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L'esclavage aux Antilles Françaises avant 1789 de Lucien Peytraud (Editions 14.6)

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L’ESCLAVAGE AUX ANTILLES FRANÇAISES AVANT 1789 D’après des documents inédits des Archives coloniales LIVRE I – CHAPITRE I Établissement des Français dans les Antilles LUCIENPEYTRAUD LIVRE I LES FRANÇAIS AUX ANTILLES. – LA TRAITE « Traite et esclavage sont deux faits presque corrélatifs, presque solidaires. » (Schœlcher, L’Esclavage pendant les deux dernières années, II, 317.) CHAPITRE I ÉTABLISSEMENT DES FRANÇAIS DANS LES ANTILLES « Nulle nation au monde ne fournit des hommes plus intrépides que nos voyageurs et nos commerçants. » (P. Leroy-Beaulieu,op. cit., p. 110.) I. –Persistance de l’esclavage dans la péninsule ibérique jusqu’aux temps modernes. – Extension nouvelle qu’il prend e en Amérique par la traite des noirs auXVIsiècle. – Las Casas. – Les Français n’ont fait que suivre l’exemple des Espagnols et des Portugais Les progrès de la civilisation, après avoir transformé peu à peu l!esclavage antique en servage pendant les premiers siècles de notre ère, avaient amené sa disparition à peu près complète dans l!Europe 1 e chrétienne vers la fin du Moyen Age ; depuis lexsiècle, d!ailleurs, il n!avait plus subsisté réellement que dans des cas exceptionnels. Les Espagnols et les Portugais furent les derniers à le pratiquer dans 2 l!, comme les premiers à lancien continent!importer au Nouveau Monde. Ce fut, on le sait, la découverte de l!Amérique qui contribua surtout à développer la traite des nègres, commencée dès le milieu du e 3 xvsiècle .

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Publié le 20 octobre 2015
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LESCLAVAGE AUX ANTILLES FRANÇAISES AVANT 1789
Daprès des documents inédits des Archives coloniales
LIVRE I – CHAPITRE I Établissement des Français dans les Antilles
LUCIENPEYTRAUD
LIVRE I
LES FRANÇAIS AUX ANTILLES. – LA TRAITE
« Traite et esclavage sont deux faits presque corrélatifs, presque solidaires. » (Schœlcher, L’Esclavage pendant les deux dernières années, II, 317.)
CHAPITRE I ÉTABLISSEMENT DES FRANÇAIS DANS LES ANTILLES
« Nulle nation au monde ne fournit des hommes plus intrépides que nos voyageurs et nos commerçants. » (P. Leroy-Beaulieu,op. cit., p. 110.)
I. – Persistance de l’esclavage dans la péninsule ibérique jusqu’aux temps modernes. – Extension nouvelle qu’il prend e en Amérique par la traite des noirs auXVIsiècle. – Las Casas. – Les Français n’ont fait que suivre l’exemple des Espagnols et des Portugais
Les progrès de la civilisation, après avoir transformé peu à peu l!esclavage antique en servage pendant les premiers siècles de notre
ère, avaient amené sa disparition à peu près complète dans l!Europe 1 e chrétienne vers la fin du Moyen Age; depuis lexsiècle, d!ailleurs, il n!avait plus subsisté réellement que dans des cas exceptionnels. Les Espagnols et les Portugais furent les derniers à le pratiquer dans 2 l!, comme les premiers à lancien continent !importer au Nouveau Monde. Ce fut, on le sait, la découverte de l!Amérique qui contribua surtout à développer la traite des nègres, commencée dès le milieu du e 3 xvsiècle .
Les conquérants s!occupèrent d!abord d!exploiter les mines; mais ils s!aperçurent bien vite que les indigènes, assujettis à un travail excessif, ne résistaient pas suffisamment. Alors ils eurent en même temps recours à desengagés. Ce système allait être imité par les Fran-çais aux Antilles, et nous verrons combien il est fâcheux qu!on n!y ait pas persévéré davantage. Mais ces travailleurs libres ne contractaient que des engagements temporaires; de plus, comme ils étaient géné-ralement misérables, il était assez difficile de les acclimater; les profits étaient diminués par leur salaire; enfin, on trouva bientôt que leur nombre devenait insuffisant, dès qu!on se mit à cultiver la surface du sol, en vue d!en exporter les produits.
