Contes de Noel

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Contes de Noel québécois.

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Publié le 12 décembre 2019
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Le train
24 décembre 1956 Tôt le matin, une neige abondante commença à tomber sur Limoilou. À midi, le vent se leva. - Préparez- vous à une grosse tempête en cette veille de Noel annonça Saint-Georges Côté à la radio de CKCV. Mon père, qui était cheminot au Canadien National, devait revenir de Chicoutimi vers 5 heures. Il serait avec nous pour le réveillon. Mais la poudrerie du matins’était changée en blizzard.En début d’après-midi, on voyait à peine les maisons de l’autre côté de la4e avenue. - Le train de papa va-t-il rester pris quelque part demandai-je à maman ?
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-Ben non, c’est fort un train, riennepeut l’arrêter, surtout pas d’la neige.S’il le faut, ils vont mettre une charrue à neige devant la locomotive. Inquiète- toi pas mon gars. Ton père en a vu des tempêtes. Mais le temps passait vite. Il était bientôt sept heures et le train de mon père n’avait pas encore sifflé. C’était une sorte de tradition que papa avait instaurée. Quand son train passait à proximité dul’ingénieurParc Ferland, de locomotive actionnait deux fois le sifflet de son engin, deux petits coups que nous entendions de chez nous. Ca voulait dire « je serai à la maison pour le souper. » Je commençais à être inquiet. Comme un enfant à l’imagination trop fertile, je me faisais les pires scénarios. Et si le train avait déraillé? Et s’il était resté immobilisé par la neige et que tout le monde à bord avait péri de froid ? Et si…Maman me rassura en me disant que le train avait surement pris du retard à cause du mauvais temps mais c’était en vain. Rien ne pouvait arrêter les films catastrophes qui jouaient dans ma tête. Plus le temps passait, plus mon cinéma catastrophe s’animait.- Encore la folle du logis me dit ma mère exaspérée. C’est ainsi qu’elle nommait mon imagination, une expression bizarre que je ne comprenais pas. À onze heures et demie, nous sommes partis pourl’égliseSaint Fidèle. Sans nouvelles de papa, la cérémonie liturgique serait longue.Maman et ma sœur ainée essayaient tant bien que mal de cacher leur inquiétude en affichant une ferveur religieuse que je ne leur connaissais pas. Au milieu de la messe, j’entendis deux petits coups de sifflet. C’était le train de mon pèrej’en étais sûr.- Avez-vous entendu, ai-je demandé à maman ?C’est le sifflet du train. Papa est arrivé. Il va être avec nous autres pour le réveillon.
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-Tu rêves mon gars me répondit maman. Je n’ai rien entendu.Tu t’imaginesencore des choses. Tu ferais mieux de prier. Ma sœur non plus n’avait rien entendu. - Voyons donc, me dit-elle d’un air agacé, tu fabules frérot.Maman et masœuravaient sans douteraison. J’avais rêvé.Je me remis à imaginer le pire. Quand la messe fut terminée,c’est d’un pas lourd que je suivis ma mère et ma sœur vers la sortie. À l’arrière de l’église, j’aperçus un homme qui avait la carrure de papa. Il nous fit un signe de la main. C’était bien lui.Transis, il avait l’air épuisé. Il avait marché dans la tempête de la Gare de Limoilou jusqu’à Saint Fidèle.Ce fut un beau réveillon et le lendemain, un magnifique Noel blanc en famille.Je n’avais pas rêvé.LUMIÈRE
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Il s’assoyait toujours dans le dernier banc à l’arrière de l’église pour assister à la messe de minuit. Il y allait pour écouter les cantiques de Noel et pour être moins seul en cette nuit qu’on disait magique. Mais, il ne l’aurait dit à personne, il croyait au miracle de Noel. Comme un enfant, il attendait le merveilleux. e Il vivait seul depuis des années dans son petit logement de la 12 rue, tout près de l’église Saint Fidèle. Il était un vieux garçon comme on disait à cette époque. Enfant unique, il s’était occupé de sa mère qui avait une santé chancelante. Elle était morte depuis plusieurs années. Il avait avec le temps apprivoisé la solitude mais à Noel, elle pesait lourd. Peu de temps après le début de la messe, une jeune femme vint s’asseoir près de lui. Il lui jeta un regard furtif. Elle n’était vêtue que d’un léger manteau et elle grelottait. À peine la cérémonie terminée,elle se précipita à la sortie de l’église. Quand à son tour il sortit, il la vit qui tendait la main aux paroissiens qui, trop pressés d’aller réveillonner, l’ignoraient.Il s’arrêta devant elle et il lui donna quelques sous. Elle lui sourit. Elle avait une lumière dans les yeux qu’il n’avait jamais vue.Il descendit les marches de l’église, il s’arrêta, se retourna et il revint vers la jeune femme qui comptait le peu de sous qu’elle avait recueillis.-Je m’appelle Raymond, lui dit-Siil. J’habite pas loin. T’as l’air frigorifié. tu veux venir chez nous j’ai du bon café à partager.Où avait-il trouvé le courage de parler ainsi, lui si gêné, si réservé? -Moi c’est Luce.Elle le suivit jusqu’à son appartement sans poser de questions, sans avoir peur. De toute façon, elle ne savait où aller. Assis à la table de la cuisine, ils burent leur café en silence.
