée, apparemment sans autre butPeut-on faire un usage pratique d’un tableau, par
attentivement pour modèle un nuage dans le ciel. jusqu’à la mort du peintre en 1926. Ce jardin, avecque de plaire aux yeux, de se réjouir de laexemple pour se repérer ou se déplacer, étudier la
Le dessiner comme si on en faisait un portrait, ses cerisiers, son bassin de nénuphars et son pontplénitude d’une atmosphère ensoleillée,végétation ?
comme si on ne devait le confondre avec aucun japonais en bois, sera le motif unique desd’éprouver le bonheur du spectacle qu’offrent les
autre nuage. nombreuses séries des Nymphéas ; si l’on en croitbords de Seine ou la côte normande en se livrant
un témoin auditif, Monet aurait dit : “Mon plussans réserve aux sensations lumineuses et
beau chef-d’œuvre, c’est mon jardin”.colorées.
On peut se demander pourquoi l’impressionnisme
qui a tant agressé et scandalisé les spectateurs deMusée d’Orsay
Service culturel
texte : F. Sorbier L’essor du paysage
graphisme et impression :
Musée d’Orsay, Paris 1994 et 1999
Présentation, objectifs, préparation et prolongement de la visite,
la visite : liste des œuvres, bibliographie
e2. Sur le plan de l’esthétique, distinguer les 2. L’essor du genre au XIX siècleListe des œuvres Bibliographie Présentation Objectifs
notions de beau naturel et de sublime : alors que
ele romantisme dans la première moitié du XIX Dans la continuité du retour au sentiment de laN.B. : quand il s’agit d’une visite-conférence, cette • Sylvie Patin, A la campagne, Hazan/RMN, 1986 Etudier les étapes du développement spectaculaire 1. Cette visite a pour but de faire observer qu’à
siècle est en quête de la plus grande élévation ee nature initié à la fin du XVIII siècle et de l’intérêtliste d’œuvres est indicative. Le conférencier, qui • L’impressionnisme et le paysage français, de la peinture de paysage tout au long du XIX travers le privilège accordé au paysage prennent
spirituelle et de tous les moyens d’y parvenir, au croissant pour l’observation directe deconduit le groupe d’élèves, est libre de choisir les catalogue de l’exposition du Grand-Palais, RMN, siècle suppose que soient succinctement définies forme de nouvelles conceptions de la pratique
premier rang desquels figure l’imagination, le l’environnement proche, la peinture de paysageœuvres qui soutiennent sa démonstration. 1985 au préalable les modalités de la constitution du picturale qui prennent leur source dans une
réalisme et à sa suite l’impressionnisme préfèrent connaît un exceptionnel développement durant• L’impressionnisme et la peinture de plein air paysage en tant que genre spécifique. expérience différente du monde sensible. L’essor
rendre compte de ce que l’environnement etout le XIX siècle, occupant une place• Gustave Courbet : L’Atelier, 1850-51 1860-1914, Larousse, 1992 du genre résulte au départ d’une volonté d’amener
quotidien et prosaïque donne à percevoir. prépondérante au sein des multiples courants• Paul Huet : Le Gouffre, 1861 • Sophie Monneret, L’impressionnisme et son le public à mieux voir le réel en reconnaissant
Souligner le fait que le beau et le sublime ne sont 1. Qu’est-ce qu’un paysage ? artistiques qui traversent cette période. LesLa Vague, 1869 époque, Denoël, 1978, réédition Laffont dans les tableaux des lieux singuliers, tels qu’on
pas deux degrés sur la même “échelle” du plaisir artistes désireux de se libérer du poids de la• Camille Corot : Une matinée ; la danse des “Bouquins”, 1987 en rencontre autour de soi. Pour autant, une
esthétique, car ils ne sont pas comparables : en Quelle que soit sa situation historique et tradition abandonnent les sujets composés aunymphes, 1850 • Pierre Miquel, Le paysage français peinture ne se limite jamais à une simple fonction
effet, selon Kant, le beau naturel est une catégorie culturelle, la peinture s’est très fréquemmente profit de la seule figuration de morceaux deLa Clairière ; souvenir de Ville- au XIX siècle ; l’école de la nature, La Martinelle, de description ; elle met en œuvre un ensemble de
de l’entendement tandis que le sublime ne relève trouvée confrontée au problème de la mise en nature localisés et identifiés par les titres, sansd’Avray, 1872 1975 significations ancrées dans le dispositif plastique
que de l’imagination. On ne peut même pas dire espace d’objets ou de figures et par conséquent à événement particulier, sans anecdote. Evoquant,• Théodore Rousseau : Une avenue ; forêt de L’Isle- • Kenneth Clark, L’art du paysage, particulier de l’œuvre. A ce titre, on peut dire que
qu’ils s’opposent puisque le sublime est dépourvu la notion d’étendue ; elle a pu souhaiter suggérer dans son commentaire du Salon de 1866,Adam, 1849 Gérard Monfort, 1988 le réalisme est lui aussi une forme de convention,
de mesure comme de forme. Il est l’infini, le l’illusion de la profondeur, selon des méthodes l’extension de la peinture de plein air• Eugène Boudin : Baigneurs sur la plage de • Roland Recht, La lettre de Humboldt, une interprétation obéissant à des codes, et non
colossal, l’illimité, et en cela il se heurte à notre extrêmement diverses, rationnelles ou intuitives, partiellement ou totalement réalisée sur le motif,Trouville, 1869 Christian Bourgois, 1989 pas l’exacte réplique de la réalité.
raison (ou plutôt notre raison se heurte à lui, comme préférer ne pas en tenir compte. Lese le critique Jules Castagnary parle de “la grande• Charles-François Daubigny : La Neige, 1873 • Henri Focillon, La peinture au XIX siècle,
notamment dans le domaine des mathématiques). représentations de lieux y sont néanmoins fort armée des paysagistes”.• Claude Monet : La Pie, 1868-69 Flammarion, 1991 2. Il importe de distinguer, au travers des
Ce qui les sépare, c’est par exemple la question de nombreuses, vues partielles sur des éléments de la Cependant, le recours au paysage répond à desGrosse mer à Etretat, 1868-69 • Philippe Hamon, La description littéraire, différents courants qui se sont épanouis au cours
l’objet, car s’il existe de beaux objets, il ne saurait nature : champs, prairies, vallées, forêts, intentions fort diverses ; à la primauté accordée• Gustave Courbet : La Falaise d’Etretat après Macula, 1991 du siècle, l’extrême diversité des approches du
par contre y avoir d’objets sublimes : c’est montagnes..., le plus souvent simples arrière- aux sensations visuelles immédiates, auxl’orage, 1870 paysage par des artistes aux styles souvent fort
pourquoi le terrain d’élection du sublime est bien fonds plus ou moins schématiques ou variations et aux reflets de la lumière, succède• Claude Monet : Train dans la campagne, 1870 éloignés, afin d’éviter de faire de
le paysage. vraisemblables. dans les deux dernières décennies du siècle une• Camille Pissarro : La Moisson à Montfoucault, l’impressionnisme l’apogée de la peinture de
L’emploi du terme “paysage” ne se justifie conception nouvelle du motif. Celui-ci n’est plus1876 paysage, et de sa technique le critère d’excellence
pleinement que lorsque le site figuré, non considéré comme un sujet à imiter ou unLondres, le Parlement : trouée de d’une vision objective de la nature, point
seulement occupe une place prépondérante dans spectacle à “exprimer”, mais comme un point desoleil dans le brouillard, 1904 culminant auquel viendraient se rattacher divers
l’espace du tableau en présentant une vue départ pour un usage plus autonome des moyens• Paul Cézanne : Le Pont de Maincy, près de Melun, courants secondaires, simples précurseurs ou
d’ensemble, mais surtout constitue le sujet picturaux. La couleur et la touche notamment sont1880 héritiers.
