Corrigé bac ES 2014 Poncichéry philosophie

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Corrigé bac 2014 – Philosophie – Série ES La solitude est-elle sans valeur ? Problématisation possible: La solitude est de l'ordre du fait, du vécu. Elle peut renvoyer soit à un état d'isolement radical ou temporaire (être sans les autres, dans l'absence physique des autres : être non accompagné, être spatialement à l'écart), soit à un état d'esseulement malgré la présence physique des autres, on se sent étranger aux autres et seul face à soi, avec soi. La solitude se vit bien ou mal, se constate, se décrit mais pourquoi en faire l'objet d'un jugement de valeur ? On distingue en effet deux types de jugement : les jugements de fait qui décrivent et expliquent ce qui est et portent sur le vrai et le faux et les de valeur qui jugent ce qui est comme bon, mauvais, préférable, beau, laid et donc digne d'estime et d'être désiré... Dire que la solitude est sans valeur, c'est soit dire qu'elle ne peut être l'objet de ce type de jugement parce qu'elle ne peut faire l'objet d'aucune prescription car toujours subie et involontaire, jamais désirée ; soit dire qu'elle est sans valeur positive : la solitude ne pourrait être que fuie comme négative, vécue comme une souffrance, indésirable. C'est d'ailleurs pourquoi ce sujet peut laisser perplexe. Si on désire parfois un moment de solitude, l'état de solitude n'est pas désirable pour autant.

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Publié le 15 avril 2014
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Langue Français
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Corrigé bac 2014 – Philosophie – Série ES La solitude est-elle sans valeur ?
Problématisation possible: La solitude est de l'ordre dufait, du vécu.Elle peut renvoyer soit à un état d'isolement radical ou temporaire (être sans les autres, dans l'absence physique des autres : être non accompagné, être spatialement à l'écart), soit à un étatd'esseulement malgré la présence physique des autres, on se sent étranger aux autres et seul face à soi, avec soi. La solitude se vit bien ou mal, se constate, se décritmais pourquoi en faire l'objet d'un jugement devaleur? On distingue en effet deux types de jugement : les jugements de fait qui décrivent et expliquent ce qui est et portent sur le vrai et le faux et les jugements de valeur qui jugent ce qui est comme bon, mauvais, préférable, beau, laid et donc digne d'estime et d'être désiré... Dire que la solitude estsans valeur, c'estsoit dire qu'elle ne peut être l'objet de ce type de jugement parce qu'elle ne peut faire l'objet d'aucune prescription car toujours subie et involontaire, jamais désirée;soit dire qu'elle est sans valeur positive: la solitude ne pourrait être que fuie comme négative, vécue comme une souffrance, indésirable. C'est d'ailleurs pourquoice sujet peut laisser perplexe. Si on désire parfois un moment de solitude, l'état de solitude n'est pas désirable pour autant. « Le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible »semble-t-il pour des hommes qui «aiment tant le bruit et le remuement» comme le constatait Blaise Pascal. Et pourtant elle est le plaisir des hommes sages.
Le sujet invite donc à repenser la solitude, qui est peut-être ce à quoi l'homme ne peut échapper (au sens d'esseulement), ce qu'il n'a de cesse de fuir (au sens d'isolement) ou qu'on lui présente comme à fuir. Peut-on considérer la solitude comme une bonne chose, comme un état qui mérite d'être recherché ?Ne peut-il pas y avoir du bon à être seul, avec soi, face à soi? Et toute solitude est-elle pour autant estimable et désirable ? Un plan possible (parmi d'autres!) : I. L'étatde solitude apparaîtcomme sans valeur, c'est-à-dire commeun mal, donc non estimable ni désirable - Il ne faut pas rester seul, dit-on souvent, il faut être en couple, en famille, en équipe, entre amis. La société présente souvent la solitude comme un état négatif de souffrance. Le célibataire ne pourrait s'épanouir, celui qui ne vit pas au milieu des autres en souffrirait (les personnes âgées par exemple). L'homme ne pourrait se passer des autres, de leur présence, d'échanges, de relations. - Ce besoin de l'autre ne serait pas qu'un effet de la culture, il serait même issu de notre nature. C'est ce que soulignait Aristote dansLe politiqueest un fait de nature, que« l'État (I,9), naturellement l'homme est un être sociable, et que celui qui reste sauvage par organisation, et non par l'effet du hasard, est certainement, ouun être dégradé, ou un être supérieur à l'espèce humaine. » -Les autres peuvent en effet sembler indispensablespour se faire homme, être reconnu en tant qu'homme et individu, pour être assuré du monde qui nous entoure. - Michel Tournier dansVendredi ou les limbes du Pacifique décritla solitude de Robinson,
prisonnier de son île, comme« un milieu corrosif »qui permet de prendre conscience qu'autrui est la «pièce maîtresse de son univers», en mesurant chaque jour ce qu'il lui devait «en enregistrant de nouvelles fissures dans son édifice personnel».« Lasolitude n’attaque pas que l’intelligibilité des choses. Elle mine jusqu’au fondement même de leur existence. […] Contre l’illusion d’optique, le mirage, l’hallucination, le rêve éveillé, le fantasme, le délire, le trouble de l’audition… le rempart le plus sûr, c’est notre frère, notre voisin, notre ami ou notre ennemi, mais quelqu’un, grands dieux, quelqu’un. »
Cependantsi la relation à l'autre est sans doute nécessaire, doit-elle être pour autant incessante, ne peut-on pas avoir besoin de se retrouver dans la solitude? La solitude est-elle nécessairementet lun mala présence d'autrui nécessairement un bien?
