Le Bord de la mer
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Description

Victor Hugo — Les ChâtimentsLe Bord de la merHARMODIUSLa nuit vient. Vénus brille.L'ÉPÉEHarmodius, c'est l'heure !LA BORNE DU CHEMINLe tyran va passer.HARMODIUSJ'ai froid, rentrons.UN TOMBEAUDemeure ...

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Langue Français

Exrait

HARMODIUS La nuit vient. Vénus brille.
L'ÉPÉE Harmodius, c'est l'heure !
LA BORNE DU CHEMIN Le tyran va passer.
HARMODIUS J'ai froid, rentrons.
UN TOMBEAU Demeure.
HARMODIUS Qu'es-tu ?
LE TOMBEAU Je suis la tombe. - Exécute, ou péris.
Victor HugoLes Châtiments
UN NAVIRE A L'HORIZON Je suis la tombe aussi, j'emporte les proscrits.
L'ÉPÉE Attendons le tyran.
HARMODIUS J'ai froid. Quel vent !
Le Bord de la mer
LE VENT Je passe. Mon bruit est une voix. Je sème dans l'espace Les cris des exilés, de misère expirants, Qui sans pain, sans abri, sans amis, sans parents, Meurent en regardant du côté de la Grèce.
VOIX DANS L'AIR Némésis ! Némésis ! lève-toi, vengeresse !
L'ÉPÉE C'est l'heure. Profitons de l'ombre qui descend.
LA TERRE Je suis pleine de morts.
LA MER Je suis rouge de sang. Les fleuves m'ont porté des cadavres sans nombre.
LA TERRE Les morts saignent pendant qu'on adore son ombre. A chaque pas qu'il fait sous le clair firmament, Je les sens s'agiter en moi confusément.
UN FORÇAT Je suis forçat, voici la chaîne que je porte, Hélas ! pour n'avoir pas chassé loin de ma porte Un proscrit qui fuyait, noble et pur citoyen.
L'ÉPÉE Ne frappe pas au coeur, tu ne trouverais rien.
LA LOI J'étais la loi, je suis un spectre. Il m'a tuée.
LA JUSTICE De moi, prêtresse, il fait une prostituée.
LES OISEAUX Il a retiré l'air des cieux, et nous fuyons.
LA LIBERTÉ Je m'enfuis avec eux ; - ô terre sans rayons, Grèce, adieu !
UN VOLEUR Ce tyran, nous l'aimons. Car ce maître Que respecte le juge et qu'admire le prêtre, Qu'on accueille partout de cris encourageants, Est plus pareil à nous qu'à vous, honnêtes gens.
LE SERMENT Dieux puissants ! à jamais fermez toutes les bouches ! La confiance est morte au fond des coeurs farouches. Homme, tu mens ! Soleil, tu mens ! Cieux, vous mentez ! Soufflez, vents de la nuit ! emportez, emportez L'honneur et la vertu, cette sombre chimère !
LA PATRIE Mon fils, je suis aux fers ! Mon fils, je suis ta mère ! Je tends les bras vers toi du fond de ma prison.
HARMODIUS Quoi ! le frapper, la nuit, rentrant dans sa maison ! Quoi ! devant ce ciel noir, devant ces mers sans borne ! Le poignarder, devant ce gouffre obscur et morne, En présence de l'ombre et de l'immensité !
LA CONSCIENCE Tu peux tuer cet homme avec tranquillité.
Jersey, 25 octobre.
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