290 pages
Français

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris

Ivoi x323 du sang sur le nil ocr

-

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
290 pages
Français
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Informations

Publié par
Nombre de lectures 112
Langue Français
Poids de l'ouvrage 10 Mo

Extrait

< LES RÉCITS MYSTÉRIEUX » PAUL D'IVOI a a a LES VOYAGES EXCENTRIQUES Du Sang sur le Nil ROMAN Ht oooooo PARIS o o • o o o Albert MERICANT, Editeur o o 29, AVENUE DE CH.VTILLON, 29 o » Copyright by Paul d'Ivoi, 1912 PREMIÈRE PARTIE La Comète Rouge CHAPITRE PREMIER PRÉSAGE DE SANG l.e i5 janvier, dans cet hiver égyptien doux comme un printemps, ma chère Ellen et moi, ma­ riés depuis trois mois, nou9 étions postés sur la toi­ ture-terrasse de notre joli home du Caire. Allongés sur des chaises longues de bambou, nous rêvions. La nuit opaline de la vallée du Nil nous entourait de sa pénombre bleue, à travers laquelle se confon­ daient des chants, venant de la ville, ou des daha- biehs (bateaux) amarrées sur le fleuve, d'où se détache le canal Ismaïlien, en bordure duquel se trouvait notre demeure, poétiquement dénommée Villa de VAbeille. Dans la rumeur nocturne, il nous semblait dis­ cerner les inflexions rauques des âniers excitant leurs bêtes, la mélopée des conteurs narrant, à l'an­ gle des carrefours, les prouesses d'Antar, le héros arabe, ou les aventures de la Mahmoudié aux che­ veux verts. Et, toute pénétrée de la mythologie égyptiaque, que, depuis trois mois, nous avions étudiée en de longues et douces excursions à Giseh, à la Forêt pétrifiée, à Zaouyieh-El-Arran, Aboussi, Sakhara, Memphis, Dahehour, Ilelouan, Ellen murmura : — Ne vous semble-t-il pas, Max, que sur cette plate-forme dominant la ville nous devenons plus que des êtres humains ? Pour moi, je vois en vous le divin Osiris, père du Nil, et je suis /.sis, casquée du croissant lunaire ; nous écoutons, du haut d'un olympe, le bourdonnement de l'humanité ; si haut au-dessus d'elle que, dans le murmure imprécis, nous ne distinguons plus le blasphème de la prière. Je la regardai surpris. Elle continua : — Cette sensation d'éloignement, c'est sans doute elle que les prêtres de l'antique Egypte on voulu exprimer par l'impassibilité des dieux ; l'impassi­ bilité qu'ils considéraient comme la caractéristique de la divinité, à ce point que la Loi Sacrée interdi­ sait aux artistes de reproduire par le ciseau ou la couleur le mouvement, c'est-à-dire la vie appa­ rente. L'Immobilité leur paraissait seule digne des divinités. Etre immobile, sans geste de colère ou de pitié! Elle s'interrompit brusquement, dressée d'un seul jet, le bras étendu vers un point du ciel, et son organe frémissant d'une angoisse inexplicable: — Làl Là!... Voyez, Max... un présage de sang! Je regardai, frissonnant sans savoir pourquoi. Et je demeurai sans voix. Vers l'Ouest, se déplaçant sur le ciel avec rapidité, un astre singulier venait d'apparaître. Cela avait la figure classique attribuée aux co­ mètes. Oui, je découvrais le noyau plus brillant, la queue dont la luminosité s'éteignait par degrés. Une comète ne peut émouvoir un citoyen an­ glais, ayant fait des études suffisantes pour savoir que ces voyageuses célestes sont inoffensives. Et cependant, mon tremblement s'accentua. D'un geste instinctif, j'attirai Ellen contre moi. Je l'enlaçai, avec l'impression que j'avais à la dé­ fendre.. Contre quoi? Contre qui? Il m'eût été impossi­ ble de le dire. Ma raison était en déroute. J'étais li­ vré à la clairvoyance mystérieuse de l'instinct. Et puis... et puis... il y avait autre chose. L'astre, la comète, apparaissait i~ouge. Elle avait, avec sa chevelure de sang rutilant sur l'indigo du ciel, un je ne sais quoi de menaçant. Tous les journaux du