Comme on l!a dit pendant longtemps, comme on l!écrit même encore, ce serait Las Casas qui, désireux d!adoucir les misères des Indiens et préoccupé de convertir des idolâtres, aurait donné, le premier, l!idée d!employer des nègres d!Afrique. Cette question a prêté à de nombreuses et longues discussions, qu!il n!y a pas lieu de 4 reprendre ici. Avec Llorente et De Humboldt nous croyons que Las Casas a simplement contribué à étendre la traite; car il est sûr qu!elle avait été déjà introduite au Nouveau Monde dès 1501. Or la propo-sition de l!évêque de Chiapa d!amener des nègres pour soulager le sort des naturels ne date que de 1517; il obtint alors qu!on envoyât 4.000 esclaves de Guinée à Saint-Domingue. C!est surtout à partir de ce moment que le commerce des nègres fut régulièrement organisé, pour se développer rapidement dans des proportions considérables.
Ainsi la traite était devenue une véritable institution, lorsque les Français vinrent à leur tour coloniser les Antilles, dans la première e moitié duXVIIsiècle. Ils ne firent que suivre l!exemple qui leur était 5 donné par les Espagnols et les Portugais, imités déjà par les Anglais . Encore même ne paraissent-ils pas avoir songé tout d!abord à l!im-portation des noirs pour peupler les îles. Quelques indications sur les premiers établissements qu!ils y fondèrent vont nous montrer comment ils furent entraînés à recourir eux-mêmes à ce procédé inhumain. Puis, avant d!exposer comment ils pratiquèrent la traite, nous essaierons de prouver qu!ils auraient pu se passer d!esclaves, si la métropole avait su ou voulu encourager et organiser une émigration régulière de colons libres.
II. – Voyage de d’Esnambuc à Saint-Christophe (1625). – Premiers esclaves. – La Compagnie de Saint-Christophe (1626), appelée ensuite Compagnie des Iles de l’Amérique. – Les débuts de la traite française. – Occupation de la Guadeloupe, de la Martinique et dépendances. – Les flibustiers de Saint-Domingue
C!est à Saint-Christophe que les Français vinrent tout d!abord se fixer. En même temps s!y installaient les Anglais. Les Espagnols allaient 6 essayer de disputer aux uns et aux autres leur possession . Comme l!a remarqué justement un auteur, «dans le mouvement d!expansion e qui, depuis leXVIsiècle, porta les puissances maritimes de l!Europe occidentale vers le Nouveau Monde, chacune d!elles comprit que l!archipel des Antilles était l!avant-scène du continent Américain et 7 voulut y prendre pied».
Le P. Du Tertre, qui fut un des premiers pionniers de la colonisa-tion française aux îles d!Amérique et qui en a raconté les débuts dans un ouvrage des plus consciencieux et des plus intéressants, commence par l!histoire de Saint-Christophe, parce que, dit-il, «cette île a été
8 comme la pépinière qui a fourni toutes les autres îles». Belain 9 d!fit, en 1625, un premier voyage avec Urbain duEsnambuc y Roissey et quelques Normands. En arrivant, ils trouvèrent plusieurs compatriotes, venus on ne sait quand, et dont le chef, le huguenot 10 Levasseur , leur céda ses droits. Lorsqu!ils repartirent bientôt après, ils possédaient déjà deux forts «ezquels y a 80 hommes et des muni-tions pour leur conservation,et aussy des esclaves jusques au nombre de11 40ou environ». Ce sont les premiers esclaves qu!aient possédés les Français aux Antilles. Encore ne pouvons-nous savoir comment ils se les étaient procurés, car d!Esnambuc ne les avait sûrement pas amenés avec lui. Il est probable que c!était le résultat de quelque prise faite sur les Espagnols, à moins qu!ils ne leur aient été achetés régulièrement.
