Le trône de cendre, édition gratuite

Le trône de cendre, édition gratuite

-

Documents
25 pages
Lire
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

Aujourd’hui, Walter est mort. Adrien, son meilleur ami, n’oubliera jamais cette terrible journée où la police l’a tué. Ivre de colère, le jeune étudiant va lancer la révolte. Derrière lui, des centaines, puis des milliers de partisans. Mais jusqu’où est-il prêt à aller pour faire justice ?
La tempête à laquelle il va donner naissance va l’emmener beaucoup plus loin qu’une simple vengeance. Du tragique fait divers pourrait naître la plus grande épopée jamais connue d’histoire d’homme. Ouragan sera leur peine…
Émeutes meurtrières, prise en otage du président de la République, assaut de la télévision par un commando armé, le deuxième roman d’Aurélien Grall fait place au grand spectacle. Effrayant par sa fidélité à l’actualité politique, le trône de cendre vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière seconde.
Ce texte comprend les premières pages du roman. Roman disponible sur tablettes, smartphones, pc et liseuses au format électronique sur Amazon.fr et Fnac.com

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 19 décembre 2016
Nombre de lectures 6
Langue Français
Signaler un problème
LE TRÔNE DE CENDRE Episode 1
Par Aurélien GRALL
Text Copyright © 2016 Aurélien GRALL
Tous droits réservés
Attention : des passages de ce texte sont susceptibles de heurter la sensibilité des plus jeunes lecteurs.
« Those who make peaceful revolution impossible, will make violent revolution inevitable. » John Fitzgerald Kennedy
Chapitre 1 : Le premier sang Pénitencier fédéral ADX, Florence, Colorado, 7 heures GMT, 2 heures (heure locale). L’obscurité est d’ordinaire le don des aveugles aux voyants pour trouver le sommeil. Lorsque l’ombre perdure pardelà le rêve vient l’heure du cauchemar éveillé, synonyme d’une inéluctable folie… Sèchement, un court son de grincement éclate, suivi d’un faisceau de lumière éclairant un œil féminin. «Princesse, promenade!» ordonne une voix masculine, sur ton à la fois ferme et moqueur. «Une sortie à une heure si tardive? Cette fois, c’est fini pour moi. C’est peut être mieux ainsi...» Une porte s’ouvre alors et l’on aperçoit une étroite cellule, à l’intérieur de laquelle
se tient un corps féminin en tunique orange, aux manches courtes, assis sur un lit de fortune. La prisonnière sort ensuite à la lumière du jour du couloir, entravée par de lourdes menottes. Et l’on découvre une mince jeune femme brune, à la coupe garçonne et au teint livide. Celuici est seulement rehaussé par une trace de sang séché à la commissure de ses petites lèvres roses, ainsi que d’un cocard sur le côté droit, maculant ses jolis yeux noisette. Sous le vent glacial du désert, quelques chétifs buissons frissonnants sont perceptibles à la lueur de miradors. Par instants, de fugaces nuées de poussière viennent produire un ballet d’ombres sous la lumière s’échouant le long des imposants rocs alentour. À l’origine des projecteurs, se trouve un ensemble de masses rectangulaires grises, hérissées de fils barbelés. En s’élevant, l’on distingue de hauts murs de béton armé renfermant un titanesque complexe pénitentiaire. Ce chefd’œuvre d’architecture semble se dresser tel un défi de l’esprit de l’Homme lancé au Créateur. Ses brutales parois tranchent avec le paysage de nature sauvage environnante, à l’imperfection si parfaite qu’elle en parait conçue de toutes pièces. Alors apparaît une cour de promenade, recouverte d’un bitume dont la noirceur se fond avec la nuit même, supportant un banc sur lequel se tient une silhouette enfoncée dans une gabardine à la teinte imperceptible dans l’obscurité ambiante. Celleci appartient en fait à un homme afroaméricain, aux cheveux courts et aux traits sévères, dont les moustaches tombent en un début de bouc. Deux gardiens de prison, empoignant chacun la
