La Mort clôture en hausse

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Comment ça ? Vous ne croyez pas qu’un petit journaliste puisse déjouer la plus grande conspiration boursière de l’histoire de la finance française ?
Qu’un journaliste un peu looser résolve une affaire où les cadavres s’empilent, ça vous en bouche un coin !
Vous n’êtes qu’une bande de pauvres tocards de lecteurs.
Signé : Lucas Roche.
Note de l’auteur : Désolé, mon héros est grossier et malpoli. Vous n’imaginez pas le mal que j’ai eu à le supporter pendant le récit fidèle de ses aventures.

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Publié le 24 octobre 2018
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La Mort clôture en hausse
Lionel Mourri
La mort clôture en hausse Copyright © 2017 Lionel Mourri Tous droits réservés.
1 « Je crois que je n’étais pas prêt à rattraper un h omme mort dans mes bras. Pas ce soir-là en tout cas. Peut-être que si je m’y étais préparé, tenir un cadavre aurait été moins impressionnant. Mais là, comme ça, par surpri se, j’ai tout de suite compris que ce n’était pas fait pour moi. » Ce furent les premières paroles de Lucas aux polici ers après qu’il eut déposé le corps tétanisé de Karl Montfort sous les flashs crépitants des photographes. À ce moment précis de la soirée, la confirmation qu e le grand capitaine d’industrie avait expiré son dernier souffle dans les bras d’un petit journaliste économique n’était pas officielle. La mort par empoisonnement fut constatée par la pol ice scientifique quelques heures plus tard. Le scénario de la soirée se terminait su r cette photo qui était imprimée en Une de tous les quotidiens : Lucas Roche retenant m aladroitement le cadavre du plus ième grand capitaine d’industrie français du 20 siècle. On se croit tous très intéressants. En réalité, nou s sommes, soit de complets idiots, soit des personnes moyennement intelligentes. Peu d’entr e nous sont suffisamment lucides pour reconnaitre qu’ils sont simplement médiocres, moyens. Lucas faisait partie de cette petite minorité éclai rée. Les autres personnes présentes ce soir-là avaient d û trouver des artifices pour maintenir l’illusion de leur qualité. Le tapis de photographes est une invention particul ièrement pertinente pour répondre à ce fantasme. Rendre les gens intéressants en les fa isant prendre en photos sur un tapis rouge par une armée de paparazzi. Quelle plus belle marque d’importance que de deveni r modèle. Certains faisaient preuve de raffinement. Arrivant à la soirée, habillés de costumes de couturiers, marchant sur le tapis rouge sous une nu ée de flashs : voilà le type d’artifice qui vous rend un peu plus spécial. Lucas avait compris depuis longtemps qu’aucun tapis , ni qu’aucun flash ne lui permettrait jamais de se sentir important. Il avait fini par accepter son statut de looser. Tout le gratin du monde économique et financier de la place de Paris était réuni au Théâtre des Champs-Élysées. Il n’y avait, ni stars de cinéma, ni personnalités de la culture ou magnat des médias ce soir-là ; mais plutôt des barons d’industries, des moguls de la Finance, des grands banquiers, tous habillés en smoking. D’un certain côté, si l’on juge une vedette au volu me de collagène de ses lèvres, toutes les épouses de ces capitaines d’industries présente s ce soir étaient des stars en puissance. Lucas avait du mal à comprendre la psychologie de c es femmes de la haute société. Pour lui, elles se ressemblaient toutes. A quoi était-ce dû ? Est-ce qu’elles partageaient le même chirurgien plastique ? On aurait dit un défilé de clones aux visages identiques.
