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A propos des Grotesques (1844) : Gautier et l'échec littéraire - article ; n°1 ; vol.55, pg 441-458

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Description

Cahiers de l'Association internationale des études francaises - Année 2003 - Volume 55 - Numéro 1 - Pages 441-458
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 2003
Nombre de lectures 45
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Extrait

Mme Martine LAVAUD
A propos des "Grotesques" (1844) : Gautier et l'échec littéraire
In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 2003, N°55. pp. 441-458.
Citer ce document / Cite this document :
LAVAUD Martine. A propos des "Grotesques" (1844) : Gautier et l'échec littéraire. In: Cahiers de l'Association internationale des
études francaises, 2003, N°55. pp. 441-458.
doi : 10.3406/caief.2003.1511
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_2003_num_55_1_1511À PROPOS DES GROTESQUES (1844)
GAUTIER ET L'ÉCHEC LITTÉRAIRE
Communication de Mme Martine LAVAUD
(Centre Universitaire de Nîmes)
au LIVe Congrès de l'Association, le 10 juillet 2002
Avant d'avoir lu un seul de ses vers,
je lui portais déjà un tendre intérêt à
cause de son nom de Théophile, qui
est le mien, comme vous le savez ou
comme vous ne le savez pas. - C'est
peut-être une puérilité, mais je vous
avoue que tout le mal que l'on disait
de Théophile de Viau me semblait
adressé à moi, Théophile Gautier.
Th. Gautier, Les Grotesques, 1844.
En janvier 1834, Gautier donne à La France littéraire de
Charles Malo une étude consacrée à Villon : c'est la pre
mière d'une série de dix articles qui s'achève en juillet
1844 avec celui sur Scarron et forme le recueil des Gro
tesques-Exhumations littéraires, qui connaît cinq éditions du
vivant de l'auteur en 1844 (1), 1846, 1853, 1856 et 1859 (2).
Ce travail majoritairement consacré — si l'on excepte
« Villon » — aux poetae minores du XVIIe siècle, se prolon-
(1) Desessart, 2 vol.
(2) L'édition de 1846 paraît chez Levy, comme les trois suivantes. 442 MARTINE LAVAUD
géra avec deux autres notices sur Théophile de Viau (3) et
Saint- Amant (4), insérées dans Les Poètes français de Cré-
pet, en 1861, deux ans avant la parution du Capitaine Fra
casse (1863). Ce long cheminement des Exhumations litt
éraires montre à quel point le grotesque constitue une
donnée essentielle, peut-être même la donnée essentielle
d'une œuvre qu'il enveloppe et définit pour une large
part, non seulement chronologiquement, mais aussi ana
logiquement et symboliquement : car que furent Les
Jeunes-France de 1833, que sera L'Histoire du romantisme de
1868, sinon une procession d'éclopés de la littérature gro
tesques parfois au point de n'écrire rien, comme Jules
Vabre, auteur d'une œuvre restée à l'état de projet, à qui
Gautier pourtant consacre un chapitre (5) ? Esthétiqu
ement enfin, la réactivation étymologique des « grot-
tesques » (grutta), renvoyant aux fresques du palais de
Néron enterrées sous les thermes de Trajan avant d'être
exhumées par le XVe siècle finissant, aboutit à l'esthétique
de la chimère, des marginalia, des marginaux hantant les
tavernes de Fracasse, des murs balafrés de grottesques
enterrés sous le palais de Mademoiselle Dafné (1866). Toute
la stratification sémantique du grotesque se retrouve dans
l'œuvre de Gautier, à des niveaux divers, infiniment
nuancés (6).
(3) « Théophile de Viau », Les Poètes français. Recueil des chefs-d'œuvre de la
poésie française depuis les origines jusqu'à nos jours avec une notice littéraire sur
chaque poète, précédé d'une introduction de M. Sainte-Beuve, de l'Académie fran
çaise, sous la dir. d'Eugène Crépet, t. I [première période : du xne au
xvi- siècles], Paris, Gide, 1861, p. 443-448.
(4) « Saint-Amant », ibid., p. 501-505.
(5) Histoire du romantisme, ch. IV [« Le compagnon miraculeux »], Paris,
Charpentier, 1884, p. 34-43 (Genève, Slatkine Reprints, t. XI, 1978). On lit
notamment : « Jules Vabre était né sous une étoile enragée, comme dit de lui-
