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Mes yeux, vous m'êtes superflus

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François de Malherbe — C h a n s o n s
Pour M. le duc de Bellegarde
« Mes yeux, vous m'êtes superflus »
Mes yeux, vous m’êtes superflus ;
[1]Cette ...

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François de MalherbeChansons
Pour M. le duc de Bellegarde « Mes yeux, vous m'êtes superflus »
Mes yeux, vous m’êtes superflus ; [1] Cette beautéqui m’est ravie Fut seule ma vue et ma vie : Je ne vois plus ni ne vis plus. Qui me croit absent, il a tort ; Je ne le suis point, je suis mort.
O qu’en ce triste éloignement, Où la nécessité me traîne, Les dieux me témoignent de haine, Et m’affligent indignement ! Qui me croit absent, il a tort ; Je ne le suis point, je suis mort.
Quelles flèches a la douleur Dont mon âme ne soit percée ? Et quelle tragique pensée N’est peinte en ma pâle couleur ? Qui me croit absent, il a tort ; Je ne le suis point, je suis mort.
Certes, où l’on peut m’écouter J’ai des respects qui me font taire ; Mais en un réduit solitaire Quels regrets ne fais-je éclater ! Qui me croit absent, il a tort ; Je ne le suis point, je suis mort.
Quelle funeste liberté Ne prennent mes pleurs et mes plaintes, Quand je puis trouver à mes craintes Un séjour assez écarté ! Qui me croit absent, il a tort ; Je ne le suis point, je suis mort.
Si mes amis ont quelque soin De ma pitoyable aventure, Qu’ils pensent à ma sépulture ; C’est tout ce de quoi j’ai besoin. Qui me croit absent, il a tort ; Je ne le suis point, je suis mort.
1. ↑Il s'agit peut-être ici de la jeune reine Anne d'Autriche, femme de Louis XIII. Le duc de Bellegarde, qui n'avait pas craint d'être le rival de Henri IV auprès de la belle Gabrielle, était bien capable de former des vœux téméraires pour cette princesse. (ST-MARC.)