Homere iliade

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Homère Les Dix Premiers Livres de l’Iliade d’Homère Traduction Hugues Salel. Iehan Loys, 1545 (pp. ii-ccclii). LES DIX PREMIERS LIVRES DE L’ILIADE D’HOMERE, PRINCE DES POETES : Traduictz en vers Francois, par M. Hugues Salel, de la chambre du Roy, & Abbé de S. Cheron. AVEC PRIVILEGE DV ROY. On les vent à Paris, au Palais en la Gallerie, pres la Chancellerie, en la boutique de Vincent Sertenas. 1545. COPIE DES LETRES PATENTES DV ROY, contenant le Priuilege d’imprimer la preſente Traduction. >RANCOIS PAR LA grace de Dieu, Roy de France. Aux Preuost de Paris, Bailly de Rouen, Seneschaulx de Lyon, Thoulouse, & Bourdeaulx, -‘ 4 roui nox, autres Iujticiers, officiers,ou à leurs lieuxtenans, Salut. POVRCE QUE notre amé e feal Maifire Huges Salel, de nostre chambre, Abbé de sainct Cheron, nous a faict entendre que aucuns libraires & imprimeurs, plus auaricieux que scauans, ayans trouue moyen de recouurer des doubles,ou copies d’aucuns liures de l’Iliade d’Homere, Prince des poetes Grecs,que nous luy auons par çy deuant cômandé traduire, & mettre en vers Fracois se sont ingerez de les imprimer, ou faire imprimer, & exposer en vente auec une infinite de faultes, & changemens de dictions, qui alterent le sens des sentences : contre l'intention de l’autheur, la diligence du Translateur : lequel n'en peult receuoir, si non vne dereputation & calumnie, par l’ignorance, temerité & negligence d’aultruy.

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Ajouté le 19 mai 2011
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Langue Français
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Homère
Les Dix Premiers Livres de l’Iliade d’Homère
Traduction Hugues Salel.
Iehan Loys, 1545 (pp. ii-ccclii).
LES DIX PREMIERS
LIVRES DE L’ILIADE D’HOMERE,
PRINCE DES POETES :
Traduictz en vers Francois,
par M. Hugues Salel, de
la chambre du Roy,
& Abbé de S.
Cheron.
AVEC PRIVILEGE
DV ROY.
On les vent à Paris, au Palais en la Gallerie, pres la
Chancellerie, en la boutique de Vincent Sertenas.
1545.
COPIE DES
LETRES PATENTES DV ROY,
contenant le Priuilege d’imprimer
la preſente Traduction.
>RANCOIS PAR LA grace de Dieu, Roy de France. Aux Preuost de Paris, Bailly
de Rouen, Seneschaulx de Lyon, Thoulouse, & Bourdeaulx, -‘ 4 roui nox, autres
Iujticiers, officiers,ou à leurs lieuxtenans, Salut. POVRCE QUE notre amé e feal
Maifire Huges Salel, de nostre chambre, Abbé de sainct Cheron, nous a faict
entendre que aucuns libraires & imprimeurs, plus auaricieux que scauans, ayans
trouue moyen de recouurer des doubles,ou copies d’aucuns liures de l’Iliade
d’Homere, Prince des poetes Grecs,que nous luy auons par çy deuant cômandé
traduire, & mettre en vers Fracois se sont ingerez de les imprimer, ou faire
imprimer, & exposer en vente auec une infinite de faultes, & changemens de
dictions, qui alterent le sens des sentences : contre l'intention de l’autheur, la
diligence du Translateur : lequel n'en peult receuoir, si non vne dereputation &
calumnie, par l’ignorance, temerité & negligence d’aultruy. NOUS à celle causer
voulans obuier, & pourueoir à telles folles, & vaines entreprinses desdictz
libraires, imprimeurs : à ce que par eulx la dignité de l'autheur ne soit en aucun
endroit prophanée : ne auffy le labeur dudict Translateur mal recogneu, au
preiudice de l'utilité, richesse, & decoration que nostre langue Francoise recoit au
iourduy ,par ceste Traduction, de laquelle nous ont ia esté presentez les neuf
premiers liures : dont la lecture nous a esté si agreable, nous a tant delecté que
nous desirons singulierement les cotinuation et paracheuement de l'oeuure. A
iceluy Salel, auôns par ces presentes permis, & octroie, permetto’s & octroions,