II. Lasolitude peut êtreporteuse d'une qualité estimable et désirable
- On peut effet considérer que, même si l'homme est par nature un être social, l'omniprésence des autres peut détourner de soi, dans le sens où toute vie en communimpose des contraintes,qui ne permettent pas d'être soi, qui réduisent notre liberté. - La recherche de cette omniprésence peut être une manière defuir soi-même. se Onpeut ici invoquer ledivertissementpascalien, mais aussi le confort de la comédie sociale qui permet de s'identifier à notre rôle social. Il permet de se masquer avec mauvaise foi sa liberté. Si la solitude est douloureuse, ce n'est pas parce que l'autre n'est pas là, mais parce qu'il faut sortir d'une certaine paresse, inertie pour être soi, se faire soi sans cesse. - La solitude oblige ou favorise le commerce avec soi, la réflexion sur soi, l'introspection. Elle oblige à se confronter à soi, à notre esseulement, qui n'est que la conséquence que nous sommes des êtres doués de conscience et de notre ipséité. - La solitude est le cadre de la pensée, de la création. - Ce qui fait peut-être la valeur de la solitude, c'est qu'elle permetd'éprouvernotre valeur,relativeen tant qu'individu (c'est en tout cas ce que soutenait Schopenhauer dansAphorisme sur la sagesse dans la vie, « chacun fuira, supportera ou chérira la solitude en proportion exacte de la valeur de son propre moi. Car c'est là que le mesquin sent toute sa mesquinerie et le grand esprit toute sa grandeur ; bref, chacun s'y pèse à sa vraie valeur.») etabsolueen tant que sujet conscient, se pensant à la première personne. Elle est peut-être la condition de la définition de nos valeurs.On est toujours seul pour définir ce qui est juste, bien, mal en un sens.
III. Lasolitude n'a de la valeur que si être seul, c'est ne pas l'être tout en l'étant toujours. - Seul de fait ou accompagné,nous sommes toujours seuls carêtre-avec, c'est rarement être-ensemble. On est toujours seul par rapport à soi, face à ce qui ne peut être vécu que par nous (ce que cela nous fait de ressentir ceci ou cela, les qualias), non partagé, non dit (limites des mots pour dire l'intime, Bergson). Être seul, c'est être sans recours. Et la solitude de fait est l'occasion d'en prendre conscience et par là d'assumer le fait que nous soyons des sujets humains, de se rendre compte qu'il vaut mieux être en désaccord avec les autres qu'avec soi, et que cela peut guider notre action,définir nos valeurs - Mais d'un autre côténous ne sommes pas seuls, dans le sens où nous sommes avec nous, donc deux. C'est quand nous sommes au milieu des autres que nous sommes un. « Dans la solitude, je suis "parmi moi-même", en compagnie de moi-même, et donc deux-en-un» écrivait Hannah Arendt dansLe système totalitaire. Et elle distinguait ici cette solitude salutaire, qui est la cadre
de l'activité de pensée, condition de la responsabilité, de ladésolation, qui est l'expérience de non appartenance au monde, parce qu'on est inutile.Et le remède à la désolation, qui peut accompagner la solitude comme la vie sociale, c'est la vraie relation à l'autre qui ramène à l'unité : je suis un, unique et irremplaçable face à l'autre, j'appartiens à ce monde : « c’est la grande grâce salutaire de l’amitié pour les hommes solitaires qu’elle fait à nouveau d’eux un «tout», qu’elle les sauve du dialogue de la pensée où l’on demeure toujours ambigu, qu’elle restaure l’identité qui les fait parler avecvoix unique d’une personne irremplaçable la. La solitude peut devenir désolation ; cela se produit lorsque, tout à moi-même, mon propre moi m’abandonne. »
Donc contrairement aux apparences, la solitude peut avoir de la valeur, des mérites, mais pour cela, elle ne doit pas être repli sur soi aveugle et la relation à l'autre virtuelle (Robinson n'entre en désolation que quand le souvenir des autres le quitte) ou réelle est ce qui fait que cette solitude ne devienne pas une désolation sans valeur, sans valeurs.