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Description

  • exposé - matière potentielle : leurs erreurs
  • cours - matière potentielle : la vie
  • revision
  • cours - matière potentielle : des longues années de son ministère
  • exposé
  • cours - matière potentielle : l' histoire de la pensée chrétienne
Saint Augustin & l'épiscopat — 1 — 17/03/11 Saint Augustin et l'épiscopat Lorsque le vieil évêque d'Hippone, Valère, le prit comme coadjuteur en l'an 395, Augustin avait 41 ans, il était né, il vous en souvient, en 354, le 13 novembre. Le jeune homme enfoui dans ses turpitudes, l'étudiant en recherche n'était plus pour lui qu'un souvenir, mais les péripéties cuisantes de sa jeunesse avaient laissé dans son cœur bien des cicatrices.
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Langue Français

Exrait

Saint Augustin et l’épiscopat
Lorsque le vieil évêque d’Hippone, Valère, le prit comme coadjuteur en l’an 395, Augustin
avait 41 ans, il était né, il vous en souvient, en 354, le 13 novembre. Le jeune homme
enfoui dans ses turpitudes, l’étudiant en recherche n’était plus pour lui qu’un souvenir,
mais les péripéties cuisantes de sa jeunesse avaient laissé dans son cœur bien des
cicatrices. À 41 ans il était devenu l’adulte aguerri parce qu’il avait beaucoup lutté,
beaucoup voyagé, beaucoup enseigné à Carthage, à Rome, à Milan, et parce qu’il avait
suivi des sentiers sinueux, escarpés, dangereux pour sa vie et pour sa pensée.
Pendant 12 ans (de 374 à 386), le brillant professeur Augustin avait connu les plus
grisants succès sous-tendus par une inquiétude religieuse dont il eût aimé se
débarrasser. De l’amour sensuel, il en avait parcouru tous les méandres y compris le
concubinage ; des préoccupations profanes il en avait été submergé ; lors de ses 20 ans
il avait été choqué par ce qu’il appelait « la simplicité des Écritures » vers lesquelles une
ancienne nostalgie héritée de sa mère Monique l’inclinait. Il écrit dans ses Confessions :
« Ce livre me parut indigne d’être comparé à la majesté d’un Cicéron ; mon orgueil en
1
dédaignait la simplicité, ma vue n’en pénétrait point les profondeurs ».
« L’Hortensius » de Cicéron l’avait fasciné à l’âge de 19 ans, mais tourmenté par ses
passions, insatisfait quant à ses aspirations, objet digne d’occuper une vie d’homme :
voilà la sagesse. Tourmenté par cette recherche, il pouvait s’écrier :
« Vérité, vérité, combien alors même et du profond de mon âme je soupirais vers toi…
C’était de toi seule, ô vérité, en qui il n’y a ni vicissitude ni ombre de changement,
2
dont j’avais faim et soif. »
Pendant neuf ans il avait cherché cette vérité au sein du manichéisme où il ne trouva
qu’insatisfaction, mensonge, erreurs. Il écrit :
« Car neuf années s’écoulèrent pendant lesquelles je me roulais dans la fange
profonde, dans les ténèbres du mensonge ; mes efforts répétés pour en sortir ne
faisaient que m’y replonger plus avant… Vous me laissiez, Seigneur, me rouler et me
3
débattre dans cette nuit. »
Quand il accéda à l’épiscopat, Augustin était l’homme qui avait véhiculé et accumulé les
expériences les plus diverses et qui les avait conjuguées avec :
Une recherche effrénée de la vérité :
 Expérience du succès professoral, de la rhétorique séduisante nourrissant l’orgueil,
 Expérience des passions sensuelles et intellectuelles obscurcissant la lucidité de
l’esprit,
 Expérience des croyances dévoyées et des mœurs perverties éclaboussant la limpidité
du cœur,

1 Conf. liv. III, chap. 5
2
Conf, livre III, chapitre 6)
3
Conf. liv. III, chap. 11
Saint Augustin & l’épiscopat
— 1 — 17/03/11  Expérience d’une sorte de déchéance de l’esprit dans l’adhésion à la secte
manichéenne,
 Expérience du tourment lancinant d’un cœur insatisfait « inquietum est »…
 Expérience du doute et d’un quasi scepticisme sur la voie de la sagesse :
« mon âme malade, que seule la foi pouvait guérir, de peur d’être trompée par la foi,
se refusait à sa guérison. »
Mais aussi chercheur de vérité
 Il l’avait poursuivie à travers l’enseignement de la littérature et de la philosophie dont
il sentit l’indigence et l’inanité ;
 il avait cru la trouver dans la doctrine manichéenne dont il finit par deviner la
fausseté ;
 il la pressentit quand il entra en catéchuménat en 384 ;
 il la frôla quand il reconnut la nécessité d’une autorité distincte de la seule raison :
l’Écriture ou l’Église ;
 il la trouva enfin, après les séductions du néo-platonisme, grâce à la médiation de
saint Ambroise, dans la découverte du Verbe incarné, du Christ Jésus, dans la
fulgurante prise de conscience du mystère de l’Incarnation, dont le sens lui avait
échappé et dont la révélation, au début de 386, signa d’un coup sa conversion totale,
sans regret, sans retour en arrière, car Augustin était l’homme du tout ou rien.