voulons & nous plaist de grace especiale, plaine puissance & auctorité Royale,
qu'il puisse, & luy loisé, par tel imprimeur que bon luy semblera,faire imprimer
les liures de la Traduction par luy faicte, & qu’il fera cy apres, des oeuures dudict
Homere : Sans ce que pendant, & durant le teps, & terme de DIX ANS
ensuyuans, & consecutifz, commenceans au jour & date de ces presentes :autre
que ledict libraire & imprimeur qui aura charges & man dement exp res dudiCt
salel,pour cefaire,lespuiJJ imprimer, mefzre,nc expo— fer en vente,en quelque
lieu,” endroic’Fde ce Royiulme que cefoit : Sur peine d’amende arbitraire : a’ nous
, Ci audiCt Salel4appl :cquer, e -de confifcation de roui lefdiélliures,qui
ainfyfetroutcrontirnprime,fans charge ou corn. m1ion dud,ilf Salcl.Si ,‘oui mandons
càmmettons,&’ enioknons, ang chafcun de -vous endroitfoy, —.ficomme 4 luy
appaticndra :q :ie felon c en enfu.yu4ntnofdllzpermzflion,otho.y3c7’ —pouloir,-
ousfaietes,o :afaiaesfai_ re expreJfes znhibitions,ey— deff �nfes,de par nous :fiir
les peines cy deffits mdi— Ctes,(7 autres que verre cf ire 4 impofer :i rouiimpirneurs. libraires demoura’is en —vodeflrok’x iurfd :6lions : que parc, apres, liz,,,
ne auciai d’eulx,aultre que celuy qui aura la ch.irge3 comm :j?ion expreffe dudil Sa
kl,pour cefaie,ayent 4 irnprimer,ou frire imprimer,mettre ne exp ofer en peu te,durã
lefdi(I. dix ns,les hures de ladic’l’e Traduthon,faiitefJ 4faire par iceluy Salcl.Etfi apres
lefdia commandemens faiCk, pous trouuez,,,aucutis contreuenans 4
iceulx,procedez,, 4lencontre, par cô’demnatiôns deJd :éfrs peines,’ autrement,ain[y
que verrez,,ejlre 4 fairc,feion (exigence des cas. Non obflan : obpofitions,ou
appellations quelconques : .fans preiud :ce dicel.. lcs :pour lcfquellés ne -voulons
efire dff ré. Car tel efinofire plaijir. De ce faire -vous auons,( 4-vng chaf can de
votu,donné,r5— dôions plain pouoir3auCforithcoPnmiflion,..2—’ mandement
efpecial. .Mandons cô’mã’dons 4 tous izoz,, Iufiiciers,officiers,ubge6l,quc 4vous, C2
d -vngchafcun de —roui, en cefaqfantfoir obey. Donné 4 Fontainebleau,le
dixhuiéiiefme iour de Iiier. Ian de grace lviii cinq c’s quarare cjuatrc.Er de nojire
Rcgnc,le tre’te.’niefme. .AmfiJgnb.. PARLEROY,MONSEIGNEVRLEDVC
bORLEANS,PRESENT. E :aude[fou&. DE LAVBESPINE,
tfehles du,grandfecl,fiirfimple queuede cire iau1ne
EPISTRE
DE DAME POESIE, AV
Treſchreſtien Roy Francois, pre-
mier de ce nom : Sur la tra-
duction d’Homere,
par Salel.
>EV legiandfaix que fur
tes bras ioubftiens,
oy trëfpuiffant, leplu
grand des Chrefticns)
ant pour la gucrre, Iboii
droi commencée,
iC6treceluy quit’ala foy faulſée,
Oi, e.p.Our le bing ou ton efprit s’applique,
À gouuerner ce beau peuple Gallique,
Qw s’efiouyft & tient bien bon heur,
D’auoir de Dieu, tel Roy, tel Gonuerneur :
Si i’entreprens te faire la leure
De quelque baffe & leg ere efcripcure,
Te doubte fort de faillir grandement :
Bien cognoilThnt que ton entendement,
Touuiours repeu de celefte viande,
Ne peuk goufter choie qui ne foit grande.
Mais quand je voy apres, queie fuis celle,
En qui reluit fouuent quelque eftincelle
De ta faueur (me donnant priuaulté
De conferer auec ta royaulté)
le me refouiz : Saichant que qui s’auance
Trop hardyment, n’entend pas ta.puilThnce : -
Mais qui trop craini, & n’eft deuant toy leur,
Ignore au1i ta.clemence, & doulceûr.
, I’ay alai& & nourry, comme mere,
Plufieurs enfans, entre lefquelz, Homere
Fut lepremier, par qui dame Nature,
Feift aux humains liberale ouuerture
De fes fecretz : & fi trefbien l’apprit,
Oion na fceu veoir depuis pareil elprit
Reprefenter les myfteres du monde
Le mieülx au vif Car la chofe profonde
lila traiaoit haukement, & la baffe
Trcfproprernent, & non fans grande grace.
Si qu’on peult dire, en voyant Ion ouuraig;
Ql et hiy ieuI, de Nature l’imaige.
