Coeur-de-Panthère

Coeur-de-Panthère

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Extrait : L'audacieux espion s'avança donc hardiment, rampant à la manière Indienne, invisible, silencieux, rapide comme un démon de la nuit. Partout la nuit noire ! Au travers d'un volet mal joint, au rez-de-chaussée, s'échappait un mince filet de lumière : deux ou trois clartés tremblotantes se montraient vaguement aux fenêtres de l'étage supérieur. Pas une voix, pas un son ne troublait le morne silence, si ce n'étaient les pleurs lamentables de la pluie ruisselante et le râlement obstiné du vent. Tous dormaient d'un sommeil de plomb, excepté ceux dont le devoir était de veiller ou ceux qui entretenaient les lumières brillant à leurs fenêtres... Et si des yeux étaient éveillés, si un cœur était inquiet, pourquoi ne serait-ce pas ceux de Manonie, de Cœur-de-Panthère ! À ce nom, les muscles de l'Indien se crispèrent dans ses mains brûlantes

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Nombre de lectures 29
EAN13 9782824712048
Langue Français
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GUST A V E AIMARD
COEU R-DE-P AN T H ÈRE
BI BEBO O KGUST A V E AIMARD
COEU R-DE-P AN T H ÈRE
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1204-8
BI BEBO OK
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Ont contribué à cee é dition :
– Gabriel Cab os
Fontes :
– P hilipp H. Poll
– Christian Spr emb er g
– Manfr e d KleinLicence
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compris à Bib eb o ok.CHAP I T RE I
Une hér oïne du désert
 ’  p as, sous le soleil, de p ay sag e plus splendide et plus riche
en b e autés sauvag es que le ter ritoir e à l’ ouest de la Nébrask a, surI le quel ce dér oulent les plaines de Laramie .
Pour le v o yag eur qui visite ces admirables contré es, ce nom de P laines
semble ine x act au pr emier ab ord ; car , avant d’y p ar v enir , il a dû gravir
les plus hauts plate aux des Montagnes Ro cheuses.
Cep endant le mot est v rai, c’ est bien une plaine dont il s’agit.
Le Fort Laramie , qui o ccup e un des p oints e xtrêmes, est situé au
confluent nord de la Nébrask a ou P lae , av e c un autr e cour s d’ e au qu’ elle
absorb e .
D es sour ces de la P lae à ce confluent la rivièr e dé crit un cer cle
immense d’ envir on quatr e-cents milles, embrassant dans son cour s
plusieur s chaînes de montagnes ég ales en hauteur .
D’un autr e côté , la rivièr e Laramie dont la naissance est pr o che de la
Nébrask a, entour e le r este du ter ritoir e , sur un diamètr e de soix
ante-et1Co eur-de-Panthèr e Chapitr e I
quinze milles, et complète ainsi la cir confér ence .
Cee enclav e constitue les fameuses plaines de Laramie .
Cee région n’ est p as seulement une prairie monotone et stérile ; on
y v oit des vallé es fertiles, riantes, couv ertes de forêts et de ré coltes ; des
cote aux admirables et v erdo yants ; de gras pâturag es ; des cour s d’ e au
ray onnant dans toutes les dir e ctions.
A u milieu des âpr es Montagnes Ro cheuses, c’ est un o asis, un Éden
inaendu.
T out autour , le colossal amphithéâtr e des hautes cimes s’élè v e dans sa
grandeur solitair e et for me un saisissant contraste av e c les b e autés plus
douces, plus har monieuses des vallé es ; on dirait les sour cils fr oncés de
sp e ctateur s g é ants jetant un r eg ard sé vèr e sur les folâtr eries gracieuses
de la natur e .
Le pic Laramie , p oint culminant de cee chaîne , s’élè v e à envir on
tr ente milles du fort qui a empr unté son nom : c’ est le centr e d’un p
aysag e incomp arable p ar sa splendeur et son immensité ; la v ue , que rien ne
limite , plane au-dessus des prairies incommensurables, jusqu’au lointain
Missouri. – C’ est le p oint de v ue des Basses- T er r es, en r eg ardant l’Orient.
– A u couchant c’ est tout un autr e asp e ct ; à p erte de v ue sur gissent des
tr oup e aux de montagnes dont les cr oup es luisantes ou sombr es, nues ou
b oisé es, r o cailleuses ou v erdo yantes, ondulent en tout sens. – T out un
p anorama de collines !