La vérité il la tenait, il ne la lâcherait plus, il consacrerait sa vie à la faire connaître et à la
défendre. Elle n’était plus pour lui une doctrine, une idéologie, un système de
propositions rationnellement séduisantes, elle était une personne : le Christ, Verbe de
Dieu, venu en ce monde pour faire connaître qui est Dieu et pour sauver le monde :
« Si je n’eusse cherché la voie dans le Christ notre Sauveur, j’étais voué non pas à
4savoir mais à périr » .
Telle sera la raison d’être de son épiscopat, son unique souci : faire connaître et
défendre la foi catholique, en un mot évangéliser.
Pour la clarté de l’exposé, nous proposerons deux séries de réflexions :
 la première situera la personnalité de l’évêque Augustin et le contexte où se déroula
son activité épiscopale,
 la deuxième explicitera le contenu de cette activité.
I — Le personnage et le contexte
Augustin converti, revenu à Thagaste définitivement en 387 pour y mener une vie de
prière et de travail avec son jeune fils Adéodat qui allait sur ses 17 ans et qui, à 18 ans,
passera brusquement « de cette vie à une vie meilleure », comme on disait jadis, et avec
ses amis Alypius et Évodius, ne tarda pas à voir sa renommée franchir les limites du
bourg natal et gagner de proche en proche jusqu’aux communautés d’Hippone et de
Carthage. Quoi d’étonnant ? On venait à lui pour quémander des conseils, quérir des
éclaircissements, résoudre des doutes, conforter sa foi.

4
Conf. liv. VI, chap. 20
Saint Augustin & l’épiscopat
— 2 — 17/03/11 La sagesse d’Augustin converti en imposait, sa vertu étonnait, son ascétisme surprenait,
sa parole apaisait, son contact enthousiasmait, son discours séduisait, ses arguments
convertissaient. Son désir était de vivre le reste de ses jours dans son village natal, selon
un style de vie monastique, avec des disciples ardents comme lui et prêts à se consacrer
totalement au Seigneur, dans l’ascèse et la prière. Mais l’homme propose et Dieu
dispose.
Un événement très simple changea le cours de la vie d’Augustin. Un fonctionnaire
chrétien de la ville d’Hippone qui avait entendu parler de lui, avait manifesté un vif désir
de le voir et avait même laissé entendre qu’il ne refuserait pas, sur les conseils judicieux
qui lui seraient prodigués, de renoncer au monde et d’embrasser la vie monastique.
Voir la communauté de Thagaste s’enrichir d’une recrue de choix ne pouvait pas ne pas
décider Augustin à partir pour Hippone. Il ne soupçonnait pas que cette décision allait
changer le cours de sa vie et sans doute le cours de l’histoire de la pensée chrétienne. Le
séjour dura quelque temps, mais les entretiens ne décidèrent pas le haut fonctionnaire,
rempli de bons désirs et de bonne volonté, mais dénué de volonté tout court, à rompre
avec son passé.
Or cette péripétie n’était pas l’essentiel, le Seigneur attendait l’ancien rhéteur devenu
moine laïc au tournant du chemin ; participant aux offices, il entendait les sermons de
l’évêque Valère qui déclara un jour en pleine assemblée qu’il avait besoin d’un prêtre
capable de l’aider dans ses travaux : aussitôt le nom d’Augustin vola de bouche en
bouche et bientôt on s’écria, unanime : « Augustin prêtre ! ». Surpris, décontenancé, il
accepta l’ordination sacerdotale ; trois ans après, Valère l’institua son coadjuteur et,
l’année suivante, lors du décès de celui-ci, il monta sur le siège épiscopal d’Hippone. Le
voilà propulsé, malgré lui, évêque à plein-temps.