Dont i’ay acquis par tout louange telle,
Oe l’en demeure i lamais immortelle,
Et tous mes fliz iufqu’au ciel extollez.
Cet rocean, dou font ainfi coulez
Les clairs ruyffeaulx, pour l’efprit arroufer
De bon fcauoir, & puys le difpofer
À la vertu, le rendant fuIeptibleDu bien parfai, hau1t, & incorruptible.
D e la liqueur de cefte claire fource,
Grecs, & Latins, courans 1 plaine courbe,
Ont beu grans traith : dou font apres yflumes
Opinions, diuerfement receues :
Chafcun penfant la fienne plus nayfue,
Venant du fonds de cefte fource viue.
Celuy qui preuue, & montre euidemment
Lame immortelle, a pEins vng fondement
En cet Autheur :L’ autre qui admnonefte
Suyure vertu, & tout office honefte, -
À fon recours, comme par vng miracle,
A’ les l?eaulx yers, qui luy feruent d’oracle.
Ariftippus, de Ion lens tranfporté,
Lequel penfoit la feule volupté -
Eftre le bien, ou chafcun debuoit tendre,
Con-une au vray but, s’eft efforcé d’y prendre
Pied, fur les motz couchez en vng pafTaige,
L’interpretant trop a fon aduantaige. - -
Celuy qui donne a la grand’ Prouidence
Du Souuerain, -la fuperintendence
De l’Vniuers, & croit la choie née
Eftrefubgee àvnedeftinée,
Ordre certain, qui ne be peult confondre,
Y trouue aflèz de raifons pour relpondre
A’ ces refueurs, qui, contre venté,
Afsignent tout . la Temerité,
Et i ne (cay quel rencontre de corps,
S’entreioignants, par difcordants accords.
11 n’eft paltiige en la Philofophie,
Tant boit diuers, qui ne le fortifie,
Par quelque di&, ou fentence notable,
De ce Po&e. Et qu’il boit veritable,
Thalés le faige entre les fept Gregeoys
Tant renommé, y lifant quelque foys,
Q l’Ocean donnoit eftre, & naiffance
A’ tous les corps :fans autre cognoiftance,
Soubdainernent il difcourt, & le fonde,
Q, e terre, ciel, & la machine ronde,
ladis par l’eau fut prodthe & forgée,
Et de la main humide ainfy rengée.
Xenophanés qui s’efforce d’enquerrc
Le vray principe : & di& I’eau, & la terre
Eftre prerniers.Puis d’autre opinion
Empedoclés, affermaiit l’Vnion,
Et le Debat, auoirfai& toute choie :
Vng chafcun d’eulx fa fentence clilpofe,
Selon qui! l’a dans Homere trouuée,
Et la maintient veritable & prouuée.
Les mouuementz, les maífons, les diftance&,
Des corps des cieulx, Ieurs afpe&z, leurs puiftances,
Tonnerre, efclair, grefle, vent, pluyes, nues,
Parles beaux vers font clairement cognues.
Il montre aufl3r qu’il a eu le fcauoir
D’Arithmetique.Encor y peult on veoir
Beaucoup de i’art, enfeignant la mefure.
Oiand Phidias feit la belle figure
De Iuppiter, des Grecs tant eftitne’e,
life venta l’auoir ainfy formée,
De quatre vers du Poëte gentil,
Ô luy fer u oient de pourtrait & d’outil.
Oultre cecy, tout l’eftat Politique,
L’Agriculrnre, & foing Oeconomique,
Tant necefThire I cefte vie humaine,
Le vray Mefpris de toute chofe vaine,
Et l’Honneur deu, par les hommes, aux dieux,
Y et defcript, & le prefente aux yeulx
De tout lifant, comnme viue painture.
O’ Noble efprit, O’ gente creature,
Bien heureux et qui tes oeuures contemple,
Et qui s’en fert de miroir & d’exemple.
Merueille n’eft doncques fi tant de villesDupais Grec, & des prochaines yfles,
Ont eltayé I trouuer le moyen,
Dele nommer leur natif Citoyen :
Comme feroient plufieurs grandes princeIThs,
Otj cognoifTans les vertu z, les richelfes
D’ung puilThnt Prince, & treshauk’Roy de France,
D efireroyent auoir Ion accoinance
Mettant chalcune en auant 1t valeur,
Po ur, I l’amour, donner quelque couleur.
Et de II vint, qu’vng trelgrandperfonnaig;
Voulant monftrèr clairement Ion lignaige,
Et le pais, dit que Ion origine
Eftoit du ciel, & la mere diuine
Calliopé, pnincipale des Mules :
Car en voyant tant de graces inhibes
En vng fubge&, il penloit imnpolsible,
Q’engendré feuft de quelque corps paisible.
