Vous seriez bien aimable de repasser plus tard
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Vous seriez bien aimable_Mise en page 1 16/11/2012 15:03 Page 5 FABRICE BALESTER VOUS SERIEZ BIEN AIMABLE DE REPASSER PLUS TARD Histoire inédite Vous seriez bien aimable_Mise en page 1 16/11/2012 15:03 Page 6 Vous seriez bien aimable_Mise en page 1 16/11/2012 15:03 Page 7 À mon père « Même si nous sommes décharnés, brûlants de plaies, si nous chions dans nos draps ; envers et malgré tout, nous désirons désespérément vivre. » Michael Cunningham Vous seriez bien aimable_Mise en page 1 16/11/2012 15:03 Page 8 Vous seriez bien aimable_Mise en page 1 16/11/2012 15:03 Page 9 Grosse chaleur. L’air est irrespirable. Même les cigales chantent avec des ratés dans leur ventre. Des odeurs lointaines de brûlé laissent craindre le pire en matière d’incendies. La radio fourmille de rappels à la vigilance à usage des vacanciers. Une route abominable en rase campagne, non loin du Warmup, une boîte de nuit à la mode. Une voiture qui en percute une autre, de plein fouet. Des vapeurs d’alcool, du classique malheureusement. Un remblai… Plusieurs mètres de chute et des cailloux, bonjour l’atterrissage! L’odeur de brûlé c’est cette voiture fumante en contrebas du ravin. Pour Alice le billet d’entrée au Warmup s’était presque transformé en un passeport pour l’au-delà. Presque… De son voyage aux marges de la mort, la jeune femme m’avait raconté avoir vu sa vie se dérouler devant elle.

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Publié le 22 mars 2014
Nombre de lectures 323
Langue Français

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Vous seriez bien aimable_Mise en page 1
6/11/2012 15:03 Page5
FABRICE BALESTER
VOUS SERIEZ BIEN AIMABLE DE REPASSER PLUS TARD
Histoire inédite
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À mon père
« Mêmesi nous sommes décharnés, brûlants de plaies, si nous chions dans nos draps; envers et malgré tout, nous désirons désespérément vivre. »
Michael Cunningham
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Vous seriez bien aimable_Mise en page 1
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Grosse chaleur. L’air est irrespirable. Même les cigales chantent avec des ratés dans leur ventre. Des odeurs lointaines de brûlé laissent craindre le pire en matière d’incendies. La radio fourmille de rappels à la vigilance à usage des vacanciers. Une route abominable en rase campagne, non loin duWarmup, une boîte de nuit à la mode. Une voiture qui en percute une autre, de plein fouet. Des vapeurs d’alcool, du classique malheureusement. Un remblai… Plusieurs mètres de chute et des cailloux, bonjour l’atterrissage! L’odeur de brûlé c’est cette voiture fumante en contrebas du ravin. Pour Alice le billet d’entrée au Warmup s’était presque transformé en un passeport pour l’au-delà. Presque… De son voyage aux marges de la mort, la jeune femme m’avait raconté avoir vu sa vie se dérouler devant elle. Non de manière ordonnée et chronolo-gique, mais plutôt sous la forme d’un kaléidoscope furieusement agité et impossible à stabiliser…
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À seulement trente-huit ans, un problème res-piratoire m’a conduit au service réanimation de l’hôpital Hôtel Dieu à Paris et des complications m’ont emmené bien plus loin, dans ce que l’on appelleema, précisément une expérience de mort approchée. À moi le désordre, le chaos et les fragments de vie éparpillés qui vont avec… À mon tour d’être l’épicentre de ce séisme infernal. Une machine respire à ma place. On la nomme « ventilateurarticiel ».C’est elle qui me permet,via un tube de la taille d’un l électrique installé dans ma trachée, de ne pas sombrer dénitivement.