Avec l’essor de la chirurgie plastique, on avait dé sormais tous le droit d’avoir la même tête moche que tout le monde. On parlait de progrès . Tout ce beau monde collagèné était réuni là à l’occ asion du lancement d’un nouvel avion d’affaires. Un modèle qui allait permettre de relancer le géant français de l’aéronautique après les attaques d’un concurrent c anadien. Un défi industriel, mais aussi technologique, si l’ on en croyait le discours promotionnel des spécialistes de la Communication. Le premier paragraphe de l’article de Lucas était d éjà entièrement écrit grâce au dossier de presse. La bataille des deux géants du c iel. Un sujet un peu chiant, mais le journaliste ne s’offusquait plus d’écrire sur des thèmes emmerdants. Il faut dire que le jeune journaliste avait déjà po ndu des papiers sur des sujets bien plus nuls : la distribution spécialisée des fournitures de bureaux, le marché des sanitaires, les soins en maisons de retraite, etc. Bref, tout un ensemble de sujets passionnants que l ui commandait son Rédac’ Chef pour le site économique pour lequel il travaillait. L’économie n’est pas le sujet le plus passionnant d u monde, mais c’était le dernier sur lequel Lucas pouvait encore écrire. Ses rêves de Prix Albert Londres pour un reportage sur la guerre de Syrie s’étaient évanouis depuis bien longtemps. Lui, la seule guerre qu’il connaissait, c’était cel le de l’économie. Lucas pouvait écrire sur la guerre économique penda nt des années, ça ne lui rapporterait jamais aucun prix. Tout le monde se fo utait bien de l’économie. Le jeune journaliste était en passe de s’y résigner . D’autant plus facilement qu’il y avait toujours un open-bar dans les soirées comm du monde économique, industriel ou financier. Ce soir, il était d’astreinte pour son journal en l igne. Malgré les années, il devait toujours se taper quelques corvées comme ces soirée s promotionnelles. Et s’il ne voulait pas redevenir pigiste, mieux valait être prêt à quelques concessions. Lucas écrivait sur les hommes les plus riches du pa ys. C’était assez ironique pour quelqu’un qui arrivait à peine à se payer des chaus sures neuves. Comme à chaque fois, le programme de la soirée ne réservait pas la moindre surprise. Il allait écouter l’attaché de presse leur débiter son discours bidon ; interviewer un directeur général insipide, et ensuite seulement, i l pourrait faire la seule chose intéressante de la soirée : picoler gratuitement au bar. C’était bien la seule raison pour laquelle il suppo rtait encore ce genre de reportage. Il n’y avait pas de meilleur endroit pour boire un verre et croiser des nanas mignonnes. La plupart du temps, c’était des hôtesses ; plus ra rement des employées de la société en question. La soirée commençait à peine et il était encore coi ncé à l’entrée. Généralement, il préférait arriver en avance pour ê tre sûr qu’il y ait encore quelque chose à grignoter au buffet. Picoler le ventre vide n’est jamais très agréable. Ce soir, les journalistes ne pouvaient pas entrer t ant que la séquence « tapis rouge » n’était pas terminée. La comm devait exiger que tou s les peoples de la soirée soient
filmés par les chaînes infos. Il se tournait vers Igor, un vieux journaliste de p resse écrite : - Tu crois qu’il y a des gens pour regarder ces patrons à la télé ? - Les gens regardent n’importe quoi. Même les pros préfèrent regarder les chaînes d’actu que d’acheter nos canards. - T’as raison, tu devrais changer de job Igor. - C’est pas avec ma gueule qu’ils vont m’embaucher. Toi, par contre, t’aurais dû rester à la télé. - Arrête tes conneries où je ne te paie pas un verre ce soir. - Tout est gratuit au bar ce soir…. À ce moment-là, une limousine s’arrêta à l’entrée d u théâtre. A la seule taille de la berline, tout le monde avai t compris qu’il s’agissait de Karl Montfort. Il n’y avait que lui, dans le monde économique, pou r rouler dans une voiture pareille. Les bagnoles, les avions et les chevaux, voilà comm ent on pouvait résumer les passions de ce capitaine d’industrie. Il était aussi toujours entouré de très jolies femm es ; même si on le sentait moins concerné sur le sujet que par ses canassons. A 68 ans, il en paraissait dix de moins à force