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- Écoute dit Raymond, on pourrait faire un réveillon? J’ai d’la pizza congelée et une bouteille de vin. C’est pas grand chose je sais mais…- Un vrai festin dit Luce en riant. Raymond remarqua le rire dans ses yeux, comme des étoiles scintillantes. -Luce, ton prénom veut dire lumière. J’ai une tante qui porte ce prénom.-C’est beau lumière, j’savais pas ça dit-elle les yeux pleins de petits points lumineux Raymond mis son microsillon de Noel sur sa table tournante et ils passèrent le plus beau réveillon de Noel. Le vin aidant, ils se racontèrent des bouts de leur vie, souvent tristes et parfois heureux quand ils parlèrent de leur enfance. -Hé, il est quatre heures du matin dit Luce en regardant l’horloge de cuisine. Faudrait ben que j’y aille dit-elle sans penser qu’elle n’avait nulle part où aller. -Dans l’salon ben sûr.Tu peux coucher ici si tu veux. - Ben sûr répliquaLuce d’un air moqueur.Quand Raymond se réveilla vers midi, plus de trace de Luce. Elle avait plié soigneusement les couvertures sur le sofa et elle était partie. Raymond fit ce qu’il faisait depuis des années le jour de Noel. Il alluma la télé et se tapa pour la énième fois le film Miracle sur la 34e rue. Au beau milieu du film, on sonna à la porte. -Salut Raymond, dit Luce, j’avais oublié de te souhaiter un Joyeux Noel.- Entre, entre, lui répondit Raymond, et il revit la lumière dans ses yeux…***** Bien des années plus tard, on pouvait lire ceci dans le journal Le Soleil :
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« Monsieur Raymond Plante de Saint Fidèle est décédé paisiblement le 5 avril à l’Hôpital Saint François d’Assise entouré de sa conjointe Luce et de ses enfants. » Les billetspour voir les AS
J’avais commencé en octobre à achaler mon père pour aller voir les AS et mon idole Jean Béliveau au Colisée. Papa me répondait toujours qu’un jour il m’emmènerait avec lui mais qu’il était trop occupé et blablabla. C’est vrai qu’il passait quatre jours par semaine non sur la route mais sur les rails car il était cheminot au CNR. -Quand on ira au Colisée mon gars, j’vais acheter des billets chers, juste en arrière du banc des AS, proche de Jean Béliveau avait dit papa. Début décembre, toujours la même rengaine et toujours la même réponse de papa. Mais un enfant ne se lasse jamais de demander quand il veut vraiment quelque chose. J’étais tenace! J’ai donc décidé de mettre sur papier ma liste de cadeaux de Noel et de placer«partie de hockey des AS en tête de liste, suivi d’un chandail de mon équipe préférée». Il parait qu’une demande par écrit c’est plus sérieux et plus efficace. J’ai laissé trainer le bout de papier sur la table de cuisine avant d‘aller me coucher.
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Le soir du réveillon, j’ai ouvert mes cadeaux et j’ai trouvé un chandail des AS avec au dos le numéro 9, celui de mon idole, que ma mère avait cousu. Au moins j’avais le cadeau numéro deux qui était sur ma liste. Je me suis empressé d’enfiler le beau chandail vert. -J’ai autre chose pour toi.Attends mon gars dit papa. Il sortit une enveloppe de la poche de son veston. -Tiens, tu devrais lire cette lettre. Ouvre l’enveloppe.À l’intérieur, il y avait deux billets dans les bancs rouges, les meilleures places, et une lettre avec le logo des AS. Avec émotion, je lus la lettre.
Je tremblais de joie. Une vraie lettre de Monsieur Béliveau, écrite à la main à part ça. Et deux bons billets pour une partie. - Mais papa, comment as-tu fait pour perdre les billets ? -J’sais pas comment c’est arrivé. Quand j’ai réalisé ma gaffe, j’ai appelé au Colisée mais il ne restait que des places dans le pit, la section des millionnaires en haut. J’ai alors pensé écrire à Jean Béliveau. On m’avait dit qu’ilrépondait lui-même à toutes les lettres qu’il recevait.
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C’est donc vêtu de mon chandail vert des AS que j’ai assisté avec mon père à mon premier match de hockey au Colisée, trois rangées derrière le banc de mon équipe. Jean Béliveau compta deux magnifiques buts et j’ai crié très très fort pour qu’il m’entende. Et les AS ont gagné contre Valleyfield.Je voulais juste que mon père revienne pour Noel Noel 1959 Ce serait le plus triste Noel de ma vie. Mon père était décédé en août. J’avais douze ans.