même le poëte Théophile de Viau, et la fatalité taquine déguisée en guignon
le poursuivit toujours » (p. 43).
(6) Sur cette question, lire Martine Lavaud, Théophile Gautier, militant du
romantisme, ch. II de la première partie [« Militantisme et subversion catégor
ielle : l'écriture paradoxale des Grotesques »], et ch. II de la troisième partie
[« Écrits de la marge : romans de la résistance grotesque »], Paris, Champ
ion, « Romantisme et Modernités », n° 45, 2001, p. 67-94 et p. 419-446. LES GROTESQUES 443
Surtout elle forme l'expression diffuse, obsédante et
cependant conjurée de l'échec littéraire, car l'œuvre de
Gautier livre une hantise de la chute parmi les écrivains
de second ordre. Le grotesque doit donc être envisagé non
seulement comme objet, mais aussi comme expérience
personnelle et critique : le portrait, voire l'autoportrait de
Gautier en grotesque l'ont fait se livrer à une mise en
scène de la comédie de la mort littéraire, et surtout envisa
ger une autre pratique de la critique dont il s'agira d'ap
précier les implications et la valeur.
(AUTO)PORTRAIT D'ALBERTUS EN GROTESQUE
En bon romantique, Gautier possède une conscience
immédiate de l'échec littéraire comme processus que le
développement de la presse mercantile menace d'accélér
er. Cela se manifeste sur trois plans : thématiquement
d'abord, par le choix de « ratés » de la littérature ; histor
iquement ensuite, parce que le simple mot de grotesque
projette désormais l'ombre portée de Hugo sur quiconque
tente d'aborder le sujet ; génériquement enfin, parce que,
pour un poète plaçant la création au pinacle, céder à l'ap
pel de la critique, sorte de zone frontalière de l'écriture,
c'est d'une certaine manière déchoir, ce que Nodier
d'ailleurs, dans un article consacré à Cyrano de Bergerac
dans la Revue de Paris d'août 1831, avait déjà suggéré (7).
(7) Ces lignes, qui montrent comment le rêve de gloire « rétrécit » dans
l'écriture d'un article, sont révélatrices :
« Hélas ! disais-je l'autre jour en pensant tristement à ce qui reste
d'éventuel dans ma laborieuse vie, c'est donc là qu'aboutit ce qu'on appelle
une carrière d'homme de lettres ? Un oubli éternel après la mort, si quelquef
ois il ne prend les devants ! C'était bien la peine d'écrire ! [...].
« II faut bien, repris-je après un quart d'heure de méditation, qu'il m'ait
manqué quelque chose.
П m'en a manqué deux, ajoutai-je quand la demi-heure sonna.
La première, c'est le talent qui mérite la renommée.
La seconde, le bénéfice inexplicable du hasard qui la donne.
Et il arriva, par ce phénomène de psychologie, qui est inexplicable aussi,
mais qu'on est convenu d'appeler la liaison des idées, que je commençais
un article. » 444 MARTINE LAVAUD
Mais l'idée du grotesque revêt d'autant plus d'impor
tance qu'elle est ce par quoi Gautier définit son œuvre, et
surtout se laisse définir. Sa considération comme écrivain
de second ordre est tout sauf posthume, et cela déjà éton
nait Baudelaire :
II est une considération qui augmente la joie que j'éprouve à
rendre compte d'une idée fixe, c'est de parler enfin, et tout à
mon aise, d'un homme inconnu. Tous ceux qui ont médité
sur les méprises de l'histoire ou sur ses justices tardives,
comprendront ce que signifie le mot inconnu, appliqué à
Théophile Gautier (8).
La remarque n'est pas une boutade si l'on en juge par les
articles souvent hostiles aux Grotesques qui, développant
l'idée de la contamination de l'auteur par son sujet, n'a
ttendaient que la parution du recueil pour s'emparer d'une
arme facile. Un critique anonyme de L'Illustration du 2
novembre 1844 écrit ainsi que si,
dans deux cents ans un écrivain au goût dépravé, à l'esprit
paradoxal, s'avise de compléter cette collection que com
mence aujourd'hui M. Théophile Gautier, l'auteur des Gro
tesques y figurera sans doute au premier rang. Le critique du
vingt-et-unième siècle trouvera en effet abondamment, dans
les œuvres oubliées de son confrère du XIXe siècle, ces perles
que celui-ci avait tant de plaisir à chercher au milieu des
fum

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