Dieu l’a voulu évêque ! Dieu lui a joué ce tour insoupçonné ! Bien ! Évêque il le sera, et
comme Augustin ne fait jamais rien à moitié, il le sera totalement, magistralement et
saintement pendant 34 ans, jusqu’à sa mort à 76 ans, le 28 août 430.
Alors posons-nous nos deux questions : qui était l’évêque Augustin, et qu’était son
diocèse : le personnage et le contexte.
1. Le personnage
C’est par son ami et biographe, Possidius, dans sa « Vie d’Augustin » que nous
connaissons quelques traits de la vie domestique de l’évêque d’Hippone, mais beaucoup
de détails ne peuvent se détecter qu’à travers ses sermons et ses lettres.
Tête rasée et toujours découverte, enveloppé dans un sombre « birrus », sorte de robe
de bure ou de chape à fermoir, sans doute sans capuchon, Augustin devait ressembler à
un moine bénédictin. Sans être de constitution très robuste, l’évêque Augustin jouissait
en général d’une bonne santé non exempte des infirmités classiques : rhumes
périodiques, rhumatismes gênants, faiblesse d’estomac et rages de dents fort agaçantes,
gorge fragile et poumons délicats. Cependant son aspect physique et sa démarche
donnaient l’impression d’un homme plein de vie, accomplissant un labeur intellectuel
hors du commun, sans négliger ses devoirs temporels qui étaient pour lui, dit-il « un
fardeau et une peine ». Il était à l’aise dans son cabinet de travail ; c’est là, écrit
Possidius :
« qu’après avoir réglé toutes les affaires temporelles nécessaires, donné les ordres à
l’économe de la maison épiscopale, il revenait le plus vite possible à son pupitre,
Saint Augustin & l’épiscopat
— 3 — 17/03/11 méditait de nouvelles trouvailles sur les choses divines, dictait le résultat de ses
réflexions à ses sténographes, corrigeait les épreuves, faisait écrire au net. Voilà,
ajoute Possidius, ce qu’il faisait jour et nuit ».
Ses dons de sensibilité et d’intuition étaient remarquables ; ses écrits remplis
d’apostrophes, de soupirs, de plaintes, ne sont pas un débordement de la sensibilité, on
sait que la profusion des sentiments et la richesse verbale étaient un devoir à cette
époque du Bas Empire où la brièveté passait pour indigence et le style laconique pour un
manque d’idées ou d’inspiration. Augustin demeura toujours un magicien de la parole, un
styliste consommé, un travailleur acharné poursuivant, à l’âge de 70 ans, par exemple, la
composition des « Révisions » de ses 232 ouvrages durant la journée, et la nuit, dictant
les réfutations contre le pélagien Julien d’Eclane.
L’évêque Augustin vivait pauvrement. Les revenus de son évêché qui rapportaient, dit
Possidius, vingt fois plus que le modeste héritage reçu de ses parents et cédé par lui aux
« frères de Thagaste », passaient dans la bourse de la communauté épiscopale et dans le
service des pauvres. À table on servait du vin ; mais la viande était réservée aux malades
ou aux hôtes de passage. Lecture était faite pendant les repas, sauf le cas échéant pour
permettre aux convives de s’entretenir et de causer. La vaisselle était en terre cuite, les
plats en terre, en bois ou en marbre, seules les cuillères étaient en argent. Dans la salle à
manger, Augustin avait afficher un distique :
« Toi qui sans charité déchire les absents,
Apprends qu’à cette table on hait les médisants »
Il paraît, au dire de Possidius, que ses collègues dans l’épiscopat n’en tenaient pas
toujours compte quand ils se trouvaient dans ce réfectoire épiscopal !
Augustin avait une très haute et noble idée de la dignité épiscopale : lors d’une
Ordination d’évêque en 411, il dit dans son allocution :
« L’homme qui possède une communauté doit avant tout savoir qu’il est le serviteur
d’un grand nombre, il ne doit pas regarder cela comme inférieur à sa dignité, car le
Seigneur des seigneurs n’a pas dédaigné de nous servir ».
Plus loin il ajoute à l’adresse de l’ordonné :
« N’aspire pas au titre, mais à la réalité ; si tu aspires à la réalité, c’est une œuvre
bonne que tu désires ; si tu aspires au titre, tu risque de l’avoir dans des œuvres
mauvaises et ton châtiment sera terrible ».
