Contes de Provence
92 pages
Français

Contes de Provence

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Description

Paul-Auguste Arène est né en 1843 à Sisteron au milieu des montagnes parfumées de cette Provence, à laquelle ses vers et sa prose devaient à jamais rester fidèles. Après un court passage dans l'Université, il débute à l'Odéon par un acte en vers, Pierrot héritier (1865). Tout Paris fait fête aussitôt au jeune provincial. À vingt-deux ans par sa prose fluide et colorée, d'une grâce attique et comme embaumée des senteurs du pays natal, il se place au premier rang des écrivains. En 1870 il donne un de ses chefs-d'œuvre, Jean des Figues, puis les Comédiens errants (1873), le Duel aux lanternes, dont la virtuosité est étourdissante, et l'Ilote deux ans plus tard à la Comédie Française. Dans la chronique, dans la fantaisie, dans la nouvelle, au théâtre, partout se multiplie son clair et spirituel génie de latin. En 1878, c'est le Prologue sans le savoir,l'année suivante, la Vraie tentation de Saint-Antoine, puis ses Contes de Noël et ses Contes de Paris et de Provence, tendres ou ironiques et toujours exquis, la Chèvre d'or enfin en 1889 et en 1894 un autre roman, Domnine.

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Nombre de lectures 42
EAN13 9782824712307
Langue Français

