Le Chien qui porte à son cou le dîné de son Maître

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VII.Le Chien qui porte à ſon cou le diſné de ſon Maiſtre.Nous n’avons pas les yeux à l’épreuve des belles,Ny les mains à celle de l’or :Peu de gens gardent un treſorAvec des ...

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VII. Le Chien qui porte à ſon cou le diſné de ſon Maiſtre. Nous n’avons pas les yeux à l’épreuve des belles, Ny les mains à celle de l’or : Peu de gens gardent un treſor Avec des ſoins aſſez fidelles. Certain Chien qui portoit la pitance au logis, S’eſtoit fait un collier du diſné de ſon maître. Il eſtoit temperant plus qu’il n’eût voulu l’eſtre, Quand il voyoit un mets exquis : Mais enfin il l’eſtoit & tous tant que nous ſommes Nous nous laiſſons tenter à l’approche des biens. Choſe eſtrange ! on apprend la temperance aux chiens, Et l’on ne peut l’apprendre aux hommes. Ce Chien-cy donc eſtant de la ſorte atourné, Un maſtin paſſe, & veut luy prendre le diſné. Il n’en eut pas toute la joye Qu’il eſperoit d’abord : Le Chien mit bas la proye, Pour la défendre mieux, n’en eſtant plus chargé. Grand combat : D’autres Chiens arrivent. Ils eſtoient de ceux-là qui vivent Sur le public, en craignant peu les coups. Noſtre Chien ſe voyant trop foible contre eux tous, Et que la chair couroit un danger manifee, Voulut avoir ſa part ; Et luy ſage : il leur dit : Point de courroux, Meſſieurs, mon lopin me ſuffit : Faites vore profit du ree. À ces mots le premier il vous happe un morceau. Et chacun de tirer, le main, la canaille ; À qui mieux mieux ; ils firent tous ripaille ; Chacun d’eux eut part du gaeau. Je crois voir en cecy l’image d’une Ville, Où l’on met les deniers à la mercy des gens. Échevins, Prevodes Marchands, Tout fait ſa main : le plus habile Donne aux autres l’exemple ; Et c’eun paſſe-temps De leur voir nettoyer un monceau de pioles. Si quelque ſcrupuleux par des raiſons frivoles Veut défendre l’argent, & dit le moindre mot ; On luy fait voir qu’il eun ſot. Il n’a pas de peine à ſe rendre : C’ebien-tole premier à prendre.
Fables de La Fontaine: Barbin & Thierry | Georges Couton