282 pages
Français

Des pierres et des roses

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Description

« Passez me voir dès votre retour ». C'est par ces mots que commence la descente aux enfers de Vincent Douvre, licencié brutalement par son nouveau patron américain, avec la complicité d’un de ses collègues. Sa déchéance va le conduire jusqu’au fond d’une cellule où, soutenu par l’aumônier de la prison, il fait le point sur sa vie et s’efforce de rester « parmi les vivants ».
Tout juste libéré, un incroyable coup du sort lui permet de reconquérir les êtres aimés et assouvir, implacablement, sa soif de vengeance. À Paris ou en Champagne, des coteaux de l’Ombrie ou en plein coeur du Massachusetts, Vincent Douvre laisse libre cours à ses fantasmes, avec l’aide de son meilleur ami, le pittoresque Arthur Desvin de Châtillon.
Entre "thriller corporate", histoire sentimentale et récit d'aventure, ce roman, à la fois poignant et jubilatoire, invite le lecteur à suivre le héros sur un chemin pas vraiment pavé de bonnes intentions...

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Publié par
Publié le 30 décembre 2019
Nombre de lectures 99
EAN13 9782955232224
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo
François-Régis de Vaublanc
Des pierres et des roses
Roman
Avertissement : Selon la formule consacrée, les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. © François-Régis de Vaublanc, 2015 frdevaublanc@gmail.com Tous droits réservés Indicatif éditeur : 978-2-9552322 Couverture: oeuvre de l’artiste hollandais Fons Heijnsbroek, Midsummer-night phantom, nr. 23, 2006
À mes parents,
TABLEPremière partie: Au cœur des pierres 1. La firme  2. Rue Fénelon  3. Drôle de guerre  4. La chute  5. Monique et Vincent  6. Hôtel Boissieu  7. Arthur et Betty  8. Nasdarovié ! 9. L’arrestation10. L’abbé Feria 11. Désespoirs 12. Libre ! Deuxième partie : Le temps des roses  1. Riche !  2. La vie de château  3. Valporini  4. Paris-Champagne  5. Guy  6. La taupe et la fouine  7. Maude  8.Total eclipse 9. Elena 10. Franck Doppur 11. Effervescences 12. Le conseil 13. La dernière heure Remerciements Échanges avec l’auteur
PREMIÈRE PARTIE
Au cœur des pierres
1. La firmeVendredi 13 septembre, siège d’UTC France (Universal Tools Company), Nanterre Bureau de Vincent Douvre, 17h50 1 « Come and see me when you are back . Helmut » Vincent relut pour la cinquième fois le mot posé sur sa chaise. Il analysa mentalement. Helmut avait cherché à le voir. Cela devait être suffisamment personnel pour qu’il ne laisse pas le message à son assistante, et suffisamment urgent pour qu’il se fende d’une note manuscrite sans équivoque.«Qu’est-ce qu’il peut bien me vouloir lecowboyse? » demanda-t-il, un brin nerveux. Helmut Burker était le nouveau patron, un quadra américain d’un mètre quatre-vingt-dix, front légèrement dégarni sous des cheveux blonds-gris coupés en brosse, lunettes rondes, costume bien ajusté. Toujours propre sur lui. Son prénom sonnait curieusement pour un Américain. D’après «radio moquette », il avait renié son père, allemand d’origine, après que ce dernier eut quitté le domicile familial de Waynesboro, ville américaine paumée de Géorgie, quand Helmut n’avait que quatre ans.Il était marié à Elena, une jeunette moscovite de douze ans sa cadette, rencontrée lorsqu’il dirigeait la filiale russe du groupe. Anna, leur fille, avait deux ans. Tout ce petit monde avait déménagé pour Paris, en mai dernier, quand il avait été nommé Président d’UTC France. En tant que patron étranger, ne parlant pas un mot de français, personne ne pouvait communiquer autrement qu’en anglais avec lui.D’un niveau correct, sans être pour autant très à l’aise, Vincent ne s’en sortaitpas plus mal que ses collègues. De
1 Passez me voir dès votre retour
toute façon, la règle non écrite chez UTC, ça avait toujours 2 été :bad English, but English! Outre le fait qu’il ne disait jamais bonjour, Helmut avait un style cassant et jurait régulièrement. Mais malgré tout, Vincent n’arrivaitpas à le trouver antipathique. Dès la première minute, il lui avait fait l’effet d’un acteur. Il croyait encore que son apparente assurance favorisée par sa taille, masquait, dans le fond, une grande émotivité. « Come and see me when you are back. Helmut ». Bon, faut que j’y aille, s’entendit-il dire tout haut. Pour la toute première fois depuis vingt ans qu’il travaillait, Vincent ressentait une vraie menace. Pourtant, sa vie professionnelle n’avait pas été un long fleuve tranquille et l’avait blindé. Des coups, il en avait pris et il en avait rendu ; en particulier ces onze dernières années chez UTC, comme directeur des ventes. Quand il l’avait embauché, Jean-Bernard Decoins, son ancien patron, lui avait « vendu» le début d’une grande aventure. Et à bientôt quarante-trois ans - il les aurait le 31 octobre, Vincent avait