Bug-Jargal
226 pages
Français

Bug-Jargal

-

Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Description

En 1818, l'auteur de ce livre avait seize ans et il paria qu'il écrirait un volume en quinze jours. Il fit Bug-Jargal. C'est un roman d'aventures décrivant les péripéties de Léopold d'Auvernay, jeune officier de l'armée française, qui part pour Saint-Domingue, colonie française à l'époque, pour retrouver sa promise, fille d'un colon français, et l'épouser. Cependant la veille de son mariage les esclaves, menés par le mystérieux Bug-Jargal, se révoltent contre la domination des colons, et sa future épouse se fait enlever par un esclave, de qui Léopold pensait être l'ami. Commence ensuite pour Léopold une course-poursuite à travers l'île pour retrouver sa bien-aimée et pour assouvir sa vengeance...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 72
EAN13 9782824710679
Langue Français

V ICT OR H UGO
BUG-JARGAL
BI BEBO O KV ICT OR H UGO
BUG-JARGAL
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1067-9
BI BEBO OK
w w w .bib eb o ok.comLicence
Le te xte suivant est une œuv r e du domaine public é dité
sous la licence Cr e ativ es Commons BY -SA
Except where otherwise noted, this work is licensed under
h tt p : / / c r e a ti v e c o m m on s . or g / l i c e n s e s / b y - s a / 3 . 0 /
Lir e la licence
Cee œuv r e est publié e sous la licence CC-BY -SA, ce qui
signifie que v ous p ouv ez lég alement la copier , la r e
distribuer , l’ env o y er à v os amis. V ous êtes d’ailleur s
encourag é à le fair e .
V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok. 1818, ’  de ce liv r e avait seize ans  ; il p aria qu’il é crirait
un v olume en quinze jour s. Il fit Bug-Jargal. Seize ans, c’ est l’âg eE où l’ on p arie p our tout et où l’ on impr o vise sur tout.
Ce liv r e a donc été é crit deux ans avant Han d’Islande . Et quoique , sept
ans plus tard, en 1825, l’auteur l’ait r emanié et ré crit en grande p artie , il
n’ en est p as moins, et p ar le fond et p ar b e aucoup de détails, le pr emier
ouv rag e de l’auteur .
Il demande p ardon à ses le cteur s de les entr etenir de détails si p eu
imp ortants  ; mais il a cr u que le p etit nombr e de p er sonnes qui aiment à
classer p ar rang de taille et p ar ordr e de naissance les œuv r es d’un p oëte ,
si obscur qu’il soit, ne lui sauraient p as mauvais gré de leur donner l’âg e
de Bug-Jargal  ; et, quant à lui, comme ces v o yag eur s qui se r etour nent
au milieu de leur chemin et cher chent à dé couv rir encor e dans les plis
br umeux de l’horizon le lieu d’ où ils sont p artis, il a v oulu donner ici un
souv enir à cee ép o que de sérénité , d’audace et de confiance , où il ab
ordait de fr ont un si immense sujet, la ré v olte des noir s de Saint-D omingue
en 1791, lue de g é ants, tr ois mondes intér essés dans la question, l’Eur op e
et l’ Afrique p our combaants, l’ Amérique p our champ de bataille .
24 mar s 1832.
1Bug-Jar g al Chapitr e
n
2’ ’    lir e , et dont le fond est empr unté à la ré v olte
des esclav es de Saint-D omingue en 1791, a un air de cir cons-L tance qui eût suffi p our empê cher l’auteur de le publier . Cep
endant une ébauche de cet opuscule ayant été déjà imprimé e et distribué e à
un nombr e r estr eint d’ e x emplair es, en 1820, à une ép o que où la p olitique
du jour s’ o ccup ait fort p eu d’Haïti, il est é vident que si le sujet qu’il traite
a pris depuis un nouv e au degré d’intérêt, ce n’ est p as la faute de l’auteur .
Ce sont les é vénements qui se sont ar rang és p our le liv r e , et non le liv r e
p our les é vénements.
oi qu’il en soit, l’auteur ne song e ait p as à tir er cet ouv rag e de l’
espè ce de demi-jour où il était comme ense v eli  ; mais, av erti qu’un librair e
