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Extrait : Pendant quinze années et, plusieurs fois par semaine, Alphonse Allais a distribué de la joie à des milliers de lecteurs. Alors, dans les wagons qui des banlieues amènent à Paris ouvriers et ouvrières, petits et petites employés, dans le métro, dans les omnibus (il n'y avait pas encore d'autobus), dans la rue, on entendait cette phrase : -- « Avez-vous lu celui de ce matin ? » -- Il s'agissait de l'article d'Alphonse Allais et, pendant quelques instants, ces humbles gens avaient pu croire, effectivement, que la vie était drôle. Résultat émouvant ! L'explication de cette réussite, comme l'a très bien remarqué Alfred Capus, c'est qu'Alponse Allais avait du goût. La muflerie, la bassesse, l'hypocrisie, l'avarice, la méchanceté, lui faisaient horreur. Il avait aussi un grand bon sens, jusque-là qu'il a pu signer Francisque Sarcey de petites parodies d'une drôlerie impayable, et dont l'Oncle était le premier à rire aux larmes.

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Nombre de lectures 26
EAN13 9782824712185
Langue Français
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ALP HONSE ALLAIS
À L’OEI L
BI BEBO O KALP HONSE ALLAIS
À L’OEI L
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1218-5
BI BEBO OK
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 A !  le r e v ois encor e , tel que je l’ai connu dans
les der nièr es anné es de sa vie , av e c sa longue figur e coloré eA et douce , ses y eux bleus étonnés, ses b elles mains dont il avait
grand soin, et cet air de dignité rép andu sur toute sa p er sonne ; tel que l’a
dép eint une de ses comp atriotes, le p oète Mme Lucie D elar ue-Mardr us :
Vous qui l’avez connu, qu’il vous souvienne.
Il semblait un viking blond, sérieux et fier.
Eh ! oui, sérieux comme un humoriste , et c’ est pré cisément ce sérieux
qui faisait d’ Alphonse Allais le prince des pince-sans-rir e . L’humour , ce
sont les jeux de la philosophie et de la plaisanterie , de la logique et de
la fantaisie , de l’ obser vation et de l’imagination, du cœur et de l’ esprit. Il
entr e dans l’humour b e aucoup de gravité .
On raconte que p endant qu’il accomplissait dans je ne sais quelle
ville une p ério de d’ e x er cices de vingt-huit jour s, Alphonse Allais, simple
soldat, entra un matin à la salle des rapp orts. Il y avait là des officier s
d’un grade éle vé : le capitaine adjudant-major , un commandant, le
colonel p eut-êtr e ! Alphonse Allais p orta la main à son k épi et dit du ton le
plus natur el : « Bonjour , messieur s et dames ! »
Cela n’a l’air de rien ; mais, quand on y réflé chit, quand on song e à la
1À l’ o eil Chapitr e
hiérar chie , à la discipline , à la ter r eur militair e , à la gr osse b oîte , à Biribi,
que sais-je ? cela p araît for midable ; de vant cet inoffensif : – Bonjour ,
messieur s et dames ! – on demeur e confondu, on est pris de v ertig e . D epuis
que l’humanité est à l’âg e des caser nes, un seul tr oupier , un seul, est entré
dans une salle des rapp orts en disant : – Bonjour , messieur s et dames ! –
et ce tr oupier est Alphonse Allais. . . et c’ est tout Alphonse Allais.
Certes, la plaisanterie était témérair e :
Humour, humour, quand tu nous tiens,
On peut bien dire : Adieu, prudence !
Mais ce qui préser va notr e humoriste , dans une cir constance aussi
p érilleuse , ce fut son imp erturbable sérieux. S’il avait p ar u s’amuser
luimême de ce salut pr o digieux, s’il avait ri, le pr emier ( et quel mauvais
g oût !) de sa plaisanterie , il était p erdu. Le capitaine adjudant-major , le
commandant, le colonel ne s’y seraient p as tr omp és : ils auraient bien v u
qu’ils avaient affair e à un far ceur ; que serait-il ar rivé ? On frémit rien que
d’y p enser . Mais, encor e une fois, le soldat ne riait p as, ni même souriait.
Alor s, les chefs prir ent le p arti de rir e , cr o yant à quelque bizar r erie , à
quelque p assag er dérang ement cérébral.
Si j’ai un p eu appuyé sur ce trait e x cellent, c’ est q u’il m’app araît bien
caractéristique de la manière de ce grand humoriste : c’ est une clé de son
œuv r e .
On a dit qu’ Alphonse Allais était sup érieur à son œuv r e . J’ entends
bien : e x-élè v e en phar macie , ( ai-je mentionné qu’il était le fils d’un
pharmacien d’Honfleur ?), chimiste distingué , curieux des sciences natur elles,
des inv entions mé caniques et des sy stèmes philosophiques, d’une cultur e
étendue , très fin leré , il aurait pu é crir e des liv r es moins. . ., des liv r es
plus. . ., enfin des liv r es ! C’ est que tr op de g ens en France n’admeent
p as qu’un à-p eu-près puisse valoir p arfois une grande p ensé e , surtout ne
compr ennent p as l’ir onie , la seule ar me p ourtant que nous ay ons contr e
les mauvaises puissances et les faux dieux.