Dénué de toute ambition, Augustin ne songea jamais à faire carrière ; son souci était de
prêcher la parole de Dieu et d’être une conscience catholique pour tous. Le savant
HARNAK a écrit :
« Avec Ambroise, Augustin a compris quels devaient être les devoirs de gardien de
l’intégralité de la foi, de conseiller et de juge, à une époque qui n’était que trop
portée à les oublier définitivement ».
2. Qu’était le diocèse d’Hippone ?
Il faisait partie de cette Église africaine établie surtout sur la bande côtière de l’Afrique du
Nord et il était l’un de ces 700 évêchés qui, aux alentours de l’an 400, faisaient
ressembler ce territoire à une véritable mosaïque de communautés autonomes sans
doute trop nombreuses et trop petites, coordonnées par les synodes qui, à partir de 391,
Saint Augustin & l’épiscopat
— 4 — 17/03/11 se tinrent régulièrement, et par la communion avec Rome et les autres Églises d’Outre-
Mer. Carthage était le centre, siège vénérable par son antiquité.
Hippo-Régius était un antique comptoir phénicien devenu sous l’empereur Auguste une
ville provinciale typiquement romaine, s’étendant dans la plaine au pied de la colline qui
porte la basilique moderne de saint Augustin. Quand celui-ci s’y installa, en 395, la ville
pouvait comprendre environ 30. 000 habitants, elle venait juste après Carthage, ville
cosmopolite, et après Cirta (l’actuelle Constantine), métropole de la Numidie. Le
« limes », la frontière, n’allait guère plus au sud de Cirta où vivaient les tribus berbères
jamais évangélisées.
Le port d’Hippone était un centre important pour l’exportation de l’« annone » (du blé),
d’où des relations navales régulières et directes avec Rome. Des navires grecs y
accostaient fréquemment : « Vous pouvez entendre sans cesse jurer en grec », dit-il un
jour dans un sermon. Hippone était un point de rencontre tout indiqué pour les évêques
en voyage, presque à mi-chemin entre Cirta et Carthage. La ville était fortifiée par de
puissantes murailles ; aussi, en 430, lors de l’attaque des Vandales, de nombreux
évêques de la province vinrent s’y réfugier.
Dans la banlieue avaient été édifiées quelques basiliques ou chapelles dédiées à des
martyrs locaux ; un ensemble de bâtiments constituait ce que l’on pourrait appeler le
domaine épiscopal : la basilique de la Paix, ou grande église, qui était la cathédrale, un
baptistère, une chapelle destinée à la vénération des reliques de saint Étienne, un
« secretarium » ou salle de réunion, sacristie, archives, une salle de réception et un local
pour les séances du tribunal de l’évêque.
À côté se trouvait « l’episcopium », résidence de l’évêque, où Augustin vivait en
communauté avec ses clercs : quatre ou cinq prêtres et quelques diacres, c’était à la fois
la maison canoniale et le palais épiscopal. Dans le même périmètre se trouvait un hôtel
pour les étrangers (xenodochium) et une série de locaux accessoires, des pièces
accompagnées d’un jardin ou d’un « patio » où vivait la communauté monastique.
Dans le voisinage de la demeure épiscopale était édifié le monastère des femmes où les
fonctions de supérieure étaient exercées jusque vers 420 par la sœur de l’évêque. De
l’autre côté de la rue s’élevait la grande basilique des Donatistes dont la communauté
était plus importante au début de l’épiscopat d’Augustin que celle des catholiques.
Comme la plupart des villes des côtes d’Afrique et de l’intérieur, Hippone possédait une
ème
colonie juive importante ; c’est sans doute dans ce milieu juif qu’au 2 siècle le
christianisme a pénétré, importé par les marins grecs et orientaux déjà chrétiens.
Ajoutons à cela quelques restes de communautés païennes et manichéennes et bientôt
les sectateurs de Pélage et d’Arius, nous aurons à peu près l’éventail de l’appartenance
religieuse des habitants de la ville d’Hippone.
Le diocèse (parochia) n’était pas très vaste, il s’étendait sur près de 28 km. Vers le nord-
ouest près de Cirta, sur 30 km. À l’est vers Tabarka, au sud vers Calama sur 30 km
environ ; quant à Fussala, à 60 km environ, elle eût un évêque vers 410. Nous pouvons
imaginer l’ancien évêché d’Antibes comme terme de comparaison, de Saint-Laurent du
Var à Cannes, limité au nord par Valbonne et Roquefort-les-Pins. Aujourd’hui le diocèse
d’Hippone serait ce que nous appelons généralement un doyenné. Ce n’est donc pas
d’après la dimension territoriale de ce diocèse obscur que se construit la renommée
d’Augustin, mais bien évidemment sur la dimension colossale de sa personnalité, sur
Saint Augustin & l’épiscopat
— 5 — 17/03/11 l’importance et la valeur de son œuvre, sur la profondeur et le rayonnement de ses
productions et de ses écrits.
