Le rôle structurel du « locus amœnus » dans les dialogues de la Renaissance - article ; n°1 ; vol.34, pg 39-57
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Description

Cahiers de l'Association internationale des études francaises - Année 1982 - Volume 34 - Numéro 1 - Pages 39-57
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1982
Nombre de lectures 34
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Exrait

Eva Kushner
Le rôle structurel du « locus amœnus » dans les dialogues de la
Renaissance
In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 1982, N°34. pp. 39-57.
Citer ce document / Cite this document :
Kushner Eva. Le rôle structurel du « locus amœnus » dans les dialogues de la Renaissance. In: Cahiers de l'Association
internationale des études francaises, 1982, N°34. pp. 39-57.
doi : 10.3406/caief.1982.2379
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_1982_num_34_1_2379LE ROLE STRUCTUREL
DU «LOCUS AMŒNUS»
DANS LES DIALOGUES DE LA RENAISSANCE
Communication de Mme Eva KUSHNER
(Montréal)
au ХХХПГ Congrès de l'Association, le 21 juillet 1981.
Que la Renaissance ait affectionné le dialogue, cela n'est
plus à établir. De nouvelles recherches explorent depuis un
certain temps aussi bien les raisons esthétiques et épistémo-
logiques de cette prédilection que la spécificité de la forme du
dialogue à la Renaissance, si bien qu'on peut maintenant parler
d'une poétique du dialogue de la Renaissance. Sans la retracer
ici, notons la place qu'y occupe le locus amœnus et, en parti
culier, le jardin.
Parmi les genres littéraires, le dialogue est sans doute le
plus pauvre en narrativité. La communication entre auteur et
lecteur s'y effectue de la manière la plus dépouillée. C'est
une narrativité-limite ; en choisissant le dialogue, l'auteur en
a décidé ainsi car, d'une part, il entend exposer des idées, et,
d'autre part, écartant le traité, il souhaite exploiter la fiction
du partage du discours entre les personnages. De nombreux
auteurs, y compris, en France, Peletier du Mans et Guy de
Brués, et ailleurs Erasme (De utilitate colloquiorum) ainsi que
Sigonio et Sperone Speroni, ont tenu à expliquer les raisons
de ce choix.
A quel point il y aura polyphonie, c'est-à-dire, à quel point
et avec quelle force se feront entendre des voix exprimant 40 EVA KUSHNER
des points de vue différents de ceux de l'auteur, voilà le
problème ; d'un extrême « catéchétique » où le second per
sonnage n'est là que pour donner la réplique au premier et
amener le point suivant, à l'autre où non seulement une
seconde vision des choses, mais d'autres encore obtiennent
droit de cité, et où l'auteur donne au lecteur de véritables
alternatives (ou feint du moins de les lui donner), s'étend
tout un champ de modalités rhétoriques allant de la simple
volonté de persuader à l'échange avec autrui. Au départ, le
dialogue est dans son intentionnalité un monologue qui ne
prend même pas la peine de se déguiser, ou ne la prend
qu'en empruntant les formes figées du dialogue médiéval.
Il serait faux de penser que la complication devient à elle
seule promesse de « dialogicité ». Au lieu d'un personnage
qui essentiellement est là pour dire « oui » au
principal (comme par exemple dans le Petit dialogue de
noblesse de Symphorien Champier), on peut en rencontrer
plusieurs, dont la fonction se réduit à celle-là ; pareillement,
un porte-parole et un contradicteur peuvent être remplacés
par des groupes entiers de porte-parole et de contradicteurs
sans que le dogmatisme du texte en soit affecté. Pour instaurer
la véritable « polyphonie » que l'on peut considérer comme
caractéristique du dialogue de la Renaissance, il faut autre
chose, et notamment que la configuration des personnages
et des points de vue proposés par eux devienne nuancée, et
que l'argumentation donne à chaque point de vue l'occasion
de s'exprimer pleinement et de s'entre-croiser avec les autres.
C'est la résultante de tout cela qui sera le message de l'au
teur, et il serait fort naïf de penser que ce message est
nécessairement un compromis de la part de l'auteur avec des
points de vue autres que le sien ; tout ce que l'on peut