D eux de ces cimes méritent une mention p articulièr e : ce sont, le Ro c
Indép endance et la Porte-du-Diable . Ce der nier pic est un grand r o cher ,
sur le quel n’app araît p as la moindr e trace de vég étation, et qui s’élè v e ,
solitair e , à une hauteur de quatr e mille pie ds. Sur son e xtrême p ointe est une
espè ce de p ortique , œuv r e bizar r e de la natur e , et qui a donné son nom
à toute la montagne . Là s’ar rête une chaîne immense qui for me la
princip ale ossatur e des Montagnes Ro cheuses. D es Portes-du-Diable jaillit la
rivièr e Sw e et-water ( Eaux-D ouces) ; le br uit infer nal de ses cascades, les
b onds effrayants de ses flots à trav er s les r o ches aiguës, le gr ondement
continu des é chos, tout motiv e le nom sinistr e qui s’applique à ces mor nes
et imp osantes solitudes.
Nous sommes e n 1857-58. À cee ép o que , le fort K e ar ne y , situé à
envir on deux cents milles du Missouri, était le selement ( établissement)
2Co eur-de-Panthèr e Chapitr e I
le plus éloigné « du lointain Ouest ». Il est v rai que plus d’un av
enturier , plus d’un hardi pionnier de la civilisation, avait p oussé plus loin ses
e x cursions dans le désert ; il y avait des hues de chasseur s, de
squatter s ( défricheurs, colons), jusque sur les b ords de la P lae , jusqu’au pie d
des Montagnes Ro cheuses ; mais ces habitations clair semé es dans ces
immenses solitudes ne méritaient p as le nom de selements ; la contré e ne
p ouvait p as êtr e considéré e comme p euplé e .
Le mot de squaer implique ordinair ement l’idé e d’un for estier gr
ossier et illeré . Effe ctiv ement c’ est le cas le plus ordinair e : mais, comme il
n’y a p as de règle sans e x ception, on p ouvait tr ouv er , dans les plaines de la
Nébrask a quelques familles ayant app artenu aux classes distingué es de la
so ciété civilisé e . C’étaient, p our la plup art, des g ens qui avaient épr ouvé
des r e v er s de fortune ou des dé chir ements de cœur inguérissables, et qui,
fuyant le monde des villes, étaient v enus se r etr emp er aux vir ginales
magnificences de la solitude .
Là , au moins, ils vivaient tranquilles, ces e xilés, ces convalescents de
la civilisation ; mieux valait p our eux la r encontr e fortuite du Buffalo ou
de l’Indien que le contact quotidien de la p opulation des villes.
Le fort Laramie était, à cee ép o que , un p oste imp ortant p our la traite
des mar chandises ; c’était le r endez-v ous des Indiens chasseur s et
trafiquants, des trapp eur s ( chasseur s) de toutes les nations, des av entur eux
nég o ciants Américains. Il y avait, en tout temps, une g ar nison d’ envir on
tr ois cents hommes.
C’était là que s’ or g anisaient les caravanes p our le Golden State (
Région d’Or ), qui p assaient p ar la vallé e de la P lae , le Sw e et-water ,
SouthPass et Fort-Hall.
A u seuil des contré es montagneuses se tr ouvaient, p ar gr oup es de dix
ou douze , des habitations é chelonné es çà et là dans les plaines de Laramie ,
sur une étendue d’ envir on tr ente à quarante milles.
Nous air er ons l’aention du le cteur sur un de ces char mants er
mitag es. Son app ar ence e xtérieur e était mo deste , mais ré vélait des habitants
honorables. Il était situé près des confluents de la P lae et de Me
dicineBo w Riv er , à cinq milles de Sw e et-water , à quinze milles des
Portes-duDiable .
A u lieu d’êtr e installé e dans la vallé e – une des plus b elles de la
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contré e , – cee habitation était p er ché e comme un nid d’aigle sur la cime
d’un cote au, et disp araissait au milieu des feuillag es touffus. La p ente ,
p our y ar riv er , était hérissé e de r o cs menaçants, disp osés en for me de
lab y rinthe , et qui en r endaient l’accès difficile à tout autr e qu’un familier
de l’ endr oit.
Lor sque le v o yag eur , quiant les régions civilisé es, p énètr e dans les
déserts de l’Ouest, il est saisi p ar la nouv e auté sauvag e et grandiose de
cee natur e admirable : ce ne sont plus les p ay sag es alignés p ar le cray on
plus ou moins maladr oit des ar chite ctes, les p oints de v ue calculés p ar
la vieille r outine , le clinquant champêtr e au milieu duquel se p avanent
autour de leur s maîtr es des animaux dég énérés, atr ophiés p ar la
domestication. Ce n’ est plus le vieux monde défiguré p ar l’homme ; c’ est la ter r e
dans sa b e auté nativ e et fièr e , telle qu’ elle est sortie des mains du Cré
ateur .
