Domnine

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Extrait : Voyons ! ne pleure pas, et laisse les méchants être méchants

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EAN13 9782824712314
Langue Français
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P A U L ARÈN E
D OMN I N E
BI BEBO O KP A U L ARÈN E
D OMN I N E
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1231-4
BI BEBO OK
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– Gabriel Cab os
Fontes :
– P hilipp H. Poll
– Christian Spr emb er g
– Manfr e d KleinLicence
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V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.CHAP I T RE I
’    fin de septembr e , mariant aux ardeur s plus
e x asp éré es de l’été près de son dé clin comme un sav our euxC avant-g oût des plénitudes automnales.
Les raisins ache vaient de mûrir ; les der nier s g erbier s r entrés, on s e prép
arait p our la v endang e . Les pê ches de plein v ent, quand les g ens p assaient
dans les vignes, semblaient fair e e xprès d’abaisser à p orté e des lè v r es la
car esse de leur chair tentante . L’air sentait une b onne o deur de p ampr e
et de ter r e é chauffé e , et p artout, sur les cote aux r etentissants du coup de
fusil des chasseur s, s’ entendait, endor meur et mélancolique , le « T u m’as
bu mon vin » de l’ ortolan.
Par mi tous les chasseur s sortis ce matin-là de Ro chegude , il en était
un qui, assurément, p ensait à autr e chose qu’à chasser .
Loin des chaumes et des cultur es, l’ar me r ejeté e sur l’ép aule et sans
pr endr e g arde aux supplications muees de son chien, il allait dr oit
devant lui à trav er s la colline , br o yant lavandes et cailloux sous les clous de
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ses forts soulier s, pr esque aussi p eu ému du br usque dép art d’une comp
agnie de p erdrix r oug es que de la chanson des d er nièr es cig ales obstiné es à
s’ég osiller , malgré la moisson faite , de chaque côté du sentier , sur l’é cor ce
aride des érables-lièg es.
Et même les cig ales semblaient l’intér esser davantag e .
— C’ est étrang e , se demandait-il : p our quoi, chez les Gr e cs,
honoraiton de l’épithète d’har monieux cet inse cte dont le vacar me ne me p ar ut
jamais aussi insupp ortable qu’aujourd’hui ? . . . Les Romains, eux, du moins,
tr ouvaient la cig ale enr oué e : « rauca cicada », dit Vir gile .
Né anmoins, à mieux é couter , ce chasseur v raiment fantaisiste obser va
que si, comme e x é cutant isolé , une seule cig ale manque de char me , dix
cig ales, vingt, cent cig ales, tout l’ or chestr e enfin des cig ales sonnant
ensemble , pr o duisaient, en effet, p ar mi les r o cs brûlés du soleil, les champs
où le mirag e ondoie , une caniculair e et discordante har monie qui
s’accordait à mer v eille av e c les b e autés sp é ciales du p ay sag e en cee saison.
On le v oit : malgré que les b osses de son chap e au mou, sa chaussur e
lourdement fer ré e et son costume en gr ossièr e étoffe lui donnassent à
distance quelque p eu l’asp e ct d’un braconnier camp agnard, M. Mé déric
Mir eur , gr os g ar çon réjoui, d’allur e un tantinet militair e , que les b onnes
g ens de Ro chegude , non sans une nuance de r esp e ct, app elaient affe
ctueusement M. Mé déric, g ardait dans l’ esprit un certain r este de cultur e .
A u sur plus, un e x amen plus aentif eut p er mis de constater que son
chap e au, de for me d’ailleur s confortable , était d’un feutr e fort lég er ; que
ses soulier s à lar g es semelles déb ordantes moulaient son pie d sous une
p e au sup érieur ement souple et fine ; que son gilet et que sa v este
ajustés av e c g oût p ortaient sur leur s b outons des têtes de sanglier et de cerf,
emblème cy nég étique p artout adopté p ar la jeune b our g e oisie française ,
même dans les p ay s où, comme à Ro chegude , il n’y a plus ni cerfs ni
sanglier s, et qu’au lieu de la v ulg air e canardièr e il pr omenait, lux e alor s rar e ,
un Lefaucheux du sy stème le plus ré cent et le plus p erfe ctionné qui fût
sorti des manufactur es de Saint-Étienne .
Cep endant, M. Mé déric s’amusait de sa dé couv erte .
— e diable ai-je en tête aujourd’hui ? C’ est bien la pr emièr e fois,
depuis dix ans, qu’il me monte ainsi à la cer v elle un r essouv enir de latin ?
Mais ses v raies pré o ccup ations, un instant distraites, vinr ent l’ obsé der
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de nouv e au.
Las de la pr omenade éner vante , Mé déric, après av oir allumé sa courte
pip e au tuyau fait d’un tibia de liè vr e lourdement monté en ar g ent, avait
fini p ar s’asse oir à l’ ombr e d’un figuier sauvag e .