principal de l’œuvre au lieu de n’en être que le chargées de construire l’espace, le relief et les• Vincent van Gogh : Chaumes de Cordeville à
cadre, le contexte, voire seulement le décor. volumes, en appelant l’active participation du eAuvers-sur-Oise, 1890 3. Un parcours du paysage au XIX siècle permet
En dépit de la création en 1816 d’un Prix de Rome spectateur quant à l’interprétation figurative de• Paul Gauguin : Paysage de Bretagne ; le moulin de remarquer que les œuvres impressionnistes,
du paysage historique sous l’impulsion de Pierre- l’œuvre.David, 1894 qui privilégient les apparences sensibles, ne sont
Henri de Valenciennes (dont la réforme du Simultanément, l’émancipation des peintres vis-à-• Paul Sérusier : Le Talisman, 1888 nullement pour autant plus fidèles à la vision
système des Beaux-Arts entraînera la suppression vis de la pure sensation rétinienne se fait au• André Derain : Le Pont de Charing Cross, 1906 humaine ou plus proches d’une perception
een 1863), le XIX siècle débutant a hérité de la bénéfice de la dimension spirituelle du paysage,• Maurice de Vlaminck : Coteaux de Rueil spontanée de la réalité extérieure ; avant tout,
hiérarchie établie deux siècles auparavant par manifestée à travers un symbolisme visionnaire• Pierre Bonnard : En barque, 1907 elles accomplissent la remise en cause - déjà
Félibien puis érigée en norme par l’Académie qui s’accompagne parfois d’un retour à l’Antique,• Ker-Xavier Roussel : L’Enlèvement des filles de entamée durant la première moitié du siècle - des
royale, qui situe le paysage en-deçà des genres par le biais d’une mythologie “revisitée”.Leucippe, 1911 codes traditionnels de la représentation au
nobles (peinture d’histoire, scènes de la vie• Gustav Klimt : Rosiers sous les arbres, 1905 bénéfice d’une mise en évidence accentuée des
quotidienne, portrait), juste avant la nature morte. matériaux avec lesquels le peintre travaille : pâte
A peine reconnu comme genre spécifique, le colorée, brosses, surface de la toile, ainsi que de
paysage s’est trouvé dévalué car il ne faisait pas l’acte de peindre lui-même : gestes, marques et
appel, jugeait-on, aux qualités artistiques et aux traces.
valeurs morales considérées comme suprêmes :
l’idée, l’invention, l’homme.
Ce sont ces critères qui ont servi à distinguer, au
sein même du genre, deux types de paysages
inégalement prestigieux : tout d’abord le paysage
héroïque (historique ou mythologique), puis le
paysage champêtre (pastoral). Charles Baudelaire
en 1859 parle, dans le chapitre du Salon qu’il lui
consacre, du paysage étudié pour lui-même
comme d’un “genre inférieur”, et du “culte niais
de la nature”.
fiche de visiteMusée d’Orsay
Service culturel
texte : F. Sorbier L’essor du paysage
graphisme et impression :
Musée d’Orsay, Paris 1994 et 1999
La visite : les œuvres
durable, ainsi qu’en atteste ce paysage d’une lui, peindre signifie rechercher au-delà des • Gustave Courbet : La Vague, 1869Introduction
absolue immobilité, dans lequel aucun souffle ne apparences, grâce à des moyens plastiques Localisation : salle 7
vient troubler la surface de cette eau sombre qui, simplifiés, une réalité plus complète et réfléchie, • Gustave Courbet : L’Atelier, 1850-51 Le peintre qui, dans L’Atelier (1850-51) - allégorie
telle un miroir, présente du pont un reflet d’une une réalité spirituelle qu’il nomme “abstraction”. Localisation : salle 7 réelle de sept années de [sa] vie - ménage une
consistance identique. Il s’en dégage un sentiment Le spectateur du Moulin David constate aisément
place de choix à une nature morte constituée de“C’est le monde qui vient se faire peindre chezde permanence égal à celui que procureront les que le propos ne réside plus dans la quête de la
défroques romantiques : chapeau à large bord etmoi” déclare Courbet à propos de ce tableau-nombreuses toiles de la montagne Sainte-Victoire. lumière changeante, de ses variations éphémères
plume noire, guitare et poignard , a réalisémanifeste du réalisme. Cela est vrai, mais par unCézanne préférait les motifs isolés aux vues et de ses éclats irisés : ici rien ne bouge, tout est
ultérieurement plusieurs tableaux ayant pourdispositif qui n’est pas sans affinités avec celui qued’ensemble ; l’étendue du site est ici très stable, unifié, définitif.
thème - éminemment romantique - une mer trèsmit en place Diego Vélasquez dans Les Ménines,restreinte, et le motif central du pont lui permet de Le dessin combinant synthétiquement les
agitée sous un ciel d’orage menaçant, et pourCourbet se figure en train de peindre, non pas lesdévelopper une architecture sur le plan de la toile verticales des maisons et des arbres du premier
motif central une vague déferlante chargéegens réunis chez lui ni même le modèle nu auquelen redonnant au dessin toute son importance. plan aux lignes sinueuses et ondulantes de la
d’écume. Loin d’être simplement anecdotique, lail tourne le dos, mais... un paysage de sa Franche-Mais Cézanne évite toute paralysie du mouvement prairie, du ruisseau et même de la barrière, sert
1nature déchaînée sert ici un riche travail picturalComté natale, de mémoire ou d’imagination, “dedes lignes en jouant d’une certaine irrégularité l’évocation mythique d’une nature primitive et
sur les couleurs sourdes et grises de la tempête,chic”, auquel il apporte avec satisfaction lesdes contours interrompus puis repris un peu plus paradisiaque à travers ce motif breton. Les formes
dans une volonté de transcription de la force desdernières retouches. L’éclat lumineux qui seloin. La touche ne suit pas vraiment les directions oblongues de la colline répondent aux “bosses” du
éléments - solides, liquides, gazeux - rendus pardégage de cette toile, en contraste avec l’obscuritédes éléments figurés mais inscrit un rythme nuage schématisé à la manière des dessins 13 d’épais empâtements “râclés”. L’ intentionde l’atelier, est emblématique de l’attentionoblique autonome, tandis que la gamme de verts d’enfants. A l’intérieur de chacune de ces zones
manifeste de l’artiste est davantage de développerexclusive portée aux phénomènes lumineux parse développe à partir d’une dominante émeraude distinctes s’étalent des teintes à la fois exaltées -
une sensibilité quasi géologique à la puissanceles peintres de paysage, à cette clarté magnifiéedont le feuillage partage d’ailleurs l’apparence vert franc ou émeraude, orangé, bleu cobalt - et
engloutissante de la nature que d’exprimerquelques années plus tard par lesd’éclats minéraux. largement arbitraires en termes d’imitation du
symboliquement les affres d’une âme tourmentée.impressionnistes. De ce fait, la toile représentéeréel.