P A U L ARÈN E
CON T ES DE
P RO V ENCE
BI BEBO O KP A U L ARÈN E
CON T ES DE
P RO V ENCE
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1230-7
BI BEBO OK
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– P hilipp H. Poll
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V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.  A A  né en 1843 à Sister on au milieu des
montagnes p arfumé es de cee Pr o v ence , à laquelle ses v er s etP sa pr ose de vaient à jamais r ester fidèles. Après un court p assag e
dans l’Univ er sité , il débute à l’O dé on p ar un acte en v er s, Pierrot héritier
(1865). T out Paris fait fête aussitôt au jeune pr o vincial. À vingt-deux ans
p ar sa pr ose fluide et coloré e , d’une grâce aique et comme embaumé e
des senteur s du p ay s natal, il se place au pr emier rang des é crivains. En
1870 il donne un de ses chefs-d’ œuv r e , Jean des Figues , puis les Comédiens
errants (1873), le Duel aux lanternes , dont la virtuosité est étourdissante , et
l’Ilote deux ans plus tard à la Comé die Française . D ans la chr onique , dans
la fantaisie , dans la nouv elle , au théâtr e , p artout se multiplie son clair et
spirituel g énie de latin. En 1878, c’ est le Prologue sans le savoir, l’anné e
suivante , la Vraie tentation de Saint-Antoine , puis ses Contes de Noël et ses
Contes de Paris et de Provence , tendr es ou ir oniques et toujour s e x quis, la
Chèvre d’or enfin en 1889 et en 1894 un autr e r oman, Domnine .
and il mour ut en 1896 à Antib es, où il était allé r e v oir le soleil de la
Pr o v ence p our en emp orter la der nièr e imag e sous ses p aupièr es closes,
la liératur e contemp oraine p erdait en lui un de ses maîtr es.
Contes de Provence.
1Contes de Pr o v ence Chapitr e
n
2CHAP I T RE I
Le fifr e r oug e
« Hé ! p etit fifr e , que fais-tu là ? cria le ser g ent La Ramé e qui s’ en allait
à la ville v oisine quérir la fricassé e d’un p or c, p our le ré v eillon du colonel.
— V oici ce que c’ est, monsieur le ser g ent, rép ondit le p etit fifr e : Sa
Majesté le Roi se tr ouvant dans un b esoin pr essant d’ar g ent et désirant
offrir un châte au tout neuf en étr ennes à sa nouv elle r eine , il a été dé cidé
p ar la Cour des comptes que le régiment, musiciens et soldats, ne
toucheraient p as encor e de solde ce mois-ci. Alor s, comme mèr e-grand est
p auv r e et que je n’avais p as un liard en p o che p our lui acheter son dinde
à Noël, je suis v enu jusqu’à la courtine casser la glace du fossé et v oir s’il
n’y aurait p as mo y en de pê cher un plat de gr enouilles.
— Compte là-dessus ! dit La Ramé e . En hiv er , les gr enouilles dor ment.
— Je le sais bien, rép ondit le p etit fifr e , mais le ciel est bleu, malgré la
g elé e ; p eut-êtr e que ce b e au soleil les ré v eillera ! »
Et tandis que le ser g ent La Ramé e r epr enait sa r oute en gr ommelant,
le p etit fifr e , av e c courag e , se r emit à casser la glace .
3Contes de Pr o v ence Chapitr e I
Ce p etit fifr e , qui aimait tant sa mèr e-grand, était bien le plus joli p etit
fifr e que l’ on pût r encontr er . Pas plus haut qu’une b oe et vêtu de r oug e ,
du tricor ne aux guêtr es, comme tout le monde au régiment, il avait si
b onne grâce , av e c ses y eux bleus et ses cadenees, à siffler des air s, en
mar quant le p as, de vant les hallebardier s barbus, que p our le v oir p asser ,
dans les entré es de ville , les dames aux fenêtr es oubliaient de r eg arder le
tamb our-major .
Pr esque autant qu’aux r ythmes guer rier s, le fifr e s’ entendait à la
pê che aux gr enouilles. A ussi quand la glace fut p er cé e , le tr ou déblayé
et qu’un joli r ond clair app ar ut, le fifr e eut-il bientôt fait d’impr o viser sa
ligne av e c un p eu de fil qu’il avait app orté et un r ose au se c qu’il coup a.
L’appât seul manquait au b out du fil. D’ ordinair e , notr e pê cheur ne s’ en
inquiétait guèr e , se ser vant p our cela du pr emier co quelicot v enu, car les
gr enouilles sont g oulues au p oint que tout objet r oug e les air e . Mais les
co quelicots ne fleurissent p as sous la neig e et vainement il en cher cha
quelqu’un d’aardé , le long des glacis, dans l’herb e transie .
Il allait p artir , fort ennuyé , quand pré cisément, au-dessus de l’ e au, une
gr enouille le va la tête . Par esseuse , comme endor mie , elle p osa ses p aes
de de vant sur les b ords, ouv rit l’un après l’autr e ses jolis y eux d’ or au
soleil, puis g onfla doucement sa g or g e blanche , et p oussa un lég er coax
auquel, p ar-dessous la glace , dans toute l’étendue des fossés g elés aussi
vastes qu’un grand étang, d’autr es coax lointains rép ondir ent.
« Ce doit êtr e la mèr e des gr enouilles, se dit le p etit fifr e , qui n’avait
jamais v u une gr enouille si gr osse ; quelle o ccasion et quel dommag e de
la laisser é chapp er ainsi ! »
T out à coup il eut une inspiration :
« Si je pr enais, en guise d’appât, la p ae qui ser r e mon
haut-dechausses ? Elle est en b e au drap r oug e d’ ordonnance , et certes ! les gr
enouilles y mordraient. »
A ussitôt dit, aussitôt fait ; et la p ae en drap r oug e d’ ordonnance se
met à danser sur l’ e au clair e , qu’ég ayait un jo y eux ray on, de vant le nez
de la gr enouille . La gr enouille mord, le pê cheur tir e , le fil casse , et la gr
enouille plong e , emp ortant le drap . Par b onheur , la p ae était double : on
p ouvait hasarder la se conde moitié . La gr enouille r ep araît sur l’ e au, mord
encor e , le fil casse encor e , et la se conde moitié va r ejoindr e la pr emièr e .
4Contes de Pr o v ence Chapitr e I
« Bah ! song e a le pê cheur , quel mal y aurait-il à coup er un tout p etit
mor ce au de ceintur e ? Per sonne ne viendra r eg arder sous les basques de
mon justaucor ps. »
Et, tirant son coute au, il coup a un p etit mor ce au de ceintur e que la
gr enouille , hélas ! emp orta comme les autr es, et puis encor e un, et puis un
encor e plus bas ; puis il entama le gras des chausses, tant qu’à la fin, la nuit
ar rivant, il s’ap er çut que sa chemise floait et que l’énor me é chancr ur e
p etit à p etit faite au drap laissait lar g ement p asser la bise .
Le ser g ent La Ramé e , qui r e v enait p ar là av e c une char g e de
victuailles, tr ouva le malheur eux p etit fifr e assis sur son der rièr e et pleurant.
« i est-ce qui m’a fichu un soldat qui pleur e ? »
Pour toute rép onse , hélas ! le p etit fifr e se dr essa et se r etour na.
« Mauvaise affair e ! mur mura le vieux La Ramé e , après av oir
longuement considéré le cor ps du délit : détérioration d’ effets d’é quip ement
et d’habillement four nis p ar le g ouv er nement, c’ est un cas de conseil de
guer r e ! »
Puis, ces mots pr ononcés, il s’ en alla en r eniflant les p oils de sa
moustache .
Le p etit fifr e pleura plus fort. Il se v o yait déjà ar rêté quand il p
asserait le p ont-le vis, mis dans un cachot noir , amené , entr e deux g endar mes,
de vant ses jug es. V ainement il essayait de les aendrir , disant :
« Ce n’était p as p our moi, c’était p our app orter un plat de gr enouilles
à grand’mèr e , qui est vieille et p auv r e et n’a p as de quoi fair e son
rév eillon. »
Le Co de militair e r estait infle xible . On le dégradait, on lui brisait son
fifr e et sa p etite ép é e , on le conduisait dans une prairie où, deux mois
aup aravant, il avait défilé av e c la g ar nison, musique en tête , de vant un
conscrit fusillé . . . Alor s, song e ant à sa grand’mèr e , transi p ar le fr oid, la
tête p erdue , il eut comme l’ envie de mourir tout de suite et se laissa glisser
sur le sol g elé v ers le tr ou d’ e au noir e où déjà des étoiles luisaient. . .
D ans quel mer v eilleux p ay sag e le p etit fifr e se tr ouva ! À p erte de
v ue les v oûtes de glace laissaient filtr er une lumièr e blanche et douce ;
et de longues herb es vêtues de cristal, montant du fond en fines
colonnees, puis s’ emmêlant aux mousses des b ords toutes frang é es de barb es
d’ar g ent, for maient mille pr omenoir s à jour et des ar chite ctur es br o dé es
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