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Les techniques narratives dans le cycle de « Thérèse Desqueyroux » - article ; n°1 ; vol.36, pg 53-68

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Description

Cahiers de l'Association internationale des études francaises - Année 1984 - Volume 36 - Numéro 1 - Pages 53-68
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1984
Nombre de lectures 363
Langue Français

Extrait

Monsieur André Séailles
Les techniques narratives dans le cycle de « Thérèse
Desqueyroux »
In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 1984, N°36. pp. 53-68.
Citer ce document / Cite this document :
Séailles André. Les techniques narratives dans le cycle de « Thérèse Desqueyroux ». In: Cahiers de l'Association internationale
des études francaises, 1984, N°36. pp. 53-68.
doi : 10.3406/caief.1984.1920
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/caief_0571-5865_1984_num_36_1_1920LES TECHNIQUES NARRATIVES
DANS LE CYCLE DE
« THERESE DESQUEYROUX »
Communication de M. André SEAILLES
(Paris)
au XXXVe Congrès de l'Association, le 20 juillet 1983.
François Mauriac déclare dans les Mémoires intérieurs, à
propos de l'art romanesque : « Je ne défends pas ma techni
que. D'une certaine manière, je suis l'ennemi de toutes (...).
Toutes les techniques, dès qu'elles sont déclarées, définies, imi
tées consciemment ou non, deviennent fausses. Tel est le myst
ère de la technique romanesque : elle doit rester le secret
de celui qui l'invente et elle ne peut servir qu'une fois » (1).
Faut-il en croire Mauriac ?
En dépit de ses affirmations, n'est-il pas possible de discer
ner des procédés dans sa narration romanesque ? Une étude
attentive du cycle des romans et des nouvelles qui s'organise
autour de Thérèse Desqueyroux nous révélera peut-être cer
tains secrets du romancier.
Nous pourrons découvrir, par exemple, dans la narration
la diversité des points de vue successifs. Mais la est
Sigles employés : BJi.l = Bloc-Notes, Tome 1, Flammarion.
PI = édition des œuvres romanesques et théâtrales
complètes de Mauriac à la Bibliothèque de la
Pléiade, NRF Gallimard.
O.C. Fayard = Œuvres complètes de Mauriac publiées
chez A. Fayard.
(1) Mémoires intérieurs, Flammarion, p. 209. 54 ANDRÉ SÉAILLES
soumise à la loi de la durée : le cycle de Thérèse Desqueyroux
révèle des variations et des ruptures temporelles d'une éton
nante virtuosité. Le jeu des images, les figures de l'énigme, de
l'interrogation et de l'apostrophe enchâssées dans la narration
confirment ce que chacun pressent en lisant Thérèse Desqueyr
oux, Thérèse chez le Docteur, Thérèse à l'hôtel et La Fin
de la nuit. L'auteur, invisible et présent derrière ses person
nages, est un poète.
Le ohamp de notre enquête s'étend d'abord aux deux
romans Thérèse Desqueyroux (1927) et La Fin de la nuit
(1935), aux deux nouvelles Thérèse chez le Docteur et Thérèse
à l'hôtel parues en 1933 dans Candide et reprises en 1938
dans un recueil de nouvelles intitulées Plongées ; ensuite il
faut y inclure quelques pages d'un chapitre de Ce qui était
perdu (1930), qui nous permettent d'apercevoir Thérèse une
nuit, sur un banc des Champs Elysées, en proie à une crise
de sanglots. Les deux nouvelles s'inscrivent dans les années
où Bernard a laissé sa femme vivre en toute liberté à Paris
et, précise Mauriac, dans son avant-propos, « elles représent
ent deux tentatives de plongée dans les périodes obscures de
ce destin » (2).
On pourrait en dire autant, à plus forte raison, de la s
équence de Ce qui était perdu, qui en deux pages est une des
cente plus brève et plus vertigineuse encore dans le mystère
de cette vie. Notons enfin que les deux nouvelles représentent
seulement une quinzaine de pages ohacune dans l'édition de
la Pléiade, alors que Thérèse Desqueyroux en compte quatre-
vingt neuf et La Fin de la nuit cent trente quatre.
Ainsi, pendant une dizaine d'années, de 1927 à 1938, l'ima
ge de Thérèse Desqueyroux « occupe » l'esprit et le cœur de
