Madame Bovary — Mœurs de province
449 pages
Français

Madame Bovary — Mœurs de province

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Description

Fille d'un riche fermier, Emma Rouault épouse Charles Bovary, officier de santé et veuf récent d'une femme tyrannique. Elevée dans un couvent, Emma aspire à vivre dans le monde de rêve dont parlent les romans à l'eau de rose qu'elle y a lu. Un bal au château de Vaubyessard la persuade qu'un tel monde existe, mais le décalage qu'elle découvre avec sa propre vie déclenche chez elle une maladie nerveuse. Extrait : Et, tout en se moquant des comices, Rodolphe, pour circuler plus à l’aise, montrait au gendarme sa pancarte bleue, et même il s’arrêtait parfois devant quelque beau sujet, que madame Bovary n’admirait guère. Il s’en aperçut, et alors se mit à faire des plaisanteries sur les dames d’Yonville, à propos de leur toilette 

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 14 janvier 2013
Nombre de lectures 1 521
EAN13 9782824710655
Licence : En savoir +
Paternité, partage des conditions initiales à l'identique
Langue Français

Extrait

GUST A V E F LA U BERT
MAD AME BO V ARY
Mœur s de pr o vince
BI BEBO O KGUST A V E F LA U BERT
MAD AME BO V ARY
Mœur s de pr o vince
1877
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1065-5
BI BEBO OK
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Le te xte suivant est une œuv r e du domaine public é dité
sous la licence Cr e ativ es Commons BY -SA
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encourag é à le fair e .
V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.MARI E AN T OI N EJU LES SENARD
MEMBRE DU BARREA U DE P ARISA EX -P RESI DEN T DE L’ ASSEMBLÉE NA T IONALE
ET ANCI EN MI N IST RE DE L’I N T ÉRI EU R
Cher et illustre ami,
Permeez-moi d’inscrire votre nom en tête de ce livre et au-dessus même
de sa dédicace  ; car c’est à vous, surtout, que j’en dois la publication. En
passant par votre magnifique plaidoirie, mon œuvre a acquis pour moi-même
comme une autorité imprévue. Acceptez donc ici l’hommage de ma
gratitude, qui, si grande qu’elle puisse être, ne sera jamais à la hauteur de votre
éloquence et de votre dévouement.
GUST A V E F LA U BERT
Paris, 12 av ril 1857
n
1Pr emièr e p artie
2CHAP I T RE I
   l’Étude , quand le Pr o viseur entra, suivi d’un
nouveau habillé en b our g e ois et d’un g ar çon de classe qui p ortaitN un grand pupitr e . Ceux qui dor maient se ré v eillèr ent, et chacun
se le va comme sur pris dans son travail.
Le Pr o viseur nous fit signe de nous rasse oir  ; puis, se tour nant v er s le
maîtr e d’études  :
― Monsieur Rog er , lui dit-il à demi-v oix, v oici un élè v e que je v ous
r e c ommande , il entr e en cinquième . Si son travail et sa conduite sont
méritoir es, il p assera dans les grands , où l’app elle son âg e .
Resté dans l’angle , der rièr e la p orte , si bien qu’ on l’ap er ce vait à p eine ,
le nouveau était un g ar s de la camp agne , d’une quinzaine d’anné es
envir on, et plus haut de taille qu’aucun de nous tous. Il avait les che v eux
coup és dr oit sur le fr ont, comme un chantr e de villag e , l’air raisonnable
et fort embar rassé . oiqu’il ne fût p as lar g e des ép aules, son habit-v este
de drap v ert à b outons noir s de vait le gêner aux entour nur es et laissait
3Madame Bo var y — Mœur s de pr o vince Chapitr e I
v oir , p ar la fente des p ar ements, des p oignets r oug es habitués à êtr e nus.
Ses jamb es, en bas bleus, sortaient d’un p antalon jaunâtr e très-tiré p ar les
br etelles. Il était chaussé de soulier s forts, mal cirés, g ar nis de clous.
On commença la ré citation des le çons. Il les é couta de toutes ses
or eilles, aentif comme au ser mon, n’ osant même cr oiser les cuisses, ni
s’appuy er sur le coude , et, à deux heur es, quand la clo che sonna, le maîtr e
d’études fut oblig é de l’av ertir , p our qu’il se mît av e c nous dans les rangs.
Nous avions l’habitude , en entrant en classe , de jeter nos casquees
p ar ter r e , afin d’av oir ensuite nos mains plus libr es  ; il fallait, dès le seuil
de la p orte , les lancer sous le banc, de façon à frapp er contr e la muraille