Et toutesfois cefte perfe±ion,
Oncc.1ues ne fut d’aucune ambition
S ollicitée, onc l’efguillon de gloire
Ne le picqua, pourlaifferlamemoire
De Ion feul noin & moins de fa Patrie.
Tout au rebours d’vne grande partie
D autres autheurs, qui (mettans en lumiere
Qelques efcriptz) en la page premiere,
Couchent leurs noms, pour acquerir louange,
Q bien fouuent en deshonneur le change.
La peur que l’ay qu’on me tienne fÙ1ee,
Roy trelpuiffant, parlant de ce Po&te,
Me contraindra de paulèr en filence,
Tout le meilleur de fa grande excellence.
le m’abftiendray pour rheure a dèclairer,
Comme les dieux l’ont voulu decorer
Deprophetie, en ce qu’il apredit
L’autorité, le regne, & le credit,
Oe les Troiens , apres leurs grans dangers,
Auroyent vn iour, es pais eftrangers.
Ic-me tairay, des contrées diuerCes, -
Q’il voyageades perilz, des trauerfes,
Oil luy conuint plufieurs fois foubftenir,
Pour le defir ardant de paruenir,
A’ la notice, & fcience certaine
De toute chofe, & diuine & humaine.
Comme l’efprit d’À chilies l’agita
Diuineinent, & les yeulx Iuy ofta,
En luy rendant apres, fAme pourueue
De trop plus claire & plus fubtile veue :
Ne plus ne moins que Ion compte dufage
Tirefias, qui veit le nud corlaige
Pattas. De la deeflè, & prophete en deuint :
Etfi i’ofois le dire, ainfy qu’aduint
Au bon fain Poi, que lefti Chrift rauit,
Et aueugla, auant qu’il f’eri feruir,
Luy faifant veoir au ciel choies en fomme,
Q, i’il net permis de dire . langue d’hommes
le diray bien, & ne m’en fcaurois taire,
O, e le plus beau de tout l’art Militaire,
Et tellement en Ion ouuraige efpars,
Ion le peult cueillir de toutes pars.
Et fern bleroit, veu cefte aWe &ion,
Q, en efcripuant, il eut intention
Montrer en quoy l’heur ou malheur confite,
D’vng affaiilant, ou de cil qui refifte.
Car on y voit deux puiitantes armées,
Souuentesfois I combatre animées :
Et les deux chefz enhorter les bouldards,
A’ fe renger deul”oubz leurs eftendards :
Leur propofant pour la belle vi&oire,
Honneur, prouffi, & immortelle gloire.
Lon y apprent à villes afieger,
Et les fouldards camper, & diriger
Commodement : & pour n’etre forcez,Se remparer de paliz, & foltez.
Mettant roufi ours en place plus patente,
Droit au rnylieu la grand Royale tente :
Confequemment les plus adroitz & fors
Sur les deux coings, p our feruir de renforts.
La peult on veoir, la prudence requife
À bien fournir quelque hàuke entreprife.
Comme il conuient que le chef le confeill -
Aux plus experts, & leur prefte loreille.
Comme il luy fault auec iceuix trai&er,
Puis eſtre prompt, quand à l’executer,
Meimes en chofe aduentureufe & grande,
Ou bien couuent la fortune commande,
Et ou peu vault fubtile inuention,
Si mile n’eft à execution
Qi1-fault punir inutins, fediciewc,
Et mefdifans :puis louer iulqu’aux cienlx,
Et guerdonner les plus forts & puiul’ans,
Qtj par effet font rrefobeilfans.
Qand aux fouldards, chafcun y peuk apprendre
Maint tour Cub til, pour l’ennemy furprendre.
Et rnefrnement qu’on ne doit f’esbayr
D’vng feu! malheur :mais touIours obeyr.
Et (‘il adulent qu’ilz le trouuent vaincqueurs,
Etre aduifez, de ne mettre leurs cueurs
Tant au butin, qu’ilz ne voyent fur l’heure,
Si la campaigne, & le camp leur demeure.
Encor y et la bacon de combatre
Seul, corps à corpS : & le moyen d’abbatrc
Aucunesfois la noyfe commencée. -
Courfe, Sai1lie, Efcarinoufhe dreIThe,
EmbuIhe aux chaps, Guet prins, Faulfes alarmes,
Tout y et clair : Brief cet vng miroir d’armes.
Dont a bon droi, le preux Roy Alexandre,
Oi defiroit fa renommée efpandre,
Trop plus auant que les grandes con queftes
Ne f’eftendoyent, entre tous les poetes,
Il fouhaioitvng feu! Homere auoir,
Bien cognoiflant ‘le prince de fcauoir,
Qil nya Mort, ne long temps qui confume
Ce que faiviure vne bien do6te plume.