Mauriac.
Elle donne son unité à ce cycle romanesque dont elle est
bien évidemment le personnage central. Mais il faut préciser
qui est le narrateur dans ce premier cycle. La réponse ne sera
pas la même si l'on considère d'une part les premières ébau-
(2) Préface de Plongée, PI. II, p. 1048. LE CYCLE DE THÉRÈSE DESQUEYROUX 55
ohes et d'autre part l'œuvre achevée. La présence d'un « je »
narrateur apparaît nettement dans les versions primitives.
L'ébauche de Thérèse Desqueyroux intitulée « Conscience,
instinct divin... » était écrite à la première personne et s'adres
sait à un prêtre. Par ailleurs, en 1928, Mauriac, poursuivi
par l'image de Thérèse, a voulu donner une suite et fin à son
roman. Il écrit une autre ébauche, La Fin de Thérèse, qui sera
abandonnée mais qui aboutira en dernier lieu à La Fin de la
nuit : cette ébauche prenait la forme d'une lettre de Thérèse à
un amant qu'elle venait de quitter. Enfin, dans la préface sup
primée de ses œuvres complètes, Mauriac avoue avoir été tenté
d'écrire une autre confession de Thérèse qui serait devenue
La Fin de la nuit, mais il a déchiré cette ébauche, parce qu'il
ne voyait pas le prêtre qui devait recevoir cette confession.
Moins nettement peut-être, mais assez clairement, les deux
nouvelles Thérèse chez le docteur et Thérèse à l'hôtel sont
les discours d'un « je » qui se confesse, à un psychiatre
d'abord, puis au jeune inconnu de l'hôtel.
La présence d'un « je » narrateur domine donc les premièr
es ébauches du cycle de Thérèse. Mais lorsque l'on consi
dère l'ensemble de l'œuvre achevée, l'éclairage change. Tout
se passe comme si Mauriac, parti du discours de Thérèse à
la première personne, aboutissait — non dans ses nouvelles,
qui gardent, par des procédés ingénieux, la forme de la confes
sion — , mais dans ses deux romans, à un récit d'allure object
ive, où l'auteur-narrateur évoque l'un après l'autre ses per
sonnages sur un fond de décor réaliste, provincial ou pari
sien, à la manière de Flaubert. Tel est le cas de la description
d'Argelouse au début du chapitre III. La démarche créatrice
de Mauriac s'éclaire par une confidence du Bloc-Notes : « Je
commence une histoire [...]. J'amorce le récit à la première
personne comme je fais souvent, pour faciliter le démarra
ge » (3). Mais une fois que le démarrage est opéré, le romanc
ier fait passer le récit de la première à la troisième personne,
et le monde commence à se composer, dans sa réalité, autour
de son héroïne. Grâce à la souplesse de la narration qui pri-
(3) B.N.1, p. 43. 56 ANDRÉ SÉAILLES
vilégie, en particulier par le discours indirect libre, la voix
de Thérèse qui soliloque avec elle-même, Mauriac réussit à
maintenir prédominant le point de vue de son héroïne. En
même temps, il s'efforce d'éclairer les divers points de vue
de ses protagonistes. Comment a-t-il su multiplier les points
de vue en respectant celui de Thérèse ?
Dans certains cas, l'auteur-narrateur sélectionne un élément
du dialogue et l'enchâsse dans une méditation menée par Thér
èse. Jean Azévédo dit à Thérèse : « Ici, vous êtes condamn
ée au mensonge jusqu'à la mort » (4), et ce propos devient
un motif lancinant qui hante la conscience de l'héroïne. De
même, les clichés d'Anne de La Trave répétant avec une niaise
admiration les mots d'enfant du bébé de Thérèse sont intégrés
à la songerie mélancolique de cette dernière. Cette technique
confère au tissu narratif sa variété sans altérer son unité. Le
discours-confession primitif est devenu narration dialoguée où
alternent des voix perçues par Thérèse.
Ces enregistrements de voix opérés par la narratrice peu
vent être prélevés dans le discours direct ou le discours
indirect. Discours direct, cette opinion du père Larroque sur
les femmes, leit-motiv furibond répété à l'avocat de Thérèse :
« Toutes des hystériques quand elles ne sont pas idio
tes ! » (5). Discours indirect par c

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