La tradition des fêtes galantes et le lyrisme verlainien - article ; n°1 ; vol.43, pg 281-299
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Description

Cahiers de l'Association internationale des études francaises - Année 1991 - Volume 43 - Numéro 1 - Pages 281-299
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1991
Nombre de lectures 126
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Exrait

Pr. Georges Zayed
La tradition des fêtes galantes et le lyrisme verlainien
In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 1991, N°43. pp. 281-299.
Citer ce document / Cite this document :
Zayed Georges. La tradition des fêtes galantes et le lyrisme verlainien. In: Cahiers de l'Association internationale des études
francaises, 1991, N°43. pp. 281-299.
doi : 10.3406/caief.1991.1768
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_1991_num_43_1_1768LA TRADITION DES FÊTES GALANTES
ET
LE LYRISME VERLAINIEN
Communication de M. Georges ZAYED
(Boston)
au XLIIe Congrès de l'Association, le 25 juillet 1990
S'il est un recueil de Verlaine que les délicats et les
dilettantes considéreront toujours comme son chef-d'œuv
re, c'est bien les Fêtes Galantes. Véritable joyau de la
poésie parnassienne (dans la meilleure acception du
terme), merveille de finesse et de doigté, frémissant en
plus d'une sensibilité sourde et comme voilée, ce recueil
est en effet une rare réussite poétique. Par la forme
comme par le fond, il atteint à la quasi-perfection.
Aussi n'est-il pas étonnant que, parmi les thèmes que
Verlaine a marqués de son cachet personnel — à savoir :
les «paysages tristes» des Poèmes Saturniens, paysages
«état d'âme», chargés de souvenirs, de regrets et de mél
ancolie, moins décrits que devinés à travers la brume
d'émotions intimes, les «paysages impressionnistes» des
Romances sans Paroles, formés de sensations recueillies
au contact direct de la nature, et rendues dans toute leur
fraîcheur, sans stylisation; l'amour «virginal» et timide
de La Bonne chanson — seul recueil de poésie de fiancée
— qui apporte une note unique à la française; GEORGES ZAYED 282
l'amour « mystique » de Sagesse fait de brûlante adoration
pour le Christ et de piété filiale pour la Vierge, d'élans
vers la pureté et d'angoisse en face du péché; enfin le
thème des Fêtes Galantes paysages féeriques du poète et
lieu d'élection de son rêve passionnel — c'est ce dernier
qui reste à leurs yeux, le plus représentatif de son génie,
du moins celui où son originalité s'est manifesté avec le
plus d'éclat et où son visage se découvre attachant et
émouvant au possible sous le masque et les oripeaux du
carnaval.
Et pourtant ce thème — qui semble essentiellement
verlainien — est loin d'être le domaine privé de notre
poète. Plus d'un écrivain de la première moitié du XIXe
siècle s'y est essayé à partir de 1840 environ, depuis Victor
Hugo et Théophile Gautier, jusqu'à Banville et Glatigny,
jusqu'à Mendès et Emmanuel des Essarts et toute la
foule des poetae minores parnassiens. Tous l'ont traité
ne fût-ce que dans un ou deux poèmes, avec plus ou
moins de bonheur ou plus ou moins de platitude —
selon le degré de leur génie — ou le niveau de leur
talent.
Il n'entre pas dans mon intention de donner une fois
de plus les sources des Fêtes Galantes (travail immense
qui déborde le cadre d'une causerie et que j'ai déjà entre
pris ailleurs). Je veux simplement montrer que les Fêtes
Galantes sont bien loin d'être uniques dans l'histoire de
la poésie française et que ce thème a alimenté une vérita
ble tradition poétique. De ce fait, Verlaine apparaîtra,
non comme un précurseur mais comme le successeur
d'une longue lignée; il serait venu moins pour créer un
genre nouveau que pour le clore par un chef-d'œuvre si
parfait qu'il devait être définitif.
J'essaierai d'étudier ensuite les Fêtes Galantes dans
leurs relations avec la sensibilité du poète, indépendam
ment de toute attache littéraire, de tout rapport avec les
sources livresques ou artistiques, et d'en dégager, sous LA TRADITION DES FÊTES GALANTES 283