de liftings et de collagène. En ce moment, il sortait avec un ancien mannequin suédois de 38 ans. Peut-être déjà un peu trop vieille pour lui. A peine arrêtée, deux voituriers se sont précipités sur les portes de la limousine. Une magnifique jeune femme en sortit, décolleté imp ressionnant en avant. Montfort avait visiblement changé de nana. Il était revenu dans la norme : 27/28 ans pour l’âge de la jeune femme. La vie des capitaines d’industrie, ce n’est pas fac ile tous les jours. Il faut bien que la richesse vous cause quelques contraintes. Comme une prise quotidienne de viagra. Contrairement à l’aristocratie des affaires, l’homm e n’avait pas fait Polytechnique, ni X-Mines ou Centrale. Un raté qui était quand même parvenu à bâtir un des premiers Conglomérat mondiaux. L’homme avait réussi grâce à ses réseaux politiques . Il avait compris une chose : une campagne politique coûte cher et un généreux donate ur est toujours le bienvenu. Depuis 40 ans, il arrosait tous les partis. De droi te ou de gauche, il aidait tout le monde et tout ce monde-là le lui rendait bien. La grande force de Montfort, c’est que, non seuleme nt les gens lui étaient redevables, mais, qu’en plus, ils l’appréciaient sincèrement. L’homme avait un sens relationnel hors du commun. I l vous mettait immédiatement à l’aise. Il avait réussi à amadouer les hommes politiques le plus rigides. Des agnostiques socialistes aux membres de l’Opus Dei. Karl Montfort enlaçait la jeune femme et se dirigea it vers les photographes. La plupart d’entre eux étaient payés par l’attaché de Presse et ils lui en donnaient pour leur argent. Les flashs crépitaient non-stop. L’homme décochait un sourire tellement éclatant qu’ on avait l’impression qu’il avait des
LED entre les dents. Alors que la jeune femme n’arrêtait pas de changer de pose pour les photographes, Montfort ne bougeait pas. Comme hypnotisé par les flashs. Il se faisait flasher le portrait depuis plus de ci nq minutes et commençait à retarder l’organisation de la soirée. L’attaché de presse vi nt arrêter le manège. Elle se planta devant Montfort et sa compagne pour les tirer litté ralement par la manche. Montfort continuait de sourire mais on sentait à sa façon de tourner le cou nerveusement qu’il était contrarié. Encore une Atta chée de presse qui allait se faire virer le lendemain. Montfort et sa copine commençaient à se diriger vers les escaliers. Parqué le long des marches, Lucas avait une vue imp renable sur la scène. Montfort continuait à faire des signes aux photogra phes. Mais ses mouvements étaient bizarres ; comme saccadés. Il devait imiter une star de cinéma qu’il avait ren contré à L.A. Ce qui était plus étrange encore, c’était son pas t rès lent. La jeune beauté arrimée à son bras le tractait littéralement vers le haut des marches. Montfort avait pris un sacré coup de vieux. Entre le stress, le décalage horaire des voyages et le viagra, il avait vieilli plus vite que la moyenne. Alors que Montfort passait devant lui, Lucas discer na un étrange rictus sur son visage. En dépit de son bronzage légendaire, le visage étai t comme figé, sa bouche crispée. Montfort ne regardait plus devant lui, il cherchait désespérément de l’aide. Pourquoi ne disait-il rien à sa compagne ou à l’attachée de presse ? La réponse était évidente pour un vieux loup de la communication comme lui : Il ne voulait pas apparaître en défaut aux yeux du monde. A quelques mètres de lui, Lucas voyait qu’il réprim ait un spasme violent. Malgré une souffrance de plus en plus évidente, l’h omme continuait sa représentation. Il faisait des signes au public, mimant la complici té avec un membre de l’assistance. Soudain, Montfort porta sa main gauche à la base du cou. Le geste était lent. Il savait que cela semblerait bizarre à tous les spectateurs mais il ne pouvait plus s’en empêcher. La douleur devenait trop forte. La jeune femme qui ne se souciait pas de son vieux compagnon ne s’aperçut de rien. Montfort avait du mal à marcher et trébucha. Tout le monde continuait de sourire autour de lui. L’homme voulait appeler à l’aide. Il ouvrait la bou che mais aucun bruit ne sortait. - Faites quelque chose, vous voyez qu’il a un probl ème. Le brouhaha couvrit l’intervention de Lucas. Il répéta sa phrase en criant si fort que tout le m onde se retourna vers lui. Montfort aussi. L’homme comprit aussitôt que Lucas avait perçu son malaise ; il était le seul à voir sa difficulté à respirer. Il se retourna vers le journaliste. Il essaya d’ava ncer mais ses jambes ne le portaient