II — Le contenu de l’épiscopat d’Augustin
Comment Augustin exerça-t-il son ministère ? Comment s’acquitta-t-il de sa charge ?
Quel fut le contenu de son épiscopat ?
Le Concile Vatican II dans le décret sur la charge pastorale des évêques « Christus
Dominus » enseigne :
Chaque évêque à qui a été confié le soin d’une Église particulière, paît ses brebis au
nom du Seigneur sous l’autorité u Souverain Pontife, à titre de pasteur propre,
ordinaire et immédiat, exerçant à leur égard la charge d’enseigner, de sanctifier et
5de gouverner.
Essayons de voir ce qu’il en fut d’Augustin, évêque, dans sa charge de docteur, de
dispensateur des mystères de Dieu et de pasteur. Ce seront les articulations de notre
propos, étant entendu qu’il ne peut pas être question de rendre compte de façon
exhaustive de l’activité énorme de notre héros et que ces trois formes de son activité ont
été menées de front, simultanément et inlassablement, avec une persévérance et une
perfection qui ne peuvent que nous remplir d’admiration.
I — Augustin dans son ministère de Docteur
Enseigner avait été sa première profession à Thagaste où il ouvrit une école pour
l’enseignement de la grammaire, puis à Carthage où, en 376, il enseigna la rhétorique à
une jeunesse estudiantine frondeuse et dissipée, puis à Rome et à Milan où il s’installa en
384 comme professeur de rhétorique et où il eût la chance de pouvoir suivre, par
curiosité d’abord puis par goût, les homélies de saint Ambroise dont il appréciait
fortement l’éloquence et la méthode allégorique d’interprétation des textes.
Ce charisme professoral, il l’exerça en plénitude pendant tout son épiscopat, il fut le
Docteur par excellence de la Parole de Dieu. Il le fut par l’art de la parole, il le fut par ses
écrits.
1. La prédication :
Augustin a le souci constant d’instruire son peuple par la prédication. Il fut
admirablement fidèle à ce devoir qu’il considérait comme essentiel, en dépit de sa vie
surchargée et de la faiblesse de sa poitrine. Nous restent aujourd’hui 363 sermons jugés
authentiques, 31 douteux, 317 dits apocryphes mais sans doute inspirés par lui. Il aimait
ce ministère, si épuisant qu’il ait pu être :
« J’étais fatigué au moment de monter en chaire, dit-il un jour, et voilà qu’en vous
6
parlant j’ai pris des forces tant est grand mon devoir de vous faire du bien » .
L’éventail des sermons est vaste : sur des passages isolés de l’Écriture Sainte : Ancien,
mais surtout Nouveau Testament ; sur le temps liturgique, en particulier Noël,
l’Épiphanie, le Carême, Pâques et Pentecôte ; sur les saints, dont saint Paul, saint

5
VATICAN II, Décret Christus Dominus, § 11.
6
Sermon 37, 1.
Saint Augustin & l’épiscopat
— 6 — 17/03/11 Étienne, saint Laurent, saint Cyprien ; sur des questions morales : la charité, la paix ; la
résurrection des morts ; sur des événements contemporains, etc.
La profession de rhéteur qu’il exerça longtemps lui permit de développer ses aptitudes
naturelles pour l’éloquence ; écrivain de race, doué d’une imagination brillante, il se fit
remarquer par la noblesse et l’élévation du style comme de la pensée, bien qu’il lui arriva
pour s’adapter à l’auditoire d’user d’un langage populaire. On lui a reproché l’abus des
subtilités, des antithèses recherchées, des jeux de mots qui avaient pour but et pour
excuse d’égayer un auditoire pieux sans doute, mais quelquefois impatient devant les
longueurs du discours.