Face qui veult en marbre, ou fer grauer
Sa pourtraiure, & la face efleuer
Surpyramide, ou bien haulte colomne :
À tout cel;le temps quelque fin donne.
Mais les beaulx vers d’ung clair efprit tilTuz,
Maul gré le temps, obtienxent le deffiis :
immorteiz foit, & lès rnortz font reuiure,
Car plume vole, ou mta1 ne peuk fuyure.
CeieuneRoy, voyant donc que Nature
Ne monftroit plus fi digne creature,
Il prop ofa en lieu du perfonnaige,
Auoir aurnoins pres de îoy Ion ouuraige :
Vfant touliours du poete Royal;
(Telle nommoit) comme d’vng ferf loyaL
Ong-ne reuint d’afl’rnk ou d’efcarrnouche,
Tant feuil il las, qu’auant le mettre en couche
Il n’en apprint quelque vers fingulier :
Puis l’en feruoit comme d’vng orilier.
Et bien fouuent difoit que cet Autheur
Luy tenoitliu de Guyde, & Condueur :
Et qu’il deuoit plus à fa poéfie,
Qa les fouldards, la conquefte d’Afie.
Difoit encor, que fur lucz & violesÇ
On pouuoit bien chanter choies friuoles :
Mais il faloit les beaulx vers heroiques
Chanter au ion des trompetes belliques.
Pareil vouloir eut le Roy Ptolomée,
I’entens cekiy duquel la renommée
Florift encor, pour la folicitude
Oil eut toufiours enuers les gens d’eftude :Oil eut toufiours enuers les gens d’eftude :
Faifant recueil de tant de librairie.
Car il punit l’audace & bauerie
Durnefdilanr, & fuperbe ZoI’le :
Qui tant ofa que d’aguyfer Ion ilile
Encontre Homere : & pour Ion faulx libel!;
Apres tourmentz luy donna mort cruçle.
Croire conuient auff’y, que les Romains
Reueremment l’ont tenu en leurs mains :
Car Scipion le vainqueur de Carthage,
Prilant vng iour l’heur & grand aduantage
D’Achilles Grec, chante dedans les vers,
Cria tout hault (Ayant les yeulx ouuers
Tournez au ciel) Or pleut I Dieu, que Rome
Fut maintenant ornée dung tel homme :--
Certainement les mnarciaulx efpritz,
Et leurs beaulx faiz, feroient en plus grand pris.
Mais dequoy fert, Prince trefredoubté,
Dire cecy deuantta mai efté -
Dequoy te fert, fi je te ramentoy
Tout ce defThsQi le fcait mieulx que toy
OuJ et l’efprit, ayant plus en referue -
De bon fcauoiryeulx je enfeigner Minerue
b
Certes lienny, vne aultre choIe, Sire,
M’a mis en main laL plume pour t’efcrire.
Voyant par toy les arts croiftre & fiourir,
Qi ont cuydé au parauant perir :
Ét que delia deux deeffès courtoifes,
Litterature, & les Armes Francoifes,
Par ton moyen tele amour ont enfemble,
Q, impofsibIe et que Ion les defafTemble :
Tant reluyfans, que leur claire fplendeur
FaiCt du beau lis cognoiftre la grandeur.
reftois rnarrye, & non pas fans raifon, -
Qen fi heureufe & dorée faifon,
Ta France fut d’ung Homere priuée.
Si de Ion nom, la gloire et arniuée,
(Comme Ion &) aux plus loingrains Barbares,
Indois, Perfans, Borifthenois, Tartares,
Et fi les mers & defers n’ont peu faire
Oeulx el’loignez du prefent hemyfphere, -
Priuez encorde veoir le Pol Ar9ique,
N’ayent entendu cet oeuure poétique,
Saichans au vray la perte, & les regretz
Des bons Troiens, & la ioye des Grecs.
Il m’a femblé que ta France prifée
Tant de Pallas, & Mars fauorifée,
Deuoit auoir pour fa perfeion,
De cet Aurheur propre traduction.
Et pour ce faire, Ô prince trefpuif’fant,
lay detiné vng tien obeifrant
Humble fubge& Salel, que tu recois
Et mez au renc des poetes Francois :
Auquel defia ta Royale faneur,
À fait goufter du frui6 de Ion labeur.
Par iceluy, qui n’a aukre delir,
OI faire choie ou tu prennes plaifir :
Tu pourras veoir en brief l’oeuure auancée
De l’Iliade, & puis de l’Ody1Te :
Non vers pour vers :Carperfone viuante
Tant elle bit doue & bien efcriuante,
Ne Icauroitfaire entrer les Epitheres
Du tout en ryth me. Il fouffift des Postes cc
La volunté eftre bien entendue, cc
Et la fentence, auec grace rendue.