Ce figuier , stérile et nour ri de p eu, essaie là toujour s, à p énible effort,
de p ousser , dans le r o c tout nu, ses racines.
L’ endr oit est b e au – entr e deux vallé es, la crête , coup é e br usquement,
laissant au lointain la v ue s’étendr e – on l’app elle le Pas-du-Figuier .
Seul et l’âme comme b er cé e p ar les mille br uits indé cis qui, au
soleil baissé , montent des champs, ses rê v es ou plutôt ses désir s, floants
jusque-là , prir ent for me .
Non ! ce n’était p as le hasard qui, chaque jour , ir résistiblement,
l’amenait ainsi au même endr oit.
Et M. Mé déric s’av oua p our quoi depuis le matin, un flot pr essé lui
baant aux temp es, p artout, dans les transp ar ences de l’air sur chauffé
qui danse à la p ointe des herb es sè ches, toujour s la même imag e lui
app araissait.
L’antique , l’éter nel b esoin d’aimer p eut, dans les villes, se fair e subtil
et tour ner en p atiente g alanterie . Mais aux champs, av e c la solitude , r
ev enu à son origine , il g arde , même chez les plus raffinés, quelque chose
de sauvag e et de b estial.
Sous la tor p eur des chauds midis, jadis le T entateur app araissait aux
er mites ; or , Mé déric Mir eur n’étant p as er mite , le sang de viv eur pr o
vincial qu’il avait dans les v eines é clatait.
Sa femme , après tout, r ep osait depuis six grands mois au cimetièr e ,
r egr eé e , certes ! et pleuré e p ar lui dé cemment. Mé déric savait gré à la
défunte de l’her culé en p oup ard, son or gueil, dont la naissance l’avait tué e .
Mais, il s’ en r endait compte maintenant : dès le lendemain des funérailles,
et même avant les funérailles, au cour s de l’inter minable gr ossesse , l’
obsession d’une autr e femme , antérieur e , le tenait.
Il la lui fallait, celle-là , tout de suite , sans plus aendr e . Et, réflé
chissant malgré sa fiè v r e , Mé déric Mir eur s’étonnait d’av oir si longtemps
attendu.
Mé déric alor s p ensa au mari, le vieux Pier r e T rabuc, un brav e homme ,
son camarade .
3D omnine Chapitr e I
Mais quoi ! avant de de v enir femme de T rabuc, n’avait-elle p as, la
Civadone , été sa maîtr esse à lui, Mé déric Mir eur ?
Sous les brûlur es du soleil, le figuier , d’une de ses branches brisé e
p ar un coup de mistral ou p ar le caprice d’un pâtr e , pleurait la sè v e et
rép andait une o deur de b ouc âcr e et forte .
Mé déric se le va, iv r e de l’ o deur .
elques instants, il p ar ut hésiter , r eg ardant d er rièr e lui, du côté de
Ro chegude :
— Re commencer est une folie ! Cinq heur es de chemin de fer et une
nuit à Mar seille vaudraient mieux. . .
Mais l’instinct p arlait, ir résistible .
Un coup de fusil é clata dans le lointain, indiquant, car Mé déric r e
connut le son de l’ar me , que T rabuc se tr ouvait en chasse . D e la fer me , là-bas,
du Mas de la Font-des- T uiles, un filet de fumé e montait.
Une femme , p oint br un, s’ap er ce vait sur l’air e . Et dé cidé , la b ouche
sè che , av e c des envies de courir , Mé déric Mir eur se mit à descendr e v er s
cee fer me où il savait tr ouv er , seule , la Civadone .
n
4CHAP I T RE I I
  ,   Civadone , et dont la singularité avait
étonné de tout temps les p ay sans de Ro chegude , obser vateur sE naïfs, dar winiens ing énus qui n’aendir ent p as la p er mission
des savants p our cr oir e aux fatalités héré ditair es.
Par sa mèr e , la Civadone était une « Mandr e » ; or , dans le p ay s, cet
atavique sobriquet signifiait tout ensemble r enard femelle et pr ostitué e .
À Ro chegude , il y avait, r ejoignant en tunnel deux puantes r uelles –
deux andrones – une v oûte humide et noir e qui, de temps immémorial,
s’était app elé e le Grand Couv ert, et aussi le Couv ert des Mandr es.
Les Mandr es, le Couv ert, étaient la ter r eur et le my stèr e des bas
quartier s.
T oujour s, aux v eillé es, quelque Mandr e figurait dans les obscur es
lég endes où se mêlent, variant chaque fois suivant l’imagination du
conteur , des souv enir s de T er r eur r oug e et de T er r eur blanche , de drames
sanglants p endant le mo y en âg e , et d’ env o yés du fisc, sous Richelieu,
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