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Un décor pour le moins étrange: une sorte de ciel qui agonise dans une clarté louche, un peu jau-nâtre. Dans l’arrondi d’une alvéole confortable, une bougie anémique éclaire une silhouette de femme du genre gravure de mode. Assise dans un fauteuil, elle croise et recroise ses interminables jambes. Un ami, qui est un «mec à jambes »,aurait sûrement =ashé. Et lui aurait susurré à l’oreille quelque chose du style: «c’est la première chose que j’ai vue en venant au monde. Et bien des années plus tard j’ai souvent essayé de refaire le chemin en sens inverse...». Moi j’aurais plutôt vu notre rencontre ainsi: à bord d’un paquebot voguant vers Bombay, vers ces terres de lointaine mousson, elle et moi accoudés au bastingage du pont-promenade des premières classes, nos regards fouillant la mer entre ses ruti-lances, engloutissant nos pensées dans le mouve-ment pourpre du coucher du soleil. Je lui aurais dit que je la trouvais jolie, puis je l’aurais prise par la main en l’entraînant je ne sais où… Mais je ne suis pas un mec à jambes. Et ma ques-tion fut posée sans concession:
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— Vous êtes qui et vous venez faire quoi? — Je suis venue vous chercher Viggo. — Comment connaissez-vous mon prénom?! — Je connais l’identité de tous ceux que je ramène avec moi. Leur identité et leur histoire. — Pardon? — Je disais que… — J’ai parfaitement entendu ce que vous disiez. Ça rime à quoi au juste tout ça? — C’est l’heure voilà tout. — …L’heure de quoi? — L’heure du grand saut. — Je ne comprends rien! — On m’appelle «la grande faucheuse». Vous comprenez mieux là? — Vous êtes la… — mort! Oui c’est cela. — J’ai trente-huit ans… — Et alors? — J’ai encore des choses à faire. — Tous ceux qui ont votre âge et que je rencontre me tiennent ce discours. Elle sourit puis enchaîne: puis-je fumer? — Faites comme chez vous… — Elle sort une cigarette longue du paquet qu’elle tient dans une main puis l’allume avec élégance à l’aide d’un briquet de couleur noire. Elle décroise les jambes une fois de plus en expirant de la fumée. Puis reprend… Votre papa, quel âge avait-il le jour de sa mort?
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— Pourquoi cette question?… — Répondez. — Il était trop jeune pour mourir. — Ce n’est pas ce que je vous demande! — Soixante. — Vous voyez?! Avec vous ce qui est triste c’est que c’est toujours trop jeune. — …Moi c’est vrai! — Pas plus que votre père si on le compare à Jeanne Calment. La belle a marqué un point. — Mes enfants sont petits, ils ont grandement besoin de moi. Elle marque un silence. Et si à mon tour j’avais marqué un point?… — Votre vie ne tient plus qu’à un l, le savez-vous ? — Je le sais oui. — … Et savez-vous qu’il me revient le rôle qui consiste à vous faire basculer dans l’au-delà? — Je viens de le comprendre, cela étant j’ai la volonté de m’en sortir! — La volonté n’a rien à voir là-dedans. — Comment vous convaincre? — Inutile de palabrer. J’ai une mission à remplir. — Ne pourrait-on pas trouver un arrangement? — Quel genre d’arrangement? — Du style: repassez me voir dans, disons, … cinquante ans!
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La grande faucheuse éclate de rire. — Pourquoi riez-vous? dis-je, un peu agacé. — Parce que vous êtes comme tous les autres. Vous vous accrochez désespérément à la vie. — En quoi est-ce risible? Elle grimace, semble s’interroger. — Heu… Vous avez raison remarquez. Vous vivez avec une jolie femme, avez deux merveilleux enfants, habitez une chic demeure et conduisez un gros 4x4… ça se défend tout ça. — Absolument. J’ai l’impression d’avoir marqué un nouveau point et la sensation que l’on éprouve lorsque l’on prend l’avantage me parcourt. Sauf que pour ce « match »les dés semblent pipés… C’est alors que la grande faucheuse me xe du regard. Un regard noir, intense et pénétrant. — On va faire une chose Viggo. Une chose que je ne fais jamais. Pourtant je tiens à vous dire que votre vie n’a pas plus de valeur qu’une autre. Je crois que je vieillis moi… Peut-être devrais-je passer la main ?!…Bref, vous voulez vivre?… Ok. Alors voilà ce qui va se passer: vous allez =irter avec l’au-delà, le voir de très près. Et vous allez relever plusieurs dés. Moi, je vais vous observer. Ensuite, je prendrai ma décision. L’instant est délicat mais je considère que le jeu en vaut la chandelle. Tenir la mort à ma merci, entre mes pognes. J’aurais cependant aimé lui poser
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certaines questions sur le déroulement des épreuves mais elle ne m’en laisse guère le temps. La grande faucheuse se lève et se dirige vers un épais brouillard avant de disparaître. Mon ami, le mec à jambes, aurait sûrement dit un truc s’appro-chant de «je n’ai jamais vu un fessier pareil! »À vrai dire cette vision me trouble car moi non plus je n’ai jusqu’à cet instant rien vu de semblable…