Tout n’a pas la même valeur dans cette œuvre énorme qui fut souvent le fruit de
l’improvisation conservée seulement par les notes des sténographes. Cette œuvre
oratoire finalement révèle fort bien la manière dont saint Augustin concevait la
prédication chrétienne. D’ailleurs, il a donné une description de sa méthode oratoire dans
le livre IV du « De doctrina christiana » qu’il écrivit en 427 vers la fin de sa vie et qui
traduit sa longue expérience :
« Le prédicateur doit viser moins à l’éloquence proprement dite qu’à la sagesse dont il
puisera les secrets dans l’Écriture Sainte. L’orateur sacré doit parler de façon à ce
qu’on l’écoute : « intelligenter » intelligiblement, grâce à la clarté de sa doctrine ;
« libenter » avec plaisir, à cause de la clarté de sa diction ; « obœdienter »
convainquant, par la force qui entraîne l’assentiment de la volonté. La parole de
l’orateur sacré doit être humble pour instruire, modérée pour plaire, grande pour
convaincre ; en tout cela doit dominer la charité pour exalter la vérité qui doit
briller, plaire et toucher ».
Ces principes, il ne cessera de les mettre en pratique dans sa prédication à Hippone, à
Carthage et partout où ses collègues dans l’épiscopat faisaient appel à ses services. À
Hippone il prend la parole le samedi et le dimanche, très souvent aussi en semaine, selon
les occasions et les circonstances, même devant un petit auditoire : un jour de saint
Laurent, la petite assistance se voit gratifiée d’un tout petit discours : « pauci audite
7
pauca » ; le nombre, le rythme varièrent selon les nécessités et le temps liturgique.
À l’église, pendant qu’il parlait, il avait des sténographes qui saisissaient au vol ses
paroles et les notaient. Il y fait allusion :
« Il a plu à nos frères, non seulement d’ouvrir à mes paroles leurs oreilles et leur
cœur, mais de les reproduire par écrit : je dois donc songer non seulement à mes
8auditeurs mais à mes lecteurs ».
Il surveille de près les copies authentiques de ses discours comme aussi de ses
conférences contradictoires ; il entend avoir toujours une copie de tout ce qui est sorti de
sa plume ou de ses lèvres. Le sermon bref est rare (le sermon 230 a 11 lignes, le 231, 9
lignes). Augustin a plutôt tendance à la prolixité : « Un psaume court, dit-il une fois,
mais un bien long sermon ! » (sur le Ps. 120) reconnaît-il avec humour. La durée
moyenne de la prédication est d’une heure.

7
Sermon 303, 1.
8
Narration sur le Ps. 51. 1
Saint Augustin & l’épiscopat
— 7 — 17/03/11 Il lui arrive de répéter pour faire entrer dans l’intelligence de l’auditoire les vérités qu’il
veut faire comprendre pour l’instruction de ses auditeurs ; lorsque les répétitions ne
suffisent pas, accourent sur ses lèvres les images concrètes faciles à retenir :
« Il y a 10 commandements de Dieu, il y a 10 plaies d’Égypte, ce n’est pas l’effet du
hasard : les 10 plaies frappent le peuple du pharaon, les 10 commandements
instruisent le peuple de Dieu, à chaque plaie correspond un commandement. »
Il passe en revue de façon parfois curieuse les merveilles de la nature pour capter
l’attention, ex. : la pyrite de Perse qui brûle la main qui la tient ; l’aspic qui pour résister
aux accents charmeurs se bouche les oreilles en en collant une sur le sol et en
introduisant le bout de sa queue dans l’autre. etc.
Il inaugure des dialogues, ainsi au sermon 56, sur la demande du Pater « Remets nous
nos dettes », il s’arrête et interroge :
« Et maintenant tu vas me demander : Vous aussi, évêques, vous êtes débiteurs ? —
Nous aussi nous le sommes — Vous aussi ? ne parlez pas ainsi, Monseigneur ne vous
faites pas cette injure. — Oui, je dis la vérité, nous sommes nous aussi débiteurs. »
Il émaille ses sermons de souvenirs personnels et de faits vécus comme aussi d’allusions
à des événements récents. L’auditoire n’est pas passif : il lui faut quelquefois réclamer le
silence ; selon la teneur de son exposé, on interroge, on applaudit, on crie, on exulte ou
on réagit. Les jours de fête la basilique est envahie par la foule, il y a là beaucoup
d’indifférents, l’évêque le sait, il s’efforce de convertir ses auditeurs occasionnels en
sachant qu’il n’y parviendra guère :
« Je ne vous ennuie pas davantage, j’ai libéré mon âme, je n’ai pas voulu vous effrayer,
9
ce serait une honte pour moi de vous tromper ».