Les anciens diîoient dIre imp ofsible
Tirer des mains d’Herculés inuincible
La grand ni alFue : Encore plus d’ofter
L’horrible fouidre au grand dieu luppiter;
Et pour le tiers, à Homere rauir
Vng vers entier, pour apres l’en feruir.
Or 1i Salel l’efforce de le rendreEn ton vulgaire, en et il à reprendre
Je croy que non. Ains fault que ion le p rife :
Sinon du fai, aumoins de l’entreprile.
Veti mefmement, que par I ion peuk veoir,
Qe celle langue et duifante au fcauoir :
- Et qu’il n’eft rien trop dur au Tranflateur,
Ayant vng Roy, à Maitre & Prote&eur.
Ce neantmoins, conibien que ta fentence
Roy trefchreftien, luy ferue de defence,
Comme venant du trefThin iugement
De ton diuin, & noble entendement :
Et que celuy, du confeil duquel vies,
Ton Caftellan, le bien aimé des Mules,
Luy fauorife, & Itous fesIemblables, -
Qand il cognoift qu’ilz te font agreables.
- - bij
On trouuer’a vne grand compaignie
D’aukres efpritz, promptz à la Calumnie :
, , Qii retindroyent dedans leur bouche foie
Vng charbon vif, pluftoft qu’vne parole
Iniurieufe :& en lifant ces vers,
Soubdainement donneront à trauers,
En les blafmant : Puis (reffemblans la moufche)
S’enuoieront, Iaiufans la dure touche,
Et l’efguillon, de leur langue mauuaife.
A’ tous ceulx la (Sire, mais qu’il te plaife)
Te relpondray :non pour feul excufer
Ce traduifant, ne pour eulx acculer :
Mais foubftenant la publique querele
Des Tranflateurs, nourriz de ma mammelle.
En premier lieu, c’eft vng inique fain,
Vituperer le lab eur, lequel fai&
Ome plufieurs artz, qui n’eftoient en Iumniere
Sont ia renduz en leur clarté premiere :
Et le Icauoir, aultresfois tant couuert,
Et maintenant à chafcun defcouuert.
Secondement, puis que c’dft vne peine,
Q grand trauail, & peu d’honeur ameine,
(Car quoy que face vngparfai traduteur,
Toufiours l’honeur retourne à l’inuenteur)
Deuroit on pas leur vouloir accepter
En bonne part, fans point les mo1efter
Confiderant quilz n’ont entente aucune
Fors d’augmenter l’vtilité commune.
le vouldrois bien que ces beaulx repreneurs
Fuilènt vng iour fi bons entrepreneurs,
Qe ion veut d’eulx, & leur veine gentile,
Qelque argument plus honefte, & vtile.
Certainement en lieu d’eftre Cenieurs,
Il leur fauidroit Patrons, & Defenfeurs.
Car on verroit, de leurs traiz, la plus part
Prife d’ailleurs : & qui niettroit à part
Le larrecin (laifrant leur Mule franche)
On trouuerojt la charte toute bÎanch.
Et quant à ceuix qui font petite eftime
De tranulater, ou faire vers en rhythm;
Su leur plailoit vng petit elprouuer
Cell exercice, ilz pourroyent lors trottuer
Leurs bons cerueaulx fi confuz du defordre,
Qon le verroit fouuertt les ongles mordre,
RecognoilThns qu’il y a difference,
Entre penfer, & me&re en apparence.
l’anieneroys encor quelque raifon
Pour cell effe :mais que vaultl’Oraifon, cc
Tant elle foit do9e & bien terminée,
Ayant affaire à ceruele obftin6e
Vng feul confort que je prens en ceci
(Roy trelpuifflint) amoindrit mon foucy :
C’eff qu’il ne fault defence preparer,
Ou ion fe peult d’vng grand Roy remparer : «
D’vng Roy Francois, qui en vertu Royale,
Tous aultres Roys, ou lurpafTe, ou efgale :‘C
Le nom duquel fera mourir! enule,
Donnant à 1 oeuurevne durable vie.
A’ toy l’adreflè, à toy feul et vouc :
11 Iuffira que de toy (oit louée.
A’ tout le moins que tes clair voyans yeulx
Palfent deffus :ie ne requiers pas myeulx.
A’ tant fain fin ton humble chambriere
Faifant à Dieu trefdeuote priere,
Qu’en longue vie, & ſaine te maintiene,
Et les Fleurons de la Fleur Treſchreſtiene.
FIN DE L’EPISTRE.
LE PREMIER
LIVRE DE L’ILIADE D’HOMERE
PRINCE DES POETES.