La fragilité de l’homme face à l’énergie de laau centre du tableau est comme un trou dans la• Vincent van Gogh : La touche est légère, striée sur la trame d’une toile
nature n’est évoquée ici que par la présencesurface de la toile, une fenêtre ouvrant surChaumes de Cordeville à Auvers-sur-Oise, 1890 grossière, mais ne module aucun relief, ne
lointaine d’un voilier et de deux barques penchéesl’extérieur, ce qu’accentue encore le morceau deLocalisation : salle 35 dégrade aucune teinte vers l’indication d’une
sur la grève ; on est loin du tragique Radeau de ladraperie couvrant la partie supérieure du cielombre ni ne suggère quelque différence de
Ce tableau a été peint durant la période de Méduse de Géricault.peint. Une telle anomalie plastique n’a pastexture.
création la plus frénétique de la carrière de échappé à Eugène Delacroix qui écrit en 1851
l’artiste, quelques mois avant la fin tragique de sa dans son Journal :• Paul Sérusier : Le Talisman, 1888 2. Le paysage comme motif visiblebrève existence. Van Gogh a quitté la Provence au “La seule faute [commise par Courbet dansLocalisation : salle 48 215terme de son séjour volontaire à l’asile de Saint- L’Atelier] est que le tableau qu’il peint fait • Camille Corot :Rémy , il est à présent à Auvers-sur-Oise, au nord Peint à Pont-Aven sous la “direction” de Gauguin, amphibologie [équivoque] : il a l’air d’un “vrai”
Une matinée ; la danse des nymphes, 1850de Paris. à même le couvercle d’une boîte à cigares - selon 14 ciel au milieu du tableau”. Localisation : salle 5C’est à une véritable transmutation impulsée par une légende dérivée semble-t-il d’une simple
des forces psychiques que le peintre soumet ici le comparaison avec la taille de ces boîtes - ce très • Gustav Klimt : Rosiers sous les arbres, 1905 Fort vive et d’une grande finesse est la sensibilité
1. Le paysage comme état d’âmepaysage : les tranquilles maisons aux toits de petit tableau radicalise la démarche du “maître” Localisation : salle 60 du peintre à l’atmosphère d’un paysage, aux
chaume que l’on peut encore observer sur qui bientôt partira pour Tahiti à la recherche d’un nuances de la lumière et à ses douces vibrations,
Un regard succinct sur ce tableau, ne voyant que • Paul Huet : Le Gouffre, 1861d’anciennes photographies paraissent ici primitivisme purificateur. mais la marque de la tradition reste très présente
multiplicité de touches et de teintes juxtaposées - Localisation : salle 2soulevées par quelque puissante secousse L’emploi de couleurs vives, totalement chez Corot (qui vécut longtemps à Rome), tant
jaune, vert, bleu, mauve - pourrait conduire àsismique qui dilate les volumes, fait onduler les indépendantes du paysage réel auquel la peinture dans la survivance de sujets mythologiques queCe paysage composé témoigne de la survivancel’apparenter à l’impressionnisme. Pourtant, cette
toits, distord la petite barrière et métamorphose est encore - si peu - censée renvoyer, l’extrême dans la nette distinction entre étude “sur nature”tardive de l’esprit romantique qui établit desœuvre procède d’une tout autre esthétique, danscollines, arbres et nuages en torches dansantes. simplification des formes disposées sur le plan et tableau achevé d’atelier. Tout au long de saaffinités entre le lyrisme des éléments naturels etlaquelle le principe décoratif l’emporte largement
De toute évidence, ce n’est pas l’artiste qui, à sans souci de suggérer la moindre profondeur ni carrière subsistera cette ligne de fracture dans sonun état d’âme souvent proche du tragique, liens icisur les effets de lumière et d’atmosphère. L’artistel’instar des romantiques, est bouleversé et le moindre relief, aboutissent à ce “paysage œuvre, douloureusement vécue par le peintre, quirendus manifestes par la métaphore de l’abîme ;viennois développe la profusion végétale
tourmenté par le paysage grandiose ; au contraire, informe à force d’être synthétiquement formulé”, écrit en 1857, à propos des scènes paysannes demétaphore visuelle mais aussi linguistique : on ditindistincte dans une combinaison subtilementc’est bien plutôt lui qui tourmente et enflamme la selon le peintre Maurice Denis pour qui le tableau J.F. Millet : “C’est pour moi un monde nouveau eten effet “être au bord du gouffre”, “s’abîmer dansdosée de naturalisme et de schématisme. La
moindre masure, le moindre cyprès. est une révélation, comme pour son groupe je ne m’y reconnais plus ; je suis trop attaché àle désespoir”, ou encore “toucher le fond”. 3surface parfaitement carrée de la toile (à l’instarTous les éléments du paysage s’unifient dans les d’amis : Emile Bernard, Pierre Bonnard ou l’ancien”.La présence d’un tel gouffre au milieu de rochersde tous ses paysages, au format unique
torsions de leurs contours marqués par de Edouard Vuillard. Ces peintres s’intituleront Dans cette toile, le paysage a beau tenir une placeescarpés paraît bien peu plausible aux abordsde 110x110 cm) est presque intégralement saturéefrénétiques lignes sinueuses, générant des bientôt les “nabis” (“prophètes” en hébreu) et importante, il reste cependant le cadre d’uneimmédiats d’une si vaste plaine, surtout lorsquepar la mosaïque uniformément plate du feuillage
rythmes tourbillonnants qui, tels des ondes, surnommeront le paysage de Sérusier Le scène imaginaire : une bacchanale de dryades.l’on sait que Huet fit des études pour ce tableauet des fleurs confondus. La frondaison forme uns’amplifient ou s’entrechoquent, et dynamisant Talisman, dont la taille modeste n’est pas sans Mais l’héroïsme lyrique n’est plus une valeurdans la forêt de Fontainebleau ; il en ressort unebloc dense indépendant des troncs mais qui, par
ejusqu’au paroxysme la surface de la toile. De plus, évoquer quelque icône sacrée. dominante dans la société bourgeoise du XIXimage terrifiante mais au caractère un peu forcé,contre, intègre les rosiers et envahit la toilela matière picturale est travaillée en pleine pâte, La postérité verra - rétrospectivement - dans ce siècle et les déesses ne font guère qu’animer leexcessivement dramatisé.jusqu’au bord ; l’espace ainsi englouti ne laisse
creusée dans son épaisseur par de véritables tableau le manifeste d’une peinture pure, théâtre de la nature. En fait, le tableau résulterait“Les figures doivent faire comprendre qu’unapparaître que dans les coins du tableau unesillons en réseaux parallèles. autonome et abstraite, en le rapprochant de la du “collage” de deux souvenirs distincts : d’uneaccident, un malheur est arrivé” indique Paulfurtive ligne d’horizon parallèle au bord supérieur
célèbre déclaration de Maurice Denis : “Se part celui des jardins de la Villa Farnèse à Rome,Huet, et en effet tout est mis en œuvre pourdont elle n’est distante que de 5 cm.• Paul Gauguin : rappeler qu’un tableau, avant que d’être un cheval de l’autre celui d’un ballet à l’Opéra - d’oùparvenir à ce résultat ; la nature y estLe parti pris ornemental recouvre et évince le
Paysage de Bretagne ; le Moulin David, 1894 de bataille, une femme nue ou une quelconque l’ambiguité du titre, dont le terme “matinée” peutparticulièrement hostile : nuages menaçants,paysage auquel il fait écran délibérément, commeLocalisation : salle 44 anecdote, est essentiellement une surface plane être une allusion aux représentations en journée,oiseaux inquiétants, arbres secoués par le vent,sous l’impulsion d’une horreur radicale du vide.
recouverte de couleurs en un certain ordre par opposition aux “soirées”.chevaux agités et effrayés - on connaît l’extrêmeTout comme Cézanne et van Gogh, Gauguin était
assemblées”, publiée seulement en...1914, dans
convaincu du fait que la peinture ne doit pas se sensibilité instinctive de ces animaux au danger.
