Laurent Margantin, Les Géographes

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Publié le 19 décembre 2015
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Laurent MargantinLes Géographes
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Laurent Margantin
www.oeuvresouvertes.netautomne 2015
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François Péron
Je suis né le 22 août 1775 à Cérilly en Auvergne. Mon père était tailleur d’habitset ma mère tenait un débit de boissons. Quand mon père mourut, je n’avais que sept ans, et je dus continuer avec deux sœurs plus âgées et ma mère dont l’ignorance crasse finit par me dégoûter. A l’école du village, on me trouva tellement intelligent et passionné pour apprendre que la famille proposa de financer mes études. Aujourd’hui, il me semble que c’était avant tout le mépris de mon propre milieu qui avait éveillé en moi cette soif de savoir. Je fus placé au collège de la ville où le principal, monsieur Baron, homme instruit et respectable, remarqua mon goût de l’étude. A seize ans, j’achevai ma rhétorique. Ma mère me poussait à l’état ecclésiastique et le curé de Cérilly, l’abbé Marchand,
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m’apprit la philosophie et la théologie. C’était en 1792. Comme je n’avais jamais ressenti aucune affection pour mes sœurs et ma mère, je décidai de les quitter au plus vite. N’ayant aucune envie de devenir curé, je m’enrôlai dans le deuxième bataillon de l’Allier. J’avais trouvé le moyen de fuir le trou perdu où j’avais grandi. Si l’on m’avait engagé dans une troupe de théâtre, je serais sans doute parti de la même manière. Mais évidemment l’idéal républicain avait plus de noblesse. Caporal, je fus élevé au grade de sous-officier lors du blocus de Landau. C’est pendant cette bataille que je perdis l’œil droit. Peu de temps après, je fus fait prisonnier par les Prussiens et emporté jusqu’à la citadelle de Magdebourg. Pendant cette captivité qui dura quinze mois, je pus me procurer quelques livres de voyageurs et d’historiens et me plongeai dans leur
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étude. A la fin de 1794, je fus libéré lors d’un échange de prisonniers et me rendis à Thionville où j’obtins un congé de réforme. En août 1795, je dus me résoudre à rentrer à Cérilly, n’ayant aucune autre solution.Je retrouvai ma famille et faillis mourir de désespoir. Pendant seize mois, je remplis les fonctions de secrétaire de l’administration municipale, végétant au milieu des mêmes gens que j’avais côtoyés pendant tant d’années. Ils n’avaient pas changé pendant mon absence, ne s’intéressant à rien d’autre qu’à leurs tâches quotidiennes, répétant les mêmes dictons ineptes, continuant d’aller à la messe et d’y réciter les mêmes éternelles sottises. Comment était-il possible de vivre sans chercher à découvrir de nouvelles choses, sans jamais se soucier de développer son esprit ?
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Convaincu que j’allais finir comme eux si je n’entreprenais rien, je quittai une nouvelle fois le village pour aller étudier la médecine à Paris. Sans aucune ressource hormis les quelques économies que j’avais pu faire, j’eus la chance d’avoir le soutien de monsieur Petitjean de Cérilly qui m’envoya la somme de mille francs. C’est grâce à lui que je pus vivre et étudier pendant ces deux années. Car j’étais bien décidé à achever mes études de médecine, et j’étonnais mes condisciples et mes maîtres par mes remarquables progrès. C’est aussi pendant cette période que je suivis des cours de zoologie et d’anatomie comparée au Muséum d’histoire naturelle. Ma passion des sciences finit par attirer la bienveillance de quelques hommes qui me furent d’un précieux secours. Je me mis à étudier également les mathématiques, l’astronomie, la physique et la chimie. Je m’intéressai à l’histoire,
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vaste monde inconnu. Je me replongeai dans des études classiques, et je sus bientôt le grec et le latin. Les langues vivantes m’occupèrent aussi, et j’étudiais l’italien, l’anglais et l’espagnol. Je fus bientôt promu au rang de docteur. Mes professeurs et mes camarades n’avaient jamais vu un tel prodige.J’avais fait tous ces efforts pour sortir de la pauvreté et dans l’espoir d’épouser la fille de mon bienfaiteur, Anne-Sophie. Mais ce dernier rejeta ma demande en mariage. Désespéré, je voulus quitter les lieux qui évoquaient pour moi cet échec. Je décidai de voyager. J’appris qu’on préparait une expédition de découvertes en Nouvelle-Hollande et tentai de me faire recruter comme naturaliste auprès de la Commission du voyage dirigée par l’Institut national. J’eus pendant les jours qui suivirent des espèces de visions de ce que ce voyage serait pour moi, même si je ne voyais pas très
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précisément où la Nouvelle-Hollande se situait. Je savais seulement que c’était une terre vierge pour la science, et je me croyais destiné à découvrir et à étudier les peuples inconnus qui y vivaient. Comme j’avais étudié la médecine, je fis parvenir à la Commission du voyage un mémoire intitulé Observations sur l’anthropologiedans lequel je proposais de s’intéresser aux maladies qui affectent les hommes sauvages et les remèdes qu’ils utilisent pour s’en guérir. Y avait-il un rapport entre la santé dont jouissent les peuples sauvages et leur éloignement de la civilisation européenne ? Je serai le premier médecin et anthropologue à aborder ces terres inconnues, et j’écrirai le récit de cette aventure.Je désirais consacrer toute ma vie à cette science nouvelle. La perspective d’un voyage d’exploration me remplissait d’une ferveur que je n’avais jamais connue jusqu’alors. J’étais encore jeune, je n’avais que
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vingt-cinq ans, et pourtant j’avais le sentimentque je n’avais encore rien fait et qu’il était peut-être déjà trop tard. J’étais vif, alerte, curieux de tout, toujours en activité, et je craignais de voir cette énergie se perdre dans des activités monotones. J’attendis donc la réponse de la Commission avec une grande nervosité, comme si toute ma vie future en dépendait, ce qui était bien le cas. Je dus batailler ferme pour avoir ma place à bord. D’abord le Commission me répondit que tous les postes de zoologistes étaient pris, suite à quoi je demandai l’appui de mes professeurs de l’Ecole de médecine, démarche qui eût été toutefois insuffisante si Cuvier n’était intervenu.Je vénérais Cuvier issu comme moi d’une famille modeste. Il avait compris que j’avais besoin de partir loin de France et de me consacrer entièrement à la