Quoi qu!il en soit, d!Esnambuc, «inspiré de Dieu, qui l!avait 12 choisi, écrit Du Tertre , pour être le père et le fondateur des colonies françaises dans les îles Cannibales», revint en France pour chercher 13 du renfort . Il rapportait surtout dupetun, c!est-à-dire du tabac. Il eut une entrevue avec Richelieu, auquel il fit un séduisant tableau des richesses de l!île, et presque immédiatement il obtint la création d!une Compagnie de Saint-Christophe et îles adjacentes. Les lettres patentes 14 qui la fondèrent sont du 31octobre 1626 . Il y est dit que d!Esnambuc et son compagnon ont découvert Saint-Christophe, la Barbade, «et 15 autres îles voisines toutes situées à l!entrée du Pérou». La Compa-gnie est formée, tant afin de faire instruire les habitants des îles en la religion catholique, apostolique et romaine, que pour trafiquer et négocier des deniers et marchandises qui se pourront recueillir et tirer 16 desdites îles et de celles des lieux circonvoisins . Richelieu fournit un vaisseau estimé à 8.000 livres et 2.000 livres en argent sur un capital total de 45.000. Dans la suite, il fut stipulé, par l!article X de l!acte de renouvellement de cette Compagnie, passé entre le cardinal et Jacques Berruyer, un des associés, le 12février 1635, qu!elle ne s!appellerait 17 plus queCompagnie des îles de l!Amérique.
18 Partis le 24, dfévrier 1627 !Esnambuc et du Roissey arrivent le 8mai, après un voyage des plus pénibles. Un certain nombre d!Anglais, commandés par le capitaine Waërnard, s!étaient trouvés débarquer précisément le même jour. Les Français partagent alors avec eux le territoire de l!île. Ils rédigent une convention pour maintenir entre eux des relations de paix et d!amitié. C!est l!article IV qui doit nous inté-resser spécialement. Il est ainsi conçu: «Lesdits sieurs gouverneurs ne pourront retirer aucuns hommes ouesclavesdans leurs habitations, qui ne leur appartiendra (sic), ainsi s!en tiendront saisis jusqu!à ce 19 qu!.ils se soient donné avis desdits hommes ou esclaves » (13mai 1627.) Ce texte confirme donc très nettement l!existence d!esclaves à Saint-Christophe. Tout ce que nous pouvons dire à ce sujet, c!est qu!ils n!avaient pas été importés par la traite française.
En effet, ce commerce spécial n!avait pas encore été organisé par les Français. Tout au plus allait-il commencer, quoiqu!il ne soit pas permis de préciser la date avec une absolue certitude. Nous consta-tons seulement qu!en vertu de lettres patentes du 24juin 1633 «le sieur Rosée, Robin et leurs associés, marchands de Rouen et de Dieppe, eurent permission pour dix ans detrafiquer seuls àSénégal, 20 Cap Vert etGambie, y compris les deux rivières». M.Pigeonneau écrit, à ce propos, qu!ils furent investis du «privilège du commerce 21 et de latraite des noirs». A vrai dire, le texte ne l!indique pas expres-sément. Toutefois, nous inclinons à penser comme lui que le trafic en question devait comprendre cetarticle, car il était dès lors d!ex-portation courante au Sénégal et en Guinée. «Le fort Saint-Louis s!éleva sous la protection d!une escadre commandée par Claude de Razilly et devint le principal siège des opérations de la Compagnie. De 1633 à 1635, deux autres sociétés, l!une malouine, l!autre parisienne, obtinrent également le monopole du trafic sur la côte d!Afrique, la première de Sierra-Leone au cap Lopez, la seconde du cap Blanc à Sierra-Leone, sauf sur les points réservés à la Compagnie normande 22 du Sénégal .» Mais il faut croire qu!aucune d!elles ne transporta tout
de suite beaucoup de nègres aux Antilles, car Du Tertre, qui ne parle nullement de vente de nègres à cette époque, nous apprend seulement qu!en 1635 Saint-Christophe reçut inopinément un secours consi-dérable, qui n!était autre qu!une cargaison d!esclaves. Un capitaine nommé Pitre, «ayant fait une riche prise de quantité de nègres sur 23 les Espagnols», les amena vendre à Saint-Christophe. C!est de ce moment que datent, en réalité, les commencements de la prospérité de cette île. On constata de mieux en mieux combien les nègres étaient plus résistants au travail, et chacun voulut désormais s!en procurer.