Théories. • Camille Corot :La facture est aussi fougueuse et nerveuse que leslimiter à restituer les sensations rétiniennes ; c’est
La Clairière ; souvenir de Ville- d’Avray, 1872pourquoi, à l’instar d’Odilon Redon qui la trouvait montures des protagonistes et la touche “en 4
Localisation : salle 5écaille” est bien propre à suggérer la lueur“bas de plafond”, il jugeait que dans la peinture
impressionniste “la pensée n’y réside pas”. Pour spécifique d’un ciel d’orage.
13. Paul Gauguin : Paysage de Bretagne ; le Moulin David, 1894 1. Paul Huet : Le Gouffre, 1861
14. Paul Sérusier : Le Talisman, 1888 2. Gustave Courbet : La Vague, 1869
15. Gustav Klimt : Rosiers sous les arbres, 1905 3. Camille Corot : Une matinée ; la danse des nymphes, 1850
4.La Clairière ; souvenir de Ville d’Avray, 1872
fiche de visiteL’artiste écrit en 1856 : “N’importe quel site, quel tranquilles bovins une chaleur douce et dorée. dans lesquelles la quasi-totalité de l’espace est décident d’installer leur chevalet relève de parti-
objet ; soumettons-nous à l’impression première, L’attention portée aux effets particuliers de la dévolue au ciel. pris affirmés en faveur d’une vision somme toute
si nous avons été réellement touchés, la sincérité lumière n’est pas une nouveauté radicale ; dans Les loisirs balnéaires font l’objet d’une vogue en assez traditionnelle d’une France rurale
de notre émotion passera chez les autres”. C’est ce son Salon de 1767, Denis Diderot affirmait déjà : plein essor à cette époque, surtout sur la côte pittoresque, préservée des atteintes de
type de déclaration qui a incité de nombreux “Vous ne savez pas [...] qu’un paysage où normande rendue aisément accessible aux l’industrialisation, campagne harmonieuse et
critiques à considérer Corot comme l’un des plus l’intelligence de la lumière n’est pas supérieure Parisiens grâce au développement du chemin de sereine, emplie de quiétude.
directs précurseurs de l’impressionnisme. Or, là est un mauvais tableau”. Ce qui par contre fer, mais Boudin s’intéresse moins aux La fraîcheur d’éxécution, rapide sans être
où les impressionnistes se fondent sur apparaît comme neuf dans le tableau de Rousseau, personnages, silhouettés en quelques touches nerveuse, du tableau de Pissarro, le non-fini
l’immédiateté de la sensation, Corot, lui, évoque le c’est le choix d’un effet de lumière inhabituel hâtives, qu’au mouvement des nuages saisis avec laissant apparaître en nombre d’endroits -
souvenir ; le filtre entre la nature et l’œuvre n’est observé pour lui-même, dont l’artiste nous donne une acuité proprement météorologique ; il allait notamment les nuages - la toile nue, résultent
plus celui de l’invention mais il n’est pas encore un équivalent non seulement visuel mais d’ailleurs, à l’instar de John Constable quelques d’une volonté délibérée de laisser jouer le support
celui de la rétine : c’est la mémoire. engendrant également des sensations de chaleur décennies auparavant, jusqu’à noter avec ocre-rose en réserve comme texture et couleur
La facture des arbres du premier plan est et de fraîcheur, par l’emploi de tons très clairs précision la saison, l’heure et la direction des dans le tableau. Associé à l’évidence d’une scène
estompée à l’instar des réminiscences “visuelles”, nettement distincts, dans le découpage de la vents. Baudelaire dans son Salon de 1859 parle de banale et ordinaire, ce traitement manifeste bien
le traitement du feuillage est aérien, velouté et surface, des zones d’ombres, et d’une touche ces études “si fidèlement croquées d’après ce qu’il un état “d’innocence” du regard qui ne se
9
impalpable. Ce frais rideau végétal ouvre sur la fragmentée en multiples petits dépôts de pigment. y a de plus inconstant, de plus insaisissable dans retrouvera plus guère par la suite.
clairière proprement dite, et seul le contraste sa forme et dans sa couleur, d’après des vagues et
lumineux contribue à créer la profondeur en • Charles-François Daubigny : La Neige, 1873 des nuages [...]”. • Claude Monet : Londres, le Parlement : trouée de
même temps qu’à suggérer l’épaisseur de Localisation : salle 6 C’est bien en qualité de simples études et non de soleil dans le brouillard, 1904
l’atmosphère. compositions, à cause de leur format réduit et de Localisation : salle 39
La vaste étendue de paysage embrassée par ce
Le paysage est discrètement habité par deux leur rapidité d’éxécution, de leur non-fini, que
tableau au format horizontal très allongé, proche Confronté au légendaire climat britannique et
créatures que le titre ne mentionne pas : une certaines toiles de Boudin furent acceptées au
des panoramas, indique cette volonté héritée du avec, présentes devant ses yeux, les toiles de5jeune femme habillée dont la tête tournée dirige Salon dans les salles consacrées aux esquisses.
romantisme de gérer la totalité de l’espace en William Turner, Monet pousse à leur ultime degré
notre regard vers un cerf qui, au loin, s’enfuit. Seul
tâchant de communiquer une sensation d’infini deux principes fondamentaux de la technique
un indice anachronique : l’arc posé sur les genoux, • Claude Monet : Train dans la campagne, 1870
dans les limites forcément réduites d’une peinture impressionniste : celui de la dissolution des
donne la clé de la scène ; il s’agit de Diane Localisation : salle 18
(à ce sujet, voir aussi : Antoine Chintreuil, formes et des volumes dans l’atmosphère, et celui
chasseresse, figurée ici à l’égal de la vachère du
L’espace, 1869). L’intention était alors de rendre Ce petit tableau, antérieur à la naissance de l’exaltation réciproque des couleurs
tableau de T. Rousseau Une avenue, forêt de L’Isle-
compte d’un état de communion avec l’aspect “effective” du mouvement impressionniste - la complémentaires. Par l’emploi exclusif d’un
Adam (1849). Corot semble ici donner -
sublime de la nature par le biais d’un choc visuel première exposition du groupe n’aura lieu que contraste simultané orangé-bleu, le peintre rend
10involontairement - raison au poète allemand
propre à susciter une impulsion “d’empathie” chez quatre ans plus tard - est représentatif de la sensible et palpable l’épaisseur de l’air chargé de
Friedrich Hölderlin qui dans Archipel (1800) parle
le spectateur (capacité à ressentir les sentiments préférence accordée à la nature domestiquée de particules d’eau dont la propriété consiste à
de “la dissolution de la mythologie dans le
d’autrui par l’identification plutôt que par la l’Ouest parisien sur la nature plus “sauvage” des diffracter les rayons lumineux.
paysage, au moment où les dieux quittent la
simple compréhension), une vive émotion devant campagnes de la province ; la jeune génération Face à une telle irisation de la lueur du soleil et à
scène”.
l’immensité du paysage. 6 des peintres sur le motif plante son chevalet une telle évanescence de l’architecture dans une
Plus prosaïque, Emile Zola, dans son premier
Tel n’est pas vraiment le cas ici, où ne subsiste devant une nature-jardin aménagée par l’homme, ambiance immatérielle, le réalisme de la
Salon, celui de 1866, formule un souhait : “Si M.