jeune femme par une épaule, viennent sèchement la poser auprès de celuici avant de repartir, la laissant seule avec lui. — Bonjour, Mademoiselle Catherine «Kate» Donovan. Je suis soulagé de vous retrouver en vie. — Cent jours. Savezvous ce que ça fait de passer cent jours dans un cercueil sans pouvoir réellement mourir? — Je suis sincèrement navré pour vos conditions de détention. Le gouvernement a estimé n’avoir pas d’autre choix. — Alors vous me considérez comme si dangereuse? Pourquoi venir me rendre visite dans mon si doux foyer? l’interrogeatelle, le ton plein d’ironie. — Le fait que vous soyez toujours en vie est déjà un miracle, lui répliquatil calmement. Le gouvernement attend de son geste de clémence que vous lui rendiez la pareille. — Clémence? Quelle clémence?! Je vis enfermée depuis des mois au milieu des pires terroristes de cette planète et vous appelez ça de la clémence?! Jamais je n’aiderai votre pays de pourris! Condamnezmoi à mort! Qu’on en finisse! — Vous êtes déjà morte, Mademoiselle Donovan… lui lâchatil énigmatiquement. — Comment cela? lui demandatelle, la voix pleine de stupeur. — Vous avez été rayée de la liste des vivants lors de votre incarcération. Vous n’avez plus de compte bancaire, plus de numéro de sécurité sociale, plus d’adresse postale, vous n’existez plus. Le jour où vous mourrez biologiquement, de vieillesse, de maladie ou tout simplement assassinée par l’un de vos codétenus, le gouvernement fera disparaître votre corps, afin que personne ne sache que vous étiez retenue ici. — Alors je n’ai plus qu’à attendre ce moment. — Savezvous ce que ça fait à une famille de perdre l’un des siens sans n’avoir aucun corps à pleurer? Si vous étiez amené à décéder prématurément, vos parents ne se verront remettre votre dépouille que si vous faites le choix de nous aider. — Ne touchez pas à mes parents! — Ne vous inquiétez pas, j’ai réussi à leur faire intégrer un programme de protection des témoins. Vos proches sont en sécurité pour le moment. Si vous acceptez de nous servir, nous vous rendrons votre vie d’avant, comme si rien ne s’était passé.
— Merci... malgré tout. Je croyais que lesblacks sitesavaient été officiellement fermés à l’étranger, repritelle sur un ton typiquement journalistique. Pourquoi avoir recomposé l’une de ces fameuses prisons secrètes au beau milieu du plus célèbre des pénitenciers? — Parce qu’il se pourrait qu’à l’avenir nous en ayons un criant besoin. Et puis, dans le spectacle de la lutte contre le terrorisme, quelle meilleure cachette que l’arrière de la scène? — Qu’attendezvous de moi? — Vous souvenezvous du projet ALIENOR? — Vous vous fichez de moi?! Des femmes assassines génétiquement modifiées pour protéger notre «glorieuse» nation, qui m’a accessoirement envoyée tout droit au fond de ce trou quand j’ai voulu faire mon devoir de journaliste. Vous croyez vraiment que j’aurais pu oublier?! — À l’origine, le projet ALIENOR, que nous avons démantelé, était un remède. Seul problème, l’antidote s’est révélé poison : nous avons donc supprimé l’antidote. Mais ne vous êtesvous jamais demandé contre quoi cet antidote était fait? — Vous voulez dire que…?
— Le pire est pour demain? Nous le pensons tous. Enfin, disons que le risque est là. Nous n’avons plus qu’à espérer, Mademoiselle Donovan. Nous n’avons plus qu’à espérer… *** Université de Rennes, France, 16 heures GMT, 17 heures (heure locale). Au son d’une sirène d’ambulance, un groupe d’étudiants se tient là, debout, sous les arches de granit du cloître de la faculté des sciences économiques. L’un est brun et de taille moyenne, un brin bedonnant, arborant une barbe de trois jours et une chevelure si courte qu’elle en est presque rase. Celuici est habillé d’un sweatshirt gris et d’une paire de jeans, le faisant ressembler typiquement à un universitaire américain. Face à lui, un géant blond à la silhouette longiligne, vêtu d’un pantalon gris délavé et d’un manteau de skipper d’un trio de couleurs bleues, jaunes et blanches. Auprès de lui, un camarade aux cheveux châtains et à la coiffure soignée d’une raie sur le côté, faisant songer à celle d’un jeune homme de bonne famille. Pour sa part, il arbore un col roulé aux couleurs bleu marine, surmonté d’une veste en cuir marron.