Bien plus qu’aux vastes auditoires qui le fatiguent, Augustin préfère les habitués de ses
homélies, ceux qu’il voit presque chaque jour revenir au pied de la cathèdre. Il est vrai
que l’art oratoire qui s’inscrivait dans une longue tradition amenant les auditeurs au
forum ou à l’église pour entendre de beaux discours, était aussi une « distraction » et les
fidèles avaient d’autant plus de mérite quand le sermon était long, qu’ils se tenaient
debout dans la nef. Il doit parfois ramener le silence dans l’assemblée :
« Que votre charité me prête un peu son attention. Calmez votre tumulte, vous avez
10
besoin d’un cœur tranquille, d’une foi pieuse et sincère, d’une attention religieuse » .
Quand Augustin se rend compte que les auditeurs commencent à se lasser, il coupe
court : « Tournons-nous vers le Seigneur », dit-il alors, et il ajoute souvent la prière
suivante :
« Rendons-lui d’abondantes actions de grâce, implorons ardemment sa grande bonté
afin que dans sa miséricorde il daigne exaucer nos prières, éloigner par sa puissance
l’ennemi de nos âmes, augmenter en nous la foi, gouverner notre esprit et lui accorder
de salutaires inspirations, nous conduire enfin au bonheur éternel, par Jésus Christ
son Fils, notre Seigneur qui, dans l’unité du Saint Esprit, vit dans les siècles des
11siècles ».

9 Sermon 40.
10
Sermon 126.
11
Sermon 34.
Saint Augustin & l’épiscopat
— 8 — 17/03/11 Au cours des longues années de son ministère, Augustin a été amené à exposer à ses
auditeurs d’Hippone ou d’ailleurs à peu près tous les problèmes soulevés par le dogme, la
morale et les sacrements ; quel que soit le thème, Augustin ne cesse de prêcher le
Christ, de le donner en exemple à chacun. Quand il parle de la grâce, il ne se lasse pas
de répéter qu’elle est un don gratuit et que Dieu opère en nous « le vouloir et le faire ».
Si parmi les devoirs de l’évêque un des plus importants consiste à parler à son peuple, on
doit dire qu’à cette tâche Augustin s’est montré extrêmement fidèle.
2. Augustin, Docteur de son peuple,
Augustin fut le Docteur de son peuple et il le reste pour tous les hommes à travers le
temps et l’espace, par ses écrits.
On reste confondu devant la dimension de l’œuvre écrite de saint Augustin et on se
demande comment un pasteur aussi occupé que lui, pouvait trouver le temps d’écrire
d’une façon aussi abondante, profonde, précise, généreuse et quasi exhaustive.
Disons d’abord quelques mots de sa correspondance dont la valeur est de la plus grande
importance pour connaître la vie, l’influence et même la doctrine de l’évêque d’Hippone.
La correspondance dans l’antiquité était un art véritable qui avait ses lettres de noblesse,
ses règles de composition, ses particularités. Les manuels épistolaires donnaient toutes
les directives : on mentionnait les titres à employer selon le destinataire, la longueur à
donner à la lettre, le rythme des phrases. Les courriers étaient rares, surtout pour les
missives à faire parvenir outre-mer. L’auteur prenait ou faisait prendre copie de toutes
les lettres qu’il écrivait, à toutes fins utiles, si l’original venait à s’égarer en route.
Quand il fut devenu évêque, Augustin se trouva amené par les circonstances à écrire et à
recevoir des lettres fort nombreuses. Très vite les regards se tournèrent vers lui des
parties des plus éloignées de l’Empire, de l’Espagne, de la Gaule, de la Palestine ; on
s’adressait à lui comme à celui qui est le plus capable de donner des consultations sur les
sujets les plus variés et de résoudre les questions les plus difficiles en matière de dogme,
de morale, d’exégèse. Il ne reste que 217 lettres écrites par lui, on peut considérer que
beaucoup ont été perdues, ont disparu.
Les lettres de pure amitié occupent peu de place ; la plupart sont de vrais opuscules
sinon de véritables traités sur La Trinité, sur la présence et la vision de Dieu, sur
l’Incarnation et la Vierge Marie, sur la Grâce, sur les devoirs des évêques et des prêtres,
sur les vertus chrétiennes, sur la vie religieuse, etc.