la prétention de penser que les résultats avaient été à la hauteur de leurs espérances. Les marques d’outillage du groupe, TM TM AxoretMrScrewétaient devenues incontournables dans les plus grosses enseignes de bricolage. Sous le règne Decoins, le chiffre d’affaires d’UTC France avait plus que doublé pour atteindre 65 millions d’euros. La filiale comptait désormais soixante-dix personnes. Dans le bureau toujours ouvert de Jean-Bernard, il avait été impossible pour le visiteur de ne pas remarquer son titre de « manager de l’année2012 », fièrement encadré sous le portrait de George Doppur, fondateur d’UTC et ancien sénateur du Massachusetts. Devenu logiquement le bureau d’Helmut, rien n’avait changé. Seule la trace rectangulaire laissée par le cadre 2 mauvais anglais, mais anglais quand même !
décroché du mur, témoignait de la grandeur passée de l’ancien dirigeant. L’appréhensionde Vincent grandit. « Un mot sur ma chaise, ce n’est pas le style d’Helmut, il y a quelque chose, mais quoi ? Cela 3 pouvait-il être lié au dossierSunrise? Un soir, tard, vers la fin du mois de juillet, alors qu’il revoyait pour la nième fois ses prévisions de ventes, il avait capté les bribes d’une conversation entre Burker etNouillaud, le directeur financier. Selon toute vraisemblance, ils ignoraient qu’il était encore à son bureau et avaient discuté quelques minutes dans le couloir sonore. Vincent avait vaguement compris que la référence àSunrise était un projet confidentiel de rachat d’une entreprise en France. Mais, vexé de ne pas avoir été mis dans la confidence, il ne s’étaitpas abaissé à quémander des informations auprès de Nouillaud. Intérieurement, il se dit qu’il n’aurait pas dû repasser au bureau après son rendez-vous. «Mais bon, cela ne change rien. Helmut veut me voir et ça a l’air important. » Il prit machinalement son agenda et sortit du bureau. En croisant, une fraction de seconde, le regard de Maude, il y vit un éclair d’inquiétude, ses jambes s’alourdirent de vingt kilos. Maude Dordel était son assistante depuis le début. Ultra efficace, ultra dévouée, elle le connaissait par cœur. Elle avait forcément vu Helmut entrer dans son bureau, y griffonner quelque chose et repartir. Son intuition ne la trompait pas, quelque chose clochait. Je vais voir Helmut, lança Vincent en essayant d’atténuer le tremblement de sa voix. Il avait pris l’habitude de toujours dire à Maude où il allait ou qui il allait voir. Faire la vingtaine de mètres qui le séparaient du bureau de son patron lui fit l’effet d’une marche forcée dans la vase. La porte était fermée, son assistante absente. Il prit une profonde inspiration, toqua et, sans véritablement savoir s’il avait entendu une réponse, entra. 3 Littéralement, lever du soleil
4 Hi Helmut, you wanted to see me? Il fut lui-même surpris par l’intonation forte et assurée accompagnant son entrée dans l’arène. Burker étaitassis à son bureau, le buste penché sur des montagnes de papiers recouvrant tout l’espace devant lui.5 Hmm, Yes Vinessènt, take a seat, répondit-il sans lever les yeux vers lui. Sa façon de prononcer son prénom « Vinessènt» l’amusait toujours. Il trouvait ça nettement plus gai et exotique que Vincent. « Vinnncent, Vinnncent...c’est moche! on dirait un braiment ». Il avait véritablement hérité de son prénom. Son père s’appelait Vincent, son grand-père s’était appelé Vincent, et ça avait failli durer quatre générations. Il avait cassé cette tradition familiale qu’il n’avait jamais comprise, en n’appelant pas son fils Vincent, mais Pierre. C’était il y a quinze ans et il ne le regrettaitpas, « Pierre non plus », assurait-il. Il contourna la table de réunion qui faisait face au bureau d’Helmut, s’assit sur l’un des deux fauteuils à roulettes, posa son agenda sur ses cuisses et attendit. Burker n’avait toujours pas relevé la tête. Depuis plusieurs secondes, le regard de Vincent alternait entre le front baissé de l’Américain, les nombreux papiers dispersés sur son bureau et le portrait de George Doppur. Plus qu’un portrait, il s’agissait de la copie agrandie d’une photo prise en 1953. On y voyait George, au premier plan, costume sombre et chapeau de rigueur, posant devant son usine de Belmont, Massachusetts. Au jugé, les grandes lettres en aluminium « UNIVERSAL TOOLS COMPANY » devaient bien recouvrir trente mètres de façade. Vincent avait eu l’opportunité de s’y rendre en 2007 avec un distributeur français. Celle-ci avait été rénovée de fond en comble à la fin des années 90. Hormis l’emplacement inchangé, l’usine n’avait plus grand chose à voir avec celle de la photo. Il se laissa aller à ses souvenirs qui se faisaient plus précis. Avec son client, ils avaient eu la chance de pouvoir serrer la main
4 Bonsoir Helmut, vous vouliez me voir ? 5 Oui Vincent, veuillez vous assoir
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