aucun pathos, aucune furie des éléments ; le ciel en un mot : esthétisée. démarche impressionniste apparaît donc bien
Corot consentait à tuer une fois pour toutes les
n’est pas lourd, les corbeaux mêmes ne sont En dépit de la remarque du critique Jules davantage comme celui de la sensation optique
nymphes dont il peuple ses bois, et à les remplacer
porteurs d’aucune menace, ni d’aucune allusion Champfleury dans son recueil-manifeste Le que comme celui du sujet. Mais alors que les
par des paysannes...”
morbide - contrairement à van Gogh. Nul propos Réalisme paru en 1857 : “La machine, et le rôle peintres du groupe n’avaient pour credo que
Huit ans plus tard, le critique naturaliste peut se
édifiant, nulle anecdote ne peuvent être décelés qu’elle joue dans le paysage, ne suffit-elle pas à un “peindre vrai”, ils posèrent en fait les bases de ce
flatter d’avoir été entendu, notamment dans un
dans ce tableau qui se contente d’offrir au regard beau tableau ?”, l’apparition d’un sujet industriel - qui permettra à la peinture de s’affranchir de
tableau comme Le Moulin de Saint-Nicolas-lez-
le spectacle d’un paysage hivernal désolé. L’intérêt le chemin de fer - est encore bien timide. Seuls les l’imitation de la nature en fondant l’autonomie des
Arras (1874).
réside principalement dans la manière de restituer wagonnets sont visibles, la locomotive dissimulée moyens picturaux. L’impact de l’impressionnisme
une luminosité opaque et étouffée, ainsi que la derrière un paravent végétal laissant seulement sur les générations suivantes tient à la façon dont
• Théodore Rousseau :
rudesse d’un tapis de neige par d’épais voir son panache de fumée ; la machine, qui n’a il a transgressé son programme initial (peindre la
Une avenue ; forêt de L’Isle-Adam, 1849
empâtements de blanc râclés au couteau sous la pas encore conquis son statut d’objet esthétique, réalité de la sensation) pour libérer la touche et la
Localisation : salle 5
pâle lueur rougeâtre d’un crépuscule glacé et en est en fait voilée par les arbres touffus. couleur de leur référence au motif réel.
11L’école de Barbizon tient son nom du lieu-dit situé contrepoint avec le réseau des arbres noirs Sur le plan technique, l’heure n’est pas encore
7dans la forêt de Fontainebleau où un groupe de dénudés, sur les branches desquels les corbeaux venue des touches multiples de couleurs
4. Le paysage comme constructionpeintres - Théodore Rousseau, Narcisse Diaz de la se regroupent. éparpillées, et les teintes, homogènes et peu
Pena, Jules Dupré, Charles-François Daubigny, nuancées, aux contrastes vifs, sont réparties en de la surface du tableau
Constant Troyon - s’installa pour échapper à larges zones selon une distribution simplifiée des3. Le paysage comme phénomènel’industrialisation croissante des zones urbaines. lumières et des ombres, assez analogue du point • Paul Cézanne :
Ils sont animés par la volonté commune de lumineux de vue des tonalités au rendu des premières Le Pont de Maincy, près de Melun, 1880
renouer avec une nature rustique, paisible, de photographies. Localisation : salle 36
nourrir leur nostalgie d’un âge d’or récent, bien • Eugène Boudin :
Le peintre d’Aix-en-Provence considère que la
plus récent que celui de l’autre Rousseau - Jean- Baigneurs sur la plage de Trouville, 1869 • Camille Pissarro :
sensation, loin de se limiter à la rétine, participe
Jacques. Une légère mélancolie préside, telle une Localisation : salle 16 La Moisson à Montfoucault, 1876
essentiellement de l’activité du cerveau ; l’artiste
basse continue, à leurs évocations d’une Localisation : salle 32
Le peintre de Honfleur et de ses environs, auprès est alors la “conscience du paysage” et le tableau
communion idyllique avec la nature généreuse et
duquel le jeune Monet découvrit les séductions de On considère fréquemment que chez les la transposition d’une qualité de l’individu autant
protectrice.
la peinture en plein air, adopta le principe du impressionnistes le sujet n’est qu’anodin, simple que de celle des choses représentées. On
Ce tableau, peint quelque temps avant
tableau intégralement réalisé sur le motif pour prétexte à l’étude des sensations lumineuses et comprend qu’il puisse faire à Monet le reproche
l’installation du peintre à Barbizon, n’a pour réel
l’ensemble de son œuvre où dominent, pour cette colorées, conséquence d’une lecture moderniste de n’être qu’un œil, et que le caractère éphémère
sujet que cette calme et silencieuse allée d’arbres
raison, les toiles de petit format. Ce sont des d’esprit formaliste. A y regarder de plus près on des phénomènes lumineux soit étranger à sa
où perce une trouée de soleil apportant aux
notations instantanées de scènes de bord de mer s’aperçoit vite que le choix de l’endroit où ils sensibilité. Seuls l’intéressent le solide et le
8 12
5. Théodore Rousseau : Une avenue ; forêt de L’Isle-Adam, 1849 9. Camille Pissarro : La Moisson à Montfoucault, 1876
6. Charles-François Daubigny : La Neige, 1873 10. Claude Monet : Londres, le Parlement : trouée de soleil
7. Eugène Boudin : Baigneurs sur la plage de Trouville, 1869 dans le brouillard, 1904
8. Claude Monet : Train dans la campagne, 1870 11. Paul Cézanne : Le Pont de Maincy, près de Melun, 1880
12. Vincent van Gogh : Chaumes de Cordeville à Auvers-sur-Oise, 1890L’artiste écrit en 1856 : “N’importe quel site, quel tranquilles bovins une chaleur douce et dorée. dans lesquelles la quasi-totalité de l’espace est décident d’installer leur chevalet relève de parti-
objet ; soumettons-nous à l’impression première, L’attention portée aux effets particuliers de la dévolue au ciel. pris affirmés en faveur d’une vision somme toute
si nous avons été réellement touchés, la sincérité lumière n’est pas une nouveauté radicale ; dans Les loisirs balnéaires font l’objet d’une vogue en assez traditionnelle d’une France rurale
de notre émotion passera chez les autres”. C’est ce son Salon de 1767, Denis Diderot affirmait déjà : plein essor à cette époque, surtout sur la côte pittoresque, préservée des atteintes de
type de déclaration qui a incité de nombreux “Vous ne savez pas [...] qu’un paysage où normande rendue aisément accessible aux l’industrialisation, campagne harmonieuse et
critiques à considérer Corot comme l’un des plus l’intelligence de la lumière n’est pas supérieure Parisiens grâce au développement du chemin de sereine, emplie de quiétude.
directs précurseurs de l’impressionnisme. Or, là est un mauvais tableau”. Ce qui par contre fer, mais Boudin s’intéresse moins aux La fraîcheur d’éxécution, rapide sans être
où les impressionnistes se fondent sur apparaît comme neuf dans le tableau de Rousseau, personnages, silhouettés en quelques touches nerveuse, du tableau de Pissarro, le non-fini
l’immédiateté de la sensation, Corot, lui, évoque le c’est le choix d’un effet de lumière inhabituel hâtives, qu’au mouvement des nuages saisis avec laissant apparaître en nombre d’endroits -
souvenir ; le filtre entre la nature et l’œuvre n’est observé pour lui-même, dont l’artiste nous donne une acuité proprement météorologique ; il allait notamment les nuages - la toile nue, résultent
plus celui de l’invention mais il n’est pas encore un équivalent non seulement visuel mais d’ailleurs, à l’instar de John Constable quelques d’une volonté délibérée de laisser jouer le support
celui de la rétine : c’est la mémoire. engendrant également des sensations de chaleur décennies auparavant, jusqu’à noter avec ocre-rose en réserve comme texture et couleur
La facture des arbres du premier plan est et de fraîcheur, par l’emploi de tons très clairs précision la saison, l’heure et la direction des dans le tableau. Associé à l’évidence d’une scène
estompée à l’instar des réminiscences “visuelles”, nettement distincts, dans le découpage de la vents. Baudelaire dans son Salon de 1859 parle de banale et ordinaire, ce traitement manifeste bien
le traitement du feuillage est aérien, velouté et surface, des zones d’ombres, et d’une touche ces études “si fidèlement croquées d’après ce qu’il un état “d’innocence” du regard qui ne se
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impalpable. Ce frais rideau végétal ouvre sur la fragmentée en multiples petits dépôts de pigment. y a de plus inconstant, de plus insaisissable dans retrouvera plus guère par la suite.
