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LITTERATURE DE JEUNESSE EN FRANCE : POINT DE REPERES HISTORIQUES « Point d’autre livre que le monde ; point d’autre instruction que les faits. »,Jean-Jacques Rousseau,L’Emile INTRODUCTION On abordera le livre de jeunesse du côté de l’enfant (son univecôté de l’histoire de l’édition (évolution de la production). Le livre, comme lesrs culturel) et du jeux et les jouets, est unobjet culturelqui agit sur les savoirs et sur l’imaginaire de l’enfant ; c’est aussi unobjet économiqueproduit par des professionnels depuis le XVe siècle (dès l’Antiquité, pour les jouets). C’est enfin, sous couvert de divertissement, un formidable outil d’éducation, voire de conformation. 1 Avant d’être écrite, la littérature était oraleet une partie continue de circuler « debouches à oreilles»: berceuses et chansons, formulettes et comptines, jeux régulés par une phrase rituelle ou un texte chanté. L’essentiel se transmet encore aujourd’hui en famille, dans les cours de récréation, via les disques et les cassettes: «Mais cet oral figé ne transmet plus qu’une forme tronquée de l’héritage puisque manquent la mélodie, la gestuelle et les conditions d’usage de ces petits textes. Une comptine sert à organiser le jeu. Elle impose aux enfants de se disposer préalablement en rond (le cercle de l’égalité des chances) et à l’énonciateur de garder à la parole sa valeur oraculaire (ne pas avoir choisi « sur qui ça va tomber » en calculant par qui commencer).

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LITTERATURE DE JEUNESSEEN FRANCE : POINT DE REPERES HISTORIQUES« Point d’autre livre que le monde ; point d’autre instruction que les faits. »,Jean-Jacques Rousseau,L’Emile
INTRODUCTIONOn abordera le livre de jeunesse du côté de l’enfant (son univecôté de l’histoire de l’édition (évolution de la production). Le livre, comme lesrs culturel) et du jeux et les jouets, est unobjet culturelqui agit sur les savoirs et sur l’imaginaire de l’enfant; c’est aussi unobjet économiqueproduit par des professionnels depuis le XVe siècle (dès l’Antiquité, pour les jouets). C’est enfin, sous couvert de divertissement, un formidable outil d’éducation, voire de conformation. 1 Avant d’être écrite, la littérature était oraleet une partie continue de circuler «debouches à oreilles»: berceuses et chansons, formulettes et comptines, jeux régulés par une phrase rituelle ou un texte chanté. L’essentiel se transmet encore aujourd’hui en famille, dans les cours de récréation, via les disques et les cassettes: «Mais cet oral figé ne transmet plus qu’une forme tronquée de l’héritage puisque manquent la mélodie, la gestuelle et les conditions d’usage de ces petits textes. Une comptine sert à organiser le jeu. Elle impose aux enfants de se disposer préalablement en rond (le cercle de l’égalité des chances) et à l’énonciateur de garder à la parole sa valeur oraculaire (ne pas avoir choisi « sur qui ça va tomber » en calculant par qui commencer). Rien de plus national 2 que cette culture orale de la petite enfance.» . Deuxcollections tiennent particulièrement bien le pari de conserver, dans l’écriture, la vivacité et la variété des voix passées(contenu, typographie…) :Collection A petits petons, Didier Jeunesse (Bascule(hors collection citée),La Grosse faim de petit bonhomme,Les Trois pourceaux…)Collection Aux Couleurs du temps, Circonflexe (notamment sous la plume de Paul Galdone:Trois ours,Les Trois petits cochons,Poule Plumette)Pour que naisse une littérature enfantine autonome, distinguée des livres scolaires, il fallait que soient réunies plusieurs conditions:-que tous les enfants apparaissent dignes de cet investissement. Longtemps, cette littérature a été le privilège des enfants princiers. Après 1750, années prérévolutionnaires, le privilège s’étendaux enfants des classes montantes, promotion sociale et héritage culturel sont liés pour garantir l’avenir.-que l’enfant soit reconnu comme un publicà partavec des goûts et des besoins propres. Si, au départ, le fond littéraire était commun aux enfants, et aux adultes, l’idée d’une spécificité fut portée par Jean-Jacques Rousseau, dansL’Émile. (Cependant Jean-Jacques Rousseau était réservé quant à la lecture, «ce fléau de l’enfance». SeulRobinson Crusoélui semblait digne d’être lu aux enfants à condition qu’il soit «débarrassé de tout son fatras »et qu’il commence« au naufrage de Robinson près de son île, et finisse à l’arrivée du vaisseau qui vient l’en tirer».)-que les techniques d’impression évoluent notamment pour la reproduction des images qui, peu à peu, ne vont plus seulement être considérées comme soutien du texte mais acquérir un statut propre jusqu’à occuper pleinement les livres, en empruntant diverses techniques.Gravures de bêtes, Olivier Besson, Thierry Magnier, octobre 2006(pour les techniques d’impression)Lire le résumé de la conférence, mars 2006,L'illustration enlittérature de jeunessepar Daniel Majawww.crdp.ac-creteil.fr