plus. Montfort s’effondra dans les bras de Lucas. L’homme le regardait droit dans les yeux. Lucas ne sut pas quoi lui dire. Leurs yeux étaient rivés l’un à l’autre. Le mourant aspirait le regard du jeune journaliste. Lucas vit dans ce visage ce qu’il n’avait pas vu su r un visage depuis longtemps : la vie qui s’en va. Ses traits étaient tordus. La douleur faisait remonter dans ses yeux des derni ères pulsations de vie. La dernière fois que Lucas avait observé un tel phé nomène, c’était à la mort de sa mère. Soudain, un silence absolu avait gagné l’assistance . Il n’y avait plus que le ronronnement de la circulation automobile alentour. La centaine de personnes qui se pressait à l’entrée du théâtre ne fixait plus qu’une personne : Lucas. Et d’un seul coup, il devint aveugle : les photogra phes mitraillaient les deux hommes. Un journaliste qui tenait un homme dans ses bras, m ort ou en passe de l’être. Les photographes les moins prévoyants réglaient dés espérément leur appareil pour faire la photo de la soirée. Lucas se dit qu’il était en train de vivre son quart d’heure de célébrité warholien. Enfin ! Note pour plus tard A la prochaine soirée promo, il faudra penser à bie n s’habiller et mettre une cravate. On ne sait jamais ce qui peut se passer.
2 Sa dremière sensation, le lenDemain matin, était un horrible mal De crâne. Lucas avait l’imdression D’avoir un tire-bouchon dl anté Dans le cerveau. Il se leva Du canadé et traversa son stuDio comme s’il terminait un marathon, à un rythme D’escargot. Il fallait qu’il arrête la voDka : cet alcool était trod fort dour ses Dernières gamma GT. A 34 ans, il se sentait vieux. Il comdrenait maintenant mieux dourquoi les gens bo ivent moins quanD ils vieillissent. Ce n’est das qu’ils sont dlus resdonsables ; c’est simdlement Dû au fait que leur foie ne deut dlus suivre. Adrès cinq minutes De marche Dans son stuDio De 30 m², il arrivait enfin à la salle De bains. C’est seulement en se regarDant Dans la glac e qu’il s’aderçut qu’il était encore tout habillé. Adrès Dix minutes De brossage De Dents et un quart D’heure D’une Douche bien chauDe, son cerveau redrenait un fonctionnement dlus normal . Il avait encore en tête le regarD De Montfort agoni sant Dans ses bras. Malheureusement, la voDka n’avait das réussi à tout effacer. Un homme était mort Dans ses bras. - MerDe, dlus De filtres à café ! Penché sur une boite viDe, Lucas s’énervait tout se ul à haute voix. Il émit un ouf De soulagement en constatant qu’il restait un vieux filtre usagé à l’intérieur De la cafetière. Il essaya De le viDer sans le Déchirer duis, il y rajouta le deu De café qu’il lui restait. Pour douvoir retrouver un fonctionnement normal De ses neurones, Lucas était drêt à faire Des entorses aux règles D’hygiène élémentaire s. Ayant réussi à remettre en usage ce filtre à café, il émit le regret De ne das avoir entredris Des étuDes De chirurgien. Il allait encore être en retarD à son renDez-vous d ro. Ça fait Deux semaines qu’il faisait traîner ce dadier. Souchenal allait l’engueuler. Une hagiogradhie sur un datron De Start-ud. Encore un merDeux De 25 ans, millionnaire Deduis Dé jà Deux ans et qui allait lui exdliquer qu’il Devait tout à sa maman qui lui avai t inculquée les bonnes valeurs. Grâce à cet héritage familial, il avait su être à l ’écoute De ses jeunes clients Décérébrés qui jouaient 21 heures sur 24 à ses jeux viDéo tout aussi Débiles. Au moins, avec la mort De Montfort, il allait douvo ir écrire sur Des sujets un deu dlus intéressants que le business De jeux viDéo dar et d our Des aDos. A lui un article en Une Du site. Ce site D’info éco nomique où Lucas travaillait Deduis trois ans. Maintenant que tout le monDe allait voir sa dhoto a vec Montfort, il ne serait dlus obligé De se tader ces interviews dour digistes. Adrès avoir bu son café en Dix minutes et s’être ha billé en trois, Lucas sautait Dans le