Ses correspondants s’appellent Paulin de Nole qui a été séduit par ses premiers livres
déjà publiés, saint Jérôme qui réalise une nouvelle traduction la Bible en latin, des
évêques hérétiques qu’il interpelle et à qui il fait la leçon : Macrobe qui vit à Hippone,
Maximum de Sinitum, Honorat de Caloma, Émeritus de Césarée, Vincent de Cartenna ;
mais aussi ses confrères dans l’épiscopat catholique : Donat de Murtugenna, Aurèle de
Carthage, Alype de Thagaste, Sévère de Milève, etc. Deux longs traités sont adressés à
Vincent le Rogatiste (lettre 93) et au tribun, Boniface (lettre 185). Il répond avec
beaucoup d’à-propos et d’onction aux païens de Madaure (lettre 242) qui lui écrivent
pour le féliciter, et à ceux de Talama (lettres 90-91 et 103-104) qui craignent pour leurs
biens et pour leurs personnes. On parlera beaucoup de sa réponse à Valusien, un riche
seigneur de Rome qui lui pose des questions sur l’Incarnation (lettres 132-135, 136-137
et 138), Cassien et Théodoret s’en serviront dans leurs controverses théologiques.
Saint Augustin & l’épiscopat
— 9 — 17/03/11 Il écrit aux fonctionnaires de tout rang et de tout ordre qui sont chargés de
l’administration civile ou militaire de l’Afrique.
Prêtres, diacres, clercs n’hésitent pas à l’interroger. Hommes et femmes de toute
condition arrivent à Augustin simplement quelquefois pour le seul désir de recevoir de lui
une réponse, on dirait aujourd’hui pour enrichir leur collection d’autographes ! Ainsi un
certain Cristin ; et un nommé Audax, qui porte bien son nom, donne à l’évêque le titre
pompeux d’« oracle de la loi » et d’« instaurateur de la gloire spirituelle ». Il demande à
Augustin une longue réponse et, pour l’obtenir, il termine par une petite pièce de vers.
Augustin, non sans humour, lui répond qu’il peut lire ses ouvrages et venir entendre ses
sermons (lettre 260-261). Tel Discore qui pose un problème philosophique ou
théologique (lettre 118-119), tel Consentius qui demande des éclaircissements sur le
mystère de la Sainte Trinité (lettre 119-120), un autre, Lætus, des conseils pour la
conduite de sa vie, un autre, Lampadius, est obnubilé par la magie ; une autre, Ecdicie,
bonne chrétienne d’action catholique (nous dirions aujourd’hui) manque de prudence,
étant un peu tête folle, il faut la calmer (lettre 262), tels fiancés demandent la
préparation au mariage (lettres 252 à 255).
Au sujet de Pélage, il écrit au Pape Innocent et lui demande la condamnation solennelle
de l’hérésie (lettre 277). Il a quelques démêlés avec le Pape Zozime, esprit quelque peu
brouillon et irréfléchi. Il fait part de quelque découragement au Pape Célestin à propos de
l’affaire d’Antoine de Fusala.
On s’adresse enfin à lui pour des questions de vocation sacerdotale ou religieuse.
Une correspondance aussi considérable n’a pas été une sinécure. Saint Augustin,
qu’absorbent tant d’autres besognes, tout en se plaignant quelquefois d’avoir fait
longuement attendre la réponse, ou d’écrire plus brièvement qu’il ne le voudrait, s’efforce
toujours de satisfaire tous ceux qui s’adressent à lui. Avec une complaisance inlassable,
une bonne grâce qui force l’admiration, il distribue largement les encouragements, les
conseils, les exhortations, les leçons : là encore, Augustin est pleinement Docteur de la
foi.
3. L’enseignement d’Augustin
Mises à part les Confessions, et laissant de côté les œuvres philosophiques qui datent de
la période qui précède ou qui suit immédiatement son baptême, il est nécessaire de dire
quelques mots des œuvres polémiques, apologétiques, exégétiques, dogmatiques,
morales et pastorales. Il n’est pas question évidemment, dans le temps qui nous est
imparti, de donner le détail de cette colossale production, ni de fouiller tous les replis
d’une pensée aussi dense que diverse, encore moins d’en dégager la théologie sous-
jacente ou exprimée. Contentons-nous humblement d’en proposer quelques aspects :
1. Les écrits polémiques :
Ils sont tous combatifs et ne se distinguent des écrits dogmatiques que par leur forme
parfois agressive, ou par leur destinataire ; tous sont consacrés à des sujets doctrinaux.
Quels que soient les hérétiques auxquels il s’adresse et qu’il combat, saint Augustin ne se
contente pas de les réfuter, il établit positivement, à l’occasion de l’exposé de leurs
erreurs, la doctrine catholique authentique. Augustin a surtout lutté contre les
Manichéens, les Donatites, les Pélagiens et les Ariens.
- Les Manichéens :
Saint Augustin & l’épiscopat
— 10 — 17/03/11

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