Propoſition de l’Autheur,>E TE Supply Deeſſe Gracieuſe,
auec inuocation de la Muſe.Vouloir chanter l’Ire pernicieuſe,
Dont Achillés fut tellement eſpris,
Que par icelle, un grãd nombre d’eſpritz
Des princes Grecs, par dangereux encombres,
Feit lors deſcente aux infernales vmbres :
Et leurs beaulx Corps, priuez de ſepulture,
Furent aux chiens, & aux oiſeaulx paſture.
Certainement c’eſtoit la volunté
De Iuppiter, grandement irrité :
Des qu’il cogneut Agamemnon contendre
Contre Achillés, & ſur luy entreprendre.
Enſeigne moy, qui fut celuy des Dieux,
Qui leur cauſa debat tant odieux ?
Ce fut Phœbus, le clair Filz de Latone,
Narration.Et du grand Dieu qui Greſle, Eſclaire, & Tone.
Lequel eſtant griefuement courroucé
D’Agamemnon, qui auoit repoulſé
Chryſés ſon Prebſtre, vſant de violence,
Soudain tranſmiſt mortele peſtilence
En l’oſt des Grecs : dont grand malheur ſuruint.
Or en ce temps Chryſés le Prebſtre vint
La venue de Chryſés auDroit aux vaiſſeaux, qui au port de Sigée
Camp des Grecs.Eſtoient ancrez, devant Troie aſsiegée :
Orné du Sceptre, & verdoyant Corone,
Dont Apollo ſon beau Chef enuironne :
Portant auſsi dons de riche facon,
Pour rachepter ſa Fille par rancon :
Qui lors eſtoit des Gregeois priſoniere :
Si leur dreſſa humblement ſa priere,
Et meſmement au grand Agamemnon,
Menelaus, & aultres Roys de nom.
Diſant ainſi : Ô Princes honorez,
Chryſés à Agamemnõ,Les Dieux haultains en terre reuerez,
Menelaus, & aultres Grecs.Vous facent grace, avec felicité,
De mectre à ſac de Priam la Cité,
Et puis charges de Troienne richeſſe,
Hors de danger aller reueoir la Grece :
Si onc pitié en vos cueurs trouua lieu,
Si bon vouloir de reuerer le Dieu,Lequel ie ſers, & ſi foible vieilleſſe
Peult eſmouuoir vne franche nobleſſe :
Ie vous ſupply que ma triſte ſouffrance,
Gaigne enuers vous, que i’aye deliurance
De Chryſeis, ma fille bien aymée :
Prenans en gré (Ô princes de l’armée)
Pour ſa rancon, les beaulx dons que i’apporte.
Son oraiſon fut receue, de ſorte,
Que tous les Grecs dirent communement,
Qu’on le debuoit traicter reueremment
La fille rendre, & les dons accepter.
Agamemnon ſeul voulut conteſter :
Le cueur duquel bruſloit de l’ardent flamme
Du feu d’amour, pour la gentile dame.
Et non content d’ouyr telle requeſte,
Dit à Chryſés, crouſlant ſa fiere teſte.
Plus ne t’aduiene, Ô vieillard ennuyeux,
Agamemnon reſpond àQue ie te trouue, attendant en ces lieux,
Chryſés, & le menace.Ou reuenant : Car il ny aura ſceptre,
Sceptre Apollin, qui me garde de mettre
La main ſur toy. Ne penſe plus rauoir
Ta Chryſeis : car ie la veulx auoir
En ma maiſon de ton pais loingtaine,
Faiſant mon lict, & là filant ma laine :
Iuſques à tant que ſa beaulté faillie.
Sera vng iour par vieilleſſe aſſaillie.
Fuy t’en d’icy, garde de m’irriter
Doreſnauant par ton ſolliciter,
Et n’vſe plus de ſemblable oraiſon,
Si tu veux ſain, retrouuer ta maiſon.
Le bon vieillard oyant tele menace,
Soudainement habandonna la place,
Et ſ’en alloit, celant ſon dueil amer.
En coſtoyant la riue de la mer.
Mais quand il veit bien auant ſa Galere,
Lors commenca deſcharger ſa colere,
Faiſant tout hault ſes prieres, & veux
À Apollo, le dieu aux beaulx cheueulx.
Entends mes crys Apollo, qui domines
Oraiſon de Chryſés àCylla, Chryſa, belles iſles diuines :
Apollo.Entends mes plainctz Phœbus à l’arc d’argent,
De Tenedos & de Sminthe regent.
Si i’ay ſouuent ton temple coroné
De verd laurier, ſi i’ay enuironé
Ton ſainct autel de mainte digne hoſtie,
De thoreau gras, & de chieure roſtie :
Venge à preſent ſur les Grecs l’impropere,
Qu’ilz font ſouffrir à ce deſolé pere,
Ton ſeruiteur : & pour punir l’iniure,
Fay leur ſentir de tes traictz la poincture.