de la capitale se pr op osait de réimprimer son esquisse anony me , il a cr u
de v oir pré v enir cee réimpr ession en meant lui-même au jour son
travail r e v u et en quelque sorte r efait, pré caution qui ép ar gne un ennui à son
amour-pr opr e d’auteur , et au librair e susdit une mauvaise sp é culation.
P lusieur s p er sonnes distingué es qui, soit comme colons, soit comme
fonctionnair es, ont été mêlé es aux tr oubles de Saint-D omingue , ayant
appris la pr o chaine publication de cet épiso de , ont bien v oulu communiquer
sp ontanément à l’auteur des matériaux d’autant plus pré cieux qu’ils sont
3Bug-Jar g al Chapitr e
pr esque tous iné dits. L’auteur leur en témoigne ici sa viv e r e connaissance .
Ces do cuments lui ont été singulièr ement utiles p our r e ctifier ce que le
ré cit du capitaine d’ A uv er ne y présentait d’incomplet sous le rapp ort de
la couleur lo cale , et d’incertain r elativ ement à la vérité historique .
Enfin, il doit encor e pré v enir les le cteur s que l’histoir e de Bug-Jargal
n’ est qu’un fragment d’un ouv rag e plus étendu, qui de vait êtr e comp osé
av e c le titr e de Contes sous la Tente . L’auteur supp ose que , p endant les
guer r es de la ré v olution, plusieur s officier s français conviennent entr e
eux d’ o ccup er chacun à leur tour la longueur des nuits du biv ouac p ar
le ré cit de quelqu’une de leur s av entur es. L’épiso de que l’ on publie ici
faisait p artie de cee série de nar rations  ; il p eut en êtr e détaché sans
inconvénient  ; et d’ailleur s l’ ouv rag e dont il de vait fair e p artie n’ est p oint
fini, ne le sera jamais, et ne vaut p as la p eine de l’êtr e .
n
4CHAP I T RE I
    tour du capitaine Lé op old d’ A uv er ne y , il ouv rit de
grands y eux et av oua à ces messieur s qu’il ne connaissait ré el-Q lement aucun é vénement de sa vie qui méritât de fix er leur
attention.
― Mais, capitaine , lui dit le lieutenant Henri, v ous av ez p ourtant,
diton, v o yag é et v u le monde . N’av ez-v ous p as visité les Antilles, l’ Afrique
et l’Italie , l’Esp agne  ? . . . Ah  ! capitaine , v otr e chien b oiteux  !
D’ A uv er ne y tr essaillit, laissa tomb er son cig ar e , et se r etour na br
usquement v er s l’ entré e de la tente , au moment où un chien énor me
accourait en b oitant v er s lui.
Le chien é crasa en p assant le cig ar e du capitaine  ; le capitaine n’y fit
nulle aention.
Le chien lui lé cha les pie ds, le flaa av e c sa queue , japp a, g ambada de
son mieux, puis vint se coucher de vant lui. Le capitaine , ému, oppr essé ,
le car essait machinalement de la main g auche , en détachant de l’autr e la
5Bug-Jar g al Chapitr e I
mentonnièr e de son casque , et rép était de temps en temps  : — T e v oilà ,
Rask  ! te v oilà  ! — Enfin il s’é cria  : — Mais qui donc t’a ramené  ?
― A v e c v otr e p er mission, mon capitaine . . .
D epuis quelques minutes, le ser g ent adé e avait soule vé le ride au de
la tente , et se tenait deb out, le bras dr oit env elopp é dans sa r e ding ote , les
lar mes aux y eux, et contemplant en silence le dénoûment de l’O dy ssé e .
Il hasarda à la fin ces p ar oles  : Avec votre permission, mon capitaine . . .
D’ A uv er ne y le va les y eux.
―  C’ est toi, ad  ; et comment diable as-tu pu  ? . . . Pauv r e chien  ! je
le cr o yais dans le camp anglais. Où donc l’as-tu tr ouvé  ?
― Dieu mer ci  ! v ous m’ en v o y ez, mon capitaine , aussi jo y eux que
monsieur v otr e ne v eu, quand v ous lui faisiez dé cliner cornu , la cor ne  ;
cornu , de la cor ne . . .
― Mais dis-moi donc où tu l’as tr ouvé .
― Je ne l’ai p as tr ouvé , mon capitaine , j’ai bien été le cher cher .
Le capitaine se le va, et tendit la main au ser g ent  ; mais la main du
ser g ent r esta env elopp é e dans sa r e ding ote . Le capitaine n’y prit p oint