Si on parle d’explosion de la littérature de jeunesse depuis les années 1970, son histoire débute bien en amont. Même si trois quarts des collections actuelles sont postérieures à 1980, l’édition (surtout celle destinée auxenfants) est étroitement ancrée dans un passé social et politique, dépendante des valeurs et des rapports sociaux des époques qui la portent. Les débats autour de la formation des jeunes générations sont cruciaux et, même si les objets de travail et les discours évoluent, des questions de fonds persistent: qu’est-ce qu’un enfant? que lui transmettre? à quoi sert la littérature?1 Les programmes demandent de lier oral et écrit: lecture à haute voix (maître/élèves), récitation ou diction de textes littéraires, rappel des récits lus, dictée à l’adulte de textes narratifs, débats.2 Isabelle Nières-Chevrel, «Faire une place à la littérature de jeunesse»,La Revue des Livres pour enfants n° 206, septembre 2002, p. 52
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LESRACINES:PROFONDES,VIVACESETINVISIBLES
UN PUBLIC ENFANTIN RARE ET PASSIF
Moyen-ÂgeBestiaire: genre littéraire fondateur. À partir de l’observation supposée objective de la nature et de ses habitants, tirer des règles morales pour les humains.En littérature, l’animal a souvent valeur symbolique.
Dès l’époque carolingienne, au IXe siècle, entre les pages, dans leslivres d’heuresdes mères de famille (livres de prières) des passages étaient consacrés aux enfants: arithmétique, fables, bestiaires, proverbes, contes, abécédaires, vies des saints… Autant de genres littéraires dont le public enfantin et juvénile, souvent sous forme orale, peut être destinataire, dans la famille ou dans un cadre scolaire, pour les rares enfants bénéficiant d’une instruction. Les manuscrits sont encore rares et coûteux. Dans la noblesse, surtout dans les cours princières, certainssont nommément adressés à des enfants. (Rôti Cochonestun manuel d’apprentissage de la lecture… savoureux)
INSTRUIRE EN PLAISANT:«SPLENDISSIMI COSTUMI»(MANIERES MAGNIFIQUES)
Les genres précités se retrouvent à la Renaissance. Les éditeurs s’adaptentau public XVeXVIeenfantinen jouant sur l’objet livre: format réduit, gros caractères, gravures sur bois. Ces critères marquent l’intention de toucher un lectorat qui lit peu et/ou mal (adultes des milieux populaires et enfants). Ainsi, les lecteurs apprennent à«déchiffrer» une image et à «lire» une carte en embrassant la page d’un regard synthétique, à analyser les éléments d’un discours à l’aide de la vue, au lieu de le décoder lentement en l’«écoutant» intérieurement comme ils avaient encore tendance àle faire. Les livres pour enfants se répartissent en deux domaines: d’une part apprentissages scolaires et religieux, d’autre part, une morale présentée dans un cadre fictionnel.Dans une préface au petit catéchisme de Canisius, Jacques Froye prône unepédagogie de la mémoire et une éducation par la douceur (recours à l’amour maternel) :«… et de poinct en poinct leur feront souventes fois répéter, iusques mesmes à leur faire apprendre par cœur. Pour ceste cause leur déclareront bien souvent d’une grande et cordiale affection, en paroles et sentences, non seulement mesurées et compassées à l’intelligence de la jeunesse, mais aussi douces et aimables, comme procédantes de certaine affection et amour, tel qu’une mère porte à ses enfants… ».
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Des genres qui persistent et se renouvellent:AbécédairesBestiairesContesLivres de comptesRoman de Renart: diverses versions (Voir Documents d’application (Littérature [2] , p. 110)Cycle 2: voir dans Poésie les sélections dans Comptines, Abécédaires et jeux langagiers
Ce souci reste contant aujourd’hui où les éditeurs pensent à l’habillage des œuvres (images, découpage des textes, dossier documentaire…) pour être massivement lus, mieux correspondre aux capacités de lecteurs hétérogènes (voir l’évolution du Livre de poche, celle des livres de poche de chez Gallimard..).
Les programmes évoquent le goût de lire: «il convient de travailler l’interprétation, car elle permet l’implication des élèves, par la lecture à haute voix du maître et le partage avec les autres sous forme de lecture cadeauou de conseilsde lecture, enfin par la lecture littéraire qui développe, en plus du plaisir de l’identification, le plaisir esthétique, intellectuel et culturel. », Dictionnaire de la littérature de jeunesse,Christine Boutevin & Patricia Richard-Principalli, Vuibert, p. 201
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1587:En faveur et utilité de la jeunesse Lorsque les frères Mallard publient à Rouen une édition illustrée de cesfables, ils précisent dans le titre« En faveur et utilité de la jeunesse».