lendemain se trouvèrent d'accord sur ce point, alors qu'ils relatèrent en ar­ ticles compendieux, la présence inattendue de cet astre errant. J'étreignais Ellen. Je sentais son cœur battre éperdument, et je ne trouvais pas une parole pour apaiser son émoi. La peur était sur nous. Tout à coup, la comète diabolique s'éteignit, ou, plus exactement, une condensation de sa masse s'opéra. Il sembla que les vapeurs empourprées qui la composaient s'arrêtaient en leur course orbitaire, qu'elles roulaient en nuage informe. Puis sa cou­ leur se modifia, passa du rouge au jaune. Elle se fractionna en dix nuées lumineuses. Celks-ci se contractèrent à leur tour, et soudain prirent l'apparence d'yeux ouverts au fond du fir­ mament. Dix yeux d'or vert regardaient la terre. Ils nous regardaient, nous, pantelants sur la ter­ rasse. Et leur ensemble donnait cet aspect : o o o o o o o o o Un instant, les yeux d'Ellen se fixèrent sur les miens. Ses lèvres s'entr'ouvrirent, prononçant d'une voix sifflante : — Les lettres! Les lettres! C'était vrai. Les yeux d'or s'alignaient, figurant un T et un V. Et, grelottant dans mes bras, me communiquant la fièvre d'épouvante qui la secouait toute, Ellen murmura : — Les lettres de mort... Frère, sœur, au se­ cours... Sauvez-le! — Ellen, que dites-vous? murmurai-je, boule­ versé par cette terreur inexpliquée. Ma voix parut redoubler son effroi. Ses dents claquaient, et comme je répétais : «Ellen, ma bien-aimée, revenez à vous!» elle se renversa tout d'une pièce dans mes bras, évanouie. Je l'emportai, je l'étendis sur son lit. J'appelai à grands cris Nelaïm, un jeune fellah de seize ans tour à tour valet de chambre à l'intérieur de la mai­ son, ânier dans les promenades d'un rayon res­ treint, drogman (majordome-interprète) lors de nos courses aux déserts Arabique ou Lybiquc, entre les­ quels coule la bande verdoyante de l'Egypte arro­ sée par le Nil. J'envoyai le garçon chez le docteur Fitz, de la résidence khédiviale. Hélas! le docteur, avec la franchise d'un vrai sa­ vant, m'avoua qu'il ne comprenait rien aux mani­ festations nerveuses d'Ellen. Et quand, au milieu de la nuit, ma chère femme revenue à elle, je la pressai de m'expliquer ce qui avait pu la terroriser ainsi, elle se blottit dans mes bras et, m'enlaçant étroitement, avec une énergie qui démentait ses paroles, elle murmura du ton. d'une enfant prise en faute : — Je ne sais pas.... Max; dites-vous que votre Ellen est une petite folle, et ne me parlez plus de cette heure de faiblesse dont j'ai honte! Comme l'homme, si fier de sa clairvoyance, est aveugle! Je ne compris pas qu'en cet instant la pau­ vre mignonne me donnait la plus grande preuve de tendresse que femme donna jamais. Je ne compris pas (cela me restera toujours comme un remords) que, pour m'assurer un esprit paisible, elle accaparait pour elle seule toute l'an­ goisse du danger planant sur nous, dans l'orbe sanglant de la Comète rouge ; toute la menace for­ midable des dix yeux d'or vert. CHAPITRE II LE MÉNAGE MAUVE — Khoouaga (monsieur), oun papir à la hourme ij}gilisi! (une lettre pour la dame anglaise). » C'est avec ces mots que, le lendemain, vers trois heures après-midi, le boy Nelaïm se précipite dans le salon-fumoir où je me tiens auprès d'Ellen, un peu pâle encore, étendue languissante sur un di­ van. Mais l'arrivée de Nelaïm semble vaincre la lan­ gueur d'Ellen. D'un bond elle est auprès de lui. Elle a pris la lettre, considère l'enveloppe. Et avec une joie que j'attribue à l'affection qu'elle ressent pour sa sœur, dont elle est séparée depuis notre mariage, elle clame : — De ma chérie! C'est de ma chérie! Elle déchire l'enveloppe et lit.
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • Podcasts Podcasts
  • BD BD
  • Documents Documents
Alternate Text