g arde .
―  C’ est que , v o y ez-v ous, mon capitaine , depuis que ce p auv r e Rask
s’ est p erdu, je me suis ap er çu, av e c v otr e p er mission, s’il v ous plaît, qu’il
v ous manquait quelque chose . Pour tout v ous dir e , je cr ois que le soir où
il ne vint p as, comme à l’ ordinair e , p artag er mon p ain de munition, p eu
s’ en fallut que le vieux ad ne se prît à pleur er comme un enfant. Mais
non, Dieu mer ci, je n’ai pleuré que deux fois dans ma vie  : la pr emièr e ,
quand. . . le jour où. . . — Et le ser g ent r eg ardait son maîtr e av e c inquiétude .
— La se conde , lor squ’il prit l’idé e à ce drôle de Balthazar , cap oral dans la
septième demi-brig ade , de me fair e éplucher une b oe d’ oignons.
― Il me semble , adé e , s’é cria en riant Henri, que v ous ne nous dites
p as à quelle o ccasion v ous pleurâtes p our la pr emièr e fois.
―  C’ est sans doute , mon vieux, quand tu r e çus l’accolade de La T our
d’ A uv er gne , pr emier gr enadier de France  ? demanda av e c affe ction le
capitaine , continuant à car esser le chien.
― Non, mon capitaine  ; si le ser g ent adé e a pu pleur er , ce n’a pu
êtr e , et v ous en conviendr ez, que le jour où il a crié feu sur Bug-Jar g al,
autr ement dit Pier r ot.
6Bug-Jar g al Chapitr e I
Un nuag e se rép andit sur tous les traits de d’ A uv er ne y . Il s’appr o cha
viv ement du ser g ent, et v oulut lui ser r er la main  ; mais, malgré un tel
e x cès d’honneur , le vieux adé e la r etint caché e sous sa cap ote .
―  Oui, mon capitaine , continua adé e en r e culant de quelques p as,
tandis que d’ A uv er ne y fix ait sur lui des r eg ards pleins d’une e xpr ession
p énible  ; oui, j’ai pleuré cee fois-là  ; aussi, v raiment, il le méritait bien  !
Il était noir , cela est v rai, mais la p oudr e à canon est noir e aussi, et. . . et. . .
Le b on ser g ent aurait bien v oulu ache v er honorablement sa bizar r e
comp araison. Il y avait p eut-êtr e quelque chose dans ce rappr o chement
qui plaisait à sa p ensé e  ; mais il essaya inutilement de l’ e xprimer  ; et après
av oir plusieur s fois aaqué , p our ainsi dir e , son idé e dans tous les sens,
comme un g énéral d’ar mé e qui é choue contr e une place forte , il en le va
br usquement le sièg e , et p our suivit sans pr endr e g arde au sourir e des
jeunes officier s qui l’é coutaient.
― Dites, mon capitaine , v ous souvient-il de ce p auv r e nègr e , quand il
ar riva tout essoufflé , à l’instant même où ses dix camarades étaient là  ?
V raiment, il avait bien fallu les lier . — C’était moi qui commandais. Et
quand il les détacha lui-même p our r epr endr e leur place , quoiqu’ils ne
le v oulussent p as. Mais il fut infle xible . Oh  ! quel homme  ! c’était un v rai
Gibraltar . Et puis, dites, mon capitaine  ? quand il se tenait là , dr oit comme
s’il allait entr er en danse , et son chien, le même Rask qui est ici, qui
comprit ce qu’ on allait lui fair e , et qui me sauta à la g or g e . . .
―  Ordinair ement, ad, inter r ompit le capitaine , tu ne laissais p oint
p asser cet endr oit de ton ré cit sans fair e quelques car esses à Rask  ; v ois
comme il te r eg arde .
―  V ous av ez raison, dit adé e av e c embar ras  ; il me r eg arde , ce
p auv r e Rask  ; mais. . . la vieille Malagrida m’a dit que car esser de la main
g auche p orte malheur .
― Et p our quoi p as de la main dr oite  ? demanda d’ A uv er ne y av e c
surprise , et r emar quant p our la pr emièr e fois la main env elopp é e dans la
r e ding ote , et la pâleur rép andue sur le visag e de ad.
Le tr ouble du ser g ent p ar ut r e doubler .
― A v e c v otr e p er mission, mon capitaine , c’ est que . . . V ous av ez déjà
un chien b oiteux, je crains que v ous ne finissiez p ar av oir aussi un ser g ent
manchot.
7