clairière proprement dite, et seul le contraste sa forme et dans sa couleur, d’après des vagues et
lumineux contribue à créer la profondeur en • Charles-François Daubigny : La Neige, 1873 des nuages [...]”. • Claude Monet : Londres, le Parlement : trouée de
même temps qu’à suggérer l’épaisseur de Localisation : salle 6 C’est bien en qualité de simples études et non de soleil dans le brouillard, 1904
l’atmosphère. compositions, à cause de leur format réduit et de Localisation : salle 39
La vaste étendue de paysage embrassée par ce
Le paysage est discrètement habité par deux leur rapidité d’éxécution, de leur non-fini, que
tableau au format horizontal très allongé, proche Confronté au légendaire climat britannique et
créatures que le titre ne mentionne pas : une certaines toiles de Boudin furent acceptées au
des panoramas, indique cette volonté héritée du avec, présentes devant ses yeux, les toiles de5jeune femme habillée dont la tête tournée dirige Salon dans les salles consacrées aux esquisses.
romantisme de gérer la totalité de l’espace en William Turner, Monet pousse à leur ultime degré
notre regard vers un cerf qui, au loin, s’enfuit. Seul
tâchant de communiquer une sensation d’infini deux principes fondamentaux de la technique
un indice anachronique : l’arc posé sur les genoux, • Claude Monet : Train dans la campagne, 1870
dans les limites forcément réduites d’une peinture impressionniste : celui de la dissolution des
donne la clé de la scène ; il s’agit de Diane Localisation : salle 18
(à ce sujet, voir aussi : Antoine Chintreuil, formes et des volumes dans l’atmosphère, et celui
chasseresse, figurée ici à l’égal de la vachère du
L’espace, 1869). L’intention était alors de rendre Ce petit tableau, antérieur à la naissance de l’exaltation réciproque des couleurs
tableau de T. Rousseau Une avenue, forêt de L’Isle-
compte d’un état de communion avec l’aspect “effective” du mouvement impressionniste - la complémentaires. Par l’emploi exclusif d’un
Adam (1849). Corot semble ici donner -
sublime de la nature par le biais d’un choc visuel première exposition du groupe n’aura lieu que contraste simultané orangé-bleu, le peintre rend
10involontairement - raison au poète allemand
propre à susciter une impulsion “d’empathie” chez quatre ans plus tard - est représentatif de la sensible et palpable l’épaisseur de l’air chargé de
Friedrich Hölderlin qui dans Archipel (1800) parle
le spectateur (capacité à ressentir les sentiments préférence accordée à la nature domestiquée de particules d’eau dont la propriété consiste à
de “la dissolution de la mythologie dans le
d’autrui par l’identification plutôt que par la l’Ouest parisien sur la nature plus “sauvage” des diffracter les rayons lumineux.
paysage, au moment où les dieux quittent la
simple compréhension), une vive émotion devant campagnes de la province ; la jeune génération Face à une telle irisation de la lueur du soleil et à
scène”.
l’immensité du paysage. 6 des peintres sur le motif plante son chevalet une telle évanescence de l’architecture dans une
Plus prosaïque, Emile Zola, dans son premier
Tel n’est pas vraiment le cas ici, où ne subsiste devant une nature-jardin aménagée par l’homme, ambiance immatérielle, le réalisme de la
Salon, celui de 1866, formule un souhait : “Si M.
aucun pathos, aucune furie des éléments ; le ciel en un mot : esthétisée. démarche impressionniste apparaît donc bien
Corot consentait à tuer une fois pour toutes les
n’est pas lourd, les corbeaux mêmes ne sont En dépit de la remarque du critique Jules davantage comme celui de la sensation optique
nymphes dont il peuple ses bois, et à les remplacer
porteurs d’aucune menace, ni d’aucune allusion Champfleury dans son recueil-manifeste Le que comme celui du sujet. Mais alors que les
par des paysannes...”
morbide - contrairement à van Gogh. Nul propos Réalisme paru en 1857 : “La machine, et le rôle peintres du groupe n’avaient pour credo que
Huit ans plus tard, le critique naturaliste peut se
édifiant, nulle anecdote ne peuvent être décelés qu’elle joue dans le paysage, ne suffit-elle pas à un “peindre vrai”, ils posèrent en fait les bases de ce
flatter d’avoir été entendu, notamment dans un
dans ce tableau qui se contente d’offrir au regard beau tableau ?”, l’apparition d’un sujet industriel - qui permettra à la peinture de s’affranchir de
tableau comme Le Moulin de Saint-Nicolas-lez-
le spectacle d’un paysage hivernal désolé. L’intérêt le chemin de fer - est encore bien timide. Seuls les l’imitation de la nature en fondant l’autonomie des
Arras (1874).
réside principalement dans la manière de restituer wagonnets sont visibles, la locomotive dissimulée moyens picturaux. L’impact de l’impressionnisme
une luminosité opaque et étouffée, ainsi que la derrière un paravent végétal laissant seulement sur les générations suivantes tient à la façon dont
• Théodore Rousseau :
rudesse d’un tapis de neige par d’épais voir son panache de fumée ; la machine, qui n’a il a transgressé son programme initial (peindre la
Une avenue ; forêt de L’Isle-Adam, 1849
empâtements de blanc râclés au couteau sous la pas encore conquis son statut d’objet esthétique, réalité de la sensation) pour libérer la touche et la
Localisation : salle 5
pâle lueur rougeâtre d’un crépuscule glacé et en est en fait voilée par les arbres touffus. couleur de leur référence au motif réel.
11L’école de Barbizon tient son nom du lieu-dit situé contrepoint avec le réseau des arbres noirs Sur le plan technique, l’heure n’est pas encore
7dans la forêt de Fontainebleau où un groupe de dénudés, sur les branches desquels les corbeaux venue des touches multiples de couleurs
4. Le paysage comme constructionpeintres - Théodore Rousseau, Narcisse Diaz de la se regroupent. éparpillées, et les teintes, homogènes et peu
Pena, Jules Dupré, Charles-François Daubigny, nuancées, aux contrastes vifs, sont réparties en de la surface du tableau
Constant Troyon - s’installa pour échapper à larges zones selon une distribution simplifiée des3. Le paysage comme phénomènel’industrialisation croissante des zones urbaines. lumières et des ombres, assez analogue du point • Paul Cézanne :
Ils sont animés par la volonté commune de lumineux de vue des tonalités au rendu des premières Le Pont de Maincy, près de Melun, 1880
renouer avec une nature rustique, paisible, de photographies. Localisation : salle 36
nourrir leur nostalgie d’un âge d’or récent, bien • Eugène Boudin :
Le peintre d’Aix-en-Provence considère que la
plus récent que celui de l’autre Rousseau - Jean- Baigneurs sur la plage de Trouville, 1869 • Camille Pissarro :
sensation, loin de se limiter à la rétine, participe
Jacques. Une légère mélancolie préside, telle une Localisation : salle 16 La Moisson à Montfoucault, 1876
essentiellement de l’activité du cerveau ; l’artiste
basse continue, à leurs évocations d’une Localisation : salle 32
Le peintre de Honfleur et de ses environs, auprès est alors la “conscience du paysage” et le tableau
communion idyllique avec la nature généreuse et
duquel le jeune Monet découvrit les séductions de On considère fréquemment que chez les la transposition d’une qualité de l’individu autant
protectrice.