La grande prairie se dér oule , moucheté e de v ertes forêts, de tr oup e aux
de buffles, de hordes de che vaux sauvag es, de loups, de daims b
ondissants ; et au milieu de cee immensité silencieuse , p asse l’Indien, rapide ,
agile , infatig able , sans laisser der rièr e lui la trace de ses p as, sans fair e
le moindr e br uit, sans fair e plo y er le brin d’herb e sur le quel son pie d se
p ose .
Le v o yag eur n’avance qu’av e c une émotion r esp e ctueuse qui r
essemble à de la crainte , mais dont le char me est ine xprimable .
Et p ourtant, si grande est la for ce des vieilles habitudes qu’il se tr ouv e
heur eux de dé couv rir le Fort Laramie après av oir trav er sé les quatr e cents
milles du désert de la Nébrask a : le moindr e é chantillon de la vie civilisé
est le bienv enu.
Du r este , il faut en conv enir , l’asp e ct de cee p etite colonie militair e
n’était p as sans offrir un certain arait ; on tr ouvait là une phy sionomie
p articulièr e aux g ens, aux bêtes, aux choses même ; il y avait comme un
r eflet du désert.
Il y avait même une Hér oïne demi-sauvag e , demi-civilisé e , dont
l’histoir e était une lég ende de la Prairie .
Manonie ou Cœur-de-Panthèr e , comme l’app elaient les Sauvag es,
était une « Face-Pâle ». Per sonne ne connaissait sa famille , si ce n’était
un chef Paw nie , Nemona, autr ement nommé Les Eaux Gr ondantes. Le
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pèr e de Nemona l’avait enle vé e à sa famille , dans l’État central d’Io wa ;
elle n’était alor s âg é e que de tr ois ans. Le sort de ses p ar ents r esta un
sombr e my stèr e ; la jeune fille elle-même avait ignoré que le sang de la
race blanche coulait dans ses v eines, jusqu’au moment où les officier s
du Fort Laramie le lui avaient appris, av e c for ce compliments. Un de ces
Messieur s avait même eu la p atience p er sé vérante de se fair e raconter p ar
les Indiens quelques brib es de son histoir e , et s’était ensuite empr essé de
lui fair e connaîtr e tout ce qu’il avait pu r e cueillir . Elle avait, du r este , été
honorablement et affe ctueusement traité e p ar ses amis blancs ; le
commandant du Fort l’avait pr esque adopté e et la considérait comme sa fille :
aussi avait elle p our toute la p opulation Face-Pâle une affe ction pr ofonde
qui avait e x clu de son esprit tout souv enir Indien.
Un notable guer rier des Paw nies, nommé W ontum, c’ est à dir e le
Chat-Sauvag e , avait demandé en mariag e Cœur-de-Panthèr e ; mais la
jeune fille avait r ep oussé av e c empr essement ses prétentions amour euses.
Un noble et or gueilleux sentiment de sa sup ériorité nativ e s’était éle vé en
elle et l’avait p orté e à accueillir c et aspirant sauvag e av e c un dé dain tel
que l’infortuné W ontum dût se r etir er honteux et confus.
Nemona ( le chef Paw nie dont nous ay ons déjà p arlé ) avait, contrair
ement à la coutume Indienne , une seule et unique femme qu’il affe ctionnait
et traitait av e c tous les ég ards p ossibles. Il entr eprit, av e c elle , d’inter
céder p our W ontum auprès de la jolie transfug e ; mais celle-ci n’avait plus
dans le cœur un seul atome de l’ esprit Indien ; toutes les instances fur ent
r ep oussé es av e c p erte . Il en résulta une certaine fr oideur entr e eux ; puis
sur vinr ent des pr op os piquants, enfin une r uptur e complète à la suite de
laquelle Cœur-de-Panthèr e fut invité e p ar Nemona à cher cher asile hor s
de chez lui. Ce fut à dater de cee ép o que que la jeune fille abandonna les
villag es Indiens.
Alor s W ontum p erdit toute esp érance , p our le moment ; mais il g arda
au fond de son cœur un sentiment indéfinissable qui tenait de l’amour et
de la haine , et qui n’était ni l’un ni l’autr e . Les dé dains de la jeune fille
p ar ur ent ine xplicables dans les tribus Indiennes ; et ce fût, même , à cee
o ccasion qu’ elle r e çût le nom de Cœur-de-Panthèr e : à l’ or eille des
sauvag es il dép eignait p arfaitement l’intraitable humeur dont Manonie avait
fait pr euv e env er s un de leur s plus brav es et plus sé duisants guer rier s.
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