La même année, un conflit s!étant élevé entre les Français et les Anglais, nous voyons que les esclaves «étaient bien au nombre de 5 ou 600, conduits par des officiers français». Armés de coutelas et de serpes, ils «parurent aussi effroyables que des démons». Pour les déterminer à bien se battre, d!Esnambuc leur avait promis la liberté. Comme les Anglais ne voulaient pas souscrire aux exigences des Fran-çais, «ils furent forcés à cela par la terreur que les nègres jetèrent dans 24 l!esprit du petit peuple et des femmes anglaises».
Ainsi les premiers esclaves contribuèrent pour une bonne part à sauver la colonie naissante de Saint-Christophe. Il est probable que, s!ils avaient eu conscience de leur force, ils auraient pu se rendre maîtres de l!île. Mais leur intelligence n!allait pas jusqu!à la concep-tion d!un tel projet. Tranquilles du côté des Anglais, les Français continuèrent à organiser leur conquête. Il vint «des navires français et hollandais, qui amenaient quantité de nouveaux habitants etquel-quefois des esclaves mores, qu!ils allaient acheter en Guinée ou qu!ils prenaient sur les Espagnols le long des côtes du Brésil; et, comme ces nègres sont toute la force et la richesse des îles, la Compagnie en retirait déjà de grands revenus. Enfin, l!île se trouva si peuplée que l!on prit la résolution de faire de nouveaux établissements dans les îles voisines. M. de l!Olive, lieutenant de M. d!Esnambuc, entreprit celui 25 de la Guadeloupe .»
Il s!associa pour cette entreprise avec Du Plessis, et tous les deux passèrent à ce sujet avec les seigneurs de la Compagnie un contrat 26 en date du 14. Il y est bien question dfévrier 1635 !engagés, mais nous ne trouvons aucune disposition relative à l!importation d!es-27 claves. Le récit du voyage, fait par Du Tertre , nous indique, du reste, qu!il n!y en avait pas sur les deux navires de l!expédition qui, partis de Dieppe, emportant l!un 450 et l!autre 150 personnes, abordèrent à la Guadeloupe, le 28juin 1635. Après diverses péripéties, qu!il est superflu de rapporter, de l!Olive fut confirmé par la Compagnie en 28 qualité de gouverneur de la Guadeloupe, le 2.décembre 1637
D!autre part, d!Esnambuc, ayant choisi 100 hommes parmi les «vieux habitants» de Saint-Christophe, prit possession de la 29 Martinique en septembre 1635 . Il y installa comme gouverneur Jean Dupont; mais celui-ci, ayant été pris par les Espagnols en reve-nant à Saint-Christophe, fut remplacé par le neveu de l!Esnambuc, Duparquet,quireçutenmêmetempsquedel!Olive sa commission de la Compagnie.
30 La Tortue fut prise vers 1640 sur les Anglais par Levasseur . Duparquetfitpasseren1643àSainte-AlouzieouSainte-Lucie,aban-donnée par les Anglais, Rousselan, qui sut se concilier l!affection des 31 sauvages en épousant une femme de leur nation . En même temps, 32 De Brétigny s!. En 1648, les Français sinstallait à Cayenne !éta-blirent à Saint-Martin sous la conduite de De Latour, envoyé par De LongvilliersduPoincy,quiconclutunaccordaveclesHollandais.Cette même année, ils prirent Saint-Barthélemy avec Jacques Gentes; les Saintes avec De Mé, puis Hazier Dubuisson (1652); Marie-Galante avec Le Fort, puis Houël et De Blagny (1653). L!occupation de la Grenade fut faite par Duparquet (1650), celle de Sainte-Croix par de Vaugalan (1561). Celle de la Désirade ne saurait être préci-sée. Quant à la Dominique et à Saint-Vincent, elles furent laissées aux 33 sauvagesetdéclaréesneutres.