affirmer, c'est que l'auteur a consenti à étendre son imagi
nation vers autrui afin que le lecteur puisse faire le tour de
la question et comprendre pourquoi l'auteur l'incite à un
choix final.
La très simple fiction du dialogue se nourrit ainsi de trois
éléments étroitement liés entre eux : la structure actantielle, ROLE STRUCTUREL DU « LOCUS AMŒNUS » 41 LE
englobant mais dépassant la configuration des personnages ;
la marche de l'argumentation, qui est au dialogue ce que
l'action est au roman ou à la pièce de théâtre ; et un tro
isième élément fixant les circonstances de l'entretien ; si l'on
se représentait le dialogue comme une phrase, les personnages
seraient sujets, l'argumentation verbes, les idées objets, et
le temps et le lieu compléments circonstanciels. Ce dernier él
ément définissant l'inscription dans le réel appartient aux
invariants du dialogue ; les auteurs de la Renaissance le
retrouvent, développé à différents degrés, dans les trois
courants de la tradition antique où ils puisent — la plato
nicienne, la cicéronienne et la lucianesque. A la Renaissance,
deux raisons supplémentaires déterminent les auteurs de dia
logues à soigner cet élément. C'est, d'abord, leur souci de la
mimésis. De môme que les personnages sont, en général, soit
des personnages historiquement connus, soit des incarnations
d'attitudes philosophiques ou religieuses ou encore d'ense
ignements reconnaissables (et non plus — avec quelques
exceptions — des personnages allégoriques) ; de même les
circonstances, elles aussi, doivent être reconnaissables. Que
cet élément relève, par ailleurs, d'une convention littéraire
déjà pratiquée dans l'Antiquité, renforce encore sa valeur
pour les auteurs de la Renaissance ; il leur suffit de l'adapter
à ce qui est susceptible de paraître naturel et vraisemblable
au lecteur de leur époque.
A cette raison littéraire s'ajoute une raison historique,
intimement liée à la première : c'est que le dialogue est
censé représenter la transcription d'un entretien ayant rée
llement eu lieu (ou, du moins, suffisamment typique des
devisants représentés) ; entretien qui, en outre, aurait été
structuré, jusqu'à un certain point, dans la réalité historique,
comme il l'est sous la plume de l'auteur. Ici aussi, les auteurs
de la Renaissance s'appuient sur une convention déjà exis
tante, mais il suffit de rappeler les académies florentines
du quinzième siècle, et celles qui se constituent en France
au seizième, pour reconnaître le bien-fondé du maintien de
cette convention. 42 EVA KUSHNER
Ce que l'on peut observer d'une manière quasi générale,
c'est que le lieu du dialogue et d'autre part le moment sont
étroitement liés à l'ensemble de ses structures ; et souvent
à l'objet de la discussion. En outre, il arrive fréquemment
que la mention ou la description du lieu de l'entretien const
itue ïincipit, ou du moins se situe très près du début du
texte, ce qui renforce encore sa fonction métonymique (1).
Il serait d'ailleurs étonnant que le lieu soit moins stylisé que
les personnages : tout, dans le dialogue, est subordonné à
l'exposition et à l'affrontement des idées ; même la vivacité
des dialogues satiriques qui s'inspirent de ceux de Lucien
de Samosate n'altère pas ce fait.
Dans L'Alchimie du purgatoire, premier dialogue des
Disputations chrétiennes de Pierre Viret, la rencontre a
d'abord lieu « au sermon », et c'est le contenu du sermon
qui devient immédiatement, et de la manière la plus fonctionn
elle, objet de satire. Dans le Premier courtisan de Le Caron,
les personnages se rencontrent près d'une « galerie » du châ
teau de Fontainebleau ; or, la discussion va porter sur la
manière dont le philosophe peut et doit influencer le prince.
Le locus amœnus est donc, simplement, un cas particulier
au sein d'une convention littéraire bien établie ; en effet, le
loisir, l'ambiance détendue, la beauté du cadre s'associent
ordinairement à l'idée d'une discussion qui doit être pro
longée, organisée et pourtant libre, et fondamentale. Le locus
amœnus ne se situe pas nécessairement à l'extérieur, plutôt
qu'à l

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