Ainſy prioit, & Phœbus l’entendit :
Apollo deſcend au camp, etPuis tout ſoubdain en terre deſcendit,
leur donne la peſte.Portant ſon arc, & ſa dorée trouſſe,
Qui reſona par l’horrible ſecouſſe
Qu’il donna lors, laiſſant ſa maiſon claire,
Tout tenebreux, & enclin à mal faire.
Incontinent des vaiſſeaulx ſ’aprocha,
Et quant & quant ſur le camp deſcocha
Vne ſagette : & en la deſcochant
L’arc feit vng bruyt merueilleux, & trenchant.
De ce dur traict furent ſoubdain mourans
Deſcription de la peſtilẽceLes gras muletz, & les bons chiens courans.
des Grecs.Mais en apres la ſagette mortele
Qu’il deſlacha, feit peſtilence tele
Entre les Grecs, qu’on veit corps infiniz,
De griefue peſte affoibliz & terniz.
Ô quel’ horreur de veoir pres des vaiſſeaulx,
Bruſler les corps des Grecs à grans monceaulx :Car de neuf iour, Apollo ne ceſſa
De bender l’arc, dont grand nombre en bleſſa.
Adonc Iuno la puiſſante deeſſe,
Qui de tout temps favoriſoit la Grece
En ceſte guerre, ayant compaſsion
De ſi piteuſe, & grande affliction,
Meit en l’eſprit d’Achillés d’appeller
Tout le conſeil, pour de ce faict parler :
À fin qu’entre eux fuſt quelque voye ouverte,
Achillés aſſemble le conſeilPour euiter tant dommageable perte.
des Grecs. Ce qui fut faict : & lors eſtans les Grecs,
Aſsiz ſelon leurs eſtatz & degrez :
Par Achillés, fut dit à haulte voix,
Eſtant debout, Ô treſilluſtres Roys,
Oraiſon d’Achillés au cõſeil.Ie veoy tresbien que ſans plus ſeiourner,
Il nous fauldra en Grece retourner,
N’ayans iamais, tant ſoit peu d’eſperance,
De ruiner la Troiene puiſſance.
Encor ie crains qu’il ne nous ſoit permis,
De nous ſauluer ſans mort, des ennemis.
Vous auez veu par ceſte dure guerre
Vne grand part de noz gens mis par terre,
Et maintenant ceſte mortele peſte,
Le reſidu cruelement moleſte.
À quoy Seigneurs, eſt beſoin de pourveoir
En ſ’efforcant d’enquerir, & ſcavoir,
D’un Devineur, d’un Preſtre, ou d’un Augure,
Certainement, ou bien par conjecture,
D’où vient cecy. Quelcun qui ſcait les ſonges
Interpreter, ſans uſer de menſonges,
Nous pourra bien le tout manifeſter :
Car ſonges ſont venans de Iuppiter.
Il nous dira. ſi tant dure vengeance
Du dieu Phœbus, vient pour la negligence
Du ſacrifice ou bien ſ’il nous demande
Chievres, brebis, ou autre digne offrande
En ſon ſainct & temple : affin qu’en ce faiſant,
Il ſoit apres ceſte peſte appaiſant.
Ces motz finiz, Achillés droit ſ’en va
Choyſir ſon ſiege, & Calchas ſe leva :
Calchas à qui Phœbus, des ſon enfance,
Avoit donné ſcavoir à ſuffiſance :
Tant qu’il avoit, en parfaict ſouvenir,
Le temps paſſé, preſent, & advenir.
C’eſtoit celuy qui par le ſens exquis
De prophetie, avoit eſté requis
De tous les Grecs, pour guide en leur voyage
Si dit alors en ſon prudent langage.
Amy des dieux Achillés, tu conſeilles
Que je rempliſſe à preſent les oreilles
Des eſcoutans, faiſant entendre à tous,
D’où peult ſortir d’Apollo le courroux.
Ie le diray : mais il fault que tu jures,
De me garder, d’outrageuſes injures
En contre tous. car je ne fais nul doubte,
Qu’un des plus grans, qui ce propos eſcoute,
Voire & qui eſt de tout l’oſt obey,
Se trouvera par rnon dire eſbahy.
Et bien ſouvent, l’homme d’authorité
Se cognoiſſant d’ung petit irrité,
Bien que par temps il cache ſa triſteſſe,
Ce neantmoins l’ire jamais ne ceſſe,
Iuſques à tant, qu’il ſe trouve vengé
De ce petit qui l’aura oultragé.
Aſſeure moy donc, ſi me deffendras
Pour l’advenir. Dy ce que tu voudras :
(Dict Achillés) Car par le Dieu puiſſant,
Duquel tu es les ſecretz cognoiſſant,
Iamais aucun des Grecs, en ma preſence,