L!établissement desboucaniers, plus connus ensuite sous le nom 34 deflibustiers, sur la côte septentrionale de Saint-Domingue, date des e premières années duXVIIsiècle. Mais il ne commença à devenir régu-lier que lorsque ces aventuriers eurent été reconnus par la France, en 1664. La Compagnie des Indes occidentales choisit alors et fit agréer par le roi, comme gouverneur de la Tortue et de la côte française de 35 Saint-Domingue, d!, qui avait été déjà leur chefOgeron de la Bouère pendant plusieurs années.
Nous devons nous borner à rappeler ici le plus sommairement possiblecesindicationsindispensables.Maisqu!il nous soit permis, en passant, de rendre hommage à la valeur héroïque des fondateurs de nos colonies des Antilles.
III.rapide des Antilles. – Eléments divers de– Peuplement leur population: noblesse aventurière, – fonctionnaires et oiciers; – ordres religieux; – bourgeois; – engagés, volontaires ou forcés. – Ainsi, avant que la traite se fût développée, constitution d#une société capable de vivre par elle-même. – Mais le courant d#émigration ne fut pas entretenu
Dès le début, les îles se peuplèrent avec une rapidité étonnante. D!après son premier contrat, la Compagnie était tenue de transporter 36 4.000 colons. Or, l!édit de mars 1642 , qui la confirme dans ses privi-lèges, constate qu!elle en a introduit 7.000. Dans ces conditions ne sommes-nous pas en droit de nous demander si la colonisation n!au-rait pas pu aussi bien, et même mieux, être opérée uniquement par des travailleurs libres, sans recourir à la traite des nègres?
Comment se composait, en effet, cette population? Toutes les classes de la métropole lui fournissaient, plus ou moins, des représen-tants. Ainsi les chefs des premières expéditions appartiennent pour la
plupart à la noblesse. Les uns sont poussés par l!amour des aventures, les autres par l!insuffisance de ressources. Peut-être ne faut-il pas scru-ter le passé de chacun; le départ pour l!Amérique a pu aider certains à liquider une situation malaisée, ou bien à effacer quelque faute, à fuir la lettre de cachet qui les menaçait. Du moins, là-bas, ceux-là se sont rachetés en servant bien le roi, disons mieux, la nation, puisqu!alors c!est tout un. Après eux viennent les fonctionnaires, d!abord unique-ment ceux des Compagnies, puis les officiers du roi.
«A cette classe de haute lignée, qui versait au fonds social de la colonie l!entrain et l!audace sans scrupule, venaient s!en joindre d!autres qui tempéraient par un heureux alliage l!esprit général de la 37 société coloniale .» Il faut citer des premiers les religieux des divers ordres, Jésuites, Dominicains, Carmes, Capucins, Jacobins, Frères de la Charité, sans parler des religieuses. Dans l!histoire de la colo-nisation française, il n!est que juste de le dire, les serviteurs de Dieu sont toujours et partout partis en avant pour porter au loin, avec les principesdelareligionchrétienne,lerenometl!amour de la France. Ceux qui s!expatrient sont, en général, gens à l!esprit pratique et délié qui, tout en servant Dieu par leur propagande, croient aussi travailler à sa gloire en s!occupant des intérêts matériels de leur ordre. Ils se font au besoin médecins, architectes, ingénieurs, suivant les nécessités du moment; en tout cas, ils s!entendent à merveille à faire fructifier leurs propriétés; et, par surcroît, comme le P. du Tertre et le P. Labat, ils emploient leurs loisirs à nous retracer l!histoire des événements auxquelsilsontparticipé.
«Au-dessous de cette double aristocratie de naissance et de profession, ou plutôt à côté d!elle, car les distinctions de la métropole 38 se perdaient aux Antilles dans la fusion de toutes les classes blanches , venait l!élément bourgeois avec sa consistance héréditaire, son esprit de prudence et de patience pratique, sa laborieuse persévérance et sa 39 bienfaisante parcimonie .» Sans doute, ces bourgeois, qui se déci-daient à partir, n!étaient pas de ceux qui étaient déjà parvenus à une