Alphonse Allais a é crit la Vie drôle , et c’ est considérable .
Sa sœur , Mme Ler o y- Allais, dans une biographie toute pleine
d’admiration et de piété frater nelles, nous le montr e à vingt ans, après des
débuts très mo destes au Tintamarre , hésitant entr e la phar macie et la
littératur e . Un pèr e le pr essait de manipuler , un démon le pr essait d’é crir e .
2À l’ o eil Chapitr e
Celui-ci l’ emp orta. Ses pr emier s contes p ar ur ent dans le jour nal Le Chat
Noir , dont le dir e cteur était le g entilhomme-p eintr e-cabar etier Ro dolphe
Salis. Les le cteur s de cee feuille hebdomadair e et indép endante
apprécièr ent aussitôt la qualité de ces p etits é crits. Cep endant, la r enommé e de
leur auteur descendit assez lentement, malgré la p ente , de Montmartr e
sur les b oule vards et ce n’ est que quelques anné es plus tard, quand p ar ut
le jour nal Le Journal dont il fut un des pr emier s collab orateur s, que le
grand public connut Alphonse Allais ; mais, dès qu’il le connut, il l’aima.
Son nom de vint bientôt p opulair e .
C’ est qu’il n’y a p as seulement dans ces articles d’ Alphonse Allais
g aieté , blague et fumisterie , et une aptitude singulièr e à saisir des rapp orts
inaendus entr e les choses, et des applications inesp éré es des der nièr es
dé couv ertes de la science , il y a aussi de l’indulg ence de la simplicité ,
de la g énér osité , de la pitié , de la b onté , et p ar là ils allaient au p euple .
Joignez à cela qu’ils sont é crits dans un style pior esque , souple , nuancé ,
ing énieux ; style d’un é crivain qui connaît admirablement sa langue , qui
la connaît dans les grandes lignes et dans les coins. D ans plus d’un de ces
articles, le fils du phar macien d’Honfleur semblait doser et manipuler , si
l’ on p eut dir e , toutes les figur es de l’intellig ence .
Pendant quinze anné es et, plusieur s fois p ar semaine , Alphonse
Allais a distribué de la joie à des millier s de le cteur s. Alor s, dans les wag ons
qui des banlieues amènent à Paris ouv rier s et ouv rièr es, p etits et p etites
emplo yés, dans le métr o , dans les omnibus (il n’y avait p as encor e
d’autobus), dans la r ue , on entendait cee phrase : – « A v ez-v ous lu celui
de ce matin ? » – Il s’agissait de l’article d’ Alphonse Allais et, p endant
quelques instants, ces humbles g ens avaient pu cr oir e , effe ctiv ement, que
la vie était drôle . Résultat émouvant !
L’ e xplication de cee réussite , comme l’a très bien r emar qué Alfr e d
Capus, c’ est qu’ Alp onse Allais avait du g oût. La muflerie , la bassesse ,
l’hy p o crisie , l’avarice , la mé chanceté , lui faisaient hor r eur . Il avait aussi un
grand b on sens, jusque-là qu’il a pu signer Francisque Sar ce y de p etites
p ar o dies d’une drôlerie imp ayable , et dont l’Oncle était le pr emier à rir e
aux lar mes.
Ce qui contribuait encor e à fair e d’ Alphonse Allais un homme d’une
originalité e xtraordinair e , c’ est qu’il n’était p as seulement humoriste en
3À l’ o eil Chapitr e
é crivant et sur le p apier ; dans sa conv er sation, dans ses actes, à chaque
instant, il ré alisait son humour , il le vivait.
Ai-je b esoin d’ajouter que la fin de l’auteur de la Vie drôle fut p
athétique ? Je l’ai v u sur son lit de mort, dans une triste chambr e d’un hôtel
de la r ue d’ Amsterdam. Son visag e avait une gravité , une sérénité , une
noblesse admirables.
Si, à l’ entré e de l’au-delà , il y a une salle des rapp orts, celui qui a é crit
cee phrase célèbr e : « T ous les jour s que le b on Dieu fait – et il en fait
le b ougr e ! – » celui-là aura su fair e rir e et, p artant, désar mer M.
SaintPier r e .
Maurice D onnay .
n
4CHAP I T RE I
À l’œil
 ,   assommant, ce capitaine de
Boisguignard, av e c ses éter nelles histoir es de b onnes fortunes. Et àP l’œil , v ous sav ez, tout le temps à l’œil .
Car c’était sa grande vanité et sa gloir e suprême , au capitaine de
Boisguignard, de p ossé der toutes les femmes de L. . ., sans b our se délier , toutes,
depuis la femme du trésorier g énéral jusqu’aux p etites mo distes de la r ue
Nationale et p assant p ar les dames du théâtr e et des domiciles faciles.
Comme c’était une manie chez lui, aucun de ses collègues n’y faisait
plus aention. Parfois, au ré cit de ses av entur es amour euses, quelqu’un
risquait :
— À l’ œil, natur ellement ?
Et Boisguignard rép ondait sans sour ciller :
— Bien entendu.
Le soir du der nier Mardi Gras, ces messieur s les officier s avaient
jo y eusement fêté le car naval. La g aieté baait son plein, et la Folie agitait
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