les apparences objectives, les éléments humains et per
sonnels qui les imprègnent.
Je passerai donc d'abord en revue, sans y insister les
poèmes célèbres des grands écrivains qui se réfèrent à
cette tradition comme La Fête chez Thérèse de Victor
Hugo (transfiguration d'un bal masqué donné par Mme
Biard au printemps de 1843) qui est «la seule poésie d'un
auteur connu » que Verlaine ait su par cœur, au dire de
son ami Lepelletier, et qui a produit sur lui une impression
si forte qu'il lui doit peut-être l'inspiration de son recueil.
D'autres poèmes de Hugo se rapportent à ce thème,
comme La Statue des Rayons et des Ombres, qui évoque
les héros du « beau siècle amoureux » et dont Verlaine se
souviendra dans Le Faune et dans Colloque Sentimental,
comme Passé, le poème XVI des Voix Intérieurs, qui
décrit, en hiver le parc abandonné d'un «grand château
du temps de Louis XIII » où des couples d'amants avaient
autrefois connu le bonheur. Enfin, dans Les Chansons
des Rues et des Bois, Lettre, poème à résonance très
verlainienne, dont voici les dernières strophes :
Le paysage est plein d'amantes,
Et du vieux sourire effacé
De toutes les femmes charmantes
Et cruelles du temps passé...
Un bateau passe. Il porte un groupe
Où chante un prélat violet ;
L'ombre des branches se découpe
Sur le plafond du tendelet.
A la même inspiration appartiennent les Variations
sur le Carnaval de Venise de Théophile Gautier et trois
pièces des Poésies diverses, considérées parmi les plus
anciennes «fêtes galantes» de la poésie française (1835) :
Rocaille, Pastel, Watteau, qui évoquent un coin de Vers
ailles et de vieux portraits du temps de «La Parabère
avec la Pompadour», enfin un poème moins connu, Le
banc de pierre qui parut dans le premier Parnasse Content- 284 GEORGES ZAYED
porain et n'est pas sans parenté avec Colloque
Sentimental.
A ces deux grands Romantiques il faut joindre Thé
odore de Banville qui a été aussi un des premiers à ex
ploiter cette veine. C'est même chez Banville que l'on
trouve le plus grand nombre de poèmes se rapportant à
ce thème: dans Les Cariatides (1842), les huit pièces
à* En Habit Zinzolin, les vingt-quatre dizains de Caprices
et Sous-bois; dans Les Stalactites; L'Arbre de Judée,
Arlequin et Colombine, A une petite chanteuse des rues;
dans Les Odes Funambulesques, La Ville enchantée et la
saynète: Les Folies Nouvelles; dans les Nouvelles Odes
funambulesques, Promenade galante; etc. en tout qua
rante et une pièce, deux fois plus que n'en comporte le
recueil de Verlaine.
Hugo, Gautier, Banville étaient des maîtres reconnus
et respectés par la jeunesse. Mais d'autres poètes, r
omantiques ou parnassiens, compagnons de Verlaine ou
ses aînés, ont également été tentés par ce thème comme
Auguste de Châtillon et comme Gérard de Nerval qui
fréquentait le cénacle de la rue du Doyenné dont les
habitués, on le sait, étaient férus de peinture et plus
particulièrement de Watteau considéré comme sourcier
du rêve. Outre sa pièce des Petits châteaux de Bohême :
« Fantaisie » qui suscite une vision de rêve sous le règne
de Louis XIII, Nerval a rempli son œuvre en prose d'
évocations d'un XVIIIe siècle galant et costumé pareil à
celui que devait rêver Verlaine. Les chansons de Cydalise
préludent aux Fêtes Galantes».
Parmi les Parnassiens, à peine plus âgés que Verlaine,
deux poètes ont également été sensibles à ce thème : Albert
Glatigny et Catulle Mendès, que Verlaine considérait
comme ses «éducateurs» («J'adorais littéralement ces
deux poètes » écrit-il). L'œuvre de Glatigny étant un reflet
fidèle de son maître Banville, il est normal d'y retrouver
le thème des « fêtes galantes » : dans Les Vignes folles, LA TRADITION DES FÊTES GALANTES 285
l'Attente et «Nuit d'été», et dans Les flèches d'Or: Noct
urne et Prologue d'une comédie bouffonne.
Quant à Catulle Mendès qui se distinguait par ses
dons d'imitateur (on l'a appelé le « roi du simili » et « un
m

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