la peinture en plein air, adopta le principe du impressionnistes le sujet n’est qu’anodin, simple que de celle des choses représentées. On
Ce tableau, peint quelque temps avant
tableau intégralement réalisé sur le motif pour prétexte à l’étude des sensations lumineuses et comprend qu’il puisse faire à Monet le reproche
l’installation du peintre à Barbizon, n’a pour réel
l’ensemble de son œuvre où dominent, pour cette colorées, conséquence d’une lecture moderniste de n’être qu’un œil, et que le caractère éphémère
sujet que cette calme et silencieuse allée d’arbres
raison, les toiles de petit format. Ce sont des d’esprit formaliste. A y regarder de plus près on des phénomènes lumineux soit étranger à sa
où perce une trouée de soleil apportant aux
notations instantanées de scènes de bord de mer s’aperçoit vite que le choix de l’endroit où ils sensibilité. Seuls l’intéressent le solide et le
8 12
5. Théodore Rousseau : Une avenue ; forêt de L’Isle-Adam, 1849 9. Camille Pissarro : La Moisson à Montfoucault, 1876
6. Charles-François Daubigny : La Neige, 1873 10. Claude Monet : Londres, le Parlement : trouée de soleil
7. Eugène Boudin : Baigneurs sur la plage de Trouville, 1869 dans le brouillard, 1904
8. Claude Monet : Train dans la campagne, 1870 11. Paul Cézanne : Le Pont de Maincy, près de Melun, 1880
12. Vincent van Gogh : Chaumes de Cordeville à Auvers-sur-Oise, 1890Musée d’Orsay
Service culturel
texte : F. Sorbier L’essor du paysage
graphisme et impression :
Musée d’Orsay, Paris 1994 et 1999
La visite : les œuvres
durable, ainsi qu’en atteste ce paysage d’une lui, peindre signifie rechercher au-delà des • Gustave Courbet : La Vague, 1869Introduction
absolue immobilité, dans lequel aucun souffle ne apparences, grâce à des moyens plastiques Localisation : salle 7
vient troubler la surface de cette eau sombre qui, simplifiés, une réalité plus complète et réfléchie, • Gustave Courbet : L’Atelier, 1850-51 Le peintre qui, dans L’Atelier (1850-51) - allégorie
telle un miroir, présente du pont un reflet d’une une réalité spirituelle qu’il nomme “abstraction”. Localisation : salle 7 réelle de sept années de [sa] vie - ménage une
consistance identique. Il s’en dégage un sentiment Le spectateur du Moulin David constate aisément
place de choix à une nature morte constituée de“C’est le monde qui vient se faire peindre chezde permanence égal à celui que procureront les que le propos ne réside plus dans la quête de la
défroques romantiques : chapeau à large bord etmoi” déclare Courbet à propos de ce tableau-nombreuses toiles de la montagne Sainte-Victoire. lumière changeante, de ses variations éphémères
plume noire, guitare et poignard , a réalisémanifeste du réalisme. Cela est vrai, mais par unCézanne préférait les motifs isolés aux vues et de ses éclats irisés : ici rien ne bouge, tout est
ultérieurement plusieurs tableaux ayant pourdispositif qui n’est pas sans affinités avec celui qued’ensemble ; l’étendue du site est ici très stable, unifié, définitif.
thème - éminemment romantique - une mer trèsmit en place Diego Vélasquez dans Les Ménines,restreinte, et le motif central du pont lui permet de Le dessin combinant synthétiquement les
agitée sous un ciel d’orage menaçant, et pourCourbet se figure en train de peindre, non pas lesdévelopper une architecture sur le plan de la toile verticales des maisons et des arbres du premier
motif central une vague déferlante chargéegens réunis chez lui ni même le modèle nu auquelen redonnant au dessin toute son importance. plan aux lignes sinueuses et ondulantes de la
d’écume. Loin d’être simplement anecdotique, lail tourne le dos, mais... un paysage de sa Franche-Mais Cézanne évite toute paralysie du mouvement prairie, du ruisseau et même de la barrière, sert
1nature déchaînée sert ici un riche travail picturalComté natale, de mémoire ou d’imagination, “dedes lignes en jouant d’une certaine irrégularité l’évocation mythique d’une nature primitive et
sur les couleurs sourdes et grises de la tempête,chic”, auquel il apporte avec satisfaction lesdes contours interrompus puis repris un peu plus paradisiaque à travers ce motif breton. Les formes
dans une volonté de transcription de la force desdernières retouches. L’éclat lumineux qui seloin. La touche ne suit pas vraiment les directions oblongues de la colline répondent aux “bosses” du
éléments - solides, liquides, gazeux - rendus pardégage de cette toile, en contraste avec l’obscuritédes éléments figurés mais inscrit un rythme nuage schématisé à la manière des dessins 13 d’épais empâtements “râclés”. L’ intentionde l’atelier, est emblématique de l’attentionoblique autonome, tandis que la gamme de verts d’enfants. A l’intérieur de chacune de ces zones
manifeste de l’artiste est davantage de développerexclusive portée aux phénomènes lumineux parse développe à partir d’une dominante émeraude distinctes s’étalent des teintes à la fois exaltées -
une sensibilité quasi géologique à la puissanceles peintres de paysage, à cette clarté magnifiéedont le feuillage partage d’ailleurs l’apparence vert franc ou émeraude, orangé, bleu cobalt - et
engloutissante de la nature que d’exprimerquelques années plus tard par lesd’éclats minéraux. largement arbitraires en termes d’imitation du
symboliquement les affres d’une âme tourmentée.impressionnistes. De ce fait, la toile représentéeréel.
La fragilité de l’homme face à l’énergie de laau centre du tableau est comme un trou dans la• Vincent van Gogh : La touche est légère, striée sur la trame d’une toile
nature n’est évoquée ici que par la présencesurface de la toile, une fenêtre ouvrant surChaumes de Cordeville à Auvers-sur-Oise, 1890 grossière, mais ne module aucun relief, ne
lointaine d’un voilier et de deux barques penchéesl’extérieur, ce qu’accentue encore le morceau deLocalisation : salle 35 dégrade aucune teinte vers l’indication d’une
sur la grève ; on est loin du tragique Radeau de ladraperie couvrant la partie supérieure du cielombre ni ne suggère quelque différence de
Ce tableau a été peint durant la période de Méduse de Géricault.peint. Une telle anomalie plastique n’a pastexture.
