En forêt
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En forêt

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Langue Français

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Mélanie BourotteLe Parnasse contemporain, III En Forêt
Le chêne au tronc géant, à l'épaisse ramure, Plonge dans le granit son pivot monstrueux ; Et le vivant réseau de sa rugueuse armure Déconcerte l'effort des vents impétueux. Deux siècles, trois peut-être et même plus encore, Pèsent, sans l'incliner, sur son front souverain ; Sa grande ombre enveloppe une pente sonore Où, de chênes, ses glands ont couvert le terrain.
Combien il en a vu passer dans les clairières, De générations se poussant vers la mort : Blonds couples d'amoureux ou cohortes guerrières Ou chasseurs affolés courant au son du cor ! Qu'il en a vu tomber sous les haches sifflantes, De ses contemporains en cadavres changés ! Mutilés par des mains calleuses ou tremblantes, Dans quel vaste ossuaire ont-ils été rangés ?…
Au pied de l'arbre assis, le garde prend haleine. Sur son front sillonné ruisselle la sueur ; Ses cheveux sont crépus comme une blanche laine Et son œil jette encore une chaude lueur. Il a compté pourtant un redoutable nombre D'hivers accumulés dans la nuit des grands bois… Dans un ciel tour à tour étincelant ou sombre, Il salua Noël plus de septante fois.
Au flot pur de l'amour il a trempé sa lèvre Lorsqu'en son jeune cœur fleurissait le printemps ; Des transports belliqueux il a connu la fièvre Dans une guerre ancienne et dans un autre temps. Sous l'ombre et le soleil, durant sa longue voie, Ont alterné souvent le calme et les écueils ; Il sait ce qui désole et ce qui met en joie… Il tailla des berceaux et cloua des cercueils !…
Son museau froid posé sur le genou du garde, Le chien rêveur frissonne au contact de sa main ; Son œil profond et doux interroge et regarde L'œil de son maître avec un regard presque humain. Il prête aux moindres sons une oreille exercée ; Du délinquant furtif il devine le pas Et, dans le fourré sombre ou la claire percée, Il poursuit le coupable et ne le manque pas !
Il a vu quinze fois revenir en septembre La meute et les piqueurs avec leurs longs couteaux ; Et quinze fois mûrir l'alizé couleur d'ambre Et quinze fois aussi naître les louveteaux. En détail, il connaît les replis du « triage » : Coupes, taillis, futaie, éclaircie et semis ; Et ces troncs familiers qu'il effleure au passage Et ces rochers moussus lui semblent des amis.
Que d'un soleil ardent les flèches embrasées Dessèchent les rameaux se tordant sous leurs chocs ; Que la neige ait courbé les cimes écrasées ; Que, sous la gelée âpre, éclatent les gros rocs ; Qu'aux rayons de midi bourdonnent les demeures Ou qu'à minuit ricane au loin l'esprit du mal, Par toutes les saisons et par toutes les heures, On rencontre sous bois l'homme avec l'animal.
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