LES MYTHES DE L'AMOUR

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LES MYTHES DE L'AMOUR
Source: AUGER, Lucien. Extrait de
L’amour , de l’exigence à la préférence
, Les Éditions de
l’homme,1979.
S'il est un domaine ou les mythes abondent, c'est bien en amour. L'un des mythes les plus
persistants soutient que l'amour est une émotion et un état si complexe qu'il défie toute définition
vraiment précise et qu'il faut donc se résoudre à l'éprouver sans jamais parvenir à le comprendre.
Je n'ai pas l'intention de nier la complexitéde l'état amoureux et bien d'autres se sont attardés avant
moi à tenter de le définir. Je veux simplement faire appel à votre expérience personnelle pour
essayer d'élaborer avec vous une définition qui tienne compte fidèlement des divers aspects de
l'amour.
Vous et moi employons le verbe aimer a propos d'une variété d'objets et de personnes. J'aime Jean-
Pierre, Héloïse et Gaston; j'aime aussi le printemps, les voitures sports, la tarte aux bleuets et les
couchers de soleil. Par ailleurs, je n'aime pas Claude, Paulette et Hector; je n'aime pas non plus
l'hiver, les carottes, les gens qui parlent fort et les films d'horreur.
Voilà l'amour comme nous le rencontrons tous les jours, en d'innombrables circonstances. En fait, à
propos de presque tout, nous pouvons dire: «J'aime» ou «Je n'aime pas». Qu'est-ce que nous
voulons dire par ces mots?
Il me semble que ce qui est commun à ces diverses situations est le fait qu'en présence, ou à la
pensée de certaines choses ou personnes, nous ressentons du plaisir, du bien-être, du bonheur,
quelque émotion agréable, alors qu'en présence ou à la pensée de d'autres, nous ressentons du
déplaisir, de l'ennui, du malaise ou quelque autre émotion désagréable. Ce plaisir, ou ce déplaisir,
peut être plus ou moins intense, plus ou moins prolongé, plus ou moins stable, ou être ressenti selon
diverses facettes de notre personnalité totale, mais ceci ne fera pas changer la nature de l'amour;
cette nature semble tout simplement résider dans le fait du plaisir ou du déplaisir que nous
éprouvons à l'occasion de quelque chose ou de quelqu'un. Quand je dis: «J'aime Paulette»,
j'exprime par ces mots que je ressens du plaisir au contact réel ou imaginaire de Paulette. Quand je
dis: «J'aime la tarte aux bleuets», j'exprime également le sentiment de plaisir que je ressens au
contact réel ou à l'idée du contact avec la tarte aux bleuets.
Cette définition va nous permettre d'évacuer un deuxième mythe.
Ce mythe consiste à croire qu'il existe un vrai et un faux amour. On le retrouve dans des expressions
comme: «Tu ne m'aimes pas vraiment... Si tu m'aimais vraiment...» expressions par trop familières à
bien des amoureux. La confusion semble naître du fait qu'on peut distinguer divers
types
d'amour,
chacun d'entre eux possédant ses caractéristiques propres qui peuvent, en conséquence, être
perçues comme plus ou moins agréables par diverses personnes, selon les goûts et les préférences
que chacun possède. On comprendra sans difficulté qu'il semble abusif de conclure que parce qu'on
préfère tel
type
d'amour, ce type constitue le «vrai» amour dont les autres types ne sont que des
contrefaçons. Prenons le cas d'Annette. Pendant ses conversations avec moi, Annette revenait sans
cesse sur l'idée que les autres ne l'aimaient pas vraiment, que les hommes n'étaient que des
cochons intéressés uniquement à tirer d'elle des plaisirs bassement sexuels. Encore qu'on ne voit
pas pourquoi un plaisir d'ordre sexuel soit plus caractéristique des porcins qu'autre chose, et qu'on
arrive moins à saisir comment un plaisir soit haut ou bas. L'erreur fondamentale d'Annette consistait à
croire qu'il existe un vrai amour, et que le reste n'est que sous-produits méprisables.
Tout amour est
vrai
en ce sens qu'il existe, et que tout ce qui existe fait partie de la réalité. Qu'il y ait
des amours brèves et d'autres longues, certaines qui se centrent sur les caractéristiques physiques
de l'être aimé et d'autres sur ses caractéristiques psychologiques, que certaines soient intenses et
d'autres faibles, que certaines comportent des aspects spirituels et d'autres pas, tout cela ne fait pas
l'ombre d'un doute. Tout cela, Annette le savait bien, mais, contaminée par cette idée irréaliste si
répandue qui affirme l'existence du
vrai
amour, elle continuait à soutenir que, quand ses partenaires
s'intéressaient avant tout à son apparence physique, ils ne l'aimaient pas vraiment. Voulant être