création la plus frénétique de la carrière de échappé à Eugène Delacroix qui écrit en 1851
l’artiste, quelques mois avant la fin tragique de sa dans son Journal :• Paul Sérusier : Le Talisman, 1888 2. Le paysage comme motif visiblebrève existence. Van Gogh a quitté la Provence au “La seule faute [commise par Courbet dansLocalisation : salle 48 215terme de son séjour volontaire à l’asile de Saint- L’Atelier] est que le tableau qu’il peint fait • Camille Corot :Rémy , il est à présent à Auvers-sur-Oise, au nord Peint à Pont-Aven sous la “direction” de Gauguin, amphibologie [équivoque] : il a l’air d’un “vrai”
Une matinée ; la danse des nymphes, 1850de Paris. à même le couvercle d’une boîte à cigares - selon 14 ciel au milieu du tableau”. Localisation : salle 5C’est à une véritable transmutation impulsée par une légende dérivée semble-t-il d’une simple
des forces psychiques que le peintre soumet ici le comparaison avec la taille de ces boîtes - ce très • Gustav Klimt : Rosiers sous les arbres, 1905 Fort vive et d’une grande finesse est la sensibilité
1. Le paysage comme état d’âmepaysage : les tranquilles maisons aux toits de petit tableau radicalise la démarche du “maître” Localisation : salle 60 du peintre à l’atmosphère d’un paysage, aux
chaume que l’on peut encore observer sur qui bientôt partira pour Tahiti à la recherche d’un nuances de la lumière et à ses douces vibrations,
Un regard succinct sur ce tableau, ne voyant que • Paul Huet : Le Gouffre, 1861d’anciennes photographies paraissent ici primitivisme purificateur. mais la marque de la tradition reste très présente
multiplicité de touches et de teintes juxtaposées - Localisation : salle 2soulevées par quelque puissante secousse L’emploi de couleurs vives, totalement chez Corot (qui vécut longtemps à Rome), tant
jaune, vert, bleu, mauve - pourrait conduire àsismique qui dilate les volumes, fait onduler les indépendantes du paysage réel auquel la peinture dans la survivance de sujets mythologiques queCe paysage composé témoigne de la survivancel’apparenter à l’impressionnisme. Pourtant, cette
toits, distord la petite barrière et métamorphose est encore - si peu - censée renvoyer, l’extrême dans la nette distinction entre étude “sur nature”tardive de l’esprit romantique qui établit desœuvre procède d’une tout autre esthétique, danscollines, arbres et nuages en torches dansantes. simplification des formes disposées sur le plan et tableau achevé d’atelier. Tout au long de saaffinités entre le lyrisme des éléments naturels etlaquelle le principe décoratif l’emporte largement
De toute évidence, ce n’est pas l’artiste qui, à sans souci de suggérer la moindre profondeur ni carrière subsistera cette ligne de fracture dans sonun état d’âme souvent proche du tragique, liens icisur les effets de lumière et d’atmosphère. L’artistel’instar des romantiques, est bouleversé et le moindre relief, aboutissent à ce “paysage œuvre, douloureusement vécue par le peintre, quirendus manifestes par la métaphore de l’abîme ;viennois développe la profusion végétale
tourmenté par le paysage grandiose ; au contraire, informe à force d’être synthétiquement formulé”, écrit en 1857, à propos des scènes paysannes demétaphore visuelle mais aussi linguistique : on ditindistincte dans une combinaison subtilementc’est bien plutôt lui qui tourmente et enflamme la selon le peintre Maurice Denis pour qui le tableau J.F. Millet : “C’est pour moi un monde nouveau eten effet “être au bord du gouffre”, “s’abîmer dansdosée de naturalisme et de schématisme. La
moindre masure, le moindre cyprès. est une révélation, comme pour son groupe je ne m’y reconnais plus ; je suis trop attaché àle désespoir”, ou encore “toucher le fond”. 3surface parfaitement carrée de la toile (à l’instarTous les éléments du paysage s’unifient dans les d’amis : Emile Bernard, Pierre Bonnard ou l’ancien”.La présence d’un tel gouffre au milieu de rochersde tous ses paysages, au format unique
torsions de leurs contours marqués par de Edouard Vuillard. Ces peintres s’intituleront Dans cette toile, le paysage a beau tenir une placeescarpés paraît bien peu plausible aux abordsde 110x110 cm) est presque intégralement saturéefrénétiques lignes sinueuses, générant des bientôt les “nabis” (“prophètes” en hébreu) et importante, il reste cependant le cadre d’uneimmédiats d’une si vaste plaine, surtout lorsquepar la mosaïque uniformément plate du feuillage
rythmes tourbillonnants qui, tels des ondes, surnommeront le paysage de Sérusier Le scène imaginaire : une bacchanale de dryades.l’on sait que Huet fit des études pour ce tableauet des fleurs confondus. La frondaison forme uns’amplifient ou s’entrechoquent, et dynamisant Talisman, dont la taille modeste n’est pas sans Mais l’héroïsme lyrique n’est plus une valeurdans la forêt de Fontainebleau ; il en ressort unebloc dense indépendant des troncs mais qui, par
ejusqu’au paroxysme la surface de la toile. De plus, évoquer quelque icône sacrée. dominante dans la société bourgeoise du XIXimage terrifiante mais au caractère un peu forcé,contre, intègre les rosiers et envahit la toilela matière picturale est travaillée en pleine pâte, La postérité verra - rétrospectivement - dans ce siècle et les déesses ne font guère qu’animer leexcessivement dramatisé.jusqu’au bord ; l’espace ainsi englouti ne laisse
creusée dans son épaisseur par de véritables tableau le manifeste d’une peinture pure, théâtre de la nature. En fait, le tableau résulterait“Les figures doivent faire comprendre qu’unapparaître que dans les coins du tableau unesillons en réseaux parallèles. autonome et abstraite, en le rapprochant de la du “collage” de deux souvenirs distincts : d’uneaccident, un malheur est arrivé” indique Paulfurtive ligne d’horizon parallèle au bord supérieur
célèbre déclaration de Maurice Denis : “Se part celui des jardins de la Villa Farnèse à Rome,Huet, et en effet tout est mis en œuvre pourdont elle n’est distante que de 5 cm.• Paul Gauguin : rappeler qu’un tableau, avant que d’être un cheval de l’autre celui d’un ballet à l’Opéra - d’oùparvenir à ce résultat ; la nature y estLe parti pris ornemental recouvre et évince le
Paysage de Bretagne ; le Moulin David, 1894 de bataille, une femme nue ou une quelconque l’ambiguité du titre, dont le terme “matinée” peutparticulièrement hostile : nuages menaçants,paysage auquel il fait écran délibérément, commeLocalisation : salle 44 anecdote, est essentiellement une surface plane être une allusion aux représentations en journée,oiseaux inquiétants, arbres secoués par le vent,sous l’impulsion d’une horreur radicale du vide.
recouverte de couleurs en un certain ordre par opposition aux “soirées”.chevaux agités et effrayés - on connaît l’extrêmeTout comme Cézanne et van Gogh, Gauguin était
assemblées”, publiée seulement en...1914, dans
convaincu du fait que la peinture ne doit pas se sensibilité instinctive de ces animaux au danger.
Théories. • Camille Corot :La facture est aussi fougueuse et nerveuse que leslimiter à restituer les sensations rétiniennes ; c’est
La Clairière ; souvenir de Ville- d’Avray, 1872pourquoi, à l’instar d’Odilon Redon qui la trouvait montures des protagonistes et la touche “en 4
Localisation : salle 5écaille” est bien propre à suggérer la lueur“bas de plafond”, il jugeait que dans la peinture
impressionniste “la pensée n’y réside pas”. Pour spécifique d’un ciel d’orage.
13. Paul Gauguin : Paysage de Bretagne ; le Moulin David, 1894 1. Paul Huet : Le Gouffre, 1861
14. Paul Sérusier : Le Talisman, 1888 2. Gustave Courbet : La Vague, 1869
15. Gustav Klimt : Rosiers sous les arbres, 1905 3. Camille Corot : Une matinée ; la danse des nymphes, 1850
4.La Clairière ; souvenir de Ville d’Avray, 1872
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