Érasme, dans saCivilité,définit ce que doit être un livre pour enfants:« Est-il rien de plus délicieux que les fables des poètes ? Leurs séduisants attraits charment à écouter les oreilles enfantines… Quoi de plus plaisant à écouter pour un enfant que les apologues d’Esope qui, par le rire et la fantaisie, n’en transmettent pas moins des préceptes philosophiques sérieux ? (…) « …il les apprendra plus volontiers et s’en souviendra mieux si on lui en présente les sujets sous les yeux, habilement figurés, si tout ce que raconte l’histoire lui est montré sur l’image. »
On voit apparaîtreune des premières formes de littératurequand, pour rendre vivant l’apprentissage de la langue latine, on introduit un cadre fictionnel avec des enfants et des dialogues: les lecteurssont conviés à s’identifier à ces personnages pour assimiler vocabulaire et tournures de phrase dans des situations quotidiennes: famille, rue, école.
ÉMERGENCE DU PUBLIC ENFANTIN:"...QUE LES ENFANTS SUCENT LES FABLES AVEC LELAIT"
XVIIème siècle1643: La Mazarine,fut la première bibliothèque publique ouverte à tous, presque un siècle avant le Bibliothèque Royale (1735)
er 16681 recueildédié au dauphin, Louis de France, âgé de 8 ans. 124 fables dont Le Corbeau et le Renard,Le Chêne et le Roseau,Le Lièvre et la Tortue.
16782ème recueildédié à Mme de Montespan, maîtresse du roi. 87 fables moins bien reçues. Des pièces sont restées célèbres: Les Animaux malades de la peste,Le Rat et l'Huître. Dernier livre: 1693.
L’évolution amorcée au XVIème siècle se poursuit à l’âge classique, tant pour le marché du livre que sur le plan de l’ajustement des contenus aupublic enfantin. La distribution s’organise autour de laBibliothèque Bleue,distribuée par colportage, et des livres scolaires. Ces derniers fournissent aux collèges des Jésuites ou des oratoriens les éditions classiques annotées et commentées, grammaires et dictionnaires, les manuels pour les élèves, souvent rédigés par les enseignants de ces établissements.
Non écrites pour les enfants, lesFablesde La Fontaine connaissent un succès immédiat. Inspirée d’Esope, elles puisent dans une œuvre indienne (lePañcatantraouPantchatantra), un art de gouverner à l’usage du prince, un recueil de contes publié avant 570 et introduit en Occident autour de 750 dans une version arabe (Le Livre de Kalila et Dimna). La Fontaine affirme dès son premier recueil sa conception d’un genre destiné à allier instruction et agrément :"En ces sortes de feintes il faut instruire et plaire."(VI, 1). Instruire ? La Fontaine le dit moins gravement quand il s'adresse au chevalier de Bouillon (V, 1) :"Je tâche d'y tourner le vice en ridicule / Ne pouvant l'attaquer avec des bras d'Hercule."Plaire ? Il le faut, car"Une morale nue apporte de l'ennui"(VI, 1), et, d’autre part,"on ne considère en France que ce qui plaît, c'est la grande règle, et pour ainsi dire la seule"(Préface). La gaieté doit ici être entendue dans un sens raffiné :"Je n'appelle pas gaieté ce qui excite le rire, mais un certain charme; un air agréable qu'on peut donner à toutes sortes de sujets, même les plus sérieux"(ibid.).
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Fables d’Esope: plusieurs versions disponiblesp. 43. Voir Littérature [2], Voir aussiSouris et singeries, Leçons de vie tirées des fables d’Esope,Christopher Wormell, Circonflexe (adaptation cycle 2)
«L’élève doit comprendre que, bien qu’il soit reproduit(…)sur chaque page, le personnage est unique et que c’est à travers ses actions que se construit l’histoire… la qualité de la compréhension dépendde l’attention que l’élève porte au nom du personnage et à ses substituts. » Le Langage à l’école maternelle, CNDP, 2006
Fables de La Fontaine: plusieurs versions disponibles. Voir Littérature [2], pp.48-49Les Fables sont aussi recommandées au cycle 2.
Kalîla et Dimna, fables choisiesContes n°5Ibn Al-Muqafa Abd Allah-Alani Ghani: Voir Voir Littérature [2], p. 46Kalîla wa Dimnaest présenté comme étant une traduction desFablesde Bidpaï. À l’origine, ces fables animalières, tirées d’une épopée fondatrice de la civilisation indiennelePantchatantra –, auraient été écrites en sanskrit, vers 200, par un brahmane inconnu, équivalent d’Ésope pour la tradition indienne, puis traduites en persan et,au e VIsiècle, en syriaque. (Relier auxBestiaires)
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