Vous avez vu pour la réforme? entonna l’étudiant brun d’une voix à l’accent américain prononcé, serrant dans ses mains ses bretelles de sac à dos. Oui j’en ai entendu parler, confirma son camarade châtain, croisant les bras à l’occasion. Sacrés Français! Le moindre changement dans l’organisation des universités et tous les étudiants sont dans la rue. Les Français ne sont pas très travailleurs, entonna leur comparse blond à l’accent allemand habilement dissimulé. C’est une super occasion pour ne pas aller en cours. Ils ont tout compris au système, lui répliqua son ami américain. Grâce à ça, ils peuvent profiter de la vie, boire du bon vin avec des jolies filles. Vive la France! On voit pourquoi tu es venu étudier ici Walter! lui lançatil en retour en ricanant. Et toi Adrien, tu ne défends pas la réputation de ton pays? Déjà, je ne suis pas Français, je suis breton et citoyen du monde, déclaratil en fusillant ses amis de son regard noisette, le sourire en coin. Ensuite, je pense que c’est le malaise général qui a fait descendre les gens dans la rue. Quelque chose ne tourne pas rond depuis quelque temps. Oh my God!Je suis avec un conspirationniste! Rassuretoi, ce n’est pas notre N.S.A. derrière tout ça. Peutêtre lesaliens? s’exclamatil d’un ton moqueur. Soudain, un grondement lointain monta dans les lieux. L’orage va éclater. Heureusement que nous sommes à l’abri, indiqua le plus grand de la bande. Tu es très doué en météo Hermann, complimenta Walter, un brin ironique. Pourtant ce n’était pas prévu, je crois.Isn’tit? Ce n’est pas le tonnerre, leur lâcha Adrien, son visage inhabituellement fermé. C’est quoi alors? questionna Walter. Une manifestation. Ils arrivent… Pourquoi viendraientils ici? s’interrogea Hermann. Ils viennent nous chercher, répondit le français. Et si on allait avec eux? proposa Walter. Si les amphis sont bloqués, il n’y aura pas cours!Yeah!
OK. Mais on est juste là pour regarder, acquiesça Adrien. Vous entendez? Une manifestation ça peut vite dégénérer. On est juste là pour regarder… *** Place de la république, Rennes, France, 17 heures GMT, 18 heures (heure locale). Sur le large espace, une foule innombrable et opaque se meut, bloquant toute circulation sur des centaines de mètres à la ronde. Partout, des slogans hostiles au gouvernement retentissent, dénonçant çà et là le pouvoir de l’argent, la corruption des puissants ou les menaces du système sur les libertés individuelles. Sous les grondements amplifiés par les bâtiments alentour en une monumentale caisse de résonnance, les forces de l’ordre se tiennent, impassibles. Leurs rangs serrés et les armures noires qu’elles revêtent leur donnent des allures de légions des ténèbres, semblant faire reculer jusqu’au soleil sous leur masse obscure. Au cœur du tourment, Adrien, accompagné de ses deux amis, observe la scène avec un mélange de tension et d’admiration. Pour chasser la pression, il lance un morceau sur son lecteur audio. Bob Dylan  The time they are AChangin’.mp3 Alors, sur la surface de l’océan étudiant, des fusées de détresse resplendissent, réduisant les vastes lieux à une infernale arène de brouillard, bercée par la lumière rouge des fumigènes brandis bien haut. À l’ignition des torches suit l’embrasement des âmes et la fortune bat soudain le rappel des audacieux. Tel un seul homme, la juvénile marée court défoncer les lignes impeccables des gardes mobiles dans un épouvantable fracas. Les grenades lacrymogènes se mettent alors à pleuvoir, ajoutant à la colère du désespoir la fureur de la douleur. Les pavés survolent ensuite le champ de bataille pour aller briser les vitres des véhicules antiémeutes stationnant en retrait. Ses positions submergées, vient ensuite la charge vengeresse des forces de l’ordre, les matraques tendues bien haut, se frayant un passage dans les manifestants à coups de boucliers, pour mieux frapper de leurs armes au plus grand des hasards… Au milieu des cris de terreurs, Walter, asphyxié et les yeux pleurant, est agrippé et tabassé par un garde mobile. «Walter!» hurla Adrien. «Lâchezle! Il n’a rien fait! Arrêtez!» Invectivatil alors l’agent de la force publique qui le prit pour cible, avant que ses renforts ne s’emparassent de notre héros, se débattant face au spectacle de son ami à terre, le crâne
ouvert, maculant de sang le sol de pavés gris. Contraint et forcé, il se laissa porter par les policiers, la bouche ruisselante d’hémoglobine.