Au début de décembre, les voisinspparaient leur cour arrièrepour faire unepatinoire.En tout, autour de notre maison, ilyavait cinqpatinoires, entretenuespas cinqpères de famillequi trimaient durpour avoir laplus belleglace aux alentours. Notre univers,pendant les mois d’hiver, c’était ces patinoires plantées dans les cours arrières des maisons du quartier.
La nôtre était la plus petite mais la glace y était la plus belle, la plus lisse. Mon père travaillait fort pour ça. Je me souvenais…
Il étaitpeut-être 6h du matinquandj’entendis couler le robinet de la cuisine.C’était monpèrequi remplissait des chaudières d’eau afin d’arroser la petite patinoire de notre cour arrière.
À tous les matins, très tôt, monpère arrosait notrepatinoire. Ma mère lui criait : « Dépêche-toi, tu vas arriver en retard au travail. »
Dèsque laglace étaitprise et bien lisse,j’enfilais mespatins, mon équipement de hockeyetj’allaispratiquer mes “slap-shots” en attendant mes amis. Vers 10h, nous étions unequinzaine dejoueurs sur notrepetite surfaceglacéeplacée entre deux hangars de tôle. On divisait les équipes et le match commençait.
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Mais, en cet hiver de 1959, il n’était plus là. Pour la première fois de ma courte vie, il n’y aurait pas de patinoire derrière chez nous entre les deux hangars de tôle. Je regardais la cour et je pensais à tous ces hivers passés. Je me rappelais…
Unjour,papa revint de chez NapCôté Sport(1)avec deuxgrosses boites depoudre, une bleue et une rouge.“C’est nouveau me dit-il. C’est pourfaire les lignes sur lapatinoire.”Et c’est ainsique notrepetiteglace pris des allures de pro. Wow, nous étions les seuls dans le voisinage à avoir de vraies lignes sur laglace, comme au Colisée deQuébec ou au Forum de Montréal.
À cette époque, impossible d’acheter de vraisfilets de hockey. On installait deuxpoubellesqça enui tenaient lieu de buts mais gendrait d’interminables discussions sur la validité d’un but car la rondelle se retrouvait toujours dans la neige derrière legentendait alorsardien. On des “Il n’est pas bon ce but là” et la chicane éclatait.
Papa,qui était très inventifalors de construire des buts en, décida bois et il se servit dujute depoches depatates vides commefilet. Cefût l’invention du sièclequi rendit tous les autrespèresjaloux.Ce n’étaitpas très beau mais c’était efficace car lejute retenait la rondellequi avait été “scorée”.
J’avais ces beaux souvenirs pour me consoler. Je me suis dit que si je pensais très très fort à mon papa et si je priais, il reviendrait pour Noel et, s’il n’était pas trop fatigué, il pourrait peut-être faire la patinoire. Je me suis mis à y croire. Mais au réveillon, nous n’étions que trois: ma mère, ma sœur et moi… Je meen maugréant contre le petit Jésus et convaincusuis couché que la magie de Noel n’existait pas, du moins pas pour moi.Le lendemain matin, j’entendis couler le robinet de la cuisine en me réveillant. Ma mère remplissait des chaudières d’eau et il y avpèresait cinq de famille du voisinage qui se relayaient pour arroser notre patinoire. Ils
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étaient arrivés très tôt, malgré la fatigue de la veille, pour que nous ayons notre surface glacée. J’ai cru pendant longtemps que mes prières avaient été exaucées. Mon père, du haut du ciel, avait tout organisé. La magie de Noel existait bel et bien. (1) Magasin de sport très connu situé à Saint Roch. J’étais leplus mauvais Pee-Weejusqu’au jour…
e  Au hockey bottine, dans notre ligue désorganisée de la 4 avenue, j’étais un assez bon joueur. Sur la patinoire des Huot ou des Dumais sur la e 14 , je marquais des buts, pas autant que ti-Gilles mais quand même. Il m’arrivait parfois d’être goaleur quand Roberge, le gardien numéro un, n’était pas là. J’adoraisjouer sur les petites patinoires autour de chez nous. On jouait pour le plaisir. Un jour, ma mère décida de m’inscrire au hockey au Parc Ferland.-Du vrai hockey organisé m’a-t-elle dit. En patin s’il vous plait. Tu vas avoir du plaisir. Ce sera ton cadeau de Noel. Je n’étais pas chaud à l’idée mais maman avait payé l’inscription alors… Je me présentai donc dans la cabane servant de vestiaire des joueurs au Parc Ferland. C’était toute une désorganisation pour du hockey organisé. Il y avait quatre chambres des joueurs qui empestaient la transpiration. Un bonhomme bourru entrait dans la chambre avant notre match et il garochait une pile de chandails encore mouillés sur le plancher et chacun en prenait un. De vieux chandails trop grands pour des Pee-Wee et qui avaient servi aux joueurs qui venaient de terminer leur partie. L’Œuvre des terrains de jeu de Saint Fidèle, l’OTJ, ne devait pas être très riche. Notre coach -on prenait n’importe qui dans la cabane comme coach, même le gars qui arrosait la glace -m’a fait jouer une fois en première période. Je patinais sur la bottine et il a bien vu que je n’étais pas de calibre.
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