en faisant b e aucoup de p oussièr e  ; c’était là le genre .
Mais, soit qu’il n’ eût p as r emar qué cee manœuv r e ou qu’il n’ eût osé
s’y soumer e , la prièr e était finie que le nouveau tenait encor e sa
casquee sur ses deux g enoux. C’était une de ces coiffur es d’ ordr e comp
osite , où l’ on r etr ouv e les éléments du b onnet à p oil, du chapsk a, du
chap e au r ond, de la casquee de loutr e et du b onnet de coton, une de ces
p auv r es choses, enfin, dont la laideur muee a des pr ofondeur s d’ e xpr
ession comme le visag e d’un imbé cile . O v oïde et r enflé e de baleines, elle
commençait p ar tr ois b oudins cir culair es  ; puis s’alter naient, sép arés p ar
une bande r oug e , des losang es de v elour s et de p oils de lapin  ; v enait
ensuite une façon de sac qui se ter minait p ar un p oly g one cartonné , couv ert
d’une br o derie en soutache compliqué e , et d’ où p endait, au b out d’un long
cordon tr op mince , un p etit cr oisillon de fils d’ or , en manièr e de gland.
Elle était neuv e  ; la visièr e brillait.
― Le v ez-v ous, dit le pr ofesseur .
Il se le va  ; sa casquee tomba. T oute la classe se mit à rir e .
Il se baissa p our la r epr endr e . Un v oisin la fit tomb er d’un coup de
coude , il la ramassa encor e une fois.
― D ébar rassez-v ous donc de v otr e casque , dit le pr ofesseur , qui était
un homme d’ esprit.
Il y eut un rir e é clatant des é colier s qui dé contenança le p auv r e g
arçon, si bien qu’il ne savait s’il fallait g arder sa casquee à la main, la laisser
p ar ter r e ou la mer e sur sa tête . Il se rassit et la p osa sur ses g enoux.
― Le v ez-v ous, r eprit le pr ofesseur , et dites-moi v otr e nom.
Le nouveau articula, d’une v oix br e douillante , un nom inintelligible .
4Madame Bo var y — Mœur s de pr o vince Chapitr e I
― Rép étez  !
Le même br e douillement de syllab es se fit entendr e , couv ert p ar les
hué es de la classe .
― P lus haut  ! cria le maîtr e , plus haut  !
Le nouveau , pr enant alor s une résolution e xtrême , ouv rit une b ouche
démesuré e et lança à pleins p oumons, comme p our app eler quelqu’un, ce
mot  : Charbovari .
Ce fut un vacar me qui s’élança d’un b ond, monta en crescendo , av e c
des é clats de v oix aigus ( on hurlait, on ab o yait, on trépignait, on rép était  :
Charbovari  ! Charbovari  ! ), puis qui r oula en notes isolé es, se calmant à
grand’p eine , et p arfois qui r epr enait tout à coup sur la ligne d’un banc
où saillissait encor e çà et là , comme un p étard mal éteint, quelque rir e
étouffé .
Cep endant, sous la pluie des p ensums, l’ ordr e p eu à p eu se rétablit
dans la classe , et le pr ofesseur , p ar v enu à saisir le nom de Charles Bo var y ,
se l’étant fait dicter , ép eler et r elir e , commanda tout de suite au p auv r e
diable d’aller s’asse oir sur le banc de p ar esse , au pie d de la chair e . Il se
mit en mouv ement, mais, avant de p artir , hésita.
― e cher chez-v ous  ? demanda le pr ofesseur .
― Ma cas. . ., fit timidement le nouveau , pr omenant autour de lui des
r eg ards inquiets.
―  Cinq cents v er s à toute la classe  ! e x clamé d’une v oix furieuse ,
arrêta, comme le os ego , une b our rasque nouv elle . — Restez donc
tranquilles  ! continuait le pr ofesseur indigné , et s’ essuyant le fr ont av e c son
mouchoir qu’il v enait de pr endr e dans sa to que  : ant à v ous, le
nouveau , v ous me copier ez vingt fois le v erb e ridiculus sum .
Puis, d’une v oix plus douce  :
― Eh  ! v ous la r etr ouv er ez, v otr e casquee  ; on ne v ous l’a p as v olé e  !
T out r eprit son calme . Les têtes se courbèr ent sur les cartons, et le
nouveau r esta p endant deux heur es dans une tenue e x emplair e , quoiqu’il
y eût bien, de temps à autr e , quelque b oulee de p apier lancé e d’un b e c
de plume qui vînt s’é clab ousser sur sa figur e . Mais il s’ essuyait av e c la
main, et demeurait immobile , les y eux baissés.
Le soir , à l’Étude , il tira ses b outs de manches de son pupitr e , mit en
ordr e ses p etites affair es, régla soigneusement son p apier . Nous le vîmes
5Madame Bo var